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UISTOIUE
rOccideiil pour féconder la Russie. Les enfants de Loyola défendaient leur Ratio studiùrum, L'Université , jalouse de ses privilèges et se confiant dans son monopole pour immobiliser le progrès littéraire ou scientifique , demandait à assujettir les Pères à ses lois él à ses règlements. Les Jésuites, au contraire, pr^ tendaient que du libre concours des diverses iqfithodes il devait eui^ir une génération plus forte. Dans le but de stimuler Témulàtion , sans faire écraser Tun par Tautre, ils proposaient à TEmpereur d'ériger leur Collège de Polotsk en Université , sous la
.surveillance immédiate et spéciale du gouvernement. Le 11 septembre 1811 , le Général de TOrdre adressait au comte Rasou* moifski une note dans laquelle on lit : « Nous ne demandons absolument rien que d'être maintenus dans la possession des biens dont nous jouissons actuellement. Ce qui rend les Universités si coûteuses à TEtat, ce sont les honoraires des professeurs que Ton est souvent obligé de faire venir à grands frais des pays étrangers. Quant à nous, notre Ordre fournit tous les profess^eurs dont nous avons besoin , et chacun de ces professeurs donne tous ses soins et tout son travail sans aucun salaire, sans aucune vue de récompense temporelle , et uniquement pour satisfaire au devoir de sa vocation. »
«Cette correspondance du Père Brzozowski avec le ministre du Czar , ces notes qu'Alexandre consultait , et qui s'accordaient si bien avec son esprit de justice et les prières de ses sujets catholiques , ont quelque chose de réellement habile ; elles forment une véritable théorie de l'éducation. Ce que les Jésuites et les habitints de la Russie-Blanche sollicitaient était de toute équité. Alexandre le comprenait ainsi ; mais, autour de lui et dans les
■ régions inférieures du pouvoir, il existait des préjugés, des ambitions , des rivalités de secte ou de culte s'opposant à cet acte d'émancipation. Les uns montraient la Religion grecque en péril, les autres proclamaient que bientôt les Jésuites auraient envahi les diverses branches de l'administration publique ; tous s'accordaient à dire que la Compagnie abuserait de la liberté pour étouffer les autre^s corps enseignants. Il paraissait à peu près impossible aux enfants de Loyola d'obtenir ce qu'ils demandaient ,
• lorsque le comte Joseph de Maistre se jet» dans la mêlée avec
DE LA COMFAGXIK DE JËSUS. 7
son éloquence incisive et sa raison allant toujours au but , sans se préoccuper des obstades.
Le comte de Maistre était plutôt un grand écrivain , un hardi penseur, qu'un diplomate. Il y avait dans son esprit et dans son cœur une telle surabondance de vie , un dévouement si complet à ridée qui lui graissait être la vérité révélée ou démontrée par le raisonnement, qu'il la portait en triomphe aussi loin qu'il esi permis à la faiblesse humaine. Les demi-mesures de l'esprit de parti, les atermoiements de l'intelligence, les difficultés der temps ou de lieu , riea ne faisait obstacle k cette sève de génie débordant sur tous les sujets auxquels il touchait el laissant sur chacun d'eux sa vive empreinte. Possédé de lamour du vrai , du bon et du juste, mais ne se déâant peut-être pas assez de sa mor« dante ironie , de son originalité et de sa polémique passionnée , Joseph de Maistre avait conquis à SaintrPéiersboui^ une position aussi neuve que tranchée. Catholique ardent, il avait su se créer chez les^ schisma tiques grecs des amis qui honoraient sa foi , qui estimaient ses vertus privées et qui se montraient fiers de son génie. La lutte entre les Universités russes et les Jésuites était acharnée, car pour les uns il s'agissait de se donner un rival, pour les autres, d'être ou de n'être pas. L'ambassadeur de Sardaigne à la cour du Gzar n'avait rien à voir dans ces démêlés intérieurs ; le Catholique y découvrit une mission à remplir, il s'en chargea.
"Brzozowski avait combattu les Universitaires de Vilna avec les armes de la logique; de Maistre élève la question aussi haut que lui. Alexandre s'occupe de fonder l'éducation dans son empire. Par devoir, par conviction , par reconnaissance , le grand écrivain piémontais, qui enrichit la langue françaisë'de tant d'ouvrages célèbres, vient offrir son tribut à la cause de la liberté religieuse et paternelle. Le Général des Jésuites s'est adressé au ministre de l'instruclion pubUque : c'est au même personnage que s'adressera Joseph de Maistre. Dans ses cinq lettres il ne plaide pas seulement pour la Compagnie de Jésus, il a élargi* presque involontairement la sphère des idées; il développa le système qu'il regarde comme le plus propre aux mœul^', au caractère et aux Irfis de la Russie. 11 fait ce travail avec
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cette prodigalité d*iinage$ et d'aperçus nouveaux qui saisissent ; puis, lorsqu'il s*est emparé de son sujet, il arrive, dans sa quatrième lettre , à son but principal. Les trois premières notes appartiennent à la pensée philosophique ; les deux dernières, dans leur ensemble et dans leurs détails, sont consacrées à la Société de Jésus. Joseph de Maistre Tétudie dans ses rapports avec les peuples ainsi qu'avec les rois. Plaçant sous ses yeux le tableau des folies et des crimes qu'a produits l'esprit révolutionnaire, il s'écrie avec un accent prophétique que les événements de 1812 n'ont pas plus démenti que ceux de 1845 : « C^tte secte, qui est à la fois une et plusieurs, environne la Russie, ou, pour mieux dire, la pénètre de toutes parts et l'attaque jusque dans ses racines les plus profondes. Il ne lui faut pour le moment que l'oreille des enfants de tout âge et la patience des souverains. Elle réserve le bruit pour la fin. j» Âpres avoir tracé ces lignes , toujours plus vraies à mesure que s'étend le cercle des révolutions et que se propage d'une si néfaste manière l'incurie des princes , Joseph de Maistre ajoute : f Dans un danger aussi pressant, rien n'est plus utile aux intérêts de Ça Mcijesté Impériale qu'une Société d'hommes essentiellement ennemis de celle dont la Russie a tout à craindre , surtout dans l'éducation de la jeunesse. Je ne crois pas même qu'il fût possible de lui substitua avec avantage aucun autre préservatif. Cette Société est le chien de garde qu'il faut bien vous garder de congédier. Si vous ne voulez pas lui permettre de mordre les voleurs, c'est votre affaire ; mais laissez-le rôder au moins autour de la maison et vous réveiller lorsqu'il sera nécessaire , avant que vos portes soient crochetées ou qu'on entre chez vous par la fenêtre. »
L'écrivain diplomate a réponse à chaque objection. Il établissait tout-à l'heure comment les Jésuites entendent la souveraineté ; par des images empruntées aux mœurs militaires , il va démontrer qu'ils n'ont jamais cherché à créer pour eux une autorité eu dehors de l'autorité. « Les Jésuites, dit-on, veulent iiire un Etat dans l'Etat ; quelle absurdité ! autant vaudrait dire qif un régiment veut faire un Etat dans l'Etat , parce qu'il ne veut dépendre que de son colonel , et qu'il se tiendrait pour iiumiliév
Wb LA COMPACME DE JÈSl'S. 9
par exemple , et même insulté , si on le soumeltait à Texamen et même ai> contrôle d*un colonel étranger. Il ne s'enferme point dans son quartier pour feire l'exercice ; il le fait sur la place publique. S'il manœuvre mal , les inspecteurs généraiit et l'Empereur même le verront et y mettront ordre; mais que, sous prétexte d'imité , on prive ce régiment (que je suppose fameux et irréprochable depuis trois siècles) de se régler luimême ; et qu'on le soumette avec tous ses chefs à un capitaine de milice boui^eoise qui n'a jamais tiré i'épée , c'est une idée qui senit excessivement risible si Jes suites ne devaient pas en être extr^ement funestes. Voilà cependant, monsieur le eomte, à quoi se réduit ce burlesque épouvantai! de TEtat dans l'Etat. Un Etat dans FEtat est un Etat caché dans l'Etat, ou indépendant de l'Etat. Les Jésuites comme toutes les autres sociétés légitimes, et même plus que les autres, sont sous la main du Souverain; il n'a c[u'à la laisser tomber pour l'anéantir, j»
Brzozowski avait préparé le triomphe de la Société de Jésus , le comte de Maistre le décida. En 1812 , le collège de Polotsk fut érigé par le Czar en Université , avec tous les privilèges des autres Académies. Cette concession était faite à la veille des ca* lamités et des gloires dont la Russie va devenir le théâtre. Napoléon portait la guerre au sein même de l'empire Moscovite , il menaçait sa nationalité ; et, préoccupé deiolns encore plus graves que ceux de l'instruction publicjlie , Alexandre en appelait à ses peuples d'une agression aussi injuste. Les Russes répondirent à leur souverain par un sublime dévouement. Brzozowski était Russe : sans prendre part à une lutte dont son caractère sacerdotal le tenait forcéraertt éloigné , il pensa que les circonstances dans lesquelles se plaçait l'Empire étaient pour son Ordre un avant-coureur de reconstitution .'
L'Espagne, Hvrée à un frère de Napoléon par un de ces guetapens dont la voix des batailles ne couvrira jamais l'iniquité, l'Espagne, affaiblie sous son dernier roi , avait retrouvé dans les souvenirs de Pelage un nouveau baptême de force. A la voix de ses prêtres et de ses guerrilleros , elle s'élançait pour mainteiûàson indépendance. Les Jésuites crurent que l'heure de rentrer dans la Péninsule avait sonné pour eux. Leur nom y était popu-
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laire ; un long regret les avait suivis sur la terré d exil. Ils pouvaient rendre à la famille des Bourbons bienfait pour outrage « et , victimes d'une erreur de Charles Ul , travailler efficacement à la restauration de sa postérité. Le 28 août 1812, Brzozowski se décide avec cinq Pères de Tlnstitut à passer en Espagne, afin d y préparer le retour de sa Compagnie. L'Espagne était le champclos ouvert à tous les ennemis de Tidée révolutionnaire. Les Jésuites se proposaient d'aller y combattre avec les armes qui leur sont propres. Dans le même temps, Louis-Philippe, duc d'Orléans , faisait demander à ce pays insurgé contre la France l'honneur de continuer sous le drapeau espagnol son apprentissage de la guerre et le moyen de réhabiliter un nom si fatalement compi^omis dans les excès de 1793. Au mois de novembre 1812, le ministre des cultes, prince Alexandre Galitzin, répond en ces termes au Général des Jésuites :
f Très-révérend Père ,
» J'ai mis sous les yeux de Sa Majesté impériale la lettre du 30 octobre que vous m'avez adressée, ainsi que la note que vous avez l'intention de présenter à la Junte suprême concernant le rétablissement de votre Ordre en Espagne. Sa Majesté m'a ordonné de*vous faire connaître qu'elle ne mettait point obstacle à l'exécution de votre projet, sans vouloir autrement y prendre part; cet objet, par sa nature , ne pouvant que lui être entièrement étranger, attendu que l'établissement en question ne doit avoir lieu que hors de son empire. »
Tandis que les Jésuites cherchent à regagner le terrain que la Philosophie du dix-huitième siècle leur fît perdre , il s'organisait au sein de la Russie une agrégation d'intérêts qui devait préparer leur chute. Cette agrégation était la Société biblique. L'invasion des armées françaises sur le territoire moscovite avait rapproché l'Angleterjpe du cabinet de Saint-Pétersbourg. L'Angleterre était l'alliée naturelle des Etats dont Napoléon se déclarait l'ennemi. Elle offrit à Alexandre de Taider dans sa lutte contre l'homme liui rêvait l'anéantissement de la Grande-Bretagne. Pour arrhes de ce traité , qui allait changer la face de l'Europe , elle obtint , dis 1811 , que la Société biblique de Londres, cet immense bazar
couvrant le monde de ses produits et transformant une œuvre de piété en spéculation mercantile , pourrait établir une succursale à Saint-^Pétersbourg. Quelques mois plus tard , les docteurs Paterson et Pinkerton mirent le pied sur le continent russe avec la mission d y vulgariser la Bible protestante.
Uincendie de Moscou , les désastres calculés et les victoires de son armée , victoires qui ne sont pas entièrement dues à Thabi* leté de ses généraux et au courage de ses soldats, les tristesses du présent, les espérances de lavenir, tout avait contribué à modifier le caractère si impressionnable d'Alexandre. Ame aimante, mais aspirant toujours à se jeter dans le vague des idées pour échapper à la réalité de ses troubles intimes et de ses souvenirs, le Czar était effrayé de la responsabilité que les événements amas^ saient sur sa tète. Au milieu de ses villes dévastées, de ses campagnes sanglantes et de son armée se liguant avec le froid pour anéantir les Français , ce prince , encore jeune et toujours beau, élevait son cœur vers le ciel ; il avait besoin de calmer les fugitives impressions qui Tagitaient sans cesse. Le plaisir le laissait presque aussi indifférent que la gloire. Il ambitionnait la paix intérieure ; Galitzin lui indiqua les saintes Ecritures comme la source de toute consolation. L* esprit recueilli , il écouta dans le silence la voix de Dieu qui se faisait entendre. La Vulgate, traduite en français , avait été pour lui iin livre consolateur. Ce fut dans ce moment qu*on lui proposa de mettre entre les mains des Moscovites l'œuvre divine qui triomphait de ses langueurs ou de ses remords innocents. On ne lui expliqua pas la différence entre les deux Bibles ; il s'imagina qu'une main d'homme n'aurait osé altérer le texte primitif de la parole de Dieu. Par gratitode du bien-être que cette lecture avait produit sur son esprit, il autorisa, le 18 décembre 1812, la Société biblique.
