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lois accordaient, äl promit d enlever ‘aux charnbres ‘douze cent
is dédision shtérieutess dé: ième que cetté: aeriieréià péri pour page ün ‘as urgent, indispensable, ‘de: nécessité; mais ce cas, les Evêques ne le recotinaissént pas, ne l’avouent ÿas dans les’ cirédnstarices On: né peut donc avec justice les ‘accuser MER mêine SE ere à ces M hate 4 ie ue ‘sérent : ” i , 1 S’il faut s’en ER au récit 4e Frayesifoëfé ET de Beauvais, son ‘successeur, autail ‘longtemps lutté avec $a conscience avant d’accéptér là responsabilité dé l'ordonnance du 16 juin. « M. VEvêque de Beauvais, raconté l’ancien minisire, ést effrayé du danger d’éncourir un ‘blämié universel; il se trouvé das de cruelles perplexités, fondées, non: sur la érainle d’offenser Dieu en contresignant l’ordonnance, mais sur la cértitudé. de sc ‘déshonorer aux ‘yeux du Clergé, de ‘beaucoup de gèns dé bien’ et des nomibreux amis des Jésuites, et de se mettre dans ‘lé cas de ne pouvoir “etre ütilé ni au réi ni à l'Eglise. En conséquence. il prénd son-parti avec CÜurage, S’explique devant Je roi en ie, consbil, refuse de Cotresigner et donne sa‘démission. »
Gé loyal Scrupüle doit tenir une placé Hbhoräbté dans la vié de Féutrier. Il refusait d’adhérer à la proscription des Jésuites : le conité Portalis vint à son aide ; “il offrit de prendre sous sa ‘responsabilité 1ég” mesurés ecclésiastiques qui épu- ‘péaient à déux consciences d’Evéque. ‘IL y'avait qu’unié seule ordonnance, ôn “en prépara “deux; a, cest” par ce subterfuge que Poù fit ilhu: on à MEvèque de “Beauvais:
rel'est lé récit de Me Praÿsthbus I'pallie , il llénité les torts de sx Feutrier, “mais il ne les elfacé pas aux yeux de l'histoire,
Ke BERG SER AAUNMS ET 3
mille. francs annuels, pour, subvenir, aux besoins de didueation ainsi garroltée.
A:la. lecture de ces. ordonnances, la stupeur: des Catholiques un à: peme | la | joie des Constitutionnels. Les uns frémissaient, les autres. ! éclataient en. transports 4 ’allégresse, Tous: sentarent, en, effet, que: la Religion, et la monarchie ne se: reléveraient Ja mais du coup. qui les frappait. Les Catholiques. répétaient. avec sions les paroles: gués M k Tanneg. Daehhiel avait fait geaitp pas. à. cette époque. qu un jour : il pourrait, de nrux se présentait ; comme défenseur. de da; liberté na enseignement, et il disait : 2672 IR Le principe, fondamental des gouvérmements représeniais tels que celui sous Jequel nous sommes. destinés à: vivre, c'est. la Jiberté de la pensée: et de tous ses. modes de publication : la prédication religieuse est libre; aucune autorité n'enchaine la science; Ja discussion politique, ne reconnait, d’ autres limites: :que | les bornes imposées par: le besoin de protéger. les droits des: citoyens et de maintenir la tranquillité. de JEtat. Pourquoi done, tandis que partout. ailleurs la liberté. règne, l'enseignement seul est-il esulave ? te 02 Supprimez. la liberté d’ ‘enseigner et placez instruction. tout entière, entre Jes mains du gouvernement, puis voyez, quels vont être les résultats de cette belle organisation. Du côté des: maîtres, plus. de concurrence, plus. d’ émulation ni de. désir de perfection nement ; leur sort ne dépend que de l approbation de leurs supé- TIurs;. il .se décide, dans les bureaux : .or,: on sait, à quel. degré de esprit des bureaux est favorable aux auliorilens Quant aux Supérieurs eux-mêmes, aux fonctionnaires. «chargés de, diriger l'enseignement, croit- -on, quelque éclairés qu'on. les suppose, que leur surveillance présente. autant. de garantie que l'autorité des parents? | que
.» Donnez au gouvernement le monopole, de l'enseignement, Vous attribuerez : à une partie de la société le droit de faire triompher, ses opinions, par la force et d’opprimer les Opinions, .contraires ; vous livrerez l instruction ? à toutes les chances des yicissiludes politiques : Sa fortune, qui, ne deyrait dépendre que. des
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188 à CAP. V. LT HISTOIRE
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progrès ‘de la séciëté, changera avec 16$/major tés et'1és ministères. | Made » Affranchit l'éniséignément est le seul moyen dé lui rehdre de LR vie et de le relever de abaissement € où l'a jeté là servitude. » ) ms était 7e, principe” “de la libre € concurrence, 1 R consécration de
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fab ft S eut à leur donner des féis en nt de cétte faculté si éloquemment définie par M. Duchätél. On savait Tes résistances du roi, Les Hioitimes monarchiques blimaient hau-
tement 1 ministère : 1S Libéraux le provoquaient à persévérer.
Les plus sages ou les plus habiles du parti désiraient que Ton s'en tin£ pour quelque témps à ce premier triomphe ; lès exällés aspiraient à tirer de leur victoire toutes les conséquences. “Hi ini portait d’ effraÿer Charles X'et d'apprendre ? à la France de quels dangeis les Jésuites menaçaient Son honneur et : son repos. ne
Le 21 juin 1828; “Labbey de Pompières & s'écria à la itibuné : à Dés Religieux , ; que les lois du royaume désignent comme Ennémis ‘dé L'ÉUAE ! n 'ontils pas été rappolés en Secret? n ‘ont-ils pas été ftroduits dans’ tous lés oMices, ‘élevés’ aux plus hautes fonctions, non be leur mérite, mais à cause de leur caractère? Déjtils siégént dans tous les RATER et les dirigent; is sont placés à la tête’ de l'instrüction publique ; ils reconstruisent, leurs “monägtères, ‘ouvrent LCR pays de séminaires et de couvents, autôvisent a Congréganions, “nous repladent 's sous NE joug” de Roth: nt 3h ouf} HO
Eh} ÉHédnbs dés’événeniénts ; cette audace était une pompeuse niaiserié 3 la" Révolution cépendant' J'accueillit comme une déra 0 d intrépidé probité. Le ministère tait les Jésuites sous la imässue' dé'ses ordonnances, et, cinq jours après, le Libe- “aligme , toujours insatiablé de proscriptions, voyait encore les disciples de Loyola maîtres du gouvernement. Les Evéques de France n nê 6 partagètent pas 6e ces $ craintes. nu étaient blessés dans les
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dé sens, :@ qu “ dbratent protester, ‘sous peine dé mort. “HA ;
“par une ÉTAT du 21 avril 1828, M de’ Yatineshil } mi-
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nistre de l instruction publique , leur avait arraché le droit de Sur-
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veiller les écoles nt droit qui leur était attribué par u un décret c du à avril { 9. L UT in face, d hommes qui n "étaient forts que, pour faire le mal et
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qui n ‘avaient d'é énergie, que pour s s ‘abaisser devant l'idée révolu-,
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tionnaire, il fallait tenir iête à, r orage 0 où se laisser emporter par
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lui, On reprochat : au Clergé < son influgnce dans l administration
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et son attitude guerroyante ; on l acçusait de ne pas : vouloir Pac, liser a avec À esprit du siècle et de, tendre, par. tous les moyens à,
rune L'o on à imputait at aux x exigences du a des mesures que la politique seule, avait conseillées ; on Je disait turbulent el hautain ; on le dépouillait, tout en proclamant son insatiable avi, dité. On de blâmait d' êe, courtisan, et pour le per les ai
RPRETETE
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€ Les M et Évéques qui | se trouvent actuellement à Le Paris ont employé tous les moyens en leur pouvoir pour prévenir, le malheur des ordonnances du 16) juin ! 1898. Depuis qu ’elles ont été rendues, ils se sont plusieurs : fois réunis, afin de se concerter sur la résolution qu'ils auraient à prendre relativ ement au con cours qui leur sera sans doute demandé. Ils pensent que ce qu'il
r a. de us pren pour. la HU dans ces annee
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faire les interprètes S il ne s as que d’ exprimer des doléances; mais ils désirent savoir quel e est l avis des Evêques de France, | et quelle sera leur détermination positive. sur l'espèce d d’ adhésion consentaient, à concourir à leur. exécution de quelque manière, que ce soit. Doit-on du un silence absolu sur ce point, de,
190 | car. V. — HISTOIRE
méurér ‘dans une le iction complète, se refuser à à toute espéce de coopération , né répondre à à toutes les demandes que par un ac cusé de réception, dût-on s'exposer. à. subir foutes, les conséquences d’une semblable inertie ? Les Evèques qui se trouvent : à Paris pensent unanimement que telle est LE conduite à à tenir. Si cètte mesure était généralement adoptée 3 il en serait donné con naissance au Souvérain-Pontife au nom des Évêques, en Jui exposant contradictüirement, les mots de. Jeur résolution , et en. le Süpphiant de vouloir bien, après en avoir pesé Les avantages. ct les inconvénients , ÿ confirmer les. “Evèques | par son suffrage : ou, les diviger par ss conseils ét son autorité dans une cause qui intéresse si vivement la Religion et la discipline de l'Eglise.
