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sur tout le littoral de ce district, répandait la semence catholique. Simple Frère coadijuteur, il a souvent laissé pressentir à Grassi la portée de son intelligence. Grassi l’apprécie, il développe ses brillantes qualités, et l'humble Frère est bientôt élevé à la dignité sacerdotale. Il avait tout ce qui est nécessaire pour entraîner les masses et pour produire d'heureux effets. Son éloquence devient populaire : il la consacre à la gloire de Dieu et au triomphe de l'éducation. Il établit des colléges, des églises, des écoles pour les orphelins ; il fécondela charité chrétienne au milieu des populations du Maryland. Son influence eut quelque chose de si merveilleux, qu’en 1829 un écrivain calviniste, M. Schæffer, s’écriait dans son journal : « Chose étrange! la France catholique chasse les Jésuites de son royaume; elle leur enlève l'éducation de la jeunesse , et les Protestants de Frederick contribuent, chacun pour ses cinquante dollars, à bâtir aux Jésuites un collége dans cette ville ! »
Telle était la situation que les disciples de Loyola se créaient dans les Etats-Unis, lorsque Mac-Elroy trouve occasion d’acquitter par un service la reconnaissance de ses frères de l’Institut. Au mois de juin 1834, cinq à six mille Irlandais étaient occupés à des terrassements sur le chemin de fer entre Baltimore ct Washington. Ils se séparent en deux camps, ils se livrent combat, ils s’insurgent ; puis, retirés dans les forêts, ils bravent la force armée, qui n’ose s'engager à leur poursuite. Un pareil état de choses inquiétait les populations voisines, exposées au pillage ou à l'incendie. Les prières, les ordres, les menaces, tout avait été inutile. Mac-Elroy est informé de ce qui se passe : il accourt sur les lieux, il pénètre seul dans la forêt. Sa présence suspend les hostilités. Il fait comparaître devant son tribunal les deux parties, il leur enjoint de signer la paix ; il congédie les troupes et ramène à leurs labeurs ces hommes que la colère rendait si dangereux.
Ce que Mac-Elroy réalisait dans Frederick-City, d’autres l'entreprenaient sur divers points du Maryland et de la Pensylvanie. Les Pères Fenwick, Kenney, Larkin, Mulledy, Verhaegen, Kohlman, Vieng, Dubuisson, Ryder, sont pour la plupart désignés par les Evêques comme leurs coadjuteurs ou leurs frères dans
l’épiscopat ; ils repoussent avec humilité cette glorieuse marque de confiance. Ils vivent au milieu des accroissements et des prospérités inouïes d’une terre en travail d'un nouveau monde; ils assistent à cet ébranlement industriel dont la progression a quelque chose d'admirable et d’effrayant; mais ce n’est pas pour y participer qu'ils ont traversé les mers, abandonné leur patrie et adopté une existence pleine de dangers quotidiens et de souffrances ignorées.
Le travail augmente avec les années, la confiance s'établit, le nombre des Jésuites s'accroît en proportion. Ils n'étaient que treize en 1803 ; en 1839, on en comptait cent dix ; en 1844, la province du Maryland seule s'élève au chiffre de cent trente ; celle du Missouri en possède cent quarante-huit. Les Jésuites ne cachent ni leurs tendances ni leur but; ils aspirent à faire des Catholiques. L'Union ne s’effraie pas du mouvement qu’ils impriment. À l'exception de quelques sectaires, que leur obscurité force à se montrer intolérants, les chefs du Protestantisme prennent modèle sur les chefs de l'Etat. Plus d’une fois on a vu le président John Tyler assister à la distribution des prix à Georgetown, et tous les jours on rencontre autour de la chaire des Jésuites les citoyens les plus illustres de l'Amérique, encourageant par leur présence les efforts que font les Pères pour répandre dans les cœurs les principes de la morale évangélique.
