NE
tre lien qu’a celui de ne vouloir haïr personne et d’être Catholique, Apostolique :
mensonge parlementaire, celui de Botta est un crime impossible. En présence de ces hostilités de parti pris qui ne craignent pas d'aller jusqu'à l'absurde, les disciples de saint Ignace ne pouvaient faire qu'une réponse. On leur imputait d'avoir créé un système d'éducation antinationale ; ils montraient leurs élèves servant la patrie dans toutes les conditions. On prétendait qu'ils dépouillaient le cœur des enfants de tout sentiment de reconnaissance filiale. Les Jésuites demandaient que, dans cette hypothèse, on expliquât d’une manière raisonnable cette succession non-interrompue de générations qui, depuis trois cents ans, remplit leurs colléges, où le père de famille vient avec bonheur marquer à ses fils la place qu'il occupa lui-même pendant son adolescence. On faisait les Religieux de l’Institut ennemis du mouvement intellectuel et du progrès des lumières ; ils acceptaient les innovations utiles, ils popularisaient l'amour des arts, ils appelaient la jeunesse à l'étude des sciences exactes, ils perfectionnaient les théories modernes de l’enseignement ; quelques-uns même d’entre eux se signalaient par de savantes découvertes et par d’incontestables succès. Ils produisaient tous ces arguments; la haine passait outre en souriant de pitié, et elle calomniait encore. Reconstituée à une époque de transition, la Compagnie de Jésus n'avait pas seulement à s’occuper de former des savants et des littérateurs. Pour elle, ce dernier but n’était qu'un brillant accessoire. L'Eglise et le monde chrétien attendaient autre chose de son rétablissement. L'Eglise souhaitait de profonds théologiens, des orateurs éminents, de zélés missionnaires ; le monde réclamait d’habiles instituteurs de la jeunesse, des guides spirituels pour l’âge mür. Cette agrégation de devoirs et de sacrifices ne pouvait manquer de fournir, comme par le passé, des intellrgences à toutes les études humaines. Les soins si multipliés d'un triple apostolat, et le travail d'intérieur auquel la Société dut se livrer, pour rendre homogènes ces diverses parties se réunissant de chaque point du globe, afin de former un tout, ne permirent pas à la première génération de Jésuites de créer de grandes œuvres. Il fallait prêcher et professer. Ces enfants de saint Ignace, ainsi que les vieux Pères de la Foi, leurs émules, furent donc plutôt des hommes du ministère sacré que des écrivains ou des .
savants. Dans le monde, dans leurs colléges , ils: cherchèrent à faire revivre la piété et les bonnes études. Leurs travaux de cette époque sont utiles, mais peu éclatants. [ls commentent les exercices de saint Ignace, ils apprennent à méditer , ils annotent les livres classiques, ils donnent des préceptes de rhétorique et de littérature , ils dirigent les jeunes professeurs. Mais la situation précaire qu’ils s'étaient faite en France, où la loi ne les reconnaissait ni ne les proscrivait, dut avoir, surtout dans les premiers moments , de fatales conséquences. Cet état peu normal privait les Pères du stimulant nécessaire pour écrire; il leur fit douter de leur liberté et de leur existence : ils furent donc mis dans l’impossibilité de se produire.
Peu à peu cependant ils s’habituërent à une position aussi
étrange , et comme les autres disciples de l’Institut, plus favo-
risés qu'eux , ils entrérent à pleines voiles dans le mouvement social. Les fatigues du ministère ecclésiastique, l'éducation des Novices, celle de la jeunesse, les Missions en Europe et au-delà des mers, les contre-coups révolutionnaires devaient absorber leur vie. Ils trouvèrent néanmoins au fond de toutes les Provinces de l'Ordre des moments à consacrer aux travaux qui établirent la gloire littéraire de l’ancienne Compagnie. Les uns se livrérent à l'étude des saintes Ecritures et de la théologie; les autres se firent ascètes ou philosophes. Il se forma parmi eux des orateurs et des historiens, des astronomes et des archéologues, des polémistes et des littérateurs. C’est ce tableau de quelques années seulement qu'il importe de dérouler pour apprécier sainement les efforts et les succès des enfants de saint Ignace. Nous les avons vus aux prises avec le monde, il faut maintenant les suivre dans la cellule, où la culture de l'esprit devient un délassement des labeurs de l’apostolat.