7» Le moyen de recueillir les avis qui à semblé le plus sûr ef en même témps Te plus facile, est celui de prier Nosseigneurs les Métropolitains. ‘dé vouloir bien demander nominativément à leurs COMprOVIRCIAUX ce qu'ils pensent de cette mesure, et en suite de faire parvenir à un centre commun les résultats partiels de ces avis. Après le dépouillement général, la même voie sera employée pour faire éonnaître aux Évêques le résultat définitif qui fixerait la marche à suivre. En attendant ce résultat définitif, qu'on espère obtenir avant l'expiration du délai fixé par les ordonnances au 1° octobre, on comprendra combien il'est désirable. ct méme nécesgairé dé s’en tenir à de simples accusés de récep=, tion de toutes les lètires 1 seraient adressées relativement aux cdonnances. ) |
: Depuis ha conti divile du Glétgé ét Je Concile Éiohur
que l'Empéreur avait essayé d’ assembler à Paris pour forger dès armes contre le Saint-Siége, jamais l'épiscopat français ne s'était vü dans une position aussi critique. La cause des Jésuites se compliquait de la question d’enscignement. Le ministère, avec urie perfide astuce , avait combiné ses deux ordonnances dé telle sorté qu di réduisait: les Evèques au siléncé ou qu' ‘il les rendait impopulaires aux yéux du Libéralisme eu les forçant d” accepter I défense commune de l Institut de saint fgnace ét dé la Liberté. Les Evéques s’avouaient bien Je piége qu'on leur téndait; les Jésuites, auxiliaires du Clergé, n'étant pas plus coupablès qu'eux, 16$ prélats ne reculérent point. En’ dehors d'un devoir de con
science, ils avaient à satisfaire à “opinion Dr qui, | dans le.
ATTTS
Les deux extrêmes out en présence ; 4 ni fallait enrayer 1 le mou
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vement catholique o OÙ, être débordé, par ] lui. Les Libéraux Se jéter en. | feux sur une question. de. police administrative qui né le régardait pas ; et, par un contre-coup inévitable dans, ces sortes, de conflits, les Evéques étaient mis au | ban. des Catholiques exaliés. On harcelait leur prüdénce, et Y'abbé dé La Mennais, alors à à Turin, , voyait un Schisme sortir de celte inertie pastorale. lt écrivait au Pêre Manera : « Je viens de recevoir ‘des lettres de France qui ne contiennent rien de consolant. Il parait que la plu: part.des Evêques qui sont. à Paris montrent une grande faiblesse. Je ne m'attendais pas à. beaucoup mieux , mais Cela ne laisse pas d'aitrister. C’ est M. .Frayssinous qui à décidé le roi à signer les, deux ordonnances. Priez pour notre pauvre Eglise, SL prochainement menacée d' un schise. Heureusement qu'on peut CPRIer je crois, Sur une grande majorité du: Clergé..» in Le Nonce Lambruschini n ‘assistait point aux- réunions épisco= pales, mais Charles & avait confiance en;Sa modération : À il désirait le consulter et le prendre pour médiateur entre les exigences gouvemementales et les douleurs de l'épiscopat.. Larbraschini lut secrètement mandé au château de Saint-Cloud. .Le roi lui afirma que ses ministres arrangeaient les: choses de mäniére à ne pas, blesser l'Église, il le: chargea de faire. connaître au Pape. ses. VŒUX . En. même temps il ne déguisa point au Nonce apostolique. les. craintes qu'il éprouvait, de voir les Evèques se compromettre dans une «circonstance, aussi délicate. La Fpati de Lambrusa rs PRO à sur r les re tu À Ave que: Fi XIL et le cardinal Bernetti, son secrétaire d'Etat, Jeur étaient franchement hostiles ; néanmoins il lui répugnait d abandonner ce ben prince aux angoisses de sa conscience. Par un, curieux. intervertissement. jt rôles, le roi de France demandait à à un, envoyé, du Saint- Siége de. calmer ds irritation. du Clergé g gallican. Avec cette finesse de, diplomatie italienne qui a l'art d ‘envelopper sous, de douces
Lt HU Ce
paroles lés vérités les plus améres, Éambruschini fit sentir à
192 CHAP. IV. Pt HISTOIRE
Charles x que le ministère Martignac et Portalis le conduisait à l'abime. He Jui démontra ï injustice des attaques contre les Jé-
LÉRARTET ONE 14 LEL ATLAS suiles el le re: Fi lui ] prouva que, les concessions faites 1 n'é-, tent que le prélu ude de, concessions encore plus. importantes ; ;
j € 11% : jiit to } {4155 6 mais, ‘quand dE roi si interrogca sur “la possibilité de retirer alors
‘513 HOLTIOTER
ces ordonnances, Lambrusc] ini, qui en déplorai les suites, ne
ŒRERT intl
cru | pas devoir. donner : à Charles X uï “pareil avis. 0 ‘eût é été four- AN ff À LRUUTÉ } 1{
nir à la faction libérale : un nOUYEAU prétexte d accuser de mau-
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vaisé “foi la religion du so souverain. . Lambruschini lui, conseilla, de montrer à ses ministres le désir qu il av ait de ne pas faire exé— euter rigotrensement | la teneur des. ordonnances, et aux Evèques l'espoir qu il nourrissait de. les voir se confier à sa royale, parole. : jo EaE Ainsi deux actions distinctés surBissaient autour de Charles X.!
D'an côté, lé Nonce, touché de l'anxiété du roi très: chrétien, et métlant au-dessus ‘méme ‘des intérêts d'amour-propre où dé parti les’ iñitérèts éternels de l'Eglisé, pensait que lés atérmoie” ments étaient nécessaires: dé l’autre, ‘les Evèques, Aroissés dans leur indépendance et Œé léurs garanties, n ‘aspiräient qu'à bri= sér les fers dont l'incrédilité les chargéait. Le caractère dés deux nations s'était dessiné! LR M au nor ‘dé Ronié, parlait de inéragements indispensables ; les” prélats français se roïdissaïént à l’idée seule d’üne transaction avec leur droit. Lé Cardinal dé’ Clérmont-Tonnétté, l’äréhevéque de Paris, les Evéques de Chartres et de Nanëÿ furent ceux qui, tout d'abord, Soutinrent avec le plus de’ vigueur là cause dé l’ épiscopat et des’ Jésuites. Gaston de Pins, archevêque d'Amasie et administrateur du diocèse de Lyon, EnonÇA es sentiments dans une lettre admirablément motivée. "Il jugcait” avec une sévérité tout épiscopale l'ordonnance de Feutrier; puis arrivant à | celle que Je comte Portalis” aVait signée, if disait : "00e om Pique ELA démiaidé de là” déclaration d ’après. F Grdonnance, là! peine prononcée contre le refus d'y obtenipérér, donnent lieu à un dévéloppement d’aétion dans le pouvoir civil qui présente trois invasions distiniétés Sur les droits imprescriptibles de l'E lise de Jésus-Christ : 4° celle d'énléver aux Evêques huit établissements coclésiastiques qu’ As dirigeaient en vertu de leur titre, pour les
pi
soumettre au régime de l'Université; 2 celle de déclarer inhabiles à l’enseignement des petits Séminaires des maîtres investis de la mission épiscopale, mission divine, de laquelle seule ils relèvent d’après les saints Canons ; 8e celle de flétrir les vœux de Religion, lorsqu'elle frappe d'interdiction des instituteursprêtres, sur leur refus de déclarer par écrit qu'ils ne tiennent à aucune Congrégation religieuse.
» Or, ces trois invasions par Le pouvoir civil sont de tous points intolérables ; et lorsqu'il dépouille l'épiscopat de l'enseignement de ses établissements ecclésiastiques, qui lui appartient par le fait de sa mission apostolique; et lorsque , dans la personne des professeurs qu'il exclut de l’enseignement des petits Séminaires, il flétrit les liens sacrés par lesquels un Chrétien se consacre à Dieu par des vœux de Religion, selon la règle des Instituts approuvés par l'Eglise universelle; et lorsqu'il force les barrières du domaine de la conscience, par une investigation sacrilége, pour y arracher des déclarations dont on ne doit compte qu'à Dieu seul.
