VI. F
son ambition de civiliser par la Foi. [ls avaient à vainere les vices invélérés de ces populations sans patrie, les défiances des Grecs ; souvent, comme à Riga, les susceptibilités protestantes refusant aux Catholiques un peu de cet espace et de cet air libre qu’elles savent si bien conquérir pour elles. La capitale de la Livonie était toujours la cité intolérante par principe : au nom de Luther, elle tendait à opprimer la Religion romaine. Chaque culte pouvait élever son temple dans les murs de cette ville; 1l était interdit aux seuls Catholiques de jouir d’une prérogative qu'ils sollicitaient depuis trois siècles. Vers 1802, ils osèrent s'adresser à l'empereur Alexandre et lui demander des Jésuites. Le Père Gruber reçut ordre d'en faire passer trois en Livonie : il désigna Joseph Kamienski, Marcmkiewiez et Puell, qui arrivèrent le 10 f6vrier 1804. Le prince de Wurtemberg et les magistrats moscovites accucillirent avec empressement ces Religieux ; mais bientôt ils n’eürent pas de peine à s’apercevoir des inimitiés secrètes ou patentes auxquelles leur ministère allait être en butte. La plupart des Catholiques de Riga s'étaient laissé gagner par cette fièvre de débauche qui épuise les grands centres commerciaux. Les treis Missionnaires succombaient à la peine sans espérance de succès, lorsque, en 1806, le Père Joseph Coince se fit leur auxihaire.
À peine a-t-il pris connaissance de la position morale dans laquelle languissent les habitants de Riga, qu'il s’ingénie pour y remédier. Par une de ces inexplicables corruptions dont il ne faut accuser aucun culte, car aucun n'est responsable de pareilles monstruosités , le catéchisme luthérien que les pères de famille se voyaient forcés de mettre entre les mains de leurs enfants n'était qu'un code d’athéisme et de lubricité. Coince en oppose un qui reçut la sanction de l'autorité ; mais il devenait urgent de le faire accepter aux familles, plus urgent encore d’arracher la jeunesse des deux sexes à tous les vices précoces dont elle portait le germe en elle. Coince avait mesuré l'étendue du mal : il le conjure en publiant des livres de morale adaptés à l'intelligence abâtardie de ces peuples ; il crée des écoles. Afin d'attirer la confiance des parents, 1l charge des fonctions d’institutrices de nobles dames françaises et allemandes. Sous la direction de la comtesse de Cossé-Brissac et de la baronne de Holk, elles donnent à ces es-
pèces de salles d'asile de l'enfance un développement extraordinaire. La bienfaisance des femmes aidait la charité du Jésuite : il triomphe en peu de temps des préventions et des instincts MauvaIs .
Coince avait rendu chaste et pieuse la génération naissante, il voulut la faire libre. Des lois iniques pesaient depuis trois siècles sur les Catholiques, dont les Protestants de Suëde étaient parvenus à nier les droits de citoyens. Pour ces émancipateurs de la peñsée humaine, les Catholiques ne sont plus que des Juifs du quatorzième siècle, auxquels on refuse les priviléges de la patrie et même l'honneur de mourir sous le drapeau national. Le Jésuite entreprend de détruire cet abus de la force. Le marquis de Pallucci se trouvait gouverneur de Riga au nom du Czar. Le Père Coince lui communique ses plans de réhabilitation ; Pallucci les adopte, il s’engage à les favoriser. Il assemble les notables de Livonie, il-leur soumet les propositions que le Jésuite a inspirées ; un cri de répulsion s'échappe de toutes les bouches. Le Jésuite est accusé de semer la perturbation dans ce pays et de tendre au renversement des lois ecclésiastiques et civiles. La menace ne l’effrayait pas plus que les insultes : on songe à lui susciter d’autres obstacles. Un procès lui est intenté ; mais, après six mois de débats judiciaires, l'Empereur publie un décret qui garantit aux Catholiques la liberté de croire et de prier en commun, «
Jusqu’alors ils n'avaient pas même eu le triste privilège de faire ouvrir à leurs pauvres ou à leurs malades les portes des hospices publics. Coince avait triomphé du Protestantisme, il conçoit l’idée d'offrir un asile aux souffrances dont il est le seul consolateur. Tous les moyens lui manquent; néanmoins cet homme sait espérer contre toute espérance, et, sans autre levier que son zèle, mener à bonne fin les entreprises les plus ardues. Un hôpital était par lui jugé indispensable : il intéresse le marquis de Pallucci à ses projets. Le Jésuite parle, il fait parler ; il émeut les cœurs, il réveille dans les âmes le sentiment de la pitié, et le 16 juillet 1814 la première pierre de l'édifice était posée. Le 15 août 1819 , cette demeure de l’indigence recueillait toutes les misères,
Mais l'orage dirigé par les Sociétés bibliques commençait à gronder sur la Compagnie de Jésus. Le Père Coince était l'un des adversaires de leur système : le premier il reçoit ordre d'abandonner cette nouvelle patrie que ses sueurs ont arrosée et où, par la puissance de sa volonté, il a fécondé tant de miracles de civilisation. Îl faut renoncer à ces œuvres si laborieusement enfantées ou abjurer l’Institut de saint Ignace. Les Jésuites compagnons du Pêre Coince et Coince lui-même n'hésitent pas un seul instant. Ils étaient entrés proscrits dans l'empire de Russie , ils en sortirent proscrits. Les Catholiques se pressaient autour d'eux avec des prières et des larmes. Coince et Krukowski pleurent avec leurs fidèles, mais le sacrifice était consommé ; les Jésuites partirent. Le peuple leur témoignait sa tristesse par de touchantes eflusions. Le gouverneur de Riga ne craint point de s'associer à ces regrets; le 13 juillet 1820 il adresse au disciple de l’Institut la lettre suivante, touchant résumé des bonnes œuvres accomplies.