Tandis que les Jésuites du Maryland contraignaient l’hérésie à donner de justes applaudissements à leur Apostolat, d’autres enfants de saint Ignace, dispersés sur le Missouri, affrontaient de nouveaux périls. En 1823, Van Quickenborn installait au nord des fleuves sa petite colonie de Missionnaires. Ils ÿ étaient connus, car anciennement ils avaient révélé aux tribus errantes le bonheur de la famille. « Nous avions appris à ces peuples dociles, mande le Père Thébaud dans une lettre datée de Sainte-Mariedu-Kentucky, le 15 octobre 1843, à labourer la terre, à élever des volailles et des brebis. Leurs femmes filaient la laine des bisons et la rendaient aussi fine, aussi soyeuse que celle des moutons d'Angleterre : elles en fabriquaient des étoffes et les teignaient en jaune, en noir, en rouge foncé ; elles s’en faisaient des robes qu’elles cousaient avec des fils de nerfs de chevreuil. »
Sur le conseil du Président des Etats-Unis, l'Evêque de la Nouvelle-Orléans avait réclamé quelques Pères : ils étaient venus ; l’œuvre grandissait avec la Compagnie. Rosati, premier Evêque de Saint-Louis, les soutenait dans leur rude entreprise. Van Quickenborn, à qui le Père Thécdore de Theux avait amené un renfort, hésitait à se lancer dans des excursions infructueuses. On tâcha de civiliser les Indiens par l'éducation; une école fut fondée ; mais les enfants qu'on y réunit ne tardérent pas à se sentir sauvages au milieu même des soins qu'on leur prodiguait. Le travail n’était accepté par eux que comme une honte. Quand on essaya de les initier aux arts mécaniques et à l’agriculture, ils se mirent à pleurer et à fuir; on eût dit que l’humiliation dépassait même les bornes prévues par eux. Les Jésuites néanmoins ne désespérérent ni de la Providence ni de leur courage. Les blancs contemplaient d’un œil jaloux les peines inutiles que prenaient les Missionnaires pour émanciper les tribus : ils se plaignaient d'être abandonnés ; ils réclamaient un Collége. L'Evêque de Saint-Louis joint ses vœux aux leurs, et, le 2 novembre 1829, les classes commencent. Les Protestants ont rivalisé de zèle avec les Catholiques pour élever le monument; ils désirent que leurs enfants soient assujeltis à la même règle. Trois ans après sa fondation, le Collége de Saint-Louis recevait du gouvernement central le titre et les priviléges d'Université. Plus tard celui de Saint- Charles au Grand-Coteau jouit des mêmes prérogatives.
Les Jésuites avaient peu à peu dompté ce besoin d'indépendance signalé avec un si juste effroi dans la jeunesse. L'idée religieuse pénétrait au cœur de ces natures violentes et bonnes tout à la fois ; il opérait des miracles de soumission. L'Europe catholique, à Rome, à Vienne et à Paris, s'était intéressée à ce mouvement civisateur ; l’Anglicanisme ne resta pas en arrière. Guillaume IV, roi de la Grande-Bretagne, fit adresser aux Jésuites de Samt-Louis la collection des archives britanniques ; le Président des Etats-Unis offrit celles de l'Amérique. Les Jésuites avaient-popularisé le goût de l'étude et l'amour des devoirs pieux. Leur chaire fut une espèce de lien qui rattacha les esprits les plus opposés à un principe commun. Ainsi qu'au Maryland et à la Virginie, ils attirérent les intelligences par le charme de leur pa-
role et par la force de leur logique. Vivant en paix avec les Pretestants, dont ils possédaient l'estime, 1ls voyaient de temps à autré des ministres de l'Anglicanisme suivre l'impulsion donnée par Pierce Connells.
Pierce Connelly était pasteur du culte réformé dans la ville de Natchez. L’éloge qu'il entend faire de la charité et de la science des Pères lui inspire la pensée de conférer avec eux sur les choses de la Foi. Il arrive, ilest convaincu, il proclame le dogme catholique. De retour à Natchez, 1l vend ses propriétés, résigne sa paroisse et abjure le protestantisme. Sa femme limite. Ils traversent les mers avec leur famille ; ils sont au centre de la Chrétienté, et là, sous la direction des Jésuites de Rome, le ministre anglican se consacre au service des autels par le sacerdoce.
Les excursions chez les sauvages marchaient de front avec les soins de l'enseignement et du saint ministère. Les Jésuites forment en Congrégation quelques tribus mieux disposées que les autres. Une église se construit au portage des Sioux ; d’autres résidences sont jetées à Saint-Charles, à Watkinsonville, à Clarke , à New-London, à Louisiana, à Jefferson et à Columbia. En 1836, le cacique Blackhawk et son fils Keokuck, qui guerroyérent si longtemps contre la République du Missouri, se présentent à Samt-Louis : ils demandent des Robes-Noires, de ces enfants de saint Ignace, dont les anciens de la tribu font de si touchants récits. Leur appel est entendu; les Péres Van Quickenborn et Hoocker se mettent en route avec eux; ils arrivent le {® juin au pays des Kickapoas.