» Nous trouvons une doctrine également fausse, dangereuse, attentatoire au droit divin, subversive des droits sacrés de l'Episcopat et des saintes lois de l'Eglise, renouvelant par ses conséquences les erreurs des sectaires des derniers temps, que le Saint- Esprit a frappées d’anathème dans une multitude de Conciles.
» Accepter, au prix de la déclaration exigée par cette ordonnance, les chaires ou la direction de l’enseignement religieux dans les petits Séminaires, ce serait reconnaître, en quelque sorte, dans le pouvoir civil, comme juste et légitime, l'exercice d’un droit évidemment sacrilége, et comme vraie et selon Dieu, la doctrme qui frappe d'une peine légale laffiliation à toute Congrégation qui exigerait des vœux de Religion. »
Cependant la réponse de tous les Evêques arriva peu à peu à Paris ; elle était unanime, à quelques exceptions près. Le 2 août, . une seconde lettre fut adressée à chaque Evêque par leurs collégues assemblés à Paris ; elle était conçue en ces termes :
« Le résultat des réponses à la note envoyée confidentiellement à NN. SS. les Métropolitains et par eux à leurs comprovinciaux, a donné premièrement une parfaite unanimité pour qu'il fût
adressé au roi de respectueuses observations au sujet des deux ordonnances ; secondement une très-grande, mais extrêmement grande majorité, pour que l’on ne coopérät pas d'une manière active. Dix ou douze Evêques seulement ont différé d'opinion sur la conduite à tenir dans le cas où les choses seraient poussées à l'extrémité, et de ce petit nombre encore plusieurs annoncent qu'ils suivront l'avis de la majorité.
» En conséquence, les Cardinaux, Archevèques et Evêques qui se trouvent actuellement à Paris seront tous autorisés par l’épiscopat tout entier à présenter un mémoire au roi. Ce mémoire, rédigé par l’un d'entre eux, revu par une commission, a été unanimement approuvé dans tous ses points et adopté dans une réunion générale. Le mémoire signé par S. E. monseigneur le cardinal de Clermont-Tonnerre, doyen des Evêques, au nom de l'épiscopat français, a été présenté à Sa Majesté le 1° août. Il a été ensuite imprimé pour plus prompte expédition. Deux exemplaires en seront incessamment adressés à chacun des Evéques, qui sont priés de renvoyer un de ces exemplaires, munis de leurs signatures en signe de leur adhésion, le plus tôt possible, au centre commun.
» Messeigneurs les Métropolitains sont priés de faire connaître promptement cette disposition à leurs comprovinciaux. Le Souverain-Pontfe est instruit de la conduite des Evêques jusqu'à ce jour; des conseils lui ont été demandés pour l'avenir. On pense que le mémoire ne doit pas être rendu public, du moins pour le moment; ce serait en compromettre le succés. »
Le mémoire dont il s'agit avait été présenté au roi le 1er août. Plein de force et de dignité dans son ensemble, il offre néanmoins quelques hésitations de détail, de ces termes malheureux qui compromettent les meilleures causes en leur donnant un cachet de timidité. Mais ces taches disparaissent complétement lorsque
l'épiscopat fait entendre au roi ces magnifiques paroles :
« Sire, à l'appui des motifs que les Evêques ont l'honneur d'exposer à Votre Majesté pour justifier une conduite qu'on ne manquera pas peut-être de lui présenter comme une révolte contre son autorité, ils pourraient invoquer cette liberté civile et cette tolérance religieuse consacrées par les institutions que nous
devons à votre auguste frère, et que Votre Majesté a juré aussi de maintenir; mais ils ne veulent point entrer dans une question de droit public dont les maximes et les conséquences ne sont pas encore bien fixées, sur laquelle les plus habiles euxmêmes sont divisés d'opinions, et qui les jetterait dans une diseussion susceptible de s'étendre et de se resserrer, selon les temps et les systèmes toujours mobiles, toujours variables.
» Ils ont examiné dans le secret du sanctuaire, en présence du souverain Juge, avec la prudence et la simplicité qui leur ont été recommandées par leur divin maître, ce qu'ils devaient à César comme ce qu'ils devaient à Dieu ; leur conscience leur a répondu qu'il valait mieux obéir à Dieu qu'aux hommes lorsque cette obéissance qu'ils doivent premiérement à Dieu ne saurait s’allier avec celle que les hommes leur demandent, Ils ne résistent point, ils ne proférent pas tumultueusement des paroles hardies, ils n'expriment pas d'impérieuses volontés; ils se contentent de dire avec respect, comme les Apôtres : Non possumus, nous ne pouvons pas, et ils conjurent Votre Majesté de lever une impossibilité toujours si douloureuse pour le cœur d’un sujet fidèle visà-vis d'un roi si tendrement aimé. »
Les Evêques coneluaient en déclarant qu'ils resteraient spectateurs passifs de l'exécution des ordonnances au point de vue religieux , ce fut, sans contredit, un devoir ; au point de vue politique, cette maction était une faute. Le ministère en profita. Le Nonce apostolique avait été tenu à l'écart des conférences; il redoutait la publication de ce mémoire. Le cardinal de Latil lui affirma qu'il resterait secret entre le Saint- Siége , la Royauté et les Evêques. Lambruschini comptait à bon droit sur la parole de Charles X, et, craignant que cet écrit n’envenimät la querelle, 1l avait exigé qu'il ne parût dans aucun journal . Le 11 août, par
1 Nous lisons dans les documents manuscrits qui sont sous nos yeux la note suivante de la commission centrale des Evêques. Ils mandent de Paris, 9 août : « Les Evêques s’empressent d’adhérer au mémoire. Toutes les réponses n’ont encore pu être rendues au centre commun. Une note donnera connaissance du résultat. Celleci a pour objet de renouveler aux Evêques la recommandalion expresse du silence sur le mémoire. J1 a été promis verbalement el d’une manière positive qu’il serait apporté des facilités satisfaisantes dans l’exéculion des ordonnances; mais on les fait dépendre formellement de la non-publicité du mémoire, et l’on assure que la
moindre indiscrétion paralyserait une haute volonté, qui demande en ce moment des Evèques un peu de confiance et qui croit en mériter beaucoup, »
une indiserétion coupable, la Gazette de France en reproduisit des extraits. Le 14, elle l’insérait en entier; quelques semaines aprés, il se répandait dans toute l'Europe. Cet éclat fournit un nouvel aliment à lirritation des partis. MM. Portalis, Feutrier et Vatimesnil s’adressérent à leurs subordonnés pour réclamer une active coopération; l’abbé de La Chapelle, directeur des affaires ecclésiastiques, se regarda comme autorisé à donner à l'épiscopat et aux publicistes une leçon d’obéissance. Il écrivit:
« Des laïques, des journalistes même, se croyant le droit de s'ériger en docteurs de l'Eglise, de discuter l'étendue de la juridiction divine de l'Episcopat, j'ai cru pouvoir vous adresser, ainsi qu’à tous messeigneurs les Archevêèques et Evêques, quelques réflexions sur l'ordonnance du 16 juin, sur les écoles secondaires ecclésiastiques... Je ne puis me défendre d’être effrayé des dangers d’une résistance même passive, et que des craintes imagimaires ne produisent des maux trop réels. Dans tous les temps le Clergé de France s’est distingué par sa circonspection dans tous ses rapports avec l'autorité royale. Ses respectueuses doléances n’arrêtaient point sa soumission quand la Foi, le dogme, la disci pline générale de l'Eglise n'étaient pas évidemment attaqués. Dans une circonstance qui a bien des rapports avec les circonstances actuelles, en 1762 , lorsque les Jésuites furent bannis de France, le Clergé fit connaître combien il regrettait une Congrégation qu'il jugeait si utile à la Religion ; mais, loin de chercher à paralyser par une résistance passive, par un refus de coopération, des mesures que le gouvernement avait prises pour réorganiser les Colléges, il y concourut de tout son pouvoir. Ce que le Clergé de France crut pouvoir faire alors, pourquoi ne pas le faire aujourd’hui, et, par une coopération franche aux ordonnances, calmer une irritation que des journalistes imprudents excitent ? »
Un silence plein de dignité fut la seule réponse du plus grand nombre; quelques autres lui firent comprendre que l’épiscopat n'avait pas besoin de ses remontrances, et l'archevêque d’Amasie lui manda le 16 août: « Monsieur l'abbé, je ne puis m'expliquer l'irrégularité de votre démarche. Quelle entreprise ! car vous ne pouvez ignorer que les Evêques et Archevèques ont prononcé presque à l'unanimité sur ces ordonnances, que leur
mémoire au roi a été envoyé au chef de l'Eglise, que nous sommes dans l'attente d’une décision pontificale , et vous avez cru devoir devancer cette décision par une circulaire adressée À l'Episcopat tout entier, et en opposition de principes avec la trèsgrande majorité des Evêques et Archevêques du Royaume.