À la tête des nouvelles générations d'écrivains apparaît Per-
rone. Ses œuvres théologiques, adaptées aux nécessités du siècle, ont déjà obtenu l'honneur de quinze éditions. Avec le Père Jean . Martin, qui, dans son traité De Matrimonio, aborde les questions les plus ardues, les Péres Rozaven, Passaglia, Gury, Xavier Weninger publient divers ouvrages de dogme, de polémique ou de morale. Pendant ce temps Patrizi compose ses Cours élémen-
taires d'Ecriture-Sainte; Roothaan commente les exercices de saint Ignace, et adresse aux Pères de la Société des lettres, monuments de sagesse et de piété. Louis de Bussy Jette dans son Mois de Marie et dans ses f’isiles au Saint-Sacrement l'onction de son âme; Pouget, Boone, Arthur Martin, Xavier Gautrelet offrent aux fidèles de pieux opuscules. Louis Lambillotte popularise la musique sacrée, tandis que son frère Joseph écrit sur son lit de mort. le Consolateur des âmes affligées, testament d’un dJésuite, dont chaque parole est destinée à adoucir aux hommes le passage du temps à l'éternité.
Les Pères de la Compagnie étaient théologiens et ascètes. Ils recommençaient au milieu des saintes agilations de leur vie les travaux d’un autre âge; ils voulurent que l'Institut reprit encore - son rang parmi les maîtres de la Chaire. Nicolas de Mac Carthy et Ravignan pour la France; Finetti, Minini, Sagrini, Ferrara, Hercule Grossi et Marc Rossi pour l'Italie ; de Carassa et Montemayor pour l'Espagne, entrent avec éclat dans cette voie que tant de jeunes Jésuites parcourent déjà avec succès. Mac. Carthy, c'est le prédicateur d’une époque de transition. Tout a changé autour de lui, les lois, les mœurs, les trônes; lui seul est resté immobile dans sa foi et dans les magnificences de son langage. Ce Bourdaloue improvisateur, dont la tête est pleine d'idées, dont l'âme déborde d’éloquence et de charité, s’est abreuvé aux sources les plus pures de l’art de bien dire et surtout de bien faire. Il fut l’apôtre de la France sous le règne des Bourbons, ainsi que Xavier de Ravignan l’est devenu au milieu de la tourmente révolutionnaire.
Ravignan ne procède pas par les mêmes moyens que Mac Carthy. A cette foule d hommes éminents ou lettrés, à cette jeunesse que la politique a rendue libre, mais dont le cœur aspire à reprendre la chaîne des vieilles croyances religieuses, il faut donner toutes les jouissances de l'esprit avec toutes les satisfactions du cœur. Ravignan remplit dans une mesure parfaite les conditions imposées à son talent.
Comme lui, plusieurs Pères de la Société ont action sur les masses par l’éloquence ; on en voit d’autres qui, sur les pas de Rozaven, de Taparelli, de Vico, de Dmowski, de Franz Rothenflue,
de Chastel, de Liberatore, de Buczinski et de Romano, cherchent à donner à la philosophie une direction plus sage. Rozaven, l'implacable logicien , traite de la certitude ; Taparelhi, du droit naturel ; Romano, de l’homme intérieur ; Rothenflue initie les jeunes gens aux études philosophiques. Prat compose son Aistoire de l’éclectisme alexandrin, sa Vie de saint Irénée et son Essai sur la destruction des Ordres religieux en France pendant le dix-huitième siècle, vaste champ où d’autres viendront glaner après la moisson ; Sewal, Joseph Reeve, Manera, Peters, Gandolphy, Boëro, se livrent à d’autres travaux historiques ou oratoires; Vander Moere et Van Hecke reprennent en Belgique l'œuvre interrompue des Bollandistes ; tandis que Caraffa se livre aux mathématiques transcendantes , della Rovère à la physique, et que Pianciani devient l’un des chimistes les plus distingués de l'Italie. Le Père de Vico, renfermé dans son observatoire du Collége Romain avec Sestini et de Solis, ses collaborateurs, étudie le cours des astres, et indique la marche qu'ils doivent suivre. Vico de même que Secchi, son frère dans l’Institut, correspond avec les académies de l'Europe, et publie de nombreuses et importantes découvertes !. Secchi, dès ses premiers pas dans l'ar-
1 Voici ce qu’en peu d'années les études du Père de Vico ont produit :
Le 23 novembre 1832, découverte de la comète de Biela, à son relour au périélie, faile la même nuit qu’Herschel la vit le premier en Angleterre (Voir Astr. Nachr., n° 236, p. 317, 319).
Le 5 août 1835, découverte de la comète d’Halley, qui n’a été vue ailleurs que quinze jours après (V. Astr. Nachr., n° 293, p. 71, etc.).
En 1838, diverses découvertes sur l’astmosphère de Saturne (Comptes-rendus de l'Académie des sciences, 1. xv, 10 octobre 1842, p. 748).