« Mon très-révérend Père,
» Si je n'ai pas répondu jusqu à ce moment à la lettre dont vous m'avez honoré le {‘r avril dernier, c’est que j'ai toujours espéré voir retarder l’époque de votre départ; mais, puisqu'il vient d’être fixé, je m’empresse, mon très-révérend Père , de vous prévenir que j'ai donné tous les ordres nécessaires pour qu'il vous soit fourni , ainsi qu'aux autres Pères qui partent avee vous, tout ce qui est nécessaire pour votre voyage. Les sentiments que vous me témoignez, mon très-révérend Père, dans votre lettre, m'ont rappelé le vif chagrin que J'ai souvent éprouvé de n'avoir pas été à même de contribuer comme je l’aurais voulu à tout le bien que vous avez fait et que vous avez voulu faire ici, et m'ont sensiblement pénétré de douleur pour la perte que non-seulement la communauté catholique va éprouver par votre départ, mais tous les habitants de Riga en général, les écoles que vous avez établies ici pour les deux sexes, l'hôpital et la Société des dames séculières de la Miséricorde, tous monuments qui par eux seuls suffiraient pour attester de votre zèle et de vos soins infatigables pour la ville de Riga, si d’ailleurs toute votre
conduite et celle de vos Péres ne vous eussent donné les plus grands droits aux regrets bien sincères que cause votre éloignement. Persuadé que, sensible à l'attachement que l’on vous a témoigné ici, vous éprouverez, mon très-révérend Père, quelques regrets de quitter le bien que vous avez fait, je crois les adoucir par l’asssurance que je vous donne de faire tous mes efforts pour maintenir dans leur état actuel tous les établissements dont cette ville vous est redevable. Les vœux bien sincères que je forme pour votre bonheur vous suivront partout, et si jamais vous pouvez me croire propre à vous être utile, disposez de moi comme d'un ami qui vous est sincèrement attaché.
» P., marquis DE PALLUCCI. »
Le même dévouement à l'humanité éclate sur les points les plus reculés de la Russie. C’est à que de préférence les Jésuites fixent leur séjour, c'est de là aussi qu'ils veillent comme des mères attentives sur ces douleurs de l’âme et du corps dont personne, en dehors d'eux, ne semble se préoccuper. Il existe à Mozdok , sur le Caucase, une colonie formée de prisonniers et du rebut de différents peuples. Cette colonie croupit dans l'ignorance, ne songeant qu'à satisfaire ses vices et ses haines. La force elle-même n’a pu assouplir ces natures rebelles. L’empereur Alexandre veut que les Jésuites tentent un dernier essai. Ils ont à subir des vicissitudes de toute sorte, des outrages de toute nature ; mais enfin, vers l’année 1810, ils arrivent à la solution du problème. Les colons de Mezdok, vaincus par la persévérance des Missionnaires, leur rendent les armes, et déjà le Père Woyzevillo se jette dans le Caucase pour annoncer aux indigènes le Dieu mort sur la croix. Des obstacles insurmontables semblent conspirer pour frapper leurs travaux de stérilité. Les Pères Suryn et Gilles Henry en triomphent par des merveilles de patience et de courage. Ils sont les Apôtres de ces hommes à demi barbares; ils deviennent les Anges protecteurs des troupes russes cantonnées au milieu de ces régions, chaque jour exposées au double fléau de la peste et de la guerre.
D'inénarrables privations, d’affreuses souffrances étaient réservées aux Jésuites dressant leur tente dans ces montagnes. A
la voix de leur chef, aucune” ne recule, et, dans l'abandon de leur correspondance intime, voici de quelle manière ils acceptent cette vie de tribulations. Le Père Gilles Henry, Jésuite belge, écrit de Mozdok, le 29 juin 1814 : « On vient de publier ici l'ordre de renvoyer tous les Polonais. Tout en entrant dans leur joie , je me sens le cœur singulièrement affligé de voir partir ces pauvres malheureux, que nous avons comme régénérés en les transformant en agneaux, d'ours qu'ils étaient. Maintenant mes dépenses me paraissent agréables, et je ne prévois qu'avec peine le moment où je ne devrai plus me priver de mon pain, de mon diner pour en nourrir l’affamé, de mon manteau, de mes bottes et même de mes bas pour en revêtir les membres précieux, les frères bien-aimés de mon Sauveur. Il me semblera qu'ilme manquera quelque chose lorsque je n’aurai plus Foccasion de revenir couvert de vermine. Si j'avais quelque chose à regretter, c'est de m'être trop défié de la Providence , c'est de ne pas m'être privé davantage de mon repos pour alléger leurs douleurs. »
Dans une autre lettre du 43 juillet 1814, ce même Jésuite écrit encore : « On a été dans de grandes alarmes à Astracan, on a cru que le Révérend Père Suryn était tombé entre les mains des païens. Depuis sept ans, J'ai, chaque jour, de pareilles craintes sur le compte de notre Supérieur. Mais serait-ce donc un malheur, si l’un de nous, en exerçant le saint ministère, était fait prisonnier ? Heureuse captivité qui probablement briserait les chaînes par lesquels lenfer tient les montagnards en captivité! Serait-ce un malheur si l’un de nous était dévoué à la rage des paiens? Nous voulons arborer l'étendard de la Croix , et le sang des Martyrs n'est-il pas la semence des Chrétiens ? »
Le 10 août de la même année , le Père Henry n’ambitionne plus le martyre. Il raconte les calamités auxquelles ses pauvres Chrétiens et ses soldats captifs se voient en butte. Ici ce sont des nuées de sauterelles qui dévorent les moissons et empoisonnent l'air; là c’est la peste avec toutes ses horreurs; puis, après le récit de ces fléaux, le Jésuite ajoute en sollicitant grâce pour sa charité : « Il me reste à demander pardon des dépenses que