L'Empereur s'était laissé* tromper; le prince Galitzin, son ministre des cultes, les plus hauts fonctionnaires de l'Etat, la plupart des Evèques russes, Stanislas Siestrzencewicz, archevêque oatholique de Mohilow, lui-même, se déclarèrent les patrons de cette institution, qui devait à la longue porter un coup mortel à la Religion grecque et au Catholicisme. Il y eut alors en Russie pour les Sociétés bibliques un de ces enthousiasmes
dont à distance il devient impossible de se rendre compte. VAnglicanisme prenait pied sur les rivages de la Mer Noire comme sur les bords de TOcéan Glacial; il s*étendàit jusqu'aux frontières de la Chine. Servant d*aveugles instruments à sa propagation, les prélats catholiques, excités par Galitzin, encourageaient leur troupeau à favoriser cette œuvre, dont ils ignoraient les tendances. Les Jésuites ne se prêtèrent pas à ce mouvement vers l'hérésie. Plus exercés que les Evoques russes aux luttes de la pensée, plus à portée de comprendre le mal résultant de cette innovation, ils la combattirent avec une fermeté que les prières, que les menaces de Galitzin, jusqu'à ce jour leur protecteur et leur ami, ne purent jamais vaincre. Le Pape Pie VU exprima par un bref à l'archevêque de Mohilow sa surprise et sa douleur; il le blâma d'avoir coopéré au triomphe de l'Anglicanisme. Ce blâme , si justement déversé sur le prélat , était un hommage indirect rendu aux disciples de saint Ignace, qui, mieux pénétrés du véritable esprit de l'Eglise, avaient refusé de faire cause commune avec l'erreur. Les partisans des associations bibliques se trouvèrent oifensés; ils s'imaginèrent qu'ils auraient dans les Jésuites d'infatigables adversaires, que leur succès serait entravé à chaque instant, et, sous l'inspiration du ministre des cultes , ils se liguèrent contre la Compagnie. Elle venait de résister à un désir de Galitzin , Galitzin appelle les colères de l'Université au secours de ses espérances. On attendit le moment propice pour faire* éclater la conjuration.
La propagande anglicane s'organisait sous le couvert des ministres russes comme sous celui des prélats du rite romain et du rite grec. Les Jésuites songèrent à la contre-miner. Ils composèrent un catéchisme dans l'idiome du pays pour les enfants nés de parents catholiques ; mais Galitzin n'en autorisa pas l'impression. Les choses étaient dans -cet état, lorsque de nouveaux ' événements ravivèrent des blessures encore saignantes au cœur du ministre. La faveur dont jouissait le Collège des Jésuites de Saint-Pétersbourg allait toujours croissant ; à Polotsk , it» comptaient sur leurs bancs un grand nombre de jeunes gens des premières familles de l'Empire. Placés entre un désir bien naturel le prosélytisme et le devoir tacite de respecter la conscience de
leurs élèves, devoir qu'ils s'étaient imposé à eux-mêmes, les Jésuites n'avaient jamais donné le moindre sujet de plainte sur un point aussi scabreux. Catholiques jusqu'au fond des entrailles, ils formaient à Thonnêteté ainsi qu'aux belles-lettres des enfants appartenant à toute espèce de culte, même au rite grec ; et, dans l'espace de plus de quarante années, leur circonspection n'avait jamais été mise en défaut. Jamais on n'avait pu les accuser de trahir la confiance des parents au profit de la Foi romaine. Cependant le nombre des Catholiques augmentait chaque année. Ces retours vers TUnité étaient dus à l'action des familles franç;iises émigrées , à la lecture des ouvrages religieux, et surtout au zèle plein de prudence des Jésuites. Le Czar avait fermé les yeux sur un état de choses n'ayant rien d'alarmant pour la sécurité du pays. Les nouveaux Catholiques se distinguaient dans le monde et à la cour par de nouvelles vertus. Alexandre ne voulut pas les faire repentir d'avoir cédé au cri de leur conscience. Prince qui comprenait admirablement la liberté de la pensée , il n'osa pas la parquer dans les limites de l'arbitraire légal. 11 ch^chait la vérité , il ne trouva pas mauvais que les Russes suivissent son exemple. Les conversions étaient assez rares néanmoins, parce que les Pères ne les accueillaient, ne les sanctionnaient qu'après de longues épreuves. Ces conversions restaient inaperçues, lorsque, vers le milieu du mois de décembre 1814, le jeune prince Galitzin , neveu du ministre des cultes , embrassa publiquement le Catholicisme. Voici en quels termes le Père Billy, dans sa correspondance inédite avec ses confrères de France, rend compte de cette conversion : t Notre Père de Clorivière, écritMl de Saint-Pétersbourg, le 1®' mars 1815, est à la tête d'un nombreux noviciat à Paris, rue des Postes. 11 y aura en France une Compagnie de Jésus de fait avant qu'elle y existe de droit. Quant à notre existence ici , à Pétersbourg , elle est très-utile sans doute, mais très-précaire et bien tracassée, surtout depuis l'absence de l'Empereur. La jalousie des Pope» et des Evêques russes en est la principale cause. Le ministre des culte&y prince Alexandre Galitzin , jeune homme encore , qui se laisse mener par ses Popes , ne nous laisse pas en repos dans toutes les occasions qu'il trouve ou qu'il imagine propres u sa-
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tisfaîre leur animosité et la sienne. Depuis un ou deux mois, il s*en est présenté une qui a fait le plus grand éclat et qui aura des suites. Un jeune prince , Alexandre Galitzin , neveu du nrinistre des cultes élève depuis deux ans de notre Institut , âgé d'environ quinze années, excellent sujet sous tous les rapports, piété, diligence , succès dans les études, politesse, docilité, attaché singulièrement jusqu'alors à la Religion gréco-nisse, voulant y attirer ceux de ses amis, même les Jésuites, par zèle pour leur salut , prenant pour cela , deux ou trois fois la semaine , des leçons d*un docteur en théologie russe, s'est tout-â-coup trouvé changé au point de se déclarer catholique aux dernières fêtes de Noël. Quel étonnement pour tout le monde, et surtout pour ceux qui Tavaient vu et entendu parler en faveur de la Religion russe! Appelé par son oncle, le ministre des cultes, qui lui représente les dangers qu'il court , vu la loi qui défend en Russie d'attirer un Russe à la Religion catholique , il rend compte de sa foi avec netteté et fermeté , et dit qu'il est prêt à la signer de son sang.
9 On le tire de notre Institut , et on le met au corps des pages avec son petit frère. En même temps, défense à lui et à tout Jésuite d'avoir ensemble aucune communication. Redoublement de surprise. On lui découvre une haire et une discipline. Qu'est ceci , bon Dieu? Il avait attrapé ces instruments de mortification dans la chambre d'un Jésuite qui avait quitté Pétersbourg pour aller à Polotsk. On le fait paraître devant des Evoques et des popes qui 1 interrogent et argumentent contre lui. Il répond à tout de manière à étonner tout le monde , et les met eux-mêmes ad meiam non ioqui. On attribue aux Jésuites sa facilité de controverse , quoique les Jésuites n'y soient pour rien. On attend te retour de l'Empereur pour savoir la décision de cette affaire. En attendant, les Jésuites ne reçoivent plus de Russes à leur Institut, mais seulement des Catholiques, afin de se soustraire aux tracasseries des popes. Mais il y a encore d'autres sujets de rancune. Plusieurs personnes marquantes sont soupçonnées d'être Catholiques : des espions sont chargés de les observer. C'est une vraie persécution. Les Missionnaires Jésuites de la Sibérie ont défense de rendre catholiques les Tartares idolâtres; ils doivent
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se contenter de donner leurs soins anj, Catholiqnes. On leur (fêfend même de confesser et d*administrer les Grecs-Unis, qui n ont point de prêtres de leur communion. Chose inouïe! voilà où en est la tolérance tant prônée de ce pays sous le ministrades cultes Galitzin. La ville de Pétersbourg offre en ce moment un spectacle curieux : deux princes, Alexandre Galitzin , lun oncle et Taulre neveu , le premier , persécuteur outré de la Religiop catholique et des Jésuites; le second, Catholique zélé et impertuiiiable , défenseur de ses maîtres et ne demandant qu*à mourir pour sa Religion , vivant de manière à mériter cette grâce , si cette grâce de prédestiné pouvait se mériter. Après avoir essayé vainement Targument de Técole pour le ramener au schisme , on essaie l'argument des plaisirs : on le mène à la comédie. Jusqu'ici cet argumenta échoué comme les autres. »
Dans Fintimité de leur correspondances, les Jésuites déclinent toute participation à la conversion du fervent Néophyte. Ils ne s*en glorifient pas, ils ne s'en accusent point. Le jeune Galitzin a pris de lui-même ce parti. Le Père Billy raconte avec naïveté les diverses phases de ce retour à la Foi romaine, et il s'arrête là. Le prince Alexandre déclare qu'aucun disciple de l'Institut ne l'a engagé à changer de culte, il soutient même qu'il n'a pas pu en trouver un pour recevoir son abjuration. La lettre du Père Dilly corrobore pleinement ces faits.. La vérité ne servait pas assez activement l' amour-propre froissé du ministre et la colère des popes : ils organisent une conspiration dans laquelle ils font entrer tous les intérêts de secte, toutes les vanités universitaires, tous les préjugés de nation. Il importait de disposer les esprits à une levée de boucliers contre les Jésuites : on s'applique à dénaturer leurs actes les plus indifférents ; on altère le sens de leurs paroles, on les épie dans la chaire, on les suit jusqu'au pied dis confessionnaux et de l'autel. Le Père Balandret jouit à Saint- Pétersbourg d'une confiance méritée ; il est Français : ce fut sur lui qu'on dirigea les plus minutieuses perquisitions. On interroge les élèves des Collèges de l'Institut, on presse ceux qui en étaient sortis depuis deux ou trois années de révéler les obsessions auxquelles ils ont dû être soumis pour embrasser le Catholicisme. Ces jeunes gens répondent que les Jé-uites ne les cnt-etinrent
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jîrfnaisdela différence dos^ religions, ♦t qu'ils les laissèrent pratiquer la leur en toute liberté.
Galitzin et la Société biblique minaient le terrain sous les pied^ des Pères, le métropolite Âmbroise et les Universités les secondent avec une rare adresse. 11 faut prévenir TEmpereur et rimp^ratrice qui, à leur retour après la campagne de 1815 et le traité de Paris, doivent porter le dernier coup à la Compagnie. Tout est arrangé dans ce sens. Les conversions ne se multi-' pliaient pas plus que par le passé ; mais les autorités les environnent d'un éclat inquiétant. Jusqu'alors on a tenu secrets ces imperceptibles retours à l'Unité, on en fait tant de bruit que, dans chaque famille/ on put croire i l'action déterminante d'un Jésuite. Les grands intérêts qui se 4lébattaient dans le monde. Napoléon vaincu, l'Europe triomphant à Waterloo de la France épuisée, les Bourbon*s rétablis sur le trône, la Sainte-Alliance promulguée, tous ces événements disparaissaient à Saint-Pétersbourg devant l'attitude silencieuse de quelques Pères de l'Ordre de Jésus. Le Czar jetait son glaive dans la balance des affaires européennes, et ce glaive la faisait pencher au gré des diploma^ tes moscovites. Alexandre avait imposé la loi au Congrès de Vienne; il avait inspiré à Louis XVIII une Charte constitutionnelle ; les rois légitimes le saluaient comme le libérateur des monarchies. Toutes ces gloires venues à la fois, et qui devaient enivrer d'orgueil ses sujets, s'effiiçaient au contact de quelques obscures prédications dans une église catholique. La Russie se plaçait à la tête des nations, et ses ministres ainsi que ses évêques affectaient de pâlir d'effroi parce qu'un petit nombre de dames de la cour renonçaient aux plaisirs trop bruyants pour écouter dans la solitude la voix de Dieu parlant à leurs âmes.
Cette situation, que les Jésuites n'avaient point provoquée, les exposait à un double péril. On les accusait de faire des prosélytes qy'ils n'avaient jamais connus ; il s'en présenta à leur tribunal quelques-uns dont il devenait impossible à un prêtre de repousser le vœu. La persécution appelait la Foi, elle engendrait des Néophytes. Sur ces entrefaites, l'empereur Alexandre arrive dans sa capitale. Les grandes crises auxquelles il présida, rabaissement des un?, l'élévation des autres, les inconcevables change-
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menfe dont l'Europe retentit encore, ont donné à ses pensées un cours plus mélancolique , il a vu de si près les hommes et les choses, <ii|[u'im iramense dégoût s'est emparé de son âme laala- . diyement impressionnable. Pour en remplir le vide, il se jette à cœur perdu dans le nouveau monde d'idées mystiques qtM^la baronne de Krûdener ouvre à son intelligence rassasiée des vo* luptés, de l'ambition et àè la gloire. Alexandre s'était donné des croyances individuelles ne reposant sur aucun principe certain : il aspirait à les imposer comme des convictions; mais il n'avail pas assez de vigueur dans Fesprit et de persévérance Jans la tête pour atteindre "ce but. On le berçait de la pensée qu'il pouvait apparaître chef visible de l'ancienne Chrétienté régénérée par lui; ce fut cette pensée que Ton développa, afm de l'amener à sévir contre les Jésuites de son empire. Il se flattait d'avoir réuni Tians un même vceu de fraternité les cultes dissidents introduits par lui dans les Sociétés bibliques; elles étaient l'instrument privilégié de la fusion piétiste qu^il rêvait à l'abri de son sceptre. Le Pape ne formait plus le lien de l'Unité : le règne du Catholicisme disait place à une union de tous les peuples chrétiens. Alexandre savait que les Jésuites ne se prêteraient point à une pareille utopie ; jabux d'en accélérer les progrès, il laissa aux haines qu'il trouvait si ardentes autour de son trône le soin d'endormir ses justices. On lui parlait de frapper la Compagnie dé Jésus, de commencer l'œuvre de proscription par un exil loin de Pétersbourg. L'empereur , qui n'aurait pas consenti tout d'un coup à cette iniquité, se prêta aux exigences de son ministre et de ses popes. Le 20 décembre 1815 il rendit l'ukase suivant :
f Revenu, après une heureuse conclusion des affaires extérieures, dans l'empire que Dieu nous a confié, nous avons été informé par beaucoup de notions, de plaintes et de rapports, des circonstances suivantes :
» L'Ordre religieux des Jésuites, de l'Eglise catholique romaine, avait été aboli par une bulle de Pape. En conséquence de cette mesure, les Jésuites furent expulsés non-seulement des Etats de l'Eglise, mais aussi de tous les autres pays ; ils ne purent demeurer nulle part. La Russie seule, constamment guidée par des sentiments d'humanité et de tolérance, les conserva VI. 2
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chez elle, leur accorda un asile, et assura leur tranquillilé sous sa puissante protection. Elle ne mit aucun obstacle au libre exQTcice de leur culte; elle ne les en détourna ni par%i force, ni par des persécutions, ni par des séductions ; mais en retour elle qrut pouvoir attendre de leur part de la fidélité, du dévouement et de l'utilité. Dans cet espoir, on leur permit de se vouer à Téducation et à l'instruction de la jtunesse. Les pères et les mères leur confièrent sans crainte leurs enfants pour leur enseigner les sciences et former leurs mœurs.