En 1838-1839, découverte des deux satellites les plus voisins de Saturne, qui n'avaient été vus que par Herschel. Cette découverte s’est opérée au moyen d’une nouvelle méthode qui les rend visibles avec des lunettes plus petites que le grand réflecteur d’Herschel. La nouvelle méthode du Jésuite, que M. Arago appelle précieuse dans son rapport à l’Académie, donna occasion au même M. Arago d’en faire une autre sur la dispersion des rayons lumineux dans l’œil humain (Comptesrendus du 10 octobre 1842, p. 747, 750, 751).
En 1838-1839, détermination du temps périodique de révolution des deux satellites de Saturne (Comptes-rendus, ib., et fragments sur les corps célestes. Paris 1840).
En 1839-40-41, détermivation de la rotation de Vénus sur son axe, cxéculéc avec un genre dobservations que M. Arago a qualifié de nouvelle méthode et d’heureuse idée. Le résultat que les astronomes tentaient en vain depuis longtemps d’obtenir avec süreté a élé obtenu par cette méthode avec une longue série d’observations : de sorte que, selon M. Arago, il n’est plus permis de douter de la vérité de ces importants résultats (Comptes-rendus, 22 juin 4840, p. 952).
En 1840-41-42, première détermination approximative de la position de l'axe de rotation de Vénus dans l’espace.
chéologie, s'élève au plus haut rang des philologues et des antiquaires. Les recherches d'Ennius-Quirinus Visconti sur les musées Pio-Clementino et Chiaramonti, sont célëbres. Grégoire XVI, en désignant le Pêre Secchi pour la publication du Musée étrusque, semble par ce choix seul mettre hors de ligne le Jésuite. Dans sa critique, la force est toujours unie à la modération, et plus d’une fois cette impartialité a procuré à l'écrivain la gloire si rare de voir ceux dont il avait jugé les ouvrages reconnaître eux-mêmes la justice de ses censures. Après Bosio, Daringho, Bottari et Boldetti, on croyait qu'il n'était plus possible de recueillir quelques faits importants sur les antiquités de Rome. La Roma sotterranea , du Père Marchi, démontra le contraire. Arthur Martin et Charles Cahier dans leurs Mélanges archéologiques, et dans la Monographie des vitraux de la Cathédrale de Bourges, nous initient aux secrets des vieilles époques. En expliquant les peintures du moyen âge, Cahier, au dire des savants, fonde une nouvelle science; il répand de vives lumières dans la patrologie et la patristique, l’histoire des œuvres et de la doctrine des Saints Pères. Artigas étudie les langues orientales ; il déchiffre les inscriptions arabes dont l'Espagne est couverte. Suivant les pas de James Adams qui, après la suppression de l'Institut, consacra ses loisirs à la littérature , Charles Plowden publie ses lettres de CZericus à Laicus. I'est polémiste comme Kohlman, Arrilaga, François Pellico, Gurci, Deschamps et Cahour. Les occupations si multipliées des enfants de saint Ignace semblent s'opposer à cette multitude de travaux intellectuels. Bresciani, dont la pensée est si ingénieuse et le stylesi plein d'élégance, réunit dans ses Prose scelle le précepte à l'exemple. D'autres, comme le Père Wiere, créent des musées et des cabinets d'histoire naturelle ; ils franchissent les plus hautes montagnes pour se livrer à des observations hypsométriques , ou, comme les Pères Bosch, Garcia, Carminati, Markijanowiez, Sauri,
En 1841-42-43 -44, découverte d’un grand nombre d’étoiles nouvelles.
Le 23 août 1844, découverte d’une nouvelle comète appelée la Comète périodique du Collége-Romain (Comptes-rendus, t. x1x, n° 40, p. 484).
Le 25 février 1845, découverte d’une autre nouvelle comète de période inconnue
(Comptes-rendus, 1845, mars). Le 9 juillet 4845, découverte de la comète d’Encke à son retour au périélie dans
cette année (Comptes-rendus, t. Xx1, n° 5, p. 323).