j'ai faites. Comment agir? Quelle règle observer lorsqu'un malade meurt faute de pain, sort de l'hôpital sans chemise ? Qu’auriez-vous fait si vous eussiez rencontré le fils de M. le comte Potocki sans bas, sans souliers, sans culottes, sans chemise ? Pourrait-on me reprocher d’avoir demandé son mouchoir à la première dame que je rencontrais, ses bottes à un cosaque, sa chemise à un autre? Mille cas semblables se présentent. Depuis Pâques je suis sans argent, et je dépense par mois trois cents roubles. Grâce à la divine Providence, je n'ai pas de dettes. Personne ne serait resté en vie pour porter de nos nouvelles en Pologne; mais j'ai fait instance auprès du général, et, quoiqu'il n'y ait ici aucune troupe pour les remplacer, il vient d'envoyer par une estafette ordre de faire partir de suite tous les Polonais de Mozdok, les malades mêmes sur des voitures. Quels douloureux adieuxje vais recevoir! J'en reçois de plus consolants des moribonds qui, au moment de rendre l'âme , tournent encore les yeux vers moi, comme s'ils voulaient me dire : « À vous revoir dans le ciel, mon cher Pére. »
Telles sont les vastes conspirations dont les Jésuites s’occupent sans cesse. Ce que le Père Henry retrace avec tant de naïveté, tous les autres , dispersés dans l'empire de Russie , le confirment par leurs écrits etencore mieux par leurs actes. Le jour et la nuit ils sont entre les désespoirs de la peste et la pénurie de secours humains. Ils subviennent à tous ces maux; et, lorsque l'arrêt de proscription leur est signifié sur cette terre désolée, le Père Gilles Henry adresse au Père Grivel sa dernière lettre. Elle est ainsi conçue :
« Depuis seize ans que nous sommes à Mozdok, au pied du mont Caucase, nous avons tenté inutilement de pénétrer dans l'intérieur des terres occupées par des gens barbares, Païens ou Mahométans, qui regardent comme une bonne œuvre le massacre d’un Chrétien. Cependant nos travaux n’ont pas été inutiles pour les colons du pays, et surtout pour les troupes qui passent sans cesse en ce pays, de la mer Caspienne à la Mer Noire et de Mozdok à la Géorgie. Depuis l'invasion de la Russie par les Français, nous n'avons pas eu un moment de repos. Le gouvernement russe a envoyé ici douze mille Polonais pri-
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sonniers, sans foi, sans mœurs ; mais l’exil et les maladies les ayant attaqués, nous en avons profité pour les ramener à de meilleurs sentiments, et Dieu a béni nos travaux.
» À Mozdok, nous avons deux cents Catholiques, Arméniens lidèles ; et, comme il passe ici beaucoup d'étrangers qui vont ou reviennent de Russie en Géorgie ou en Chine, et qu’on ne trouve n1 hospice ni hôtellerie, nous avons bâti un grand hospice où tous les voyageurs sont admis indifféremment, et gratis autant que nous pouvons. Nous avons eu occasion de donner l'hospitalité à plusieurs Anglais. Nous avons élevé une grande église. Après avoir tant travaillé pour le bien de cet État, on veut nous renvoyer comme tous les autres Jésuites. Mais, non contents de nous chasser, on voudrait nous déshonorer en nous rendant apostats. On nous a fait des promesses et des menaces. Nous avons répondu qu'avec la grâce de Dieu, nous voulions vivre et mourir dans la Compagnie de Jésus. »
On les expulsait du Caucase au moment où l'Asie allait se rouvrir devant eux. Les Arméniens, délivrés du joug des Perses et tombés sous la domination de la Russie, montraient une vive répugnance à embrasser le schisme des Grecs. Ils mvoquaient des Missionnaires pour se confirmer dans leur Foi. La Perse faisait le même vœu; elle demandait les membres de la Socièté de Jésus que l’empereur Napoléon lui avait fait entrevoir un jour. Lorsque le Général Gardanne conclut, au mois de janvier 1808, alliance avec la Perse, Napoléon, qui voulait se faire accepter en Asie comme l'héritier direct des rois ses prédécesseurs, fit insérer dans le traité une clause vraiment extraordinaire. Îl exigea protection pour les Jésuites que la France aurait le droit d'envoyer en Perse, et cela au moment même où ils étaient bannis de son empire et où le Pape ne les avait pas rendus à l’existence *. Mais ce nom de Jésuite retentissait au
* Le traité conclu entre Ja France et la Perse contient, à l’article 15, les clauses suivantes :
« Les Prètres qui se trouveront en Perse pour instruire et diriger les Chrétiens seront honorés de toute la bienveillance de Sa Hautesse, à condition qu’ils ne s’ingéreront point dans ce qui regarde la Foi musulmane, et qu’ils ne se permettront rien de contraire à cette Religion. Les Prêtres, Moines et Religieux de la loi de Jésus qui habiteront la Perse pour remplir les fonctions de leur culle, se trouvant a l'ombre de la protection impériale, ne seront vexés ni (ourmentés par personne, et eux-mêmes ne mettront jamais le pied hors du sentier du devoir, et ils ne de
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DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS. Al