Le gouvernement central ne cessait , dans son intérêt, de rèpéter à ces peuplades qu’un culte quelconque était nécessaire à l'homme. L'Union leur fournissait des pasteurs anglicans ; mais les Indiens, ne les voyant pas venir à eux le Rosaire et le Crucilix à la main , se prirent à douter de cette Religion qui, disaient-ils, n'était point celle des Français. Ils avaient d’autres souvenirs encore vivaces au Cœur ; ces souvenirs se réveillérent aussitôt que le nom des Jésuites retentit à leurs oreilles. Il leur fallut des Pères : les Péres accoururent au milieu des forêts. La vue des Robes-Noires fut comme une nouvelle êre de salut annoncée aux sauvages de l'Ohio et du lac Erié. Les Piankaskas et les Weas,
descendants des Miamis, les Kaskaskias et les Péorias s’ébranlérent pour fêter leur arrivée. Les Méthodistes en avaient séduit un grand nombre. Ces Indiens s'étaient vus tout-à-coup abandonnés par les Missionnaires ; ils n'avaient pu s'expliquer cette désertion que l'obéissance au bref de Clément XIV commandait, et, dans leur désespoir , ils avaient abjuré la Foi catholique. Ils proposaient de l'embrasser de nouveau si un Jésuite leur était accordé. Van Quickenborn connaissait les bienveillantes dispositions du Congrès ; il affirme à ces peuplades qu'elles sont libres d'adopter le culte qui conviendra le mieux à leurs sentiments, et un Pére de l’Institut leur fut promis.
Peu de mois après , le 16 août 1837, Van Quickenborn expirait sous le poids des fatigues sacerdotales. Fondateur de la Province du Missouri , il se sentait revivre dans les héritiers de son zèle ; les Novices formés à ses exemples allaient marcher sur les traces de sa charité. Le Père Ferdinand Hélias, dans les districts de Colebrooke, de Gasconade et des Osages, se fait centre pour les émigrants d'Europe et pour les naturels du pays. Il édifie des églises, il crée des écoles : c’est ainsi que fut commencée la ville de la Nouvelle- Westphalie. Il n’a sous la main que des colons allemands; Hélias s'adresse à la Société léopoldme de Vienne et à celle de Lyon. Les subsides qu'il en retire sont insuffisants : 1l invoque le concours de ses amis et de ses parents de Belgique. Il intéresse l’Europe au progrès de sa Mission. En 1838 le Jésuite n'avait découvert que six cent vingt Chrétiens. Cinq ans aprés il en dirigeait deux mille sept cents dans les voies du salut parmi ces colons. Le Père Hoocker pénètre à son tour chez les Potowatomies. [ls vivent sous des tentes , ils sont en proie à une maladie contagieuse qui les décime. Hoocker se dévoue volontairement à toutes ces misères et soutient les courages chancelants. Le froid est si intense qu'il ne peut goûter un instant de sommeil sur la terre où 1l essaie de reposer ses membres engourdis; cela ne l’arrête point dans ses projets. Il construit une église, afin d'apprendre à ces malheureux qu’ils ont un Père dans le ciel et un Jésuite ici-bas pour veiller à leur bonheur. L'église achevée, Hoocker leur persuade qu'ils doivent offrir à leurs familles un abri contre l’intempérie des saisons. Ce conseil est adopté.
De médecin , le Jésuite se transforme en architecte. Il secondait la cause de l'émancipation chrétienne, il servait en même temps les intérêts de l'Union. Le gouvernement américain doit et veut favoriser ces succès qui, avec le temps, éléveront les tribus les plus endurcies au rang de citoyens. Pour préparer ce mouvement, il n'ignore point que les Jésuites sont le seul Institut qui puisse chaque année vouer tant de martyrs à la civilisation. On le voit donc s'associer à leurs efforts, bâtir des églises, fonder des écoles pour les dames du Sacré-Cœur, constituer des rentes aux établissements d'instruction publique et veiller à l'entretien des Missionnaires. Les Jésuites et les Protestants se sont rencontrés dans une pensée d'humanité. Les uns sacrifient leur vie au principe chrétien, les autres accordent quelques subsides et la protection de la loi pour que les enfants de Loyola fassent plus tard des hommes de ces troupeaux de sauvages.