Gury, Freudenfeld, Loriquet, Gil, Latini, ils sont érudits, philologues, poètes, biographes ou maîtres dans l’art d'élever la jeunesse. « Les Jésuites, et c’est M. Libri lui-même qui le confesse 1, les Jésuites ont des professeurs pris dans toutes les sommités de la science, et l’on rencontre parmi ces Pères des hommes fort instruits. Ce sont en général des hommes de bonne compagnie. »
En présence de tous ces ouvrages, qui, pour les enfants de Loyola, ne doivent être qu'un soin secondaire, on s'étonne déjà de la grandeur des œuvres entreprises et réalisées. Il n’y a que peu d'années que l’Institut a recouvré l'existence : il a été agité au dedans et au dehors; il s’est vu le point de mire de toutes les attaques, et néanmoins il à marché dans sa force vers de nouvelles destinées. On condamnait à l'impuissance la Compagnie de: Jésus; on l’environnait de haines et de défiances; on s’efforçait de l’étouffer en la montrant aux nations comme l'ennemie de leurs droits, de leurs lumières et de leur bonheur. Pendant ce temps, son sein se dilatait pour recevoir les hommes de tout rang qu'une sainte vocation appelait aux luttes de l'esprit, aux combats pour la Foi.
La Société de Jésus, honorée par les Pontifes, estimée par les peuples, et devenue la conseillère des rois, avait vu jadis les héritiers des plus nobles familles de l’Europe se vouer à son service. Cette passion de l'humilité pouvait alors s'expliquer. Le monde disait qu’un grand de la terre se faisait Jésuite pour dominer par la prière, tandis que ses parents gouvernaient les provinces, commandaient les armées ou rendaient la Justice au nom du souverain. Maintenant cette hypothèse elle-même n'est plus qu’une impossibilité. De ses richesses, de sa puissance d’autrefois, la Société de Jésus n’a gardé que son zèle toujours actif, que ses vertus et ses talents. Dans les conditions que la loi lui trace, elle n’est pas moins féconde que par le passé. Elle n'a plus d'influence à exercer sur les choses de la terre ; elle se renferme dans son action sacerdotale, et pourtant elle évoque encore de grands noms; elle fait naître de ces sacrifices dont les hommes ne veulent pas comprendre l’héroïsme.
1 Revue des Deux-Mondes, deuxième lettre de M. Libri, 4843.
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Des rois renoncent à leur couronne et des Princes de l'Eglise à la pourpre romaine pour vivre et mourir Jésuites. Charles- Emmanuel de Piémont et Odescalchi ont offert ce rare exemple. Des jeunes gens à qui le monde, la fortune et les dignités souriaient arrivent à leur tour, et Nicolas de Mac Carthy, Christian de Chateaubriand, Xavier Patrizi, Auguste Altieri, les deux Clifford, Dunin et de Haro se dépouillent de leurs richesses ou de leurs espérances, afin de se consacrer à l'Institut de Loyola. Les deux Weld, Robert O’Ferral, Polidori, Szezytt, de Theux, Louis de Boisgelin, Pio de Blacas, Camille Palavicini , della Rovère, Taparelll d'Azeglio, de Stockalper, Amédée de Damas, Georges de Zeil, Albéric de Foresta, Sinéo della Torre, Sagramoso, Spencer, Grimaldi, Xavier de Ravighan, O’Brien, Philippe de Villefort, de Gottrau, de Forrell, de Gagarin, Preston, Antici, de Werra, de Canossa, de Bouchaud, Solis, Montemayor, Maxence d’Astros, Amable Du Bourg et Roberti et plusieurs autres se rangent avec orgueil sous l’étendard de saint Ignace.
Ils sollicitent la gloire des opprobres et l’honneur des humiliations. Ils accourent, plus modestes que le dernier des Frères- Coadjuteurs, se livrer, en enfants d’obéissance, à tous les devoirs de l'apostolat, de l’enseignement et de la charité. Contre tant d'adversaires que la Société de Jésus voit surgir autour d’elle, les disciples de l'Institut n’ont pour armes que la prière et la patience de la croix. Ils ne provoquent point les tempêtes; mais ils savent les subir sans effroi, sans orgueil, sans découragement. La persécution devient, comme le martyre, l'héritage qui leur est réservé dans les conseils de la Providence; car, du jour de leur fondation à celui où se termine cette Æistoire, à qui mieux qu'aux Pères de la Compagnie de Jésus peuvent s’appliquer les paroles que le Christ adresse à ses Apôtres !? « Vous ne m'avez pas choisi; mais moi je vous ai choisis et je vous ai désignés pour que vous marchiez et que vous produisiez des fruits et que ces fruits subsistent. Si le monde vous haït, sachez qu'il m'a haïle premier. Si vous étiez du monde, le monde aimerait ce qui serait à lui: Souvenez-vous de ma parole lorsque je vous
‘ Evangile-de saint Jean, Ch. xv.
ai dif : le serviteur n’est pas plus grand que le maître. S'ils m'ont persécuté, ils vous persécuteront. S'ils ont conservé ma parole, ils conserveront aussi la vôtre. Mais ils vous feront
supporter tous ces outrages, à cause de mon nom et parce qu'ils ignorent celui qui m'a envoyé. »