loin ; il portait avec lui une signification que les Orientaux se montraient heureux d'admethie. Napoléon, au témoignage du colonel Mazorewiez, ambassadeur de Russie à Téhéran, se garda bien de laisser échapper ce moyen d'influence. On avait calomnié les disciples de Loyola passant leur vie dans les glaces de la Sibérie et dans les montagnes du Caucase, entre la misère des mdigènes et les langueurs des exilés. Lorsque le gouvernement apprit que la détermination de ces Pères était aussi immuable que celle de leurs compagnons, Galitzin, qui sent le besoin de les conserver, leur propose une dernière transaction. Ils sont libres de rester fidèles à leurs vœux, on les accepte comme Jésuites; ils doivent seulement se dépouiller de leur habit et de leur nom. Les Missionnaires, encore plus attachés à leur Institut qu’au Calvaire sur lequel ils se placent volontairement, calvaire qui ne leur manquera pas ailleurs, refusent le compromis. Les négociations durèrent plus d’un an; et, lorsqu'ils partirent de ces lieux, où ils avaient adouci tant de souffrances, les gouverneurs-généraux les comblèrent de témoignages d'estime. Dans la Crimée comme sur les bords du Volga, la séparation fut aussi cruelle. Le marquis de Pallucci avait déploré leur retraite, Le général del Pozzo, qui commandait à Astracan, mourut de douleur, et les Chrétiens du Caucase essayèrent de désobéir à l’ordre de l'Empereur. On chercha en Allemagne et en Pologne des Ecclésiastiques pour remplacer les Jésuites qui évangélisaient ces montagnes, il ne s’en présenta point. Les affiliations bibliques triom phaient en Russie sur les débris
vront jamais rien faire qui puisse blesser et contrarier la croyance musulmane ; et si un Musulman, des Arméniens ou des Européens se comportaient avec irrévérence envers des Prêtres, le juge de l’endroit, après la vérification des choses, les punirait et les remettrait dans le devoir, de façon que dorénavant ils ne leur manquassent plus de respect. Les juges ne trouveront pas mauvais que les Chrétiens habitant les contrées du Daghestan, de Tauricz et de Kara Bagh, de l’Yrak, du Farsistan et autres provinces de l’Empire, portent du respect aux Prêtres. Persoune non plus ne confrariera les Arméniens et enfants d’Arméniens qui seront auprès des Prêtres, soii pour s’instruire, soit pour les servir. Si les Prêtres désirent construire soit une église, soit une chapelle, personne ne les en empèéchera, et on leur donnera aussi un terrain, conformément à ce qui est énoncé en l’article 2. » (Recueil des traités de commerce et de navigation entre lu France et les puissances étrangères entre elles, par M. le comte d’'Hauterive.)
Le Père Gilles Henry, dans une lettre en date du 29 mars 1829, écrit au Père Raymond Brzozowski que le colonel Mazorewicz lui avait assuré qu’on lisait dans le traité : Galliam habituram jus mittendi Jesuitas in Persidem.
ni
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de la Compagnie de Jésus ; leur victoire ne fut pas de longue durée. Sous le règne d'Alexandre, elles avaient pris de vastes développements, mais peu à peu le Czar s'avoua qu'il s'était donné des maîtres. Son âme inquiète cherchait partout la vérité comme un aliment nécessaire à ses pensées; 1l essaya de comprimer l'essor de ces Sociétés, dont le but n'était plus pour lui un mystère. Lorsque, aux portes du tombeau , il confessa, dit- -on, la divinité et la prééminence du Catholicisme *, il léguait en
4 Ce retour vers l’unité catholique ne se trouve: confirmé par aucun acte officiel, par aucun témoignage public. Le caractère d'Alexandre, son penchant pour la vérité religieuse, et les tristesses de ses dernières années ont sans doute contribué à accréditer un bruit qui jusqu'ici n’a peut-être d’autres fondements que lentrevue du Czar avec le prince abbé de Hohenlohe, dont le nom est si célèbre en Europe. Dans ses Zichtblicken und ergebnissen, le Prince raconte ainsi lui-même cette entrevue : j
« S. M. l’empereur Alexandre vint à Vienne au mois de septembre 4822. Ce Monarque, qui avait voué une amitié sincère à la famille princière de Schwarzenberg, mauifesta au prince Joseph de cette illustre maison le désir de me conpaitre.
» L’audience que S. M. devait me donner fut fixée au 21 septembre, à sept heures et demie du soir, Ce jour sera toujours pour moi un des plus remarquables de ma vie. J’adressai la parole en français à S. M., et je lui dis :
« Sire, la divine Providence a placé V. M. sur un des degrés les plus élevés de » Ja grandeur terrestre; c’est pourquoi le Seigneur exigera aussi beaucoup de » V.M.; car la responsabilité des rois est grande devant Dieu. Il a fait choix de » V. M. comme d’un instrument au moyen duquel il a voulu donner le repos et » la paix aux nations européennes. De son côté, V, M. a répondu aux vues de la » Providence, en exaltant la bénédiction de la Croix et en relevant par votre » puissante volonté la Religion qui était renversée. Je regarde le jour d’aujour- » d’'hui comme le plus heureux de ma vie, parce que j'ai le bonheur, dans ce » moment, de témoigner à V. M. le profond respect dont je suis pénétré pour » elle, Que le Seigneur vous confirme par sa gràce, et qu’il vous protége par ses » sints anges! Telle sera l’humble prière qu’à partir d'a présent j'adresserai au » Ciel pour V. M. »
» Ces paroles furent suivies d’une pause pendant laquelle l'Empereur ne cessa de me regarder ; puis il se jeta à genoux en me demandant la bénédiction sacerdotale. 11 me serait difficile d'exprimer par des paroles l’émotion que j'éprouvai dans ce moment. Voici tout ce que je pus lui dire de la plénitude du cœur :
« Je dois permettre qu’un aussi grand Monarque s'abaisse de la sorte devant » moi, parce que le respect que V. M. me témoigne ne s’adresse pas à moi, mais » à celui que je sers et qui vous a délivré par son sang précieux, à grand prince, » comme il nous a délivrés tous. Que le Dieu triple et un répande donc sur » V. M. la rosée de sa grâce céleste! Qu’il soit votre bouclier contre tous vos en- » nemis, volre force dans chaque combat! Que son amour remplisse votre cœur, » ef que la paix de Notre-Seigneur Jésus-Christ demeure sur vous en tout temps. »
» C’est tout ce que je pus dire, parce que les larmes s’échappaient de mes yeux de tous côtés. S. M. me pressa contre son cœur ; après quoi, ému moi-même d’une manière inexprimable, je le serrai à mon tour contre mon sein palpitant.