» Mainf^ant il vient d'être constaté qu'ils n'ont point rempli les devoirs que leur imposait la reconnaissance et cette humilité que commande la ReUgion chrétienne; et qu'au lieu de de* meurer habitants paisibles dans un pays étranger, ils ont entrepris de troubler la Religion grecque , qui depuis les temps les plus reculés est la Religion dominante dans notre empire, et sur laquelle, comme sur un roc inébranlable, reposent la tranquillité et le bonheur des peuples soumis a notre sceptre. Ils ont commencé d'abord par abuser de la confiance qu'ils avaient obtenue. Us ont détourné de notre culte des jeunes gens qui leur avaient été confiés et quelques femmes d'un esprit faible et inconséquent, et les ont attirés à leur Eglise.
» Porter un homme à abjurer sa Foi, la Foi de ses aïeux ; éteindre en lui l'amour pour ceux qui professent le même culte; le rendre étranger à sa patrie, semer la zizanie et l'animosité dans les familles; détacher le fib du père et la fille de la mère ; faire naître les divisions parmi les enfants de la même Eglise, est-ce là la voix et la volonté de. Dieu et de son fils divin Jésus-Christ notre Sauveur, qui a versé pour nous son sang le plus pur, afin que nous menions une vie paisible et tranquille dans toute sorte de piété et d'honnêteté. Après de pareilles actions, nous ne sommes plus surpris que l'Ordre de ces Religieux ait été éloigné de tous les 'pays et toléré nulle part. Quel est en efiet l'Etat qui pourra souffrir dans son sein ceux qui y répandent la haine et le trouble?
» Constamment occupé à veiller au bien-être de nos fidèles sujets, et considérant comme un devoir sage et sacré d'arrêter le mal dans son origine, afin qu'il ne] puisse mûrir et jHroduire
dË LA (2(»tPAdNt6 0t iËSUS. iO
AdÈ fruits flmers , lions avons ^ en cdnséqneticè « fêsolii d'or« donner :
f L Que TEglise (Catholique qtii de trouve Sel sôit fèi&hWé de nouveau sur le pied où elle était durant le règne dé notre aïeule de glorieuse niémoire Fimpératrice Catheride II, et jtisqn^à FannélSOO;
» II. De faire sortir immédiatement de Sàiili-Pétersboufg touâ les religieux de l'Ordre des Jésuites ;
f III. De leur défendre Ventrée dans nos deUî capitales.
» Nous avons donné des ordres particuliers à nos riinistres de la police et de F instruction publique pour la prompte exécution de cette détermination et pour tout ce qui concerne la maison de FInstîtut occupée jusqu'ici par les Jésuites. En même temps, et afm qu'il n'y ait point d'interruption dans lé service divin, nous avons prescrit au Métït^litain de l'Eglise catholique romaine de faire remplacer les Jésuites par des prêtres du même rite qui se trouvent ici, jusqu'à l'arrivée des Religieux d'un autre Ordre catholique, que nous avons fait venir à cet effet.
Signé : Alexandre. »
On eftt dit que la mission de conserver les Jésuites en Russie était accomplie. Le Czar ne jugeait plus nécessaire d'abriter des proscrits qui avaient joui d'une si généreuse hospitalité sous le sceptre de Catherine II et de Paul I*'^. Il les repoussait à son tour; mais, par un sentiment de convenance et de justice dont un prince schismatique donna l'exemple à plus d'un souverain catholique, Alexandre ne voulut étayer son décret de bannissement que sur des motifs religieux. Il^répugnait à sa conscience de faire appd aux passions ou à la calomnie ; il ne chercha point à flétrir par de mensongères accusations les prêtres que naguère encore il honorait de sa bienveillance. Il resta équitable dans les sévérités même de son ukase. L'archevêque de Mohilow, qui avait tant contribué à maintenir la Société de Jésus au moment de sa suppression, sous Clément XIV, exécuta à la lettre les ordres que Galitzin lui intima. Il prit des mesurés pour que le culte public n'eût point & souffrir de l'enlèvenient des Jésuites, et, dans la nuit du 20 au 21 décembre y le général de la police fit
irruption dans leur Collège à la tête de la force armée. Il s*empara de toutes les issues; puis, sans avoir interrogé un seul Père, sans même leur dire les causes de cette invasion , on les garda à vue , tandis que le ministre Ksait à Brzozowski le dçcret d^exil. Le ^f des Jésuites était vieux , mais il savait le prix des ignominies. En les acceptant avec joie, il se contenta de répondre : c Sa Majesté sera obéie. j» La nuit suivante on dirigea tous les Pères vers Polotsk. On avait mis les scellés sur leurs correspondances ainsi que sur leurs manuscrits ; on confisqua leurs meubles , leur bibliothèque , leur musée et leur cabinet de physique.
Le 20 février 1816, le Père Thaddée Brzozowski écrivait au père de Clorivière , à Paris : « Votre lettre du 8 janvier m'est parvenue à Polotsk, où je suis depuis six semaines. Notre situation dans ce pays est bien changée depuis la dernière lettre que je vous ai écrite. Les feuilles publiques ne vous auront sans doute pas laissé ignorer notre expulsion de Saint-Pétersbourg. Elle a eu lieu le 3 janvier en vingt-quatre heures de temps. Cela suppose que nous avons été jugés bien coupables aux yeux du gouvernement. Voici les deux griefs qui sont exprimés dans le décret de notre expulsion ; 1<^ d'avoir attiré à la Religion catholique les élèves confiés à nos soins ; 2** d'avoir également attiré à la Religion catholique quelques femmes d*un esprit faible et inconséquent. Â l'égard du second point, il peut y avoir eu quelques imprudences de faites à mon insu et contre ma volonté , qui , selpn les règles ordinaires, n'auraient dû compromettre que celui qui en était l'auteur. Pour ce qui est du premier grief, il est entièrement supposé , et on a représenté les choses à S. M. 1. autrement qu'elles ne sont. Non- seulement nos Pères n'ont point cherché à attirer nos élèves à la Religion catholique , mais même, lorsque quelques élèves ont manifesté, le désir de se faire Catholiques , ce qui a dû arriver quelquefois , dans un espace de treize ans , dans un pensionnat mélangé et où tous les maîtres étaient Catholiques, nos Pères se sont constamment refusés à les admettre à la participation des Sacrements. Voilà la vérité ; mais il est bien rare que la vérité soit connue ; et telle est la condition des meilleurs princes , que le plus souvent ils la connaissent en-
core plus difficilement que les antres hommes. Cet événement est bien triste et fâcheux pour la Compagnie , mais il nous a médiocrement étonnés. Depuis longtemps nous avons vu Forage se former, et nous savions bien qu'il ne tarderait pas d'éclater un peu plus iàt ou un peu plus tard, j»
En Russie on ne blâme jamais le pouvoir , il est â peine permis d'approuver par écrit les actes de l'autorité; elle ne laisse jamais discuter les mesures qu'elle a prises. C'est le gouvernement 4e larbitraire, le règne du silence, et, en fm de compte, il n'a peut être pas plus de victimes à enregistrer que les royaumes où la liberté de parler repose sur une Constitution dont les plus forts ou les plus astucieux interprètent à leur gré chaque article. Cependant les numéros des 3 et 15 mars 1816 de V Invalide russe continrent , par une exception inouïe , des attaques contre les Jésuites. Le Général de l'Institut charge le Père Rozaven de venger ses confrères des outrages dont cette feuille ne craint pas d'accabler les bannis. Le Père Rozaven défendit son Ordre avec une logique de faits plus éloquente que tous les discours : il fut clairet sensé, habile et profond. Sa réponse avait été envoyée au ministre des Cultes, pour qu'il en obtint l'insertion dans Y Invalide. Elle était trop péremptoire, Galitzin la condamne au silence. Là querelle s'engageait entre le pouvoir et la Compagnie. La Compagnie n'ignore pas que l'ukase dn 20 décembre 1815 n'est que le prélude d'une proscription plus décisive; mai^, forte de son innocence , elle ne veut pas laisser à l'imposture ministérielle le droit de calomnier.
Dans ce conflit élevé entre l'autorité civile et la Société de Jésus il régne, en dehors des usages de chancellerie, une cer*taine égalité qui ne se rencontre pas ordinairement dans les rapports de persécuté à persécuteur. On sent que les Jésuites ne désespèrent jamais de la justice d'Alexandre, et dans tout ce qu'ils écrivent ils paraissent plutôt dicter la loi que la subir. Il y a entre le Czar et les enfants de saint Ignace quelque chose de mystérieux qui ne se révèle même pas au ministre favori. Les deux partis le laissent pousser sa vengeance jusqu'à une certaine limite ; mais on dirait qu'il no lui est pas permis Je la franchir, et qu'il la respecte par intuition. Un si étrange concours
2Î CHAP. |. ^ HtSTOUiE
de Circonstances se trahit à chaque phase de ce bannissement. Les idées novatrices d'Alexandre sont dévoilées; il sait que les Jésuites seront pour elles un obstacle étemel ; cependant il ne prend pas de prime abord la résolution de les chasser de son empire, il traite ses exilés avec bienveillance ; Thiver est rigoureux , la route longue et pénible : Fautocrate ordonne de couvrir les Jésuites de pelisses et de fourrures. Pour récbauiTcr leurs n^^NTibres que le froid engourdira , il fait distribuer de Tarack à cbacnn d'eux. U ménage ses coups lorsque chacun Texcite à être sans piti^; il commande d'apposer les scellés sur leurs archives, t et on n y découvre aucune trace de complot , aucun vestige de conversion , aucun papier ayant trait , de près ou de loin , à la politique.
Ce mvstère a besoin d'éclaircissements : nous les donnerons aussi clairs que l'exigera Tintérêt de l'histoire. La famille des Romanoff devait beaucoup à la Con^pagnie de Jésus. Cuelqucs Pères avaient été, malgré eux, honorés des confidences de Catherine II : ils connaissaient sur le règne de Paul I'^' des détails de famille qu'il était bon d'ensevelir dans les ténèbres, Le Père Gruber et les autres chefs de l'Ordre avaient su par ce souverain le dernier mot de beaucoup de transactions diplomatiques. Il les avait initiés de vive voix ou par correspondance aux douleurs de sa vie de grand- duc héréditaire , aux souffrances de sa vie d'Empereur. Les Jésuites avaient été les dépositaires de ses secrets de famille ; ils lui avaient rendu de ces services que les rois eux-mêmes ne se sentent pas assez ingrats pour oublier. Cette réciprocité de bons offices avait établi une espèce de solidarité dont aucun des intéressés n'osait briser le prestige. Il y avait, pour ainsi dire, assurance mutuelle des deux côtés. La confiance avait engendré la discrétion , et ce singulier contrat n'a pas même été annulé par l'intolérance. Les Jésuites se sont laissé proscrire par le fils de Paul 1*^*^, et ils ont pris la route de l'exil sans invoquer une vengeance qu'il leur eût été si facile d'obtenir. Ils se sont montrés dignes de l'estime du Czar , à l'heure même ou ses ministres cherchaient à les rendre odieux au pays.