» Vous êtes étonné de l’effroi général des laïques et des journalistes voués à la cause de la Religion et du roi, qui par un eri unanime ont proclamé les nouvelles invasions qui menacent l’autel et le trône au sujet des ordonnances du 16 juin et du 21 avril. Saint Hilaire vous aurait répondu : Quels temps sont les nôtres ; sanctiores aures plebis quam corda sacerdotum.
» J'ai la confiance, monsieur l'abbé, que ma franchise ne vous déplaira pas. Je vous ai cru capable d'entendre la vérité et de vous y soumettre. »
Les événements se précipitaient , ils allaient presque aussi vite que les circulaires administratives. Le Clergé se sentait blessé au cœur par la dispersion des Jésuites et par les défiances qu'un ministre de Charles X lui témoignait. Rome ne s'était pas encore prononcée 1; l'Episcopat et le gouvernement faisaient appel au Saint-Siége. Lambruschini était pressé des deux côtés ; mais déjà , comme dans tous les cas épineux, le Clergé de France tournait les yeux vers Rome.
« On vient de me mander de Paris, écrivait Soyer, Evêque de Luçon, à l’'Evêque de Nancy, que le respectable Nonce de Sa Sainteté près la Cour de France avait compté sur la noble démarche qui vient d’être faite auprès du Roi par les Evêques de
son royaume, et qu’elle a consolé son cœur , navré de douleur
à la vue de ce qui se passe aujourd'hui et de l'avenir dont nous sommes menacés. L'on ajoute que le Souverain-Pontife en aura été sans doute pleinement satisfait, et que son cœur paternel
"Rome n'avait point parlé, parce que Rome n'avait pas été consullée; mais ce n'avait été la faute ni du Pontife romain, ni des Evèques. Le 15 novembre 1828 Léon XII, dans un bref adressé à Mgr. d’Amasie, administrateur de Lyon, en réponse à une lettre de ce prélat, tout en lexhortant à persévérer dans ses généreux sentiments, se plaint de n’avoir pas reçu de lettres ni de mémoires de PEpiscopat français; or, il est cerlain que la Commission des Evèques avait envoyé au Pape des mémoires et des lettres pour le mettre au courant des événements et pour le consulter sur foute l’affaire. Mais ces lettres et mémoires ne parvinrent point à leur adresse. — Voir Histoire des Ordonnances du 16 juin 1828 par un vicaire-général de Lyon (M. l'abbé Cattet). — Lyon, 4846.
doit avoir éprouvé une bien vive et bien douce jouissance en lisant dans le mémoire les consolantes paroles par lesquelles les Prélats de son Eglise chérie montrent tant de respect et de soumission pour sa divine autorité. Ah! mon cher Seigneur, entrons chaque jour encore plus avant, s’il se peut, dans la barque de Pierre, et jamais nous ne ferons naufrage. »
L'agitation arrivait cependant à son comble. Afin de l’apaiser, on jugea que l'intervention du Souverain-Pontife serait nécessaire. M. Lasagny, conseiller à la Cour de cassation, fut envo yé à Rome, sans caractère officiel, mais avec mission de faire secrètement connaître au Pape le véritable état des choses et d'obtenir de lui qu'aucune censure émanée du Saint-Siége ne vint, sur les instances des Evêques, attiser le feu de la discorde. Le choix de M. Lasagny était une garantie pour les deux partis. Léon XIE, à l'infaillible autorité de qui le roi et les Evêques avaient recours dans ces circonstances, devait écouter la voix de son Nonce à Paris; le 195 septembre, Lambruschini adressa cette dépêche au cardinal Bernetti :
« Quoique jusqu’à ce jour je me sois borné à informer Votre Eminence, comme il était de mon devoir, des démarches faites par les Evêques contre les ordonnances, et de l'impression qu’elles avaient produite dans l'esprit du roi et dans celui du gouvernement, toutefois, d'après les observations semées çà et là dans mes dépêches précédentes, Votre Eminence aura pu remarquer quelle était ma manière de voir et mes sentiments à l'égard de ces fâcheux événements. Dès qu'ils eurent lieu, je n'ai pas négligé d'en étudier l'esprit, et, après avoir fait avec calme et maturité les observations convenables sur les ordonnances malheureusement publiées par le roi, j'ai bien dû m'affliger pour des actes si déplorables ; mais je n’eus pas, et je n'ai pas encore le courage d'engager le Saint-Siége à se prononcer sur cette affaire. Il me semble que le moment n’est pas encore arrivé où Notre Saint- Père le Pape puisse ou doive parler. Dans tous les cas, afin de pouvoir décider avec maturité et sagesse quel parti il faut prendre, 1l servira beaucoup d’avoir sous les veux les renseignements relatifs au droit et au fait qui peuvent faire apprécier la présente controverse; controverse qui, par les conséquences qu'elle est de
nature à produire , devient aussi délicate qu’elle est grave. J'exposerai ici avec hiberté ces conséquences, afin que Votre Eminence en fasse l’usage qu'elle jugera à propos.
» Et d'abord, pou au droit que la puissance laïque peut avoir ou ne pas avoir de s’ingérer dans les petits Séminaires, il faut en premier lieu se rappeler la différence que l’on met ici entre les grands et ce qu'on appelle les petits Sémmaires. Dans les premiers, on enseigne les sciences sacrées seulement; tandis qu'aux seconds appartient l’enseignement des langues jusqu'à la philosophie inclusivement. L'origine des premiers fut toujours et est encere (même après les ordonnances) regardée en France comme purement ecclésiastique, et, par conséquent, tout-à-fait indépendante du gouvernement. Les seconds, au contraire, doivent leur existence à l'autorité royale, qui, à divers temps, en décréta ou en permit l'établissement. Il convient de dire qu'au temps de Louis XIV il y avait bien peu de ces petits Séminaires en France, puisque, d’après une ordonnance de ce temps-là, on voit que ce Souverain autorisa les Evêques de son royaume à ériger des petits Séminaires, et appliqua à ces établissements plusieurs bénéfices ecclésiastiques pris parmi ceux que possédait alors en si grand nombre l'Eglise de France. C'est aussi un fait que depuis ce roi jusqu'à Louis XVIIE, qui remit sa famille en possession du trône de France, les Souverains intervinrent toujours avec leurs ordonnances dans l’érection des petits Séminaires. Les Evêques, de leur côté, non-seulement ne s’opposèrent jamais à l’intervention de l'autorité royale en pareils cas, mais ils l'invoquaient au contraire , la jugeant nécessaire pour conserver l’enseignement des petits Séminaires indépendant de la juridiction de l'Université. Cette longue possession dans laquelle était la puissance laïque d'intervenir pour l’établissement des petits Séminaires, et de la part des Evêques, la reconnaissance du bon droit de cette même puissance, me semblent dignes de beaucoup d'attention.
» Maintenant pour la première fois les Evêques ont senti La nécessité de réclamer contre le principe admis jusqu'ici par l’autorité laïque touchant les petits Séminaires, savoir, qu'ils ne peuvent exister sans son bon plaisir. La réclamation est certainement juste et fondée sur les bonnes maximes ; mais malheureusement
cette réelamation ést dominée par une contradiction évidente qui la vicie : en effet, la doctrine des Evêques développée dans le Mémoire, et précisément dans le paragraphe qui commence : — l'une et l'autre ordonnance, — jusqu'à ces mots : — avec quelque précision, — reste pour le moins béaucoup affaiblie par l’exposition des droits qu'ils accordent au prince dans le paragraphe qui vient après celui que j'ai indiqué, lequel commence par ces mots : — Que le prince, — oùils disent en propres termes qu’au Souverain appartient le droit d'inspection et la surveillance nécessaire sur les écoles ecclésiastiques, pour assurer l'ordre public, empêcher les transgressions des lois et maintenir les droits ét l'honneur dela souveraineté. I] me paraît que ces Prélats, en admettant un tel principe, ont ruiné leur cause d’une manière irréparable ; puisque le Roi peut maintenant faire tomber toutes leurs remontrances avec ce raisonnement três-simple : Vous admettez que c'est à moi de surveiller les écoles ecclésiastiques pour empêcher la transgression des lois ; mais j'ai remarqué que la manière dont étaient organisées les écoles secondaires dites petils Séminaires était équivalente à une véritable ns des lois qui sont en les dans Je Royaume : donc j'ai dû les réformer.
5 Ainsi Votre Eminence voit que, d'après la doctrine établie par les Evêques, toute la controverse peut maintenant se réduire, de la part de la puissance laïque, à une pure question de fait, savoir, si la manière dont sont réglés les petits Séminaires est ou n’est pas contraire aux lois. Or, chacun sait que, dans ces questions de fait, le Souverain a toujours beaucoup d'avantages sur des sujets ; et puis comment en proposer, et comment en obtenir même un simple examen? La réclamation des Evêques aurait pu être plus forte et leur raisonnement plus serré s'ils s'étaient appuyés Sur le texte du Concile de Trente. Si, avant de présenter leur travail, ils me l'avaient communiqué, je n'aurais pas manqué de leur faire goûter mes observations, et je les aurais également priés de ne pas prononcer le terrible non possumus, pour éviter aussi de se mettre dans une position fausse, d’où ils n'auraient pu ensuite sortir sans compromettre leur honneur.