» Notre entretien roula ensuite sur divers événements qu’il ne m'est pas permis de raconter ici, l'Empereur m’ayant imposé le silence en me les confiant. Je demeurai auprès de Sa Majesté jusqu'a onze heures moins un quart. Comme mon cœur saigua lorsque j'appris sa mort deux ans après! « Non, il ne se passe point de jour que je ne me souvienne de lui dans mes prières au Tout-Puissant. »
même temps à son successeur le soin de renverser celte agrégation protestante. L'empereur Nicolas se montra fidèle à la dernière politique d'Alexandre, et les Sociétés bibliques subirent le destin qu'elles avaient préparé à l'Institut de Loyola.
Tandis que les Jésuites servaient de mot de ralliement aux hérétiques s’efforçant de tuer la Foi, l'Institut de Lovola, rétabli par le Souverain-Pontife Pie VIT, se livrait à Rome à un grand travail intérieur ‘. Le Gesû ét le Noviciat de Saint-André leur étaient rendus , ils y revenaient pleins de joie et d'espérance. Les Papes avaient voulu que la maison-mêre fût conservée dans l'état où elle se trouvait au jour de l'arrestation du Père Ricci. La bibliothèque seule avait été vendue à l’encan par ordre des commissaires de Clément XIV. L'église du Gesû était dépouillée de la statue en argent de saint Ignace et de plusieurs objets précieux qui ornaient le temple ?; mais, à part ce tribut payé à la
‘ Le cardinal Pacca, l’ami et le conseil du Pape Pie VII, fut un des princes äu Sacré-Collége qui, dit-on, exercèrent le plus d'influence auprès du Pontife pour le déterminer à proclamer la résurrection de la Société de Jésus, résurrection à laquelle le cardinal Consalvi semblait s’opposer par des motifs politiques. Dans le manuscrit inédit où Pacca raconte les événements de son second ministère, nous {rouvons un passage qui laisse toute la gloire de l’iniliative à Pie VIT. Pacca s’exprime ainsi : « Une des premières opérations que le Pape désira faire fut celle, si glorieuse pour lui, du rétablissement de la Compagnie de Jésus. Dans les entretiens que j'avais chaque jour avec lui, durant notre exil de Fontainebleau, nous avions souvent parlé des graves préjudices causés à l'Eglise et à la société civile par la suppression de cet Ordre, aussi justement célèbre dans l'éducation de la jeunesse que dans les Missions apostoliques. J’avais donc lieu d’espérer que le Pape ne serail pas éloigné de songer un jour à ressusciter les Jésuites à Rome, ainsi que dans toutes les contrées qui, à l’exemple de l’empereur Paul de Russie et de Ferdinand IV, roi de Naples, les avaient réclamés pour leurs peuples. Arrivé à Rome le 24 mai 4814, les entretiens de Fontainebleau se présentèrent toutà-coup à mon esprit; mais, suivant les vues de la politique humaine, cette opération me paraissait encore peu müre, el, à cause des circonstances, je la regardais peutêtre comme imprudente et très-iifficile. Nous étions à peine échappés aux tempètes soulevées par la secte philosophique qui rugissait au seul nom de Jésuites, et nous ignorions ce que diraient les cours étrangères du rappel d’un Institut dont, peu d’années auparavant, tous les souverains catholiques avaient exigé l’entière suppression.
» Malgré ces motifs, vers la fin de juin, environ un mois après notre retour à Rome, je voulus faire une tentative sur l'esprit du Pape, et je lui dis un jour à Paudience : « Très-Saint Père, il faudra reprendre de nouveau notre conversation sur l'Ordre de Jésus, » et, sans que j’ajoulasse autre chose, le Pape répliqua : — Nous pouvons rétablir la Compagnie à la prochaine fète de saint Ignace. » Cette réponse spontanée et inattendue de Pie VII me surprit et me remplit de consolation. » +
2 Ce fut le traité de Tolentino qui força Pie VI à ces déplorables spoliations. Bonaparte l’obligeait de payer à la France vingt-cinq millions. Rome était chérée, et au lieu de faire peser sur le peuple cet impôt d’une injuste conquête, le Pape aima mieux priver les églises de leurs richesses artistiques.
Révolution française, la maison n'avait subi aucun changement. Devenue communauté de prêtres dont le savant Marchetti était le chef, elle fut presque entièrement composée d'anciens Jésuites. Ils y vivaient, ils y mouraient, ils y étaient ensevelis. On avait vu parmi ces vieillards les Pères Alberghini, Hervas, bibliothécaire du Pape, François de Sylva , Lascaris, Ximenez et Velasco y terminer une carrière que les travaux scientifiques illustrérent beaucoup moins que les vertus sacerdotales. Tout était maintenu par eux dans la même régularité ; 1l$ n'avaient interrompu ni une cérémonie ni une instruction dans l’église. Muzzarelli y avait même fondé les exercices du Mois de Marie, que plus tard tous les diocèses de la Chrétienté adoptérent.