Les Jésuites se trouvaient en force, leur nombre augmentait ; les présidents de l’Union, Jefferson, Adams, Jackson, Van Buren et Tyler, encourageaient leurs tentatives. Les Pères crurent que le moment était arrivé de répondre enfin à la prière des indigènes. Ces derniers imploraient l'assistance des Robes-Noires comme un bienfait; les Robes-Noires commencèrent à planter la croix dans les savanes les plus écartées. Les Têtes-Plates de l'Orégon avaient entendu parler de la Religion du Grand-Esprit par des froquois venus du Canada. Deux députations sont envoyées à Saint-Louis pour solliciter des Missionnaires. Ces députations périssent en route, massacrées par les cruels Sioux. Une troisième est plus heureuse : quelques-uns de ses membres pénétrent dans le Missouri ; ils font part de l’objet de leur voyage. Le 27 mars 1840, le Père de Smet se décide à remplir un vœu si persévérant. Il traverse le désert américain et les Montagnes- Rocheuses, limites du monde atlantique ; il affronte les périls de toute sorte qui doivent l'assaillir ; puis à la rivière Verte, il rencontre les Têtes-Plates et les Pondéras accourus pour lui servir de cortége. |
Il est au centre de la tribu; des larmes de joie et d'espérance coulent de tous les yeux, et l’ancien des jours le salue par ces paroles : « Robe-Noire, soyez le bienvenu dans ma nation. C'est
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“aujourd'hui que le Grand-Esprit a accompli mes vœux. Nos cœurs sont gros, car notre grand désir est rempli, Robe-Noire, nous suivrons les paroles de votre bouche. » C'était un engagement, Jes sauvages l'ont tenu. Le Père de Smet a vécu de leur vie; il s’est fait une arme de leur docilité pour les conduire au Christianisme et pour élever leur intelligence. Il s’est improvisé chasseur, comme eux, afin de ne pas les abandonner; il a franchi les monlagnes et navigué sur les lacs; ika vu quels fruits pouvaient porter ces peuplades mdiennes. Le 27 août il s’en sépare. «Long- | temps avant le lever du soleil, écrit-il le 4 février 1841, toute la nation s’était assemblée autour de ma loge. Personne ne parlait, mais la douleur était peinte sur tous les visages. La seule : parole qui parut les consoler fut la promesse formelle d’un prompé retour au printemps prochain et d’un renfort de plusieurs Missionnaires. Je fis les prières du matin au milieu des pleurs et des sanglots de ces bons sauvages. Ils m'arrachaient malgré moi les larmes que j'aurais voulu étouffer pour ce moment. Je leur fis voir la nécessité de mon voyage ; je les excitai à continuer à servir le Grand-Esprit avec ferveur età éloigner d'eux tout sujet de scandale ; je leur rappelai les principales vérités de notre sainte Religion. Je leur donnai ensuite pour chef spirituel un Indien fort intelligent, que j'avais eu soin d'instruire moi-même d'une manière plus particuhère. [l devait me représenter dans mon absence, les réunir soir et matin, ainsi que les dimanches, leur dire les prières, les exhorter à la vertu, et ondoyer les moribonds et, en cas de besom, les pelits enfants. Il n'y eut qu'une seule voix, un assentiment unanime, d'observer tout ce que Je leur recommandais. Les larmes aux yeux, ils me souhaitérent tous un heureux voyage. Le vieux Grand-Visage se leva et dit: « Robe- Noire, que le Grand-Esprit vous accompagne dans votre long et dangereux voyage. Nous formerons des vœux soir et matin afin que vous arriviez sauf parmi vos frères à Saint-Louis. Nous continuerons à former ces vœux jusqu à votre retour parmi vos enfants des montagnes. Lorsque les neiges disparaîtront des vallées, après l'hiver, lorsque la verdure commencera à renaître, nos cœurs si tristes à présent recommenceront à se réjouir. À mesure que le gazon s’élôvera, notre joie deviendra plus grande; lorsque
DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS. 297 les plantes, fleuriront, nous nous remettrons en route pour venir à votre rencontre. Adieu! »