» Quant à nous , 1l convient de ne pas perdre de vue les dispo-
sitions des derniers Concordats que le Saint-Siége a faits avec la France. Votre Eminence sait que malheureusement le Concordat de 1817 (dans lequel rien ne fut stipulé pour les petits Séminaires) n’a pas été sanctionné par les Chambres : de sorte que le seul Concordat de 1801 continue à être en vigueur, et le Saint- Siége le tolère. Or, l’article 11 de ce Concordat n’accorde aux Evêques qu'un seul Séminaire par diocèse, et, de plus, décharge le gouvernement du poids de toute dotation. Sous Napoléon , on ne pouvait obtenir davantage, et c’est beaucoup que, dans ces temps très-difficiles, on ait tant obtenu. Mais cependant, même sous les Bourbons, les choses vont de la même manière, et ce Concordat est aujourd'hui encore la seule convention qui ait force de loi. Cela soit dit pour la partie qui regarde le droit dont la puissance laïque pourrait se prévaloir et qu'elle prétendrait soutenir en sa faveur dans la question présente.
» Pour ce qui concerne le fait ou le mode de la destination actuelle des petits Séminaires, on ne peut nier qu'ils servent encore plus à l'éducation des jeunes séculiers que de ceux qui ont des dispositions ou l'intention de se consacrer à l’état ecclésiastique. Ce système de convertir les petits Séminaires en colléges d'éducation fut adopté par les Evêques pour deux raisons :
» 1° Pour procurer aux familles vertueuses les moyens de faire élever religieusement leurs enfants, et de les soustraire ainsi à l'infection universitaire, où, autrement, ils auraient été contraints de chercher l'instruction nécessaire ;
» 20 Pour l'avantage économique des petits Séminaires euxmêmes, paree que le profit qu’ils tiraient des pensions des élèves nobles leur fournissait les rnoyens de conserver ceux qui étaient élevés également pour le sanctuaire. Tel est le fait dont la conservation aurait été souverainement désirable pour l’avantage de la Religion et de la société.
» Toutefois le Ministère actuel est extrêmement faible. Il ne veut point le mal, et l'on croit communément qu'il a de bonnes intentions, et qu'il profitera du premier moment favorable pour adoucir le système adopté sur les petits Séminaires, et même pour le faire cesser entièrement. Il est certain que le Roi a dit
à monseigneur l’Archevêque et à d’autres que, si la très-imprudente publication du Mémoire des Prélats n'avait pas eu lieu, les trois demandes qu'il contient auraient été admises.
» Or, maintenant il convient d'attendre encore un peu pour voir le parti auquel s’arrêteront les Prélats. J’incline à penser que si plusieurs d’entre eux persévèrent à ne pas vouloir exécuter les ordonnances, d’autres cependant, pour ne pas perdre leurs petits Séminaires , y adhéreront.
» Dans cet état de choses, il me paraît que le parti le plus sage auquel le Saint-Siége puisse s'arrêter pour le moment, c’est de suivre le cours des événements, et d'attendre les développements ultérieurs, avec la pensée de profiter du premier moment favorable pour parler à propos et avec utilité. »
Cette lettre de Lambruschini, si pleine de lumineuse modération, entrait dans le but de la mission de M. Lasagny. Le magistrat la remplit avec tant d’intelligente probité, que, chose assez rare dans l’histoire de la diplomatie, 1l mérita les éloges des deux cours. Le cardinal Bernetti passa la note suivante au comte Portalis, ministre des affaires étrangères par la retraite du comte de La Ferronnays :
. « Sa Sainteté, se confiant d’uu côté en la haute piété du fils ainé de l’Eglise, et, de l’autre, persuadée du dévouement sans réserve des Evêques de France envers Sa Majesté et de leur tendre amour pour la paix et pour tous les véritables intérêts de notre sainte Religion, ne sait pas prévoir que des circonstances malheureuses puissent l’obliger à rompre un silence si conforme aux vœux de Sa Majesté très-chrétienne. Mais si ce malheur arrivait, j'ose répondre que le Saint-Pêre ne s’adresserait assurément à personne sans avoir auparavant indiqué à Sa Majesté la nouvelle position que son devoir sacré pourrait lui avoir marquée , et il n’oubliera jamais tout ce qu'il doit au maintien de l'ordre et de la tranquillité en France, ainsi qu'à la dignité du trône de saint Louis. »
La fermeté de Léon XII et celle du cardinal Bernetti ne faisaient doute pour personne. On les savait aussi disposés que Lambruscbini à ne point transiger avec l'erreur ou la mauvaise
foi, mais toujours prêts, comme le Saint-Siége l’a si souvent prouvé, à pacifier les esprits par cette temporisation dont Rome ne s’est jamais départie. L’épiscopat s'était engagé à couvrir d’un voile impénétrable son mémoire au roi, et le Pape voyait cet écrit distribué à profusion: La cour pontificale ne se rendait pas un comple bien exact du besoin que certains peuples éprouvent de faire entrer l’univers dans leurs querelles de famille. Les nécessités d'un journal, ses intempérances de zèle, son désir de paraître mieux informé que les autres, la manie constitutionnelle de déconsidérer l'autorité au profit des passions, tout cela était ignoré à Rome, la ville de la discrétion et des ménagements. Un grand conflit éclatait entre le gouvernement et les Evêques français sur la question des Jésuites. Le Pape, que les deux opinions établissaient juge, pensa que la réserve du successeur des Apôtres amènerait peut-être la modération entre les Evêques et les ministres de France. La publicité intempestivement donnée au Hemorandum épiscopal blessa la cour de Rome dans ses usages. C'était, par une espèce d’oubli des promesses contractées, accorder au ministère gain de cause dans la forme. Léon XII prévit que le pouvoir allait profiter de cette imprudence : il chercha à l’atténuer en se renfermant dans les bornes d'une note diplomatique !. |
À cette époque, soixante-dix prélats sur quatre-vingts adhéralent pleinement au mémoire; six n’avaient pas fait connaître leurs intentions; trois seulement se montraient disposés à exécuter les ordonnances. La majorité était constatée : les Evêques se sentaient forts de leur unanimité ; mais, dans la crainte qu'on ne tentât de les diviser ou d’affaiblir la vigueur de leur opposition, ils se tenaient plus unis que jamais, tout en condamnant les premiers la funeste précipitation de la Gazette de France. Sur ces entrefaites arrive à Paris la note secrète de Bernetti; elle est communiquée par le roi au cardinal de Latil; le ministre la fait lire à l'archevêque de Paris et au duc de Rohan, nommé à l'archevêché de Besançon. Ce fut l'abbé de la Chapelle qui la porta à Reims. De quelles instructions était-il chargé? Quels conseils donna-t-1l? C'est ce qui reste un mystère. Toujours est-
1 Voyez aussi La note de la page 197.
il que le cardinal s’empressa de notifier à ses suffragants et aux Métropolitains du royaume la dépêche suivante en date du
25 septembre 1828 : « Le Roi ayant daigné me faire communiquer les réponses de Rome relatives aux ordonnances du 16 juin, et m'ayant invité à vous en donner connaissance, j'ai l'honneur de vous informer que Sa Sainteté, persuadée du dévouement sans réserve des Evêques de France envers Sa Majesté, ainsi que de leur amour pour la paix et tous autres véritables intérêts de notre sainte Religion, a fait répondre que les Evêques doivent se confier en la haute piété et en la sagesse du Roi pour l'exécution des ordonnances et marcher d'accord avec le trône. » Les journaux avaient été indiscrets; le cardinal de Latil fut malavisé en donnant à la note une extension qui n’était n1 dans ses termes ni dans son esprit. Cet acte de courtisan devait froisser les Evêques. Ils se plaignirent de cette intrigue, qui leur paraissait à Juste titre un piége tendu par l'administration sous les noms du Pape et du roi. Latil s'était prononcé ainsi qu'eux contre le principe et la fin des ordonnances ; il allait au-delà du texte de la note émanée de la Chancellerie romaine, note dont quelques-uns mettaient en doute l'authenticité, puisqu'elle ne leur était connue que par un commentaire inexact. L'épiscopat se sentait engagé; on prétendait que Bernetti et Lambruschini avaient cédé avec trop de facilité. Les feuilles quotidiennes s'enivrèrent de leur colère; elles furent injustes à force de vouloir être justes. Confondant les intérêts de parti et la question religieuse, la presse incrimina avec véhémence!, car il est dans l’essence même de sa vie de se nourrir de soupçons, de se passionner sans cesse et de chercher à expliquer les affaires auxquelles, on ne
1 Les choses furent poussées si loin que le Nonce du Saint-Siége, répondant à l’archevèque administrateur de Lyon qui lui demandait des instructions, ne put s’empêcher de lui mander : «Je me permets de vous dire que j'ai la certitude que Monséigneur le Cardinal Bernetti, secrétaire d'Etat du TFrès-Saint-Père, a réellement écrit une lettre de réponse à M, le ministre des aflaires étrangères du roi. Cela est un fait; mais je dois vous déclarer très-positivement que des articles que Votre Grandeur aura pu lire dans quelques journaux de Paris, et particulièrement dans {a Quotidienne, par rapport à celle lettre, sur la personne très-respectable du Cardinal Bernelti et sur la mienne aussi, sont pleins non-seulement d’inexaclitudes et de faussetés, mais des plus noires et des plus perfides calomnics. Monseigneur le Cardinal Bernetti est le plus honnète personnage du monde, el moi je n’ai pu que hautement frémir par rapport aux abominables ipsinuations qu’on n’a pas rougi de répandre sur son compte. »
l'mitie point, par des défiances dont la rapidité de l’improvisation ne lui permet pas toujours de calculer la portée.