Dans sa sollicitude pour l’accomplissement de ses vœux, Pie VIT ne se déguisait point que l'éloignement du Général entraînait des retards inévitables, et que son séjour en Russie ferait naître des difficultés pour l'exécution de la bulle de rétablissement. Au moment même où cette bulle fut publiée, le 7 août 1814, il désigna le Père Louis Panizzoni pour remplacer Brzozowski dans les Etats Pontiticaux, jusqu'à ce que le Général lui-même eût pris d’autres mesures. Le 21 décembre, Jean Perelli fut nommé Provincial de Rome et Vicaire-Général. Proscrits sur tous les points du globe, les Jésuites s'étaient réfugiés autour de la chaire de Saint-Pierre comme dans un asile ouvert à l’infortune. Il n’y eut pas de ville, pas de bourg en Romagne qui ne reçût quelque Père espagnol, portugais ou napolitain. Les Missionnaires du Paraguay, du Chili, du Pérou et du Brésil augmentèrent bientôt le nombre de ces exilés. Au milieu des travaux qu'ils s’imposaient pour le salut des âmes ou pour la gloire littéraire de leur patrie, ils conservèrent vivant le souvenir de l’ancienne Compagnie; ce Bélisaire collectif de l'Eglise qui, après avoir arraché la Catholicité aux étreintes du Protestantisme, était condamné par un Pape à l’inaction et à la mort. En apprenant que la Société se reconslituait, ils accoururent à Rome. La liberté dont ils avaient joui ne servait qu'à leur faire mieux appécier le bonheur de l'obéissance.
Quelques mois se sont à peine écoulés depuis le 7 août 1814, et déjà les Jésuites occupent les colléges de Terni, de Ferrare,
d'Orvieto, de Viterbe, de Tivoli, d'Urbin, de Fano , de Ferentino et de Galloro. Par un décret en date du 16 octobre 1815, Ferdinand II, duc de Modène, les introduit dans ses Etats. L'Italie, dont les guerres de la Révolution et de l'Empire viennent de bouleverser les lois et de modifier les mœurs, est restée catholique tout en changeant de maîtres. Elle désire consacrer le principe que l'occupation ennemie n’a pu vaincre, elle demande des Jésuites. Afin de répondre à cette unanumité, les jeunes gens des meilleures familles , ceux qui donnent les plus heureuses espérances, se pressent pour entrer au Noviciat de Saint-André. Cette maison est spacieuse ; elle ne peut plus contenir les postulants. En 1816, un second Noviciat se fonde à Reggio de Modène. L'année suivante, un troisième est créé à Gênes. On se précipitait dans les nouvelles Maisons de la Compagnie pour être admis au nombre de ses enfants ; mais cet empressement, que l'on ne put régulariser dans les premières années, produisit des abus auxquels il importait de remédier. La confusion s’établissait à la place de l’ordre. Le bien se faisait au dehors, mais dans l'intérieur il n’en était pas ainsi. L'Institut ne parvenait point à s’asseoir sur ses vieilles bases et à retrouver son ancienne discipline. Il se voyait menacé de dissolution au moment même où l’existence lui était rendue.
Les Noviciats garantissaient une certitude d'avenir, mais ils ne satisfaisaient aucun besoin du présent. Il fallait y achever le temps des épreuves et des études, discerner la véritable vocation d’un premier enthousiasme et épurer l’alliage qui s’y était glissé. Les vieillards, dont une joie mespérée renouvelait la jeunesse comme celle de l'aigle, succombèrent en peu de temps aux labeurs que le courage ne trouva jamais au-dessus de ses forces. En moins de quatre ans, près de cinquante de ces vétérans moururent, léguant à leurs héritiers, comme tradition de famille, les anciens usages et l'esprit de l’Institut. Quelques-uns , tels qu'Andrés, [turriaga et Doria, laissaient des titres savants destinés à leur survivre , et le Père Louis Felici un renom de vertus que Rome conserve avec respect. Ces vertus étaient devenues populaires, parce que Felici s'était toujours mis en contact avec le peuple par les associations pieuses qu'il avait eu l’art de
fonder et d'entretenir. En 1819 l'Ordre de Jésus perdait un de ses membres : celui-là avait élé souverain, et il s'appelait dans l'histoire Charles-Emmanuel IV, roi de Sardaigne et de Piémont.
Au milieu des cruelles épreuves que la fin du dix-huitième siècle accumulait sur la tête des monarques, Charles-Emmanuel, né en 1751, avait été réservé à deux bonheurs bien rares dans l'existence d’un prince. Son éducation fut confiée au cardinal Gerdil ; il eut pour épouse Clotilde de France. Les calamités de l'Italie étaient à leur comble, lorsqu’en 1796 Charles-Emmanuel monta sur le trône. La résistance devenait impossible; le nouveau roi, partant pour l'exil, accourut saluer à la Chartreuse de Florence le vieux Pontife Pie VI, traîné lui-même en captivité. Le T mars 1802, il perdit cette Clotilde, dont la sainteté est un des plus beaux fleurons des couronnes de France et de Sardaigne. Le 4 juin de la même année, il renonça, en faveur de son frère Victor-Emmanuel, à un diadème qu’il n'avait cemt que pour suivre le deuil de la Monarchie. Retiré à Rome, il ne voulut plus entendre parler que des choses du ciel. Le Père Pignatelli et les Religieux les plus illustres des différents Instituts devinrent ses amis et ses commensaux. Quand la Compagnie de Jésus se vit rappelée à l'existence, il témoigna le désir de lui consacrer ses derniers jours. Son vœu fut enfin exaucé, et, le 41 janvier 1815, 1l entra au Noviciat de Saint-André, sur le Quirinal. Il revêtit l'habit de la Société. Autant que ses infirmités le permirent, 1l s’astreignit de point en point à la règle; il pria, il médita, tandis que les autres Monarques couraient dans les Congrès à la poursuite de leurs royaumes morcelés par la Révolution. Calme et heureux dans sa cellule, il laissait ses derniers jours s’écouler au milieu des Novices, qu'il aimait comme un père, et à l'avenir desquels il s’intéressait avec un cœur de vieillard qui à va gronder sur sa tête tous les orages. Le nouveau désuite ne vécut que quatre ans parmi les Frères qu'il s'était choisis. Il expira le 7 octobre 1819, et, comme il l'avait demandé, on l’ensevelit avec le costume de la Compagnie",