Le prince Galitzin et la police russe étaient maîtres de tous
les papiers de TOrdre ; ils pouvaient ainsi se mettre à la piste des complots dont on croyait utile de laisser soupçonner les Jésuites. Les plus minutieuses investigations ne firent rien découvrir. Alexandre savait d'avance Tissue qu'elles auraient, il ne daigna même point s*en étonner en public. Aussi , lorsque le Père Br2ozowski demanda que le comte de Litta ou un seigneur russe, désigné par lui, assistât à l'examen des archives de la Compagnie, cette proposition, n'ayant rien que de trés-natur^l , fut-elle rejetée sans examen. Par tradition de famille, l'Empereur connaissait la sagacité des Jésuites : il ne voulait ni leur préparer un triomphe ni se donner un dessous trop éclatant. Des intérêts matériels étaient engagés pour l'église catholique de Saint-Pétersbourg. Les Pères se sont portés garants envers les bailleurs de fonds. Cette dette est depuis l'origine, en 1806, reconnue comme dette de l'église ; par un ukase en date du 25 mai 1816, Alexandre déclare cependant : «Que toutes les prétentions pécuniaires qui pourraient avoir lieu contre les Pères de rinstitut retomberont sur leurs biens-fonds, sans pouvoir être à charge au bâtiment nouvellement construit auprès de l'église catholique. »
Les Jésuites ne s'effrayaient pas de ces vexations locales qu'on mot aurait dû arrêter. Ce mot coûtait trop à leur discrétion habituelle : ils aimèrent mieux souffrir que de le prononcer. Le 31 août 1816, le Père Brzozowski écrivit à l'Empereur : « Dans le temps que l'affaire du neveu du ministre des cultes éclata , je voulus envoyer une supplique à Votre Majesté, pour lui exposer les faits, mais- les ministres la rejetèrent, et en même temps qu'on envoyait à Votre Majesté des accusations contre mon Ordre, on m'ôtait tout moyen de lui faire parvenir ma défense. Ne pouvant faire agréer ma justification pour le passé , je pris des mesures pour l'avenir, et déclarai que, afm d'écarter tous les soupçons, je n'admettrais désormais dans nos Collèges que des élèves professant la Religion catholique. Je remis ma déclaration entre les mains du ministre de l'instruction publique et du ministre des cultes; et, depuis le mois de janvier 1815, aucun élève de Religion grecque n'a été reçu dans l'Institut, ^ malgré les vives instances d'un grand nombre de parents...
a CHAP. I. — mSTOlHK
Voilà, Sire, de& faits qui prouvent combien je désirais d'éloigner tout ce qui pouvait être suspect au gouvernement. Je supplie Votre Majesté Impériale de m'écouter encore un instant. Si mon Ordre était tel qu*on Ta dépeint à Votre Majesté , on en aurait trouvé quelque preuve dans mes papiers. Voilà huit mois qu*on les examine , et , loin d'y rien trouver qui puisse offenser le gouvernement, on a dû dire à Votre Majesté que, dans ma ^correspondance la plus secrète , lorsque Toccasion s'est présentée déparier de votre personne sacrée ou de son gouvernement, je Tai toujours fait avec les sentiments de respect et de vénération qui sont dans mon cœur. Je ne demande pas, Sire, que Votre Majesté revienne sur ce qu'elle a fait ; nous nous soumettons avec une entière résignation et sans le moindre murmure à ce qu'elle a prononcé. Que l'Ordre demeure à jamais exclu des capitales de l'Empire , le séjour nous en a été trop funeste. Notre ambition se borne à nous rendre utiles dans les lieux où Votre Majesté daignera nous employer. Votre Majesté sait que nous n'avons pas mis moins d'empressement à nous dévouer au service pénible des Catholiques de la Sibérie qu'à accepter des emplois moins obscurs et plus agréables. Notre dévouement sera toujours le même, jet le plus ardent de nos vœux est de prouver à l'univers que le souvenir des bienfaits de Votre Majesté est gravé dans nos cœurs en caractères ineffaçables. Mais, nous avons besoin aussi d'avoir quelque assurance, que nos efforts sont agréables à Votre Majesté Impériale , et qu'elle ne nous regarde pas comme des cœurs ingrats, indignes de ses bontés. J'ose lui en demander un gage , en la suppliant de m'accorder une grâce que je sollicite inutilement, de ses ministres depuis plus de dix-huit mois , c'est de pouvoir faire , avec deux Pères de mon Ordre , le voyage de Rome. Ma reconnaissance envers le Souverain-Pontife et les affaires essentielles de mon Ordre m'y appellent depuis longtemps. Je me oroirai heureux de manifester dans les pays étrangers ce que mon Ordre doit à Votre Majesté et les sentiments dont je suis pénétré. »
Ce voyage à Rome, la dernière pensée, le rêve suprême du vieux Rrzozovi^ski , dérangeait les espérances piétistes de l'Empereur. Ce prince est dans l;i première ferveur d(î la Sainte-
Alliance, cesW-dire il cherche par cet acte de fédération, à réunir tous les cultes dans un seul qu'il entrevoit en songe et qui réalisera la tolérance universelle. Brzozowski, proscrit de Pétersbourg et de Moscou , était prisonnier dans Tempire russe« Alexandre s'occupe, avec une fébrile activité, de Témancipation religieuse et constitutionnelle du monde entier, et il contraint un Général des Jésuites à mourir dans ses Etats , lorsque les affaires de la Catholicité et celles de son Institut rappellent à Romec
Du fond de la Russie-Blanche , Brzozowski continua de gouverner les enfants de saint Ignace : il dirigea leurs efforts, il assista à leurs premiers combats ; il ouvrit leurs Missions transatlantiques ; puis , le 5 février 1820, il expira, en désignant pour Vicaire le Père Mariano Pétrucci , recteur du Noviciat de Gênes. Cette mort, dçpuis longtemps prévue, faisait cesser une anomalie que, par déférence pour le pouvoir, les Jésuites avaient toujours respectée.
Il n'était pas possible que le Général d'une Société répandue sur tous les points du globe et partant du principe catholique comme de sa source, pût résider ailleurs qu'au centre même de la Catholicitér Les Profés s'avouaient bien que le séjour du Général à Polotsk ou à Yitepsk était un obstacle aux labeurs de leur Ordre et à la diffusion de l'Evangile. Us se soumirent cependant sans murmure. Dans la personne de Brzozowski, ils honoraient tous ces Pérès, qui n'avaient jamais douté du rétablissement de la Compagnie et qui s'étaient efforcés de la maintenir dans son intégrité.
La mort déplaçait le pouvoir : les Jésuites pensèrent que le successeur de Loyola , de Laynès et d'^quaviva , serait plus à l'aise près de la Chaire pontificale que sous le sceptre des Ro* manoff. Le lendemain du trépas de Brzozowski, le chef- lieu de l'Institut se transforma en simple Province, dont le Père Stanislas Szvietokowski eut la direction. Le nouveau Provincial présenta une supplique au Czar. Cette supplique tendait à obtenir la permission d'envoyer des députés à la Congrégation qui allait se réunir à Rome. Toutes les Provinces avaient droit d'y voter par leurs mandataires ; mais cette élection viciait les conditions d'existence de la Sociclé de Jésus en Ftussie, telle que
26 GUAP. I. — HISTOIRE
Catherine li avait songé à rétablir. Elle privait le gouvernement impérial de cette autorité morale qu^il pouvait exercer sur un Institut qui, de 1786 à 1816, partant du chiffre de cent soixante-dix-huit membres, s'était rapidement élevé à celui do six cent soixante^quatorze ^ Les Jésuites s'échelonnaient de Polotsk à Odessa; on les rencontrait à Vitepsk et à Astracan, à Ormsk ainsi qu*à Irkoutsk; ils possédaient des Collèges florissants, et des Missions où ils avaient eu Tart de se rendre indispensables ; plusieurs grandes familles les invoquaient comme précepteurs. Il fallait ou leur fermer la Russie ou circonscrire leur zèle dans Tenceinte de ses frontières. Par Torgane du Père Szvietokowski , ils demandent à changer la nature du contrat qui les lie à TEmpire. Galitzin, toujours hostile aux enfants de saint Ignace, conseille au Czar de saisir l'occasion qui lui est offerte, et, le 13 mars 1820, c'est un décret d'expulsion qui répond à leur supplique. Ce décret était précédé d'un rapport du ministre des cultes. Le prince Galitzin s'y pose en adversaire trop intéressé de la Compagnie de Jésus pour que ses assertions puissent faire foi au tribunal de l'histoire; nous les admettons cependant comme un de ces documents officiels qui ne prouvent jamais ce qu'ils prétendent démontrer. On lit dans cette pièce :
tf Le renvoi des Jésuites de Saint-Pétersbourg ne leur a pas fait changer de conduite. Les rapports des autorités civiles et militaires s'accordaient à prouver qu'ib continuaient à agir dans un sens contraire aux lois. Ils travaillaient à attirer dans leur croyance les élèves du rite grec qui se trouvaient au Collège de MohiloviT ; et lorsque, pour leur en ôter les moyens, il fut prescrit que des Catholiques romains seuls pourraient dorénavant y faire leurs études . ils commencèrent à séduire les militaires du rite grec cantonnés à Vitepsk pour les rendre infidèles à la Foi de leurs pères.
j» De même en Sibérie leur conduite ne répond point au but dans lequel ils ont été institués. Sous prétexte de vaquer aux fonctions de leur sacerdoce, ils fréquentent des endroits où aucun Catholique romain n'habite; ils aveuglent les gens du peu-
< Calalogm sociorum et qffkiorum SocklaUs Jesu in impcrio Uossiaco in annum 1810.
pie et leur font changer de croyance. Les mêmes principes diri* gent leur, conduite dans le gouvernement de Saratof. — Les bulles des Papes et les lois de FEmpire défendent d^engager les Grecs- Unis de passer au culte catholique romain; cependant le Père Général des Jésuites opposait à leurs règlements une autre . bulle qui permet aux Grecs- Unis, à défaut de prêtres de leur rite, de se présenter à la communion par-devant les prêtres catholiques romains. Mais les Jésuites dépassent même les dispositions de cette bulle. Us répandent leur séduction dans les endroits qui ne manquent pas de prêtres du rite grec-uni. En 1815, j'ai rappelé au Père Général des Jésuites le contenu suivant du décret impérial du 4 juillet ^803 : « Cette tolérance, qui porte le gouji vernement à s*abstenir de toute influence sur la conscience 1 des hommes dans les affaires de Religion, devrait servir de » règle aux autorités catholiques dans leurs relations avec les » Grecs-Unis, et leur interdire toute espèce de tentatives pour » détourner ces sectaires de leur culte. Si la Religion dominante » ne se permet à cet égard aucun moyen coercitif, combien plus » une Religion tolérée doit s'en abstenir ! »
p Dans les colonies aussi, les Jésuites, en séduisant les individus de la profession évangélique, répandent dans les familles les germes de trouble et do division. En 1801, les Jésuites employaient jusqu'à la violence pour convertir des Juifs : conduite incompatible, selon les termes du décret impérial du 12 août 1801, tant avec les principes généraux de la religion chrétienne, qui ne souffre aucune coaction, qu'avec les lois positives âe l'Empire, qui punissent sévèrement toute espèce de séduction. On a été obligé de réclamer l'assistance des autorités locales pour arracher les enfants juifs de la maison des Jésuites.
» Mais, si quelques faits ont été réprimés alors, les principes existent toujours, et les Jésuites continuent à s'y conformer dans leur conduite, malgré tous les ordres contraires du gouvernement. L'usage même qu'ils font de leijrs biens ne se trouve pas en harmonie avec les préceptes de la charité chrétienne. L'état des paysans qui habitent les terres possédées par les Jésuites dans la Russie-Blanche prouve combien peu cette Société s* occupe do leur bien-être.
28 CHAi'. I. — Histoire
» Votre Majesté Impériale a rencontré elle-même quelques-uns de ces malheureux que les maux physiques ont privés de tout moyen d^existence, munis de passe-ports^ pour mendier leur pain. Touché de leur extrême misère, vous m'avez ordonné , Sire, d'écrire au Père Général des Jésuites combien il était contraire aux principes chrétiens d'abandonner à la pitié publique des êtres pauvres et faibles, surtout lorsque les Jésuites ont tous les moyens pour venir à leur secours.
» Tels sont les faits véritables relatifs aux Jésuites en Russie. Un État puissant leur accorde un refuge honorable à l'époque même où ils sont poursuivis et dispersés partout ailleurs ; jouissant du bienfait, mais repoussant la reconnaissance, ils outragent ces mêmes lois qui les reçoivent sous leur égide, opposent à leur influence salutaire une désobéissance obstinée, et, usurpant le titre de missionnaires refusé par le règlement de 1769 au clergé catholique romain en Russie, agissent au milieu d'un peuple éminemment chrétien comme parmi ces hordes sauvages qui ignorent jusqu'à l'existence de Dieu.
» Et lorsque, en butte h la méfiance générale et au juste mécontentement de l'Europe, les Jésuites sont accueillis en Russie avec générosité ; lorsqu'elle leur prodigue les marques les plus sensibles de confiance et d'estime, en leur imposant le devoir sacré d'élever une partie de ses enfants, leurs coreligionnaires, de répandre dans leur esprit les lumières des sciences et dans leur cœur celles de la Religion; c'est alors même que s'armant du bienfait contre le bienfaiteur, ils abusent de l'inexpérience de la jeunesse pour la séduire, profilent de la tolérance exercée envers eux pour semer dans les victimes de leur trahison une
1 Dans ce passage du rapport orflcid, lu Mini&lrc, on lo voit, cherche at înU^resser la 9CiisibiIilé de l'Empereur et à lui présenter les Père» de la Compagnie de Jésus comme des matlres durs et cruels qui ne prennent aucun soin de leurs paysans. Les terres appailenanl aux Jésuites avaient été le théâtre des guerres de 4812- Elles sVldienl vues dévastées aussi bien par les armées ennemies que par les troupes amies 11 devait donc Décessairemeiil s'y rencontrer plus de misère qu'ailleurs. On laissait les plus indigents ou les plus vagabonds errer jusqu'aux portes de Polersbonrg; mais ce nVtait pas les Jésuites qui leur délivraient des passe-ports et qui les aulorisaient h mendier. ].e& Jésuites ne pouvaient pas se substituer au gouvernement et si celle pénurie a été constatée par TEmpcreur luimême, c*ei-t bien plutôt aux officiers de police de la province qu'il faut s'co prendre qu'a la CumpaQuic, dont le seul devoir était de secourir les paysans vivant dans ses dou'aines.