Le roi avait dit que les ordonnances ne seraient pas rigoureusement exécutées ; mais les Evêques pensaient, et avec raison, que le ministère trouverait moyen d’éluder cette promesse. Le ministère voulait vivre; pour cela il fallait l'appui du Libéralisme. Les royalistes s'étaient séparés de lui, les Catholiques le combattaient à outrance : 1l n'avait donc de partisans que parmi les adversaires de la Religion et de la Monarchie. Son plan et sa marche étaient connus. Il devait s’opposer à toutes les volontés du roi afin de conquérir dans les chambres une majorité quelconque. Cette majorité ne lui serait aumônée qu'à la condition d'être inflexible dans les mesures à prendre contre les Jésuites et contre le Clergé. La dépêche du cardinal Bernetti modifiait sensiblement les dispositions de l’épiscopat. L’archevêque de Paris, le Nonce du Saint-Siége et les autres prélats réunis dans la capitale jugérent qu'il importait de mettre un terme aux dissentiments. Sans accepter néanmoins la légalité des ordonnances, il fut décidé qu'un projet de lettre au ministre des affaires ecclésiastiques serait soumis à chaque Evêque. Le 8 octobre, les prélats firent passer à leurs collègues une note secrète qui expliquait le but de cette démarche. Elle est ainsi conçue :
« La note adressée à NN. SS. les Evèques, sous la date du 8 octobre 1828 , n'a point été numérotée, parce que, ayant été communiquée au gouvernement, elle n’a point paru devoir être comprise dans la série des notes purement confidentielles.
» On croit utile d'envoyer celle-ci pour mettre NN. SS. mieux à même de juger la position des choses, et de continuer, autant que possible, cette précieuse unanimité de conduite et d’expression de sentiments en des actes d’une si haute importance. Sans doute il reste libre à chacun de penser que l'opinion du Souverain-Pontife a pu être influencée par les envoyés du gouvernement ; que Sa Sainteté a pu ne pas être informée bien exactement du véritable état politique et religieux de la France et de l'effet plus ou moins favorable de Ia résistance des Evêques, comme aussi des conséquences probables qui en résulteraient pour l’avenir. Mais indépendamment de ces réflexions (et de plusieurs
autres qui peuvent faire naître des craintes bien légitimes ), toujours est-il que l'Episcopat semble à couvert par les msinuations et les désirs qu'a manifestés la cour de Rome. On sait que, dès le commencement de ces tristes affaires, le zèle et la fermeté des Evèques ont été louës par le Souverain-Pontife ; toutefois , l'espêce d’obscurité qui enveloppe les motifs de la conduite présente du Saint-Siége a bien son avantage, en ce que les Evèques ne feraient maintenant, par leur déférence, qu'honorer l'autorité prépondérante du chef de l'Eglise et conserveraient imtacts leurs droits pour l'avenir. Ce ne serait qu’une condescendarice temporaire, qui répondrait à une nécessité actuelle ou présumée telle par le Souverain-Pontife. La question de droit demeure entière, puisqu'il est certain qu'il n'est intervenu, de la part du Samt- Siége, n1 jugement n1 décision qui combatte ou redresse les principes posés par les Evèques dans leur mémoire, et que Rome n'a fait non plus aucune concession réelle , rien qui puisse légitimer ou consacrer pour la suite les derniers empiétements du pouvoir civil sur les droits incontestables de l'Episcopat. Le parti proposé dans la note et la lettre du 8 octobre, signées par Monseigneur l'Archevêque de Paris, semble offrir l'avantage de conserver plus facilement l'unité dans le corps des Evêques de France , et de retrouver aussi plus facilement cette presque unanimité de conduite et de défense dans tous les graves intérêts religieux qui pourraient encore nous menacer.
» ILest d’ailleurs facile d'apprécier à combien peu de choses se réduisent les concessions des Evêques s'ils suivent le mode indiqué ( mode qui a été communiqué au gouvernement, et dont on sait qu'il se contentera s'il est généralement adopté ), surtout si, comme le jugent nécessaire les sept Prélats dont les noms sont inscrits , on s’en tient rigoureusement à ne se servir d'aucun des tableaux du ministre, mais à donner, par forme de lettre, les seuls renseignements désignés dans la note du 8 octobre, savoir : un exposé libre de la situation du ou des petits Séminaires, qui contiendrait le nombre actif des élèves, le nombre présumé nécéssaire, le nom des Supérieurs ou Directeurs qui seraient qualifiés de prêtres séculiers ; enfin une note générale sur les ressources pécuniaires du diocèse , qui ferait connaître que la plus forte
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somme de secours serait encore bien au-dessous des besoins. »
Dans la position où l'Eglise gallicane se débattait sous une funeste condescendance du pouvoir, le plan adopté par les Evêques était le seul praticable. Ils consentaient bien à ne pas entraver le ministère ; ils faisaient tous les sacrifices que le besoin de la paix leur imposait ; mais, en s’épargnant la responsabilité d’un avenir chargé de nuages, les prélats s’arrêtaient à la limite de leurs droits et de leur conscience. C'était, pour ainsi dire, un armistice que l’épiscopat accordait au gouvernement afin de lui laisser le temps de réparer le mal ou de se précipiter plus avant dans la voie des concessions. Le cardinal de Croï et l'archevêque administrateur de Lyon furent les seuls qui refusèrent toute espèce d'adhésion au projet conciliateur; d’autres, tels que les Evêques de Chartres, de Nevers, de Nantes et de Rennes, s’en rapportérent à la majorité.
Rome avait parlé d’une manière indirecte ; néanmoins la cause fut finie. L'Eglise de France écouta des conseils que le Souverain-Pontife ne donnait que sous forme diplomatique, afin de laisser au Clergé toute sa latitude d'action dans une affaire qui n intéressait ni le dogme ni la morale. Les Evêques ne reculaient devant aucune des exigences administratives ; mais ils s’opposaient à ce que de nouvelles atteintes fussent portées à la liberté des consciences ; le gouvernement ne sut pas s’en tenir à ce triomphe négatif. Il avait soif des applaudissements libéraux : il brisa les huit maisons d'éducation que, de l’aveu même de l'Université, les Jésuites rendaient prospères. Sous l'empire d’une Charte proclamant la liberté, le ministère réalisa une idée qui avait échappé au génie ombrageux de l'Empereur; il obligea tous les professeurs à déclarer qu'ils n'appaïtenaient à aucune Congrégation non autorisée par les lois. Le besoin d'ouvrir les petits Séminaires était flagrant ; MM. Vatimesnil et Feutrier pressaient les Evêques de se soumettre ; il fallut subir avec une douloureuse résignation ce dernier attentat à l'indépendance du prêtre et de l’homme. Il y eut des lettres pleines de dignité adressées au ministre ; le cardinal de Clermont fit entendre son célèbre : £'tiamsi omnes, ego non, et Feutrier répondit souvent avec autant de convenance que d'esprit à ce blâme universel.
Le ministère Martignac-Portalis eroyait avoir enfin rattaché à sa fortune l’opposition révolutionnaire; le Globe ne lui laissa pas longtemps cette pensée de satisfaction intime. Les Constitutionnels avaiént poussé le gouvernement de Charles X à mutiler l'Eglise; ils allaient attaquer le gouvernement lui-même, et ils insultaient le Clergé avec des paroles que l'histoire ne peut omettre. « La querelle des Evêques, disait la feuille doctrinaire le 10 septembre 1828, touche à sa fin; cette petite fronde de sacristie meurt sous le ridicule, comme toutes les insurrections sans force et sans nationalité, qui débutent par des eris de : Vaincre ou mourir! et désarment paisiblement au premier choc. Il y aurait, en vérité, trop de honhomie à se battre plus longtemps contre ce spectre de l'épiscopat; car, si ses clameurs peuvent encore troubler quelques âmes pieuses et crédules perdues çà et là dans la foule, si quelque danger peut venir de ses intrigues et de ses menées, il y a bien un autre danger à se laisser prévenir et à détourner notre attention des actes du ministère. C'est avee le ministère que nous avons affaire. »
Au milieu de ces débats, les Jésuites, que le Libéralisme représentait comme les dominateurs de la France et comme des casuistes toujours prêts à tourner la loi ou à violer les serments, se retiraient de leurs Colléges sans proférer une plainte.
