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« Quant à nous, maintenant, nous attendons sans crainte le jugement du pays; lui-même il dira s’il est juste, s'il est sage, s’il est français, de jeter l'insulte à de jeunes hommes nourris de pareilles leçons, et que la chambre, les conseils élus, le sacerdoce, la magistrature, l’armée, le barreau, la presse, toutes les professions libérales, l’agriculture, l’industrie, le commerce, voient chaque jour offrant leur sang, leurs veilles et leurs travaux pour la gloire et la prospérité de la France. »
Devant cette protestation, M. Thiers se tut, car il avait derrière lui un passé de deux siècles et demi qui, comme la génération nouvelle, pouvait dire si les Jésuites tiennent école de lâcheté, de trahison, de mépris des lois ou des serments. M. Thiers, il faut en convenir, n’est pas le premier qui donna un corps à cette imposture. Avant lui Carlo Botta, dans son Æistorre d'Italie, avait poussé lincrimination plus loin que l'historien de la Révolution. Selon Botta, dont un prêtre, réfugié piémontais, Vincent Gioberti, reproduisit les paroles dans son introduction del Primato morale e civile deql' [taliani, les Jésuites ne sont plus seulement criminels pour étouffer dans l’âme de la jeunesse tout amour de la patrie; Botta et Gioberti leur reprochent d'absorber au profit de la Compagnie la respectueuse tendresse que les fils doivent à leurs parents.
« L'empire que les Jésuites usurpaient sur la volonté, ainsi s'exprime Botta, était plein de dangers, parce que leur première pensée, et ils la mettaient à exécution, était d’arracher du cœur des jeunes gens l'amour de la famille. Les Jésuites agissaient ainsi pour que leurs disciples fussent plus dévoués en tout à euxmêmes et à la Compagnie. Les enfants de la vieille Rome s'écriaient : Patrie! patrie! et, préparés à ce dévouement, ils faisaient passer la patrie avant leur famille. Les élèves des Jésuites disent au contraire : Les Jésuites! les Jésuites! et au besoin, ils préfèrent leurs maîtres à leurs pères. Parmi ces générations, les unes tendaient à l'honneur et à la liberté, les autres allaient à Re l'abjection et è à la servitude. » ke
1 Storia d’Itatiu continuala da quella del Guicciardini, xcvur. 2? Le Primato morale e civile avait été dédié en 4845, par Vincent Gioberti, a
bien, à l’aide de quelques phrases déclamatoires, jeter la pierre à l'Ordre de Jésus; mais, en lisant ce passage, chacun s’avouera, comme nous, qu’ils n’ont oublié qu’une chose : c’est d'expliquer comment il se fait que des pères de famille, élevés par les Jésuites dans ces principes néfastes, aient consenti à se priver de l'amour de leurs enfants. Une pareille éducation pourrait à toute force se supposer. Elle abusera peut-être une génération ; est-1l possible qu'elle s’étende à la seconde? Faudra-t-il admettre que, depuis trois cents ans, les pères de famille se soient laissé volontairement dépouiller de l'affection de leurs fils; et que, pour plaire à des Jésuites, corrupteurs de tous les sentiments les plus naturels, ces parents se soient prêtés à cette désolante combinaison ? Car, il n'y a point à tergiverser, le plan des Jésuites est toujours le même. [ls l’ont appliqué dès l’origine de l’Institut, et, après avoir appris à leurs premiers élèves à détester les auteurs de leurs jours, il faut que ces élèves, devenus pères, aient trempé dans le complot révélé par Botta et par Gioberti. Celui de M. Thiers n’est qu'un
Silvio Pellico. Le prétre réfugié à Bruxelles voulait placer sous le patronage d’un beau génie et d’une haute probilé un ouvrage contre la Société de Jésus. Silvio Pellico répudia cette dédicace, en publiant le 46 juillet 1845 la déclaration suivante :
« Ami de Vincent Gioberti, écrivait l’auteur de Mie Prigioni, à la date de Turin, 28 juin 1845, et profondément attaché à François Pellico, Jésuite, mon frère, j'ai lu dans l'avertissement de son Primato morale e civile degl’Italiani une manifestation violente de colère contre les Jésuites. Si je me faisais, non-seulement je manuquerais à l’amilié qui m’unit à mon frère, mais je laisserais supposer que j'adhère aux préventions de Gioberti sur la Compagnie à laquelle mon frère appartient. Je ne suis pas éloquent, et j’ai peu de foi dans l’effet des apologies ; je me borne à déclarer ce qui suit :
» Je ne partage pas les opinions de Gioberti sur les Jésuites. Il a cru les peindre avec vérité, il n’en a fait qu’un odieux tableau. Pour le tempérer, il dit, il répète qu’il y a des exceptions honorables à faire ; mais tel est le blàme qu’il répand sur la Compagnie entière, que même les individus, à excepter, auraient, à son avis, le lort de s’ètre dévoués à servir une Société devenue malfaisante.
» Sur ce point, je déclare qu'ayant une connaissance intime de mon frère et de quantité de ses collègues, je sais que ce ue sont point de faibles esprits, entrainés
dans l'illusion, mais des hommes forts de discernement et de vertu. Lo Comme j'estime les Jésuites, les autres Religieux et en général le Sacerdoce, quelques-uns ont porté contre moi une accusation qui est bien vulgaire aujour- ’hui, en disent que je suis ce qu’ils appellent un affilié du Jésuitisme, un instrucelte prétendue secte artificieuse, Je suis seulement un homme d'étude et ion, qui a lu et examiné, qui n’a pas la faiblesse de se rendre le serviteur es opinions véhémentes, qui sourit des letires anonymes el d’autres bassesses y sa emblables par lesquelles quelques-uns ont eu la simplicité de vouloir m’apprendre
à penser. Je pense et je me conduis selon ma conscience; je ne m’asservis à d’au-
et Romain. » SILYIO PELLICO. »