1 Les Ministres de Victor-Emmanuel, dominés par la sagesse du siècle, n’osèrent pas apprécier celte gloire de l'humilité chrétienne et reconnaitre le Jésuite dans le
Le 6 décembre 1818, Louis Fortis succéda au Père Perelli dans la charge de Vicaire-Général. Ce dernier était accablé par l’âge; et, dans la position des choses, l’on sentit plus que jamais le besoin de conserver le nerf de la discipline, ainsi que l'unité de gouvernement. Le Père Sinéo fut choisi pour Provincal; mais, le 5 février 1820, la mort de Thaddée Brzozowski mit un terme à une situation exceptionnelle. Il avait désigné pour Vicaire-Général le Père Mariano Pétrucci. Pétrucci s’empresse d’accourir à Rome, il désigne quatre Consulteurs pour suppléer à l'absence des Assistants, et il fixe la Congrégation Générale au 4 septembre. Des difficultés de plus d'un genre s’offraient dans l'application des règles à suivre pour élire un nouveau chef. Pie VI consentit, le 2 juin, à valider, par la plénitude de sa puissance, les formalités que les circonstances ne permettraitent pas de remplir. Les Provinces nommèrent leurs députés à la Congrégation; les uns franchissaient les Alpes, d’autres étaient déjà dans la ville pontificale. Tout se disposait pour l'ouverture de l’assemblée, lorsque, le 1** août, le cardinal Annibal della Genga, Vicaire du Pape, écrit, au nom de Pie VIT, que les Jésuites polonais forment une partie notable de la Société, et qu'on ne doit pas tenir sans eux la Congrégation Générale.
Un espace d'un mois et demi leur restait encore; les Pères ne tardèrent pas à deviner que cette note du cardinal della Genga cachait un piége; Mariano Pétrucci, sans consulter les Provinciaux et les électeurs, enjoint à ceux qui sont en route de suspendre leur voyage. Cette démarche étonne et inquiète les Jésuites; ils prient le Vicaire-Général de sonder les intentions du Pape, le Vicaire refuse d’obtempérer à ce vœu. Rozaven alors se décide à presser le départ des Profès que la lettre de Pétrucci doit arrêter ; il leur mande de ne point tenir compte des ordres contraires qu'ils pourraient recevoir. Accompagné des Pères Sinéo et Monzon, il se présente au cardinal della Genga; ce dernier leur donne l'assurance qu'aussitôt l'arrivée des Polonais la Congrégation s'ouvrira.
roi Charles-Emmanuel, Sur le mausolée qu’ils firent élever à la iémoire de ce Prince, ils inscrivirent {ous ses titres souverains ; ils oublièrent comme à dessein celui qui lui fut le plus cher, puisqu’il était descendu volontairement du {rène pour mourir sous habit de Ja Compagnie de Jésus,
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Au commencement de septembre, ces Pères touchent à Rome. Pien ne s'oppose plus à la tenue de l'assemblée. Mais, le 6, le cardinal della Genga mande qu'il faut ajouter de nouveaux Assistants à ceux déjà en exercice, et que, pour régler les difficultés touchant la Congrégation, des commissaires seront nommés. Le cardinaux della Genga et Galeffi sont à leur tête. Le 14, trois nouvelles lettres de della Genga parviennent coup sur coup : la première confère au Vicaire-Général toutes les prérogatives du chef de l'Ordre, et, selon qu'il l'a désiré, elle lui adjoint d’autres Assistants; la seconde déclare que, pour remédier aux nullités
et aux irrégularités , le Saint-Père souhaite que della Genga et
Galeffi président à l’élection ; la troisième resta secrète.
Les Jésuites connaissaient l'affection que le Pape portait à la Société ; ils savaient qu'il voulait conserver intactes ses Constitutions ; ils ne conçurent donc même pas la pensée de l’accuser ou de le soupçonner; mais l'intrigue leur semblait évidente. Dans la manière d'agir, dans les entretiens de Pétrucci, ils trouvaient une preuve palpable de sa participation. Une mesure extrême pouvait seule sauver la Compagnie d’un péril dont les causes étaient encore pour eux un mystère ; la mesure fut adoptée. Les Assistants, les Provinciaux, les députés, au nombre de dix-neuf, adressent une supplique à Pie VI. Deux Pères la remettent au cardinal Consalvi, secrétaire d'Etat. Consalvi était plutôt un grand diplomate, un homme du monde, qu'un ecclésiastique. [l aimait peu les Jésuites, qu’il regardait comme un nouvel embarras politique, au milieu des complications de l'Europe. Mais il savait être juste; il dédaignait de seconder de sa toute-puissante autorité un complot qui allait faire rejaillir sur la tiare le contre--coup d’une trame obscure. Il affirma aux deux Pères qu'il appuierait leur supplique, et qu’à partir de ce moment ils pouvaient regarder l'intrigue comme vaincue.