DE LA COMPAGME DE iÉSUS. SO
intolérance cruelle, minent les fondements des Etats, rattachement à la Relgion de la patrie, et détruisent le bonheur des familles en y portant l'esprit de discorde. Toutes les actions des Jésuites ont pour mobile l'intérêt seul, comme toutes elles ne se sont dirigées que vers Taccroissement illimité de leur pouvoir. Habiles à excuser chacun de leurs procédés illégaux par quelque règlement de leur Compagnie, ils se sont fait une conscience aussi vaste que docile.
p D'après le témoignage du Pape (llément XIV, « les Jésuites, dès leur établissement, s'étaient livrés à de basses intrigues, avaient des disputes continuelles en Europe, en Asie, en Amérique, non-seulement entre eux, mais encore avec les autres Ordres monastiques, comme avec le Clergé séculier et les étdblissementade l'instruction publique; ils agissaient même contre les gouvernements. On se plaignait de leur doctrine, contraire aux bonnes mœurs et au véritable esprit du Christianisme ; on les accusait surtout d'être trop avides des biens de ce monde. Toutes les mesures prises par les Papes pour mettre fin à ce Scandale ont été inefficaces. Le mécontentement croissait, les plaintes se succédaient , les esprits se révoltaient , et les liens mêmes du Christianisme se relâchaient. Quelques-uns des monarques catholiques, ne voyant point d'autres moyens de détourner l'orage qui menaçait de destruction leur Eglise, se virent obligés d'expulser les Jésuites de leurs Etats. » C'est dans ce sens que s'exprimait alors le Pape, dont la pénétration découvrit la cause de tant dé maux dans les principes fondamentaux de la Compagnie des Jésuites, et qui s'est décidé, en conséquence, à dissoudre cette Compagnie pour rendre l'ordre et la paix à l'Eglise.
f Lors de l'éloignement des Jésuites de Saint-Pétersbourg, il fut déjà question de les renvoyer tous hors de la Russie ; mais Votre Majesté Impériale a décliné cette mesure, par la raison qu'avant de l'effectuer il fallait trouver des Ecclésiastiques connaissant les langues étrangères, afin de pouvoir remplacer les Jésuites dans les colonies ainsi que dans d'autres endroits.
p Maintenant qu'il appert des renseignements pris par moi qae les autres Ordres monastiques du culte catholique romain peuvent fournir le nombre suffisant de Prêtres capables de remplir
30 (ittAt>* î. — «iSTôîfiÈ
les fondions de ledr sacerdoce dans les colonies, et oftié, de t'ail- Irc côté, les Jésuites se montrent plus coupables que jamais, j ose proposer à Votre Majesté Impériale d'ordonner ce qui suit :
» Les Jésuites,* s'étant mis par leur coriduite hors de la protection des lois de TEmpire, comme ayant oublié non-seulement les devoirs sacrés de la reconnaissance, mais encore ceux que le serment de sujet leur imposait, seront renvoyés hors des frontières de TEmpire, sous la surveillantie de la police, et ne pourront jamais y rentrer sous quelque forme et dénomination que ce soît. »
Dix autres articles, réglant, expliquant ou corroborant le décret d'expulsion, s'attachent dans leurs détails à rendre plus dur cet exil, qui ne se base sur aucun fait certain. Puis le ministre des cultes conclut ainsi :
» En cas que Votre Majesté Impériale daigne agréer ces propositions, j'oserais la supplier de charger les ministres de Tintérieur , des finances et moi , chacun pour ce qui le regarde , de l'exécution immédiate des articles ci-dessus.
• C'est ainsi qu'un terme sera mis en Russie à l'existence des Jésuites indociles aux lois et aux autorités de l'Etat, auxquelles ils doivent, d'après la parole de saint Paul, être soumis, non-seulement par la crainte du châtiment, mais aussi par le devoir de la conscience. Ainsi seront éloignés des hommes privés de ces véritables lumières qui viennent d'en haut; sourds à la voix de saint Jacques, dont les saintes paroles terminent la bulle par laquelle le Pape Clément XIV a supprimé la Compagnie de Jésus : « Y a-t-il quelqu'un qui passe pour sage et pour savant entre » vous? qu'il fasse paraître ses œuvres dans la suite d'une bonne » vie avec une sagesse pleine de douceur. Mais, si vous avez » dans le cœur une jalousie pleine d'amertume et un esprit de conj» tention, ne vous glorifiez point faussement d'être sages, et ne » mentez pas contre la vérité. Ce n'est pas là la sagesse qui vient A d'en haut; mais c'est une sagesse terrestre, animale, diabo- * lique. Car ou il y a jalousie et un esprit de contention, il y a » aussi du trouble et toute sorte de désordres. Mais la sagesse » qui vient d'en haut est premièrement chaste, puis amie de la » paix, modérée et équitable, docile, pleine de miséricorde et » des fruits des bonnes œuvres ; elle ne juge pas, elle n'est pas
nt LA COMt>AGNtË DE lÉStJS. 31
» double Bi dissimulée. Or, les fruits de la justice se sèment » dans la paix par ceux qtii font des oeuvres de paix. $
Voilà encore un édit de bannissement contre les disciples de rinstitut; la Russie les cbasse de son seln^ comme la France, FEspagne, le Portugal, Naples, et le duché de Parme le firent au dix-huitième siècle. Un petit-fils de la grande Catherine applique aux Jésuites, préservés de la mort par son aïeule, les paroles que Clément XIV leur jetait en licenciant le corps d'élite de Tannée chrétienne. Par une de ces anomalies auxquelles l'histoire de la Compagnie nous a forcément habitué, tous les Monarques qui se laissent entraîner dans les voies de l'arbitraire, tous les ministres qui signent des décrets de proscription, tous les peuples qui regardent passer ces exilés ne songent pas à se demander de quels crimes on les accuse. 11 existe une loi qui sert de base à chaque Code criminel et qui est le fondement de toute justice. Cette loi, aussi vieille que le monde, défend de punir qui que ce soit avant de Fav^^ir fait juger et d'avoir précisé les imputations portées contre lui. Les Jésuites n*ont jamais pu jouir du bénéfice de cette loi. A Lisbonne, le marquis de Pombal les condamne de son chef; en Espagne, Charles 111 et d'Aranda, son ministre, les suppriment ; les Parlements de France, aux ordres de Choiseul et de madame de Pompadour, fabriquent des arrêts où l'iniquité le dispute à l'ignorance. A Rome même, dans une heure de cécité pontificale, Clémeiit XIV brise la Société dont les plus saints, dont les plus grands de ses prédécesseurs sur la Chaire de Pierre ont glorifié les services et honoré les vertus. Chez ces peuples de moeurs si diverses, mais qui tous tiennent à la législation naturelle comme à la garantie de leurs droits , la Compagnie de Jésus a souvent trouvé des accusateurs , des proscripteurs et des bourreaux , elle réclame encore des magistrats intègres. Elle a été condamnée, flétrie, exilée, déciniée; elle n'a jamais été jugée.
Le rapport du prince Galitzin , œuvre du conseiller Tourgueneff et du comte Capo d'Istria , ne porte pas l'empreinte de cette haine vivace qui se rencontre seulement dans des hommes appart^ant au même culte. On ne charge pas les Jésuites de crimes imaginaires, on ne dénature point leurs correspondances ;
32 CIIAP. I. — HISTOIRE
on semble invoquer le prétexte le plus plausible pour les sacriQer au triomphe des Sociétés bibliques et des rêves de fédération d'Alexandre; mais le document otiiciel reste dans les bornes d'une modération calculée. Le gouvernement possède les papiers de la Compagnie, ses correspondances avec Rome et avec les Jésuites de tous les pays. On a dit et accrédité à Pétersbourg que les Russes embrassant le Catholicisme recevaient par Tentremise des Jésuites un bref du Saint-Siège qui leur accordait la faculté de paraître schismatiques lorsque, dans le for intérieur, ils étaient unis à TEglise romaine. On a même prétendu que le gouvernement moscovite avait entre lès mains des preuves de cette hypocrisie. Le rapport n'en fait aucune mention; on n'en découvre nulle trace dans les archives impériales ; tout tend même à établir qu'à cette époque, si les Sociétés bibliques et le néo-christianisme d'Alexandre eussent pu tourner une pareille arme contre Rome , ils n'auraient pas manqué de s'en servir.
Nous avons sous les yeux des copies de ces brefs , copies qu'on affirme authentiques et levées sur l'original. Mais , comme l'historien doit se tenir en garde et sa défier des falsifications ainsi que des documents apocryphes suggérés par l'esprit de parti ; comme , d'un autre côté , le Saint-Siège et les Jésuites se sont toujours inscrits en faux contre de semblables documents, nous ne pouvons y ajouter foi jusqu'à preuve plus décisive.
De ce rapport, accepté par l'Empereur , il surgit bien quelques excès de zèle catholique , mais ces faits individuels , en supposant leur véracité démontrée, méritaient- ils la peine sévère appliquée à tout un Ordre ? L'autorité ne les signalait que depuis très-peu d'années ; est-il présumable que les Jésuites aient cherché à se compromettre , précisément lorsqu'ils se savaient en butte aux méfiances de Galitzin , aux intrigues des Sociétés bibliques et des Universités, sur lesquelles l'Empereur venait de sanctionner leur triomphe ?
A la nouvelle de l'ukase qui brise les liens existants depuis plus de deux siècles entre les Catholiques de la Russie-Blanche et la Compagnie de Jésus , la consternation fut générale. Des larmes coulent dans les églises ; chacun accourt du fond des steppes pour voir une dernière fois ceux qui ont si souvent consolé les
Catholiques. Dans tontes les villes où s*élève une maison de TOr* dre, des commissions furent nommées par le gouvernement; elles se composèrent d*un Magistrat, d'un Ecclésiastique séculier < et d'un Religieux. Ces commissions avaient ordre d'interrogpr inviduellement chaque Jésuite , de lui promettre des avantages sans bornes et la faveur du pouvoir , s'il voulait renoncer à l'Institut. Trois ou quatre vieux Pères, sur près de sept cents, se laissèrent séduire.
Pour se former une idée , même imparfaite , de l'existence à htquelle les Jésuites s'étaient voués, il ne faut pas seulement les étudier au milieu des cités ou parmi les enfants qui bénissaient leur nom et acquittaient, par une reconnaissance dont les preuves subsistent encore, les bienfaits de l'instruction chrétienne ou de l'éducation première. Ce ne fiit point là qu'ils apparurent plus grands par le samlice de toutes les joies humaines que parle travail ; mais il importe jie jeter un regard sur les Hissions que le gouvernement leur donna à défricher. Dès le 5 avril 1805, le Père Fidèle Grivel écrivait des bords du Volga à un de ses amis de France : « Il n'y a que vingt mois que la Compagnie est chargée de ces Missions, et déjà il y a un changement notable. 11 y a cent mille Catholiques répandus dans le gouvernement de Saratof ; ils sont divisés en dix Missions, dont six sur la rive gauche et quatre sur la rive droite du Volga. Chaque Mission est composée de deux, trois, quatre ou cinq colonies ou villages. Ma Mission est à Krasnopolts, sur la rive gauche. J'ai neuf cent soixante-deux communiants en quatre colonies; chacune a une assez jolie église de bois.
f Ce n'est pas ici un Japon , ni un pays de Hurons, ce n'est pas non plus un Paraguay; c'est un diminutif de l'Allemagne quant au moral, et jusqu'ici il n'y a pas d'apparence que nous mourrions martyrs. Je suis satisfait et disposé à rester ici volontiers le reste de ma vie. »
Les Jésuites n'avaient pas en Russie l'attrait du péril pour les expiter, l'enthousiasme ou la résistance des peuplades sauvages pour les animer. Leur zèle ne devait éclater qu'aux yeux des autorités militaires. Il était circonscrit dans d'étroites Hmites; les franchir eût été un crime irrémissible. Il fallait être modéré dans
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son ambition de civiliser par la Foi. Ils avaient à vaincre les vices invétérés de ces populations sans patrie, les défiances des Grecs ; souvent, comme à Riga, les susceptibilités protestantes refusant aux Catholiques un peu de cet espace et de cet air libre qu*elles savent si bien conquérir pour elles. La capitale de la Livonie était toujours la cité intolérante par principe : au nom de Luther , elle tendait à opprimer la Religion romaine. Chaque culte pouvait élever son temple dans les murs de cette ville ; il était interdit aux seuls Catholiques de jouir d une prérogative qu'ils sollicitaient depuis trois siècles. Vers 1802 , ils osèrent s'adresser à Tempereur Alexandre et lai demander des Jésuites. Le Père Gruber reçut ordre d*en faire passer trois en Livonie : il désigna Joseph K^mienski, Marcinkiewicz et Puell, qui arrivèrent le 40 fé-* vrier 1804. Le prince de Wurtemberg et les magistrats moscovites accueillirent avec empressement ces Religieux ; mais bientôt ils n'eurent pas de peine à s'apercevoir d^s inimitiés secrètes ou patentes auxquelles leur ministère allait être en butte. La plupart des Catholiques de Riga s'étaient laissé gagner par cette fièvre de débauche qui épuise les grands centres commerciaux. Les treis Missionnaires succombaient à la peine sans espérance de succès , lorsque, en 1806 , le Père Joseph Coince se fit leur auxiliaire.
A peine a-t-il pris connaissance de la position morale dans laquelle languissent les habitants de Riga , qu'il s'ingénie pour y remédier. Par une de ces inexplicables corruptions dont il ne faut accuser aucun culte , car aucun n'est responsable de pareilles monstruosités, le catéchisme luthérien que les pères de famille se voyaient forcés de mettre entre les mains de leurs enfants n'était qu'un code d'athéisme et de lubricité. Coince en oppose un qui reçut la sanction de l'autorité ; mais il devenait urgent de le faire accepter aux familles , plus urgent encore d'arracher la jeunesse des deux sexes à tous les vices précoces dont elle portait le germe en elle. Coince avait mesuré l'étendue du mal : il le conjure en publiant des livres de morale adaptés à l'intelligence abâtardie de ces peuples ; il crée des écoles. Afin d'attirer la confiance des parents, il charge des fonctions d'institutrices de nobles dames françaises et allemandes. Sous la direction de la comtesse de Gossé-Brissac et de la baronne de Holk , elles donnent à ces es«
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pcccs (le salles d*asilc de rcnfancc un développement extraordinaire. La bienfaisance des femmes aidait la charité du Jésuite : il triomphe en peu de temps des préventions et des instincts mauvais.
Coince avait rendu chaste et pieuse la génération naissante, il voulut la faire libre. Des lois iniques pesaient depuis trois siècles sur les Catholiques , dont les Protestants de Suède étaient parvenus à nier les droits de citoyens. Pour ces émancipateurs delà pensée humaine , les Catholiques ne sont plus que des Jui& du quatorzième siècle, auxquels on refuse les privilèges de la patrie et même Thonneur de mourir sous le drapeau national. Le Jésuite entreprend de détruire cet abus de la force. Le marquis de Pal- Incci se trouvait gouverneur de Riga au nom du Czar. Le Père Coince lui communique ses plans de réhabilitation ; Pallucci les adopte 9 il s'engage à les favoriser. Il assemble les notables de Livonie , il leur soumet les propositions que le Jésuite a inspirées ; un cri de répulsion s'échappe de toutes les bouches. Le Jésuite est accusé de semer la perturbation dans ce pays et de tendre au renversement des lois ecclésiastiques et civiles. La menace ne Teffrayait pas plus que les insultes : on songe à lui susciter d'autres obstacles. Un procès lui est intenté ; mais, après six mois de débats judiciaires, l'Empereur publie un décret qui garantit aux Catholiques la liberté de croire et de prier en commun.