» Plein de confiance dans le Seigneur, qui m'avait préservé jusqu'alors, je partis avec ma petite bande et mon fidèle Flamand, qui voulut continuer à partager mes dangers et mes travaux. Nous remontämes pendant deux jours la Gallatine, fourche du sud du Missouri; nous passâmes de là par un défilé étroit de trente milles pour nous rendre sur la rivière de la Roche-Jaune, le second des grands tributaires du Missouri. Là ils nous fallut prendre les plus grandes précautions : c’est pourquoi nous ne formâmes qu'une petite bande. Il fallut traverser des plaines à perte de vue, des terres stériles et arides, entrecoupées de profonds ravins, où à chaque pas on pouvait rencontrer des ennemis aux aguets. Des vedettes étaient envoyées dans toutes les directions pour reconnaître le terram; toutes les traces laissées soit par les hommes, soit par les animaux, furent attentivement examinées. C'est ici qu'on ne peut s'empêcher d'admirer la sagacité du sauvage ; 1l vous dira le jour du passage de l'Indien à l’endroit où il en voit les traces ; 1l calculera le nombre d'hommes et de chevaux, il distinguera si c’est un parti de guerre ou de chasse ; même à l'empreinte des souliers, il reconnaîtra la nation qui à foulé le terrain. Tous les soirs nous choisissons un lieu favorable pour y asseoir notre camp, et nous construisons à la hâte un petit fort avec des troncs d'arbres secs pour nous mettre à l'abri contre une attaque soudaine. Cette région est Le repaire des ours gris ; c’est l'animal le plus terrible de ce désert; à chaque pas nous en rencontrions les traces effrayantes !. »
Après quatre mois de voyage pour effectuer son retour, le Jésuite arrive enfin le 22 décembre à son point de départ. Il a d'heureuses nouvelles à communiquer à ses frères. Mille dangers que l’avidité même des trafiquants de pelleteries n'ose pas affronter se présentent au zèle. Pierre de Smet vient de faire germer une moisson de Chrétiens, les ouvriers s'offrent en foule pour la recueillir. Le 21 avril 1841, 1l reprend sa course à travers ces régions inexplorées. Il à pour compagnons les Pêres Point et Men-
* Lettre du Pire de Smet à MM. Charles de Smet, président du tribunal de Ter monde , et François de Smet, juge de paix de Gand,
garint. Nicolas Point est un fils de la Vendée, « aussi zélé et aussi courageux pour le salut des âmes, écrit Smet des bords de la Platte, que le fut autrefois La Rochejaquelein , son compatriote, dans la cause de son roi. » Mengarini est Italien; son aptitude pour la musique et la médecine, son ardeur apostolique ont déterminé le choix des supérieurs. Trois Frères coadjuteurs les accompagnent. Ils seront en même temps les Missionnaires de ces tribus et leurs maîtres en agriculture ainsi qu'en industrie. Le sol était admirablement disposé ; les Jésuites se mirent à l'œuvre. Ils avaient découvert un petit Paraguay, ils résolurent d’y établir des Réductions. La première prit le nom de Sainte-Marie. Tout y est organisé avec une intelligence de mêre. On donne à ces Indiens des lois et une règle de conduite ; on les détache peu à peu de leurs superstitieux Manitoux, on les prépare au baptême et à la liberté. Les Têtes-Plates fournirent bientôt des guides et des catéchistes. Le Père Point s'engage avec eux chez les Kalispels ou Pends-d'Oreilles. Le Père de Smet évangélise les Nez-Percés. L'hiver vint, il apporta le mal de neige, c'est-à-dire la cécité. Ce froid douloureux n'arrête point les Jésuites dans leurs excursions et les Têtes-Plates dans leurs nouveaux devoirs. Ils prient, ils pêchent, ils chassent ensemble, et dans le journal d’hiver de Nicolas Point nous lisons : « Le 6 février aujourd’hui dimanche, grand vent, ciel grisâtre , froid plus que glacial, point d'herbe pour les chevaux, les buffles mis en fuite par les Nez-Percés. Le T le froid est plus piquant, l’aridité plus triste, la neige plus embarrassante ; mais hier le repos a été sanctifié, aujourd'hui la résignation est parfaite : confiance! Vers le milieu du jour nous atteignons le sommet d’une haute montagne. Quel changement! le soleil luit, le froid a perdu de son intensité, nous avons sous les yeux une plaine immense ; dans cette plaine, de bons pâturages, dans ces pâturages des nuées de buffles ; le camp s’arrête, les chasseurs se rassemblent ; ils partent, et le soleil n'a pas encore achevé sa carrière que déjà cent cinquante-trois buffles sont tombés sous leurs coups. Îl faut en convenir, si cette chasse ne fut point miraculeuse , elle ressemble beaucoup à la pêche qui le fut. Au nom du Seigneur, Pierre jeta ses filets, et prit cent cinquante-trois gros poissons : au nom du Seigneur, le camp des Têtes-Plates eut con-