L'épiscopat avait soutenu une lutte qui était un glorieux témoignage de leurs services ; les Jésuites jugérent opportun de ne sv mêler en aucune façon. [ls se séparèrent de leurs élèves, qui versaient des larmes et qui protestaient publiquement contre l'œuvre de destruction ; ils entendirent le Clergé rendre hommage à leurs vertus; ils virent les cités les plus importantes du Nord et du Midi s'associer au deuil de l'Eglise et de la jeunesse ; ils ne trouvérent partout qu'estime et regrets. Celte douleur eut une manifestation si saisissante qu’elle se refléta jusque dans les travaux et les vœux des Conseils généraux, les véritables représentants des besoins du royaume , et elle n’échappa point au Constitulionnel lui-même. Le 4 août 1828, il la signale avec terreur : « Ce qui contraste, dit-il, d’une manière bien plus choquante avec les sentiments du pays, c’est l'expression des votes d’un très-grand nombre de Conseils sur l'instruction publique. Ils sol-
licitent une loi pour qu’elle soit exclusivement selon les uns, ou en concurrence selon les plus modérés, livrée à des Corporations religieuses. Le Conseil général du Doubs demande que les Congrégations déjà existantes soient autorisées légalement. Celui du département de Vaucluse est plus franc : 1l vote pour que l'instruction publique soit confiée notamment aux Jésuites, dont l’intérêt de la Religion et de la Société réclame le rétablissement. »
Ainsi cette persécution de dix ans, organisée par le Libéralisme et sanctionnée par un ministère immolant la Religion et la Monarchie pour vivre quelques jours de plus sous la protection des idées démagogiques, n’aboutissait qu'à faire glorifier la Compagnie de Jésus. La presse libérale la calomniait, le pouvoir essayait de la bannir, et le Clergé, la jeunesse, les pères de famille, les Conseils généraux s’unissaient pour proclamer sa nécessité. La France chrétienne adoptait les Jésuites, la France révolutionnaire les flétrissait. Pendant ce temps, voilà les mesures qu’ils prenaient pour résister à l'assaut permanent que l’impiété leur livrait. Le Père Godinot, Provincial de France, écrivait, le 7 août 1828, aux supérieurs des huit petits Séminaires : « Après votre distribution de prix, qui doit être faite sans éclat et sans discours qui tendent à faire des allusions ou à exciter des regrets, vous donnerez à tous les professeurs les huit jours de vacances pleins que permet l’Institut; puis, tous feront la retraite annuelle avec le plus de recueillement et le plus de ferveur qu'ils pourront. »
Ce fut ainsi que les Jésuites sortirent des établissements que les Evèques leur avaient confiés sous la protection des lois. Les enfants de saint Ignace ne pouvaient plus répandre sur la France les bienfaits d’une éducation chrétiennement libérale, les premiers pasteurs des diocèses les conservérent ou les accueillirent comme directeurs, prédicateurs ou Missionnaires. Chacun s’imposa des sacrifices pour ne pas priver l'Eglise des secours que lui offrait la Compagnie, et, à l'exemple de Jean de Cheverus, plus d'un prélat consacra une bonne partie de son traitement à l’entretien des disciples de l’Institut.
La Révolution venait de faire une large plaie au Catholicisme. Elle avait pu mesurer jusqu'à quel degré Charles X pousserait les sacrifices. Après ce premier succès, elle résolut de tenter une
‘campagne décisive contre la Royauté. Le Monarque, aveuglé par de menteuses déférences, hésitait devant les Libéraux ne tirant leur audace que de la pusillanimité des administrations. On espéra amener le roi à briser de ses propres mains le sceptre que sa loyauté trop débonnaire n’osait- changer en épée de justice. La Révolution avait dit, même sous les ministres Villéle et Portalis, que les Jésuites rêgnaient et gouvernaient {. Quand le prince de Polignac fut appelé aux affaires, elle ne mit plus de bornes à ses débauches d'intelligence. Les Jésuites devinrent les promoteurs des coups d'Etat ; ils furent les conseillers, les agents invisibles de la réaction ; ils formèrent avec le nonce Lambruschini une camarilla de prélats et de courtisans qui n’exista jamais que dans l'imagination de la presse ; ils furent les incendiaires ? qui
‘ Un homme qui a élé calomnié lui-même, mais qui, à force de courage et de talent, a contraint ses ennemis à l’honorer et à lui décerner publiquement des témoignages d’estime, le comte de Peyronnet, ancien ministre de la justice et de l'intérieur, résumait ainsi, dans ses Esquisses politiques publiées en 1829, la situation faite aux Jésuites. Ce passage élail vrai à celle époque; nous croyons qu’il aura longtemps encore un intérêt d'actualité :
«On a dit que les Jésuites nuisaient à la Religion : et qui a dit cela? des hommes qui n’aspirent qu’à la ruine de la Religion.
» On a dit qu’ils étaient ennemis des rois : et qui a dit cela? des hommes qui n’aspirent qu’à la chute des rois.
» On a dit qu’ils étaient ennemis de la Charte : et qui a dit cela? des hommes qui la violaient ouvertement à leur détriment.
» On a dit qu’ils exerçaient une influence pernicieuse dans l'Etat : et qui a dit cela? des hommes dont la funeste influence fait depuis trente ans tous les malheurs de lEtat.
» On a dit qu’ils n'étaient pas tolérants ; et qui a dit cela ? des hommes qui sont animés envers eux de la plus coupable intolérance qui fût jamais; intolérance des hommes qui ne croient point.
» On a dit qu’ils étaient ennemis de la liberté : et qui a dit cela? des hommes qui les chassent de leurs églises, de leurs écoles et de leurs pays ; des hommes qui blessent à la fois dans leur personne la liberté religieuse, la liberté politique et la liberté civile.
» Ni la sottise de l'accusation, ni l’effronterie des accusateurs n’ont suffi. On savait bien qu’on était trompé, mais en voulait l’être,
» Quand je haïrais et redoutcrais les Jésuites autant que leur plus fanatique ennemi, je croirais encore que le maintien de la liberté de conscience est d’un plus grand prix que leur expulsion. »
2 Pendant l'instruction du procès des Ministres signataires des ordonnances de juillet, M. Béranger, commissaire-accusateur près la chambre des pairs, recut de Toulouse une lettre datée du 4: octobre 4830. Cette lettre élait ainsi conçue :
« Monsieur, des malheurs inouïs me forcèrent à devenir l'instrument d’un parti dont j'étais un principal agent dans les incendies qui désolèrent la Normandie, et qui devaient. s'étendre sur la France entière, si j'avais rempli les instructions données à ce sujet.
» Mais le cri d’alarme des journaux, le {ableau qu’ils présentaient du déplorable état de ces victimes et, si j’ose le dire, mes propres sentiments, m’inspirèrent une horreur de moi-même, Je suspendis mon infâme mission ; je pris la fuite pour me
couvrirent la Normandie de deuil et de ruines; puis, au moment où les ordonnances du 25 juillet 1830 éclatèrent comme la foudre, on oublia les Jésuites pour renverser le trône. La tempête les avait dispersés : ils erraient çà et là. On pillait leurs maisons pour se donner le droit de les accuser encore ; mais le triomphe du Libéralisme devait enfin amener celui de la vérité. La Révolution était victorieuse ; elle eut l’audacieuse franchise de proclamer elle-même ses impostures. Le Globe, dont MM. Duchätel, Cousin, Charles de Rémusat et Dubois s'étaient fait une arme contre les idées religieuses et monarchiques, s’écria, le 24 octobre 1830, en s'adressant aux vaincus : à
« Tout ce que vous invoquez, tous ces articles de la Charte et de nos Codes que vous citez avec profusion, tout cela n’est que des fictions ingénieuses. Lorsque nous avons juré fidélité à Charles X et obéissance à la Charte, lorsque nous avons étourdi ce Monarque imbécile de nos protestations d'amour, lorsque nous couvrions pour lui nos routes d’ares de triomphe, lorsque nous rassemblions les populations sur son passage pour le saluer de mille acclamations, lorsque nous semions l’adulation sur ses
soustraire à la rage de ceux qui complaient sur moi et arrêler ainsi le cours des dévastations que je devais organiser dans le Languedoc, la Provence, le Dauphiné, etc.