Jusqu'alors ils n'avaient pas même eu le triste privilège de faire ouvrir à leurs pauvres ou à leurs malades les portes des hospices publics. Coince avait triomphé du Protestantisme, il conçoit ridée d'offrir un asile aux souffrances dont il est le seul consolateur. Tous les moyens lui manquent; néanmoins cet homme sait espérer contre toute espérance , et , sans autre leviej que son zèle , mener à bonne fin les entreprises les plus ardues. Un hôpital était par lui jugé indispensable : il intéresse le marquis de Pallucci à ses projets. Le Jésuite parle , il fait parler ; il émeut les cœurs, il réveille dans les âmes le sentiment de la pitié, et le 16 juillet 1814 la première pierre de rédifice était posée. Le 15 août 1815 , cette demeure de l*indigence recueillait toutes les misères.
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Mais Forage dirigé par les Sociétés b.bliques commençait a gronder sur la Compagnie de Jésr.s. Le Père Coince était Tim des adversaires de leur système : le premier il reçoit ordre d'abandonner cette nouvelle patrie que ses sueurs ont arrosée et ou , par la puissance de sa volonté , il a fécondé tant de miracles de civilisation. Il faut renoncer à ces œuvres si laborieusement enfantées ou abjurer l'Institut de saint Ignace. Les Jésuites compagnons du Père Coince et Coince lui-même n*hésitent pas un seul instant. Ils étaient entrés proscrits dans Tempire de Russie , ils en sortirent proscrits. Les Catholiques se pressaient autour d*eux avec des prières et des larmes. Coince et Krukowski pleurent avec leurs fidèles, mais le sacrifice était consommé; les Jésuites partirent. Le peuple leur témoignait sa tristesse par de touchantes effusions. Le gouverneur de Riga ne craint point de s^associer à ces regrets; le 13 juillet 1820 il adresse au disciple de r Institut la lettre suivante, touchant résumé des bonnes œuvres accomplies.
« Mon très-révérend Père,
» Si je n*ai pas répondu jusqu*à ce moment à la lettre dont vous m*avez honoré le 1*^' avril dernier, c'est que j*ai toujours espéré voir retarder Tépoque de votre départ; mais, puisqu'il vient d'être fixé, je m'empresse, mon très-révérend Père , de vous prévenir que j'ai donné tous les ordres nécessaires pour qu'il vous soit fourni , ainsi qu'aux autres Pères qui partent avec vous , tout ce qui est nécessaire pour votre voyage. Les sentiments que vous me témoignez, mon très-révérend Père, dans votre lettre, m'ont rappelé le vif chagrin que j'ai souvent éprouvé de n'avoir pas été à même de contribuer comme je l'aurais voulu à tout le bien que vous avez fait et que vous avez voulu &ire ici , et m'ont sensiblement pénétré de douleur pour la perte que non-seulement la communauté catholique va éprouver par vdtre départ, mais tous les habitants de Riga en général, les écoles que vous avez établies ici pour les deux sexes , l'hôpital et la Société des dames séculières de la Miséricorde, tous monuments qui par eux seuls suffiraient pour attester de votre zèle et de vos soins infatigables pour la ville de Riga, si d'ailleurs toute votre
conduite et celle de vos Pères ne vous eussent donné les plus grands droits aux regrets bien sincères que cause votre éloignenient. Persuadé que, sensible à rattachement que Ton vous a témoigné ici, vous éprouverez, mon très-révérend Père , quelques regrets de quitter le bien que vous avez fait, je crois les adoucir par Fasssurance que je vous donne de faire tous mes efforts pour maintenir dans^ leur état actuel tous les établissements dont cette ville vous est redevable. Les vœux bien sincères que je forme pour votre bonheur vous suivront partout, et si jamais vous pouvez me croire propre à vous être utile, disposez de moi comme d*un ami qui vous est sincèrement attaché.
» P., marquis de Pallucgi. »
Le même dévouement à Thumanité éclate sur les points les plus reculés de la Russie. C*est là que de préférence les Jésuites fixent leur séjour, c*est de là aussi qu'ils veillent comme des 91ères attentives sur ces douleurs de Tâme et du corps dont personne, en dehors d'eux , ne semble se préoccuper. Il existe à Mozdok , sur le Caucase , une colonie formée de prisonniers et du rebut de différents peuples. Cette colonie croupit dans l'ignorance, ne songeant qu'à satisfaire ses vices et ses haines. La force elle-même n'a pu assouplir ces natures rebelles. L'empereur Alexandre veut que les Jésuites tentent un dernier essai. Ils ont à subir des vicissitudes de toute sorte, des outrages de toute nature; mais enfin, vers Tannée 1810, ils arrivent à la solution du problème. Les colons de Mczdok , vaincus par la persévérance des Missionnaires, leur rendent les armes , et déjà le Père Woyzevillo se jette dans le Caucase pour annoncer aux indigènes le Dieu mort sur la croix. Des obstacles insurmontables semblent conspirer pour frapper leurs travaujt de stérilité. Les Pères Suryn et Gilles Henry en triomphent par des merveilles de patience et de courage. Ils sont les Apôtres de ces hommes à demi barbares ; ils deviennent les Anges protecteurs des troupes russes cantonnées au milieu de ces régions , chaque jour exposées au double fléau de la peste et de la guerre.
D'inénarrables privations, d'affreuses souffrances étaient réservées aux Jésuites dressant leur tente dans ces montagnes. A
la veix de leur chef, aucune' ne recule, et, dans l'abandon de leur correspondance intime , voici de quelle manière ils acceptent cette vie de tribulations. Le Père Gilles Henry, Jésuite belge, écrit de Mozdok, le 29 juin 1814 : « On vient de publier ici l'ordre de renvoyer tous les Polonais. Tout en entrant dans leur joie , je me sens le cœur singulièrement affligé de voir partir cies pauvres malheureux , que nous avons comme régénérés en les transformant en agneaux, d'ours qu'ils étaient. Maintenant mes dépenses me paraissent agréables , et je ne prévois qu'avec peine le moment où je ne devrai plus me priver de mon pain, de mon diner pour en nourrir Taffamé, de mon manteau, de mes bottes et même de mes bas pour en revêtir les membres précieux, les frères bien-aimés de mon Sauveur. U me semblera qu'il me manquera quelque chose lorsque je n'aurai plus l'occasion de revenir couvert de vermine. Si j'avais quelque chose à regretter, c'est de m'être trop défié de la Providence , c'est de ne pas m'être privé davantage de mon repos pour alléger leurs douleurs. »
Dans une autre lettre du 13 juillet 1814, ce même Jésuite écrit encore : c On a été dans de grandes alarmes àÂstracan, on a cru que le Révérend Père Suryn était tombé entre les mains des païens. Depuis sept ans, j'ai, chaque jour, de pareilles craintes sur le compte de notre Supérieur. Mais serait-ce donc un malheur, si l'un de nous, en exerçant le saint ministère, était fait prisonnier? Heureuse captivité qui probablement briserait les chaînes par lesquels Tenfer tient les montagnards en captivité ! Serait-ce un malheur si l'un de nous était dévoué à la rage des païens? Nous voulons arborer l'étendard de la Croix , et le sang des Martyrs n'est-il pas la semence des Chrétiens? »
Le 10 août de la même année , le Père Henry n'ambitionne plus le martyre. Il raconte les calamités auxquelles ses pauvres Chrétiens et ses soldats captifs se voient en butte. Ici ce sont des nuées de sauterelles qui dévorent les moissons et empoisonnent l'air; là c'est la peste avec toutes ses horreurs; puis, après le récit de ces fléaux, le Jésuite ajoute en sollicitant grâce pour sa charité ; « U me reste à demander pardon des dépenses que
j'ai faites. Comment agir? Quelle règle observer lorsqu'un ma* lade meurt &ute de pain, sort de Tbôpital sans chemise ? Qu'auriez-YOus fait $1 vous eussiez rencontré le fils de M. le comte Potocki sans bas, sans souliers, sans culottes, sans chemise? Pourrait-on me reprocher d'avoir demandé son mouchoir à la première dame que je rencontrais , ses bottes à un cosaque , sa chemise à un autre? Mille cas semblables se présentent. Depuis Pâques je suis sans argâit, et je dépense par mois trois cents roubles. Grâce à la divine Providence , je n'ai pas de dettes. Personne ne serait resté en vie pour porter de nos nouvelles en Pologne; mais j'ai fait instance auprès du général, et, quoiquUl n^y ait ici aucune troupe pour les remplacer , il vient d'envoyer par une estafette ordre de faire partir de suite tous les Polonais de Mozdok, les malades mêmes sur des voitures. Quels douloureux adieux je vais recevoir! J'en reçois de plus consolants des moribonds qui, au moment de rendre l'âme , tournent encore les yeux vers moi , comme s'ils voulaient me dire : c A vous revoir dans le ciel, mon cher Père. »
Telles sont les vastes conspirations dont les Jésuites s^occupent sans cesse. Ce que le Père Henry retrace avec tant de naïveté, tous les autres , dispersés dans l'empire de Russie , le con- .firment par leurs écrits et encore mieux par leurs actes. Le jour et la nuit ils sont entre les désespoirs de la peste et la pénurie de secours humains. Ils subviennent à tous ces maux; et, lorsque l'arrêt de proscription leur est signifié sur cette terre désolée, le Père Gilles Henry adresse au Père Grivel sa dernière lettre. Elle est ainsi conçue :
« Depuis seize ans que nous sommes à Mozdok , au pied du mont Caucase, nous avons tenté inutilement de pénétrer dans l'intérieur des terres occupées par des gens barbares. Païens ou Mahométans, qui regardent comme une bonne œuvre le massacre d'un Chrétien. Cependant nos travaux n'ont pas été inutiles pour les colons du pays, et surtout pour les troupes qui passent sans cesse en ce pays, de la mer Caspienne à la Mer Noire et de Mozdok à la Géorgie. Depuis l'invasion de la Russie par les Français, nous n'avons pas eu un moment de repos. Le gouvernement russe a envoyé ici douze mille Polonais pri-
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sonniers, sans loi, sans mœurs ; mais Yexil et les maladies les ayant attaqués, nous en avons profité pour les ramener à de meilleurs sentiments, et Dieu a béni nos travaux.
» A Mozdok, nous avons deux cents Catholiques, Arméniens fidèles; et, comme il passe ici beaucoup d*étrangers qui vont ou reviennent de Russie en Géorgie ou en Chine, et qu*on ne trouve ni hospice ni hôtellerie, nous avons bâti un grand hospice où tous les voyageurs sont admis indifféremment, et gratis autant que nous pouvons. Nous avens eu occasion de donner rhospitalité à plusieurs Anglais. Nous avons élevé une grande église. Après avoir tant travaillé pour le bien de cet État, on veut nous renvoyer comme tous les autres Jésuites. Mais, non contents de nous chasser, on voudrait nous déshonorer en nous rendant apostats. On nous a fait des promesses et des menaces. Nous avons répondu qu'avec la grâce de Dieu, nous voulions vivre et mourir dans la Compagnie de Jésus. »
On les expulsait du Caucase au moment où TAsie allait se rouvrir devant eux. Les Arméniens, délivrés du joug des Perses et tombés sous la domination de la Russie, montraient une vive répugnance à embrasser le schisme des Grecs. Ils invoquaient des Missionnaires pour se confirmer dans leur Foi. La Perse faisait le même vœu ; elle demandait les membres de la Société de Jésus que Tempereur Napoléon lui avait fait entrevoir un jour. Lorsque le Général Gardanne conclut; au mois de janvier 1808, alliance avec la Perse, Napoléon, qui voulait se faire accepter en Asie comme l'héritier direct des rois ses prédécesseurs, fit insérer dans le traité une clause vraiment extraordinaire. Il exigea protection pour les Jésuites que la France aurait le droit d'envoyer en Perse, et cela au moment même où ils étaient bannis de son empire et où le Pape ne les avait pas rendus il l'existence'. Mais ce nom de Jésuite retentissait au
^ Le traité conclu cotre la France et la Perse contient, k l'article 15, les clauses suivantes :
« Les Prêtres qui se trf»u?eront en Perse pour instruire et diriger les Chrétiens seront honorés de toute la bienveillance de Sa liaulcsse, à condition qu'ils ne s'ingéreront point dans ce qui regarde la Foi musulmane , et qu'ils ne se permettront rien de contraire à celte Religjon. Les Prêtres « Moines et Religieui de la loi de Jésus qui habiteront la Perse pour remplir les fonctions de leur culte , se tronvant à l'ombre delà pnMectioo impériale, ne seront veicés ni tourmentés par personne, et eui-mémes ne mettront jamais le pied hors du sculicr du devoir , et ils ne de-
loin ; il portait avec lui une signification que les Orientaux se montraient heureux d*admettie. Napoléon, au ténioignage du colonel Mazorewicz, ambassadeur de Russie à Téhéran, se garda bien délaisser échapper ce moyen d'influence.
On avait calomnié les disciples de Loyola passant leur vie dans les glaces de la Sibérie et dans les montagnes du Caucase, entre k misère des indigènes et les langueurs des exilés. Lorsque le gouvernement apprit que la détermination de ces Pères était aussi immuable que celle de leurs compagnons, Galitzin, qui sent le besoin de les conserver, leur propose une dernière transaction. Ils sont libres de rester fidèles à leurs vœux, on les accepte comme Jésuites ; ils doivent seulement se dépouiller de leur habit et de leur nom. Les Missionnaires, encore plus attachés à leur Institut qu*au Calvaire sur lequel ils se placent volontairement, calvaire qui ne leur manquera pas ailleurs, refusent le compromis. Les négociations durèrent plus d*un an ; et, lorsqu'ils partirent de ces lieux, où ils avaient adouci tant de souffrances, les gouverneurs-généraux les comblèrent de témoignages d'estime. Dans la Crimée comme sur les bords du Volga, la séparation fut aussi cruelle. Le marquis de Pallucci avait déploré leur retraite, le général del Pozzo, qui commandait àÂstracan, mourut de douleur, et les Chrétiens du Caucase essayèrent de désobéir à Tordre de l'Empereur. On chercha en Allemagne et en Pologne des Ecclésiastiques pour remplacer les Jésuites qui évangélisaient ces montagnes , il ne s'en présenta point.