Cette intrigue, dont le Vicaire-Général était l’agent, sans en mesurer la gravité, avait pour but de modifier les Constitutions dans plusieurs de leurs points essentiels, et d'amener le Souverain-Pontüfe, par lassitude ou par dégoût, à laisser crouler le monument que ses mains avaient réédifié. La discorde éclatant au sein de la Compagnie, au moment même où il s'agissait de
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er à l'élection d’un Général, devait forcer Pie VII au rene ou tout au moins l'empêcher de soutenir un Ordre qui ne savait pas rester uni, pour fâcher de se montrer fort. Le calait habile; ceux qui l'avaient fait espéraient que tout mar- € ait selon leurs vues. Della Genga, dont la religion avait été surprise, se rangeait de leur côté ; ils n'ignoraient pas que Consalvi, absorbé par les soins du gouvernement extérieur, ne prendrait pas longtemps la défense de la Compagnie de désus, et que les cardinaux Mattéi, Pacca et Galeffi ne pourraient jamais faire prévaloir leur amitié pour l’Institut contre un plan si bien combiné. Il fallait que l'élection du Général devint une impossibilité morale, afin que le Saint-Siége se décidât à dénaturer son œuvre. On travailla à la réussite de ce projet.
Consalvi avait promis que la Congrégation se réunirait immédiatement; le 3 octobre un rescrit pontifical en ce sens est adressé à la Société. Le Vicaire-Général cherche encore à surseoir ; il se croit appuyé par le cardinal della Genga ; della Genga est excité par les meneurs que la Compagnie renferme dans son sein ; ils prétendent l’anéantir ou s'en rendre maîtres. Consalvi n'a pas eu de peine à pénétrer leur intention ; Pie VII ordonne que le jour de l'ouverture de l'assemblée sera déterminé à la majorité des voix. Cette majorité ne se fait pas attendre, elle décide que le lendemain la Congrégation se réunira. Pétrucci la préside ; mais à peine a-t-il ouvert la session que, pour se débarrasser d’un électeur aussi clairvoyant que Rozaven, il affirme que les députés de France et d'Angleterre ne sont pas investis de pouvoirs réguliers : il leur enjoint de sortir de la salle. Ces Profés obéissent sur-le-champ. Les difficultés soulevées par le Vicaire sont examinées par les autres et résolues à la pluralité des voix. Les députés expulsés rentrent pour exercer leur droit, et la Congrégation se déclare, à l'unanimité des suffrages, légitimement convoquée et réunie.
Cette fermeté déconcertait les trames hostiles ; le Père Piétroboni est l’un des fauteurs du complot, il refuse d'intervenir à l'élection ; il arrache à Pétrucci une protestation contre la légitimité de l'assemblée; il force même ce dernier à insinuer qu’il aura recours à un tribunal extérieur. Le péril était imminent ;
par un décret solennel, la Congrégation frappe de déchéance le Vicaire-Général ; le lendemain 41 octobre, Piétroboni est exclu. Le cardinal della Genga était son protecteur; il épouse sa querelle, 1l veut faire partager au Souverain-Pontife son irritation contre les Jésuites. Pie VIT refuse d'associer le Saint-Siége à des intrigues dont Consalvi lui a découvert le jeu; il passe outre, et le 18, la vingtième Congrégation est en permanence. On remarquait parmi les Pères, Fortis, Rozaven, Billy, Charles Plowden,
- André Gallan, Sinéo, Szvietokowski, Montesisto, Vulliet, Delfa,
Raymond Brzozowski, Korsack, Landès, Grivel, Grassi et Ganuza. Le même jour Louis Fortis se vit nommer Général de la Société au deuxième scrutin.
Le Père Vincent Zauli, théologien de la Sacrée-Pénitencerie , Jean Rozaven, Augustin Monzon, et Raymond Brzozowski furent élus Assistants, Monzon, Admoniteur du Général, et Joseph Koricki, Secrétaire de la Compagnie.
Quand le pouvoir fut régulièrement établi, on constitua un tribunal pour juger les Profès qui avaient ambitionné le pouvoir ou essayé de porter le désordre au sein de l'Institut. Le 27 octobre, ce tribunal condamna Pétrueci et Piétroboni. Ils se soumirent à la sentence, ils reconnurent leur faute, et-les Jésuites se contentèrent d’un repentir tardif. Mais les deux chefs apparents du complot n'étaient pas les plus coupables. Il y avait au sein de la Compagnie des jeunes gens dont l'expérience n'avait pas müûri la fougue de caractère, des esprits inquiets aspirant à fout réformer ou à tout briser, et qui, récemment entrés dans l’Institut, voulaient l’appliquer à leurs fins particulières. La Congrégation les jugea dangereux, soit comme réformateurs sans intelligence, soit comme Religieux faisant servir leur état à une ambition coupable. Elle les expulsa. |
Ces mesures étaient nécessaires pour assurer le repos de l’Ordre de Jésus. Quand elles furent prises, la Congrégation s’occupa de rendre les décrets dont elle sentait l'urgence. Par le sixième elle confirme, en tant que besoin est, les anciennes Constitutions, règles et formules de l’Institut. Par un autre elle fortifie, elle explique de nouveau le vœu de pauvreté, afin de prévenir les abus que peut entrainer la réunion de tant de Pères qui, pen-
dant si longtemps, jouirent de la liberté et disposèrent de leur fortune. Les idées sur l'éducation avaient subi, dans le monde, de notables changements. On résolut d'adapter le Æatio studiorum aux besoins de la société moderne. Saint Ignace avait prévu ces besoins, il avait laissé à ses disciples la faculté d'y pourvoir. Une commission composée des Jésuites les plus versés dans l’enseignement fut formée. Le résultat de leurs investigations et de leur examen dut être soumis au Général, qui, aidé de ses Assistants, se vit chargé de coordonner les améliorations proposées.
Une certaine uniformité, au moins dans chaque Province, paraissait indispensable à établir sur-le-champ. L'éducation était partout livrée à des novateurs dont les doctrines hasardées pouvaient produire de tristes conséquences. Les Jésuites s’avouaient que même parmi eux il y aurait des combats intérieurs à livrer sur ce point fondamental. Il fut décidé que l’on tracerait et soumettrait au Général des règles provisoires qui obligeraient tous les maîtres. Ainsi se termina la première Congrégation de l’Institut renaissant.