» Je n’ai pas jugé à propos de livrer la majeure partie des pièces à l'appui de
ma déclaration. Une seule lettre, qui prouve mon affiliation avec la Congrégation de Montrouge, qüi me transmeltait les crdres qu’elle recevait du prince de Polie guac, m'a été saisie, . » Ma volumineuse correspondance, les instructions écrites, les listes qui désignaient les propriétés à incendier et le nom des personnages qui devaient me donner de plus amples renseignements, ainsi qu’une espèce de sauf-conduit, interprétalif, il est vrai, mais dont il est facile de deviner le but par l’ensemble de toutes les pièces, et signé prince de Polignac, toutes ces preuves authentiques sont a ma disposition; mais je ne les livrerai entre vos mains, qu’alors qu’un homme d’entre vous, Messieurs, m’aura donné sa parole qu’il ne sera rien fait à la personne qui eu est le dépositaire, et que j’obliendrai quelque adoucissement aux peines qui pourront être prononcées contre moi. Je demande cette assurance de votre part, car vous aurez le pouvoir de la tenir. »
L’auteur de cette dénonciation, qui allait si bien aux idées du temps, se nommait Charles-Théodore Berrié; c'était un repris de justice, un voleur condamné en 4824, condamné de nouveau en 1826. En 1830, il se trouvait dans les prisons de Toulouse sous le poids de plusieurs accusations, lorsqu’il s’imagina que les feuilles libérales avaient assez menti à la France sur le compte de la Société de Jésus pour V’autoriser lui-même à continuer leur œuvre. Ancien détenu de Bicètre, il y avait yu les Pères précher et consoler les prisonniers; il avait lu sans aucun doute les impostures dont le Constitutionnel, le Courrier français et le National se repaissaient, il crut qu’en se portant l’accusateur des disciples de l’Institut il obliendrait quelque allégement ou que peut-être il passerait grand citoyen. Il écrivit
pas ; lorsque les temples, les académies, les écoles retentissaient d’un concert parfumé. d’éloges, de bénédictions pour lui et pour
sa race ; lorsque nos poètes chantaient ses vertus, lorsqu'ils s'épanchaient en allusions louangeuses sur la bravoure de ce nouvel Henri IV, la grâce de cet autre François Le, tout cela n’était qu’une feinte à l’aide de laquelle nous tâchions de nous dérober aux chaînes dans lesquelles il s’efforçait de nous enlacer. Vous avez été comme un de ces spectateurs novices qui, assis au parterre pour la première fois, prennent pour la réalité la scène
que l’on joue devant eux. Détrompez-vous ; pairs, députés, magistrats, simples citoyens, nous avons tous joué une comédie …
de quinze ans”. »
Les Jésuites étaient chassés de France, les véritables hypoerites s’y révélérent. Cette déclaration fut une leçon significative; /e National ne resta pas en arrière de semblables épan-
donc la lettre citée plus haut. La chambre des pairs, comme la presse libérale, n'avait plus besoin des Jésuites pour battre en brèche la Religion et la royauté; il ne lui restait plus qu’à savoir être équitable. Le comte Bastard de l’Estang, rapporteur de la commission d'accusation, ne put s’empêcher de dire en parlant de ce misérable, qui avaitsi mal choisi son moment: « Tous les autres points de sa déclaration sont également éclaircis, et partout le mensonge est constaté. S'il se füt agi d’une affaire moins grave, un pareil incident eût été écarté sans examen; mais il vaut mieux encore qu’il ne le soit qu’après une complète vérification des fails. »
Dans ce temps-là, plusieurs coupables espérèrent se faire acquitter en se donnant les Jésuites pour instigateurs de leurs crimes. Ils voyaient que la calomnie avait si bien réussi en favéur de plus audacieux, qu’ils calomniaient à leur {our et à leur manière. Berrié se proclamait incendiaire du fait de la Compagnie; un jardinier de Verrières, nommé Troclet, imagina de se justifier ainsi de l’assassinat qu'il avait commis sur la personne de Bellaure, habitant d’Antony, son créancier. Il accusa le Père Jennesseaux et deux autres Jésuites, qui, le 28 juillet 4830, l’avaient, prétendait-il, chargé de leur cacher une malle pleine d’objets précieux. Devant la Cour d’assises de la Seine, ‘présidée par M. Agier, Troclet reproduisit sa fable. Le Père Jennesseaux ne l’avait jamais connu, jamais vu; cela resta démontré. L’assassin fut condamné à mort le 23 mai 1831, et le Jésuite mis hors de cause,
1 Dix ans n’étaient pas encore écoulés, et déjà la Comédie de quinze ans recommençait. En 1839, un professeur d’histoire remettait en scène le fantôme de la Congrégation, rajeunissail les vieilles fables du Constitutionnel, ressuscitait lomnipotence magique de Mont-Rouge, etc. 11 faut le lire de ses propres yeux pour y croire. « La Congrégation avait vaincu sous les auspices de Mmw° du Cayla (sic) et de M. de Villèle, écrit à propos de la guerre d’Espagne (1823) M. Th. Burette dans sa Continuation de l'Histoire de France d’Anquetal (t. 1V, p.613). Et plus bas, à propos des élections (4823) : « La Congrégation mit en jeu toutes ses batteries : Indulgences plénières pour les électeurs complaisants, mandements épiscopaux , corruption de sacristie, etc., etc.» A la page 618 on lit : « Cependaut les Pères de Mont- Rouge réclamaient à grands cris l’exécution des promesses qu’on leur avait faites. La cour, le ministère leur étaient dévoués; la part de leurs adeptes élait large et belle dans Vadminisi(ration. Tout récemment encore (410 février 41826) ils venaient de faire voter à la Chambre le rétablissement du droit d’ainesse, ete., etc. » — Est-ce là de l’hisfoire, du roman ou du pamphlet ? —
chements. Il était devenu républicain sous la rédaction de
Carrel, de Béquet, de Passy, d'Emile Pereire et de Chambolle, comme ses anciens associés s’improvisaient ministres, pairs de France ou dignitaires de l’Université. Le 17 octobre 1830, 1l étala aux yeux de l'Europe les mensonges convenus qui avaient été mis en jeu pour perdre les Jésuites : |
« La Restauration est tombée, disait-il, et avec elle les Jésuites. On le croit du moins. Cependant toute la France a vu la famille des Bourbons faire route de Paris à Cherbourg et s’embarquer tristement pour l'Angleterre. Quant aux Jésuites, on ne dit pas par quelle porte ils ont fait retraite; personne n'a plus songé à eux le lendemain de la Révolution de juillet m pour les attaquer ni pour les défendre. Y a-t-il, n'y a-t-1l pas encore des petits Séminaires, des Congrégations non autorisées par la loi? Il n’est pas aujourd'hui de si petit esprit qui ne se croie avec raison au-dessus d’une pareille inquiétude, et de trèsgrands esprits s'étaient consacrés, sous la Restauration, à inspirer à la France la haine et la peur de cette fameuse Congrégation jésuitique qui n'existait peut-être point ou ne valait pas la peine qu’on s’enquît de son existence.
» Etait-ce donc une comédie que cette infatigable polémique de la presse patriote contre les Jésuites? était-ce pure manie de persécution, si l’on trouvait mal que M. Dupin portât les cordons du dais à Saint-Acheul? Non, on savait bien que la Société de Jésus proprement dite n'offrait pas de bien grands dangers; on n’en voulait qu'à l'esprit jésuite, l'esprit dévot, l'esprit tartufe : c'était l'esprit de la dynastie régnante. On s’entendait à merveille sur la valeur du mot jésuitisme : il était synonyme de dévouement à la légitimité. On disait dans ce temps-là jésuite pour royaliste : il eût été dangereux de s'attaquer à la légitimité en l’appelant par son nom; on la saisissait dans l’une de ses manières d’être, et la plus odieuse, qui était l'esprit jésuite.
» La France, petit à petit, se prit d’une haine implacable, universelle, immense, pour ce qu'on appelait la faction, quelquefois même la coterie jésuite, et il arriva un moment où , pour perdre Charles X, il suffit d'affirmer qu'il était Jésuite; que, comme Jésuite, il professait la doctrine des restrictions mentales ; qu’en pré-
tant à Reims serment à la Charte , il avait dans sa poche l'absolu= »
tion de ce parjure, et qu'ainsi le coup d'Etat était sa pensée favorite.
» C’est comme cela que raisonnent et parlent les masses dans tous les temps ; elles donnent à leur soupçons une forme matérielle qui les aide singulièrement & à soutenir le combat. » 4
Devant cette cynique théorie de l’imposture qui, révélée à à la France, sera encore mise plus tard en œuvre avec le même succès, il ne reste à l’histoire que le droit de flétrir tant d’impudence et de prendre en pitié la crédulité des hommes.