Les affiliations bibliques triomphaient en Russie sur les débris
vront jamais rien faire qui puisse blesser et contrarier la croyance musulmane ; et si un Musulman , des Arméniens ou des Européens se comportaient avec irrévérence envers des Prêtres, le juge de Tendroil, après la vériticalion des choses, les punirait et les remettrait dans le devoir, de façon que dorénavant ils ne leur manquassent plus de respect. Les juges ne trouveront pa^ mauvais que les Chrétiens habitant les contrées du Daghestan , de Tauricz cl de Kara Bagh , de ITrak, du Farsistau et autres provinces de l'Empire , portent du respect aux Prêtres. Personne non plus ne contrariera les Arméniens et enfants d'Arméniens qui seront auprès des Prêtres, soit pour s'instruire, soit pour les servir. Si les Prêtres désirent construire soit une église, soit une ihapellc« personne ne les en empêchera, et on leur donnera aussi un terrain , conformément à ce qui est énoncé en Tarticle 3. » {Recueil des traités de commerce et de navigation entre la France et les puissances étrangères entre elles, par M. le comte d*Hauterive.)
Le Père Gilles Henry, dans une lettre en date du 29 mars' 1829, écrit au Père Raymond Brzozowski que le colonel Mazorewicz lui avait assuré qu'on Usait d|96 le traité : Gallican habituramjus millcndi Jesuitas in Persidem.
de la Compagnie de Jésus ; leur victoire ne fut pas de longue durée. Sous le régne d'Alexandre, elles avaient pris de vastes développements, mais peu k peu le Czàr s'avoua qu*il s'était donné des maîtres. Son âme inquiète cherchait partout la vérité comme un aliment nécessaire à ses pensées ; il essaya de comprimer Tessor de ces Sociétés, dont le but n*était plus pour lui un mystère. Lorsque , aux portes du tombeau , il confessa, diton, la divinité et la prééminence du Catholicisme \ il léguait en
t Gerelourvers TuDiié cathalique oe se trouve conflrnié par aucun adeofAciel, par aucun témoignage public. Le caractère d'Alexandre, son penchant pour la vérité religieuse, et les tristesses de ses dernières années ont sans doute contribué h accréditer un bruit qui jusqu'ici n'a peut-être d-aulres fondements que l'entrevue du Czar avec le prince abbé de Hohcnlohe , dont le nom est si célèbre en Eu* rope. Dans ses lichthluhen und ^rgebnissen, le Prince raconte ainsi lui-même celte entrevue :
u S. M. l'empereur Alexandre vint à Vienne au mois de septembre 1822. Ce Monarque, qui avait voué une amitié sincère k la famille princière de Schwarzenberg, manifesta au prince Joseph de celte illustre maison le d^sir de me connaître.
» L'audience que S. M. devait me donner fut fixée au SI septembre, à sept heures et demie du soir. Ce jour sera toujours pour moi un des plus remarquables de ma vie. J'adressai la parole en français à S. M.« et je lui dis :
« Sire, la divine Providence a placé V. M. sur un des degrés les plus élevés de nia grandeur terrestre; c'est pourquoi le Seigneur exigera aussi beaucoup de 1» V. M.; car la responsabilité des rois est grande devant Dieu. Il a fait choix de » Y. M. comme d'un instrument au moyen duquel il a voulu donner le repos et M la paix aux nations européennes. De son c6lé, V. M. a répondu aux vues de la «Providence, en exallant la bénédiction de la Croix et en relevant par votre » puissante volonté la Heiigton qui était renversée. Je regarde le jour d'aujour- » d'hui comme le plus heureux de ma vie, parce que j'ai le bonheur, dans ce u moment, de témoigner à V. M. le profond respect dont je suis pénétré pour » elle. Que le Soigneur ^ous confirme par s^a grâce, et qu'il vous protège par ses » s tinis anges ! Telle sera l'humble prière qu'à i)artir d*à présent j'adresserai au » Ciel pour V. M. »
M Ces paroles furent suivies d'une pause pendant laquelle TEmpereur ne cessa de me regarder; puis il se jeta à genoux en me demandant la bénédiction sacerdotale. 11 me serait difficile d'exprimer par des paroles l'émotion que j'éprouvai dans ce moment. Voici tout ce que je pus lui dire de la pU^nitude du cœur :
« Je dois permettre qu'un aussi grand Monarque s'abaisse de la sorte devant » moi, parce que le respect que Y. M me témoigue ne s'adresse pas à moi, mais m a Ci'lui que je sers et qui vous a délivré par son sang précieux, 0 grand prince, » comme il nous a délivrés tous. Que le Dieu triple et un répande donc sur > Y. M. la rosée de sa grâce céleste ! Qu'il soit voire bouclier contre tous vos en- » nemis, votre force dans chaque combat! Que son amour remplisse votre ccayr, » et que la paix de Notre-Seigneur Jésus-Christ demeure sur vous en tout temps, m
v C'^st tout ce que je pus dire, parce que les larmes s'échappaient de mes yeux de tous côtés. S. M. me pressa contre son cœur ; après quoi, ému moi-même d'une manière inexprimable, je le serrai à mon tour contre mon sein palpitant.
» Notre entretien roula ensuite sur divers événements qu'il ne m'est pas per* mis de raconter ici, l'Empereur m'ayant imposé le silence en me les confiant. Je demeurai auprès de Sa Majesté jusque onze heures moins un quart. Comme mon cœur saigna lorsque j'appris sa mort deux ans après ! « Non, il ne se passe point de jour que je ne me souvienne de lui dans mes prières au Tout-Puissant. »
même temps à son successeur le soin de renverser cette agrégation protestante. L'empereur Nicolas se montra fidèle à la dernière politique d'Alexandre, et les Sociétés bibliques subirent le destin qu elles avaient préparé à Tlnstitut de Loyola.
Tandis que les Jésuites servaient de mot de ralliement aux hérétiques s'efforçant de tuer la Foi, Tlnstitut de Loyola , rétabli par le Souverain-Pontife Pie VII, se livrait à Rome à un grand travail intérieure Le Gesù et le Noviciat de Saint-André leur étaient rendus , ils y revenaient pleins de joie et d'espérance. Les Papes avaient voulu que la maison-mère fut conservée dans l'état où elle se trouvait au jour de l'arrestation du Père Ricci. La bibliothèque seule avait été vendue à l'encan par ordre des commissaires de Clément XIV. L'église du Gesii était dépouillée de la statue en argent de saint Ignace et de plusieurs objets précieux qui ornaient le temple '; mais, à part ce tribut payé à la
1 Le cardinal Pacca, Tami et le conseil du Pape Pie Vil, fut un des princes du Sacré'Collc^c qui, dit-on^ exercèrent le plus d'influence auprès du PoiiUre pour le déterminer à proclamer la résurrection de la Société de Jésus, résurrection à laquelle le cardinal Gonsaivi semblait s'opposer par des molirs politiques. Dans le manuscrit inédit où Pacca raconte les événements de son second ministère, nous trouvons un passage qui laisse toute la gloire de l'inilialive à Pie Vil. Pacca s'exprime ainsi : « Une des premières opérations que le Pape désira faire fut celle, si glorieuse pour lui, du rétablissement de la Compagnie de Jésus. Dans les enirelieus que j'avais chaque jour avec lui, durant notre exil de Fontainebleau, nous avions souvent parlé des graves préjudices causés à l'Eglise et à la société civile par la suppression de cet Ordre, aussi justement célèbre dans l'éducation de la jeunesse que dans les Missions apostoliques. J'avais donc lieu d'espérer que le Pai'O ne serait pas éloigné de songer un jour k ressusciter les Jésuites à Rome, ainsi que dans toutes les contrées qui, à l'exemple de l'empereur Paul de Russie et de Ferdinand IV, roi de Naples, les avaient rédami^s pour leurs peuples. Arrivé à Rome le 24 mai t8U, les entretiens de Fontainebleau se présentèrent touth-coup à mon esprit ; mais, suivant les vues de la politique humaine, celle opération me paraissait encore peu mûre, et, à cause des circonstances, je la regardais peutêtre comme imprudente et très-difficile. Nous étions à peine échappés aux tempêtes soulevées par la secte philoiopbique qui rugissait au seul nom de Jésuites, et nous ignorions ce que diraient les cours étrangères du rappel d'un Institut dont, peu d'années auparavant, tous les souverains catholiques avaient exigé l'entière suppression.
i> Malgré ces motifs, Tcrs la Qn de juin, environ un mois après notre retour à Rome, je voulus faire une tentative sur Tesprit du Pape, et je lui dis Un jour à Taudience : « Très-Saint Père, il faudra reprendre de nouveau noire conversation sur l'Ordre de Jésus, * et, sans que j'ajoutasse autre chose, le Pape répliqua : — Nous pouvons rétablir la Compagnie à la prochaine fête de saint Ignace. » Cette réponse spontanée et ioatleuduc do Pie VII me surprit cl me remplit de coni:ola'' tion. »
. ^ Ce fut le traité de Tolentino qui força Pie VI k ces déplorables spoliations. Bonaparte l'obligeait de payer à la France vingt-cinq millions. Rome était obérée, et au lieu de- faire peser sur le peuple cet impôt d'une inju^^le conquête, le Pape aima mieux priver les églises de leurs ricbcsses artistiques.
44 CHAP. I. — UlSTOlfiE
Révolution française , la maison n'avait subi aucun changement. Devenue communauté de prêtres dont le savant Marchetli était le chef, elle fut presque entièrement composée d'anciens Jésuites. Ils y vivaient, ils y mouraient, ils y étaient ensevelis. On avait vu parmi ces vieillards les Pères Âlberghini, Hervas, bibliothécaire du Pape, François de Sylva , Lascaris, Ximenez et Velasco y terminer une carrière que les travaux scientiQques illustrèrent beaucoup moins que les vertus sacerdotales. Tout était main* tenu par eux dans la même régularité; ils n'avaient interrompu ni une cérémonie ni une instruction dans l'église. Muzzarelli y avait même fondé les exercices du Mois de Marie, que plus tard tous les diocèses de la Chrétienté adoptèrent.
Dans sa sollicitude pour l'accomplissement de ses vœux , Pie VU ne se déguisait point que l'éloignement du Général entraînait des retards inévitables, et que son séjour en Russie ferait naître des difficultés pour l'exécution de la bulle de rétabUssement. Au moment même où cette bulle fut publiée, le 7 août 1814, il désigna le Père Louis Panizzoni pour remplacer Brzozowski dans les Etats Pontificaux , jusqu'à ce que le Général lui-même eût pris d'autres mesures. Le 21 décembre, Jean Perelii fut nommé Provincial de Rome et Vicaire-Général. Proscrits sur tous les points du globe, les Jésuites s'étaient réfugiés autour de la chaire de Saint-Pierre comme dans un asile ouvert à l'infortune. Il n'y eut pas de ville, pas de bourg en Romagne qui ne reçût quelque Pèr^ espagnol, portugais ou napolitain. Les Missionnaires du Paraguay, du Chili , du Pérou et du Brésil augmentèrent bientôt le nombre de ces exilés. Au milieu des travaux qu'ils s'imposaient pour le salut des âmes ou pour la gloire littéraire de leur patrie , ils conservèrent vivant le souvenir de l'ancienne Compagnie ; ce Bélisaire collectif de l'Eglise qui , après avoir arraché la Catholicité aux étreintes du Protestantisme, était condamné par un Pape à l'inaction et à la mort. En apprenant que la Société se reconstituait, ils accoururent à Rome. La liberté dont ils avaient joui no servait qu'à leur faire mieux appécier le bonheur de l'obéissance.
Quelques mois se sont à peine écoulés depuis le 7 août 1814, et déjà les Jésuites occupent les collèges de Terni , de Ferrare ,
d'Omelo , de Viterbc , de Tivoli , d'Urbin , de Fano , de Ferenlino et de Galloro. Par un décret en date du IG octobre 1815, Ferdinand III , duc de Modènc , les introduit dans ses Etats. Litalie, dont les guerres de la Révolution et de FEmpire viennent de bouleverser les lois et de modifier les mœurs, est restée catholique tout en changeant de maîtres. Elle désire consacrer le principe que Toccupation ennemie n'a pu vaincre , elle demande des Jésuites. Âfm de répondre à cette unanimité, les jeunes gens des meilleures familles , ceux qui donnent les plus heureuses espérances , se pressent pour entrer au Noviciat de Saint-André. Cette maison est spacieuse ; elle ne peut plus contenir les postulants. En 181&, un second Noviciat se fonde à Reggio de Modéne. L'année suivante , un troisième est créé à Gènes. On se précipitait dans les nouvelles Maisons de la Compagnie pour être admis au nombre de ses enfants ; mais cet empressement, que Ton ne put régulariser dans les premières années , produisit des abus auxquels il importait de remédier. La confusion s'établissait à la place de Tordre. Le bien se faisait au dehors , mais dans Tintérieur il n'en était pas ainsi. L'Institut ne panenait point à s'asseoir sur ses vieilles bases et à retrouver son ancienne discipline. H se voyait menacé de dissolution au moment même où l'existence lui était rendue.
Les Noviciats garantissaient une certitude d'avenir , mais ils ne satisfaisaient aucun besoin du présent. Il fallait y achever le temps des épreuves et des études, discerner la véritable vocation d'un premier enthousiasme et épurer Talliage qui s'y était glissé. Les vieillards , dont une joie inespérée renouvelait la jeunesse comme' celle de Taigle , succombèrent en peu de temps aux labeurs que le courage ne trouva jamais au-dessus de ses forces. En moins de quatre ans, près de cinquante de ces vétérans moururent, léguant à leurs héritiers, comme tradition de fanàille, les anciens usages et Tesprit de TInstitut. Quelques-uns, tels qu'Andrès, Iturriaga et Doria, laissaient des titres savants destinés à leur survivre , et le Père Louis Felici ua renom de vertus que Rome conserve avec respect. Ces vertus élaient devenues populaires, parce que Felici s'était toujours rais en contact avec le peuple parles associations pieuses qu'il avait eu l'art de
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fonder et d'entrelenir. En 1819 l'Ordre de Jésus perdait un de ses membres : celui là avait été souverain , et il s'appelait dans rhistoire Charles-Emmanuel IV , roi de Sardaigne et de Piémont.
Au milieu des cruelles épreuves que la fin du dix-liuîtieme siècle accumulait sur la tête des monarques, Charles-Emmanuel, né en 1751, avait été réservé à deux bonheurs bien rares dans l'existence d'un prince. Son éducation fut confiée au cardinal Gerdil ; il eut pour épouse Clotilde de France. Les calamités de l'Italie étuient à leur comble, lorsqu'en 1796 Charles-Emmanuel monta sur le trône. La résistance devenait impossible; le nouveau roi, partant pour l'exil, accourut saluer à la Chartreuse de Florence le vieux Pontife Pie VI, traîné lui-même en captivité. Le 7 mars 1802, il perdit cette Clotilde, dont la sainteté est un des plus beaux fleurons des couronnes de France et de Sardaigne. Le 4 juin de la même année, il renonça, en faveur de son frère Viclor-Emmanuel , à un diadème qu'il n'avait ceint que pour suivre le deuil de la Monarchie. Retiré à Rome, il ne voulut plus entendre parler que des choses du ciel. Le Père Pignatelli et les Religieux les plus illustres des différents Instituts devinrent ses amis et ses commensaux. Quand la Compagnie de Jésus se vit rappelée à l'existence, il témoigna le désir de lui consacrer ses derniers jours. Son vœu fut enfin exaucé, et, le 11 janvier 1815, il entra au Noviciat de Saint- André, sur le Quirinal. Il revêtit l'habit de la Société. Autant que ses infirmités le permirent, il s'astreignit de point en point h la règle; il pria, il médita, tandis que les autres Monarques couraient dans les Congrès à la poursuite de leurs royaumes morcelés par la Révolution. Calme et heureux dans sa cellule, il laissait ses derniers jours s'écouler au milieu des Novices, qu'il aimait comme on père, et à l'avenir desquels il s'intéressait avec un cœur de vieillard qui a vu gronder sur sa tête tous les orages. Le nouveau Jésuite ne vécut que quatre ans parmi les Frères qu'il s'était choisis. Il expira le 7 octobre 1819, et, comme il l'avait demandé, on l'ensevelit avec le costume de la Compagnie *.
1 Les Minisires de Viclor^Einmanuel, dominés par h sagesse du siède, n'osèrent pas apprécier celle çloirc de rhuniilité cbrOJicnne et reconnartrc le Jésuite dans le
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Le 6 décembre 1818, Louis Fortis succéda au Père PerelK dans la charge de Vicaire-Général. Ce dernier était accablé par Tâge ; et, dans la position des choses, l'on sentit plus que jamais le besoin de conserver le nerf de la discipline, ainsi que Tunité de gouvernement. Le Père Sinéo fut choisi pour Provincial; mais, le 5 février 1820, la mort de Thaddée Brzozowski mit un terme à une situation exceptionnelle. Il avait désigné pour Vicaire-Général le Père Mariano Pétrucci. Pétrucci s*empresse d'accourir à Rome, il désigne quatre Consulteurs pour suppléer à l'absence des Assistants, et il fixe la Congrégation Générale au 4 septembre. Des difficultés de plus d'un genre s'offraient dans l'application des règles à suivre pour élire un nouveau chef. Pie VII consentit, le 2 juin, à valider, par la plénitude de sa puissance, les formalités que les circonstances ne permettraient pas de remplir. Les Provinces nommèrent leurs députés â la Congrégation ; les uns franchissaient les Alpes , d'autres étaient déjà dans la ville pontificale. Tout se disposait pour l'ouverture de l'assemblée, lorsque, le 1*** août, le cardinal Annibal délia Genga , Vicaire du Pape, écrit, au nom de Pie VU, que les Jésuites polonais forment une partie notable de la Société, et qu'on ne doit pas tenir sans eux la Congrégation Générale.
Un espace d'un mois et demi leur restait encore ; les Pères ne tardèrent pas à deviner que cette note du cardinal délia Genc a cachait un piège ; Mariano Pétrucci, sans consulter les Provinciaux et les électeurs, enjoint à ceux qui sont en route de suspendre leur voyage. Cette démarche étonne et inquiète les Jésuites; ils prient le Vicaire-Général de sonder les intentions du Pape, le Vicaire refuse d'obtempérer à ce vœu. Rozaven alors se décide à presser le départ des Profès que la lettre de Pétrucci doit arrêter ; il leur mande de ne point tenir compte des ordres contraires qu'ils pourraient recevoir. Accompagné des Pères Sinéo et IMonzon, il se présente au cardinal detla Genga; ce dernier leur donne l'assurance qu'aussitôt l'arrivée des Polonais la Congrégation s'ouvrira.
roi Charles-Eminanuel. Sur le mausolée qiiMs firent élever k la mémoire de eo Prince, ils inscrivirent tous ses litres i^ouveroins ; ils oublièrent comme à dessein celui qui lui fui le plus cher» puisqu'il était descendu voloutairemenl du ivùne pour mourir sous riiaMt de la Compagnie de Jésus.
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AU commencement de septembre, ces Pères touchent à Rome. Rien ne s'oppose plus à la tenue de rassemblée. Mais, le 6, le cardinal délia Genga mande qu'il faut ajouter de nouveaux Assistants à ceux déjà en exercice, et que, pour régler les difficultés touchant la Congrégation, des commissaires seront nommés. Les cardinaux délia Genga et Galeffi sont à leur tète. Le 14, trois nouvelles lettres de délia Genga parvienaent coup sur coup : la première confère au Vicaire-Général toutes les prérogatives du chef de TOrdre, et, selon qu'il l'a désiré, elle lui adjoint d'autres Assistants ; la seconde déclare que , pour remédier aux nullités et aux irrégularités , le Saint-Pére souhaite que délia Genga et Galeffi président à l'élection ; la troisième resta secrète.
Les Jésuites connaissaient l'affectioti que le Pape portait à la Société; ils savaient qu'il voulait conserver intactes ses Constitutions ; ils ne conçurent donc même pas la pensée de l'accuser ou de le soupçonner; mais l'intrigUe leur semblait évidente. Dans la manière d'agir, dans les entretiens de Pétrucci, ils trouvaient une preuve palpable de sa participation. Une mesure extrême pouvait seule sauver la Compagnie d'un péril dont les causes étaient encore pour eux un mystère ; la mesure fut adoptée. Les Assistants, les Provinciaux, les députés, au nombre de dix-neuf, adressent une supplique à Pie VII. Deux Pères la remettent au cardinal Consalvi, secrétaire d'Etat. Consalvi était plutôt un grand diplomate, un homme du monde, qu'un ecclésiastique. Il aimait peu les Jésuites, qu'il regardait comme un nouvel embarras politique, au milieu des complications de l'Europe. Mais il savait être juste; il dédaignait de seconder de sa toute-puissante autorité un complot qui allait faire rejaillir sur la tiare le contre-coup d'une trame obscure. Il affirma aux deux Pères qu'il appuierait leur supphque, et qu'à partir de ce moment ils pouvaient regarder l'intrigue comme vaincue*
Cette intrigue, dont le Vipa ire-Général était l'agent, sans en mesurer la gravité, avait pour but de modifier les Constitutions dans plusieurs de leurs points essentiels , et d'amener le Souverain-Pontife, par lassitude ou par dégoût, à laisser crouler le monument que ses mains avaient réédifié. La discorde éclatant au sein de la Compagnie, au moment même où il s'agissait de
procéder à l'élection d un Général , devait forcer Pie VII au repentir, ou tout au moins l'empêcher de soutenir un Ordre qui ne savait pas rester uni, pour tâcher de se montrer fort. Le calcul était habile ; ceux qui l'avaient fait espéraient que tout marcherait selon leurs vues. Délia Genga, dont la religion avait été surprise, se rangeait de leur côté ; ils n'ignoraient pas que Consalvi, absorbé par les soins du gouvernement extérieur, ne prendrait pas longtemps la défense de la Compagnie de Jésus, et que les cardinaux Mattéi , Pacca et Galeffi ne pourraient jamais faire prévaloir leur amitié pour l'Institut contre un plan si bien combiné. Il fallait que l élection du Général devînt une impossibilité morale, afin que le Saint-Siège se décidât à dénaturer son œuvre. On travailla à la réussite de ce projet.
Consalvi avait promis que la Congrégation se réunirait immédiatement; le 3 octobre un rescrit pontifical en ce sens est adressé à la Société. Le Vicaire-Général cherche encore, à surseoir ; il se croit appuyé par le cardinal délia Genga ; délia Genga est excité par les meneurs que la Compagnie renferme dans son sein; ils prétendent l'anéantir ou s'en rendre maîtres. Consalvi n'a pas eu de peine à pénétrer leur intenti'on; Pie VII ordonne que le jour de l'ouverture de l'assemblée sera déterminé à la majorité des voix. Cette majorité ne se fait pas attendre, elle décide que le lendemain la Congrégation se réunira. Pétnicci la préside ; mais à peine a-t-il ouvert la session que, pour se débarrasser d'un électeur aussi clairvoyant que Rozaven, il affirme que les députés de France et d'Angleterre ne sont pas investis de pouvoirs réguliers : il leur enjoint de sortir de la salle. Ces Profês Aéissent sur-le-champ. Les difficultés soulevées par le Vicaire sont examinées par les autres et résolues à la pluralité des voix. Les députés expulsés rentrent pour exercer leur droit, et la Congrégation se déclare, à l'unanimité des suffirages, légitimement convoquée et réunie.
Cette fermeté déconcertait les trames hostiles; le Père Piétroboni est l'un des fauteurs du complot , il refuse d'intervenir à l'élection ; il arrache à Pétrucci une protestation contre la légitimité de l'assemblée ; il force même ce dernier à insinuer qu'il aura recours h un tribunal extérieur. Le péril était imminent;
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par un décret solennel, la Congrégation frappe de déchéance le Vicaire-Général; le lendemain il octobre, Piétroboni est exclu. Le cardinal délia Genga était son protecteur ; il épouse sa querelle, il veut faire partager au Souverain-Pontife son irritation contre les Jésuites. Pie Vil refuse d'associer le Saint-Siège à des intrigues dont Consalvi lui a découvert le jeu ; il j)asse outre, et le 18, la vingtième Congrégation est en permanence. On remarquait parmi les Pérès, Fortis, Rozaven, Billy, Charles Plowden, André Gallan, Sinéo, Szvietokowski, Montesisto, Vulliet, Delfa, Raymond Brzozowski, Korsack, Landes, Grivel, Grassi et Ganuza. Le même jour Louis Fortis se vit nommer Général de la Société au deuxième scrutin.
Le Père Vincent Zauli, théologien de la Sacrée-Pénitenccrie , Jean Rozaven, Augustin Monzon, et Raymond Brzozowski furent élus Assistants, Monzon, Admoniteur du Général, et Joseph Koricki , Secrétaire de la Compagnie.
Quand le pouvoir fut régulièrement établi, on constitua un tribunal pour juger les Profés qui avaient ambitionné le pouvoir ou essayé de porter le désordre au sein de l'Institut. Le 27 octobre, ce tribunal condamna Pétrucci et Piétroboni. Ils se soumirent à la sentence, ils reconnurent leur faute, et les Jésuites se contentèrent d'un repentir tardif. Mais les deux chefs apparents du complot n'étaient pas les plus coupables. 11 y avait au sein de la Compagnie des jeunes gens dont l'expérience n'avait pas mûri la fougue de caractère, des esprits inquiets aspirant à tout réformer ou à tout briser, et qui, récemment entrés dans l'Institut, voulaient l'appliquer à leurs fins particulières. La Congrégation les jugea dangereux, soit comme réformateurs sans intelligence, soit comme Religieux faisant servir leur état à une ambition coupable. Elle les expulsa.
Ces mesures étaient nécessaires pour assurer le repos de l'Ordre de Jésus. Quand elles furent prises, la Congrégation s'occupa de rendre les décrets dont elle sentait l'urgence. Par le sixiènie elle confirme, en tant que besoin est, les anciennes Constitutions, règles et formules de l'Institut. Par un autre elle fortifie, elle explique de nouveau le vœu de pauvreté, afin de prévenir les abus que peut entraîner la réunion de tant de Pères qui, pen-
dant si longtemps, jouirent de la liberté et disposèrent de leur fortune. Les idées sur l'éducation afvaient subi, dans le monde, de notables chan|^ments. On résolut d'adapter le Ratio studiorum aux besoins de la société moderne. Saint Ignace avait prévu ces besoins, il avait laissé à ses disciples la faculté d*y pourvoir. Une commission composée des Jésuites les plus versés dans renseignement fut formée. Le résultat de leurs investigations et de leur examen dut être soumis au Général, qui, aidé de ses Assistants, se vit chargé de coordonner les améliorations proposées.
Une certaine uniformité, au moins dans chaque Province, parabsait. indispensable à établir sur-le-champ. L'éducation était partout livrée à des novateurs dont les doctrines hasardées pouvaient produire de tristes conséquences. Les Jésuites s'avouaient que même parmi eux il y aurait des combats intérieurs à livrer sur ce point fondamental. Il fut décidé que Ton tracerait et soumettrait au Général des r^Ies provisoires qui obligeraient tous tes maîtres. Ainsi se termina la première Congrégation de Tlnstitut renaissant.