‹ Histoire religieuse, politique et littéraire de la Compagnie de Jésus [microforme] (volume 2)Chapitre 10 sur 62 · FRERE ARS · texte numérisé non relu

FRERE ARS

aplanis ; Gruber sollicite du Saint-Siége le droit d'agréger à l'institut ceux qui désirent y mourir après avoir voué leur vie au triomphe de l'Eglise. Le Souverain-Pontife leur accorda cette faveur. Le Père William Strickland fut chargé d'élever au degré de Profès le Père Marmaduke-Stone, recteur du nouveau Collëge anglais, et de l’établir Provincial. Le 22 mai 1803, cette solennité cut lieu. à

À peine la nouvelle de la reconstitution de l'Ordre en Angleterr: <st-elle divulguée , que l’on voit accourir à Stonyhurst tous les anciens Jésuites , heureux encore de reprendre le joug des règles de saint Ignace. Parmi les plus empressés, on distingue les Pères Thomas Stanley, Pierre O’Brien, Lawson, Jenkins, Edouard Church et Joseph Reeve, dont les noms sont chers aux Catholiques et précieux à la jeunesse. Charles et Robert Plowden, Thomas Reeve , Lewis, Jacques Leslie, Edouard Howard, Price, Johnson et un certain nombre de jeunes Prêtres viennent renforcer la cohorte qui se réunit. La Compagnie sortait du tombeau ; elle veille à se perpétuer. Les trois-royaumes étaient alors engagés dans une terrible lutte avec Napoléon. Le sang et les trésors du pays se prodiguaient sur les champs de bataille et dans les intrigues diplomatiques. Il y avait du patriotisme et de l’ambition, de la haine et une pensée égoïste au fond de ce duel d’empire à empire. L’Angleterre était ébranlée ; mais elle semblait grandir avec le danger. Pitt n'avait ni le temps ni la volonté de s'opposer au rétablissement de l'Institut. L'Angleterre était restée indifférente à sa mort ; elle se croyait assez puissante pour ne pas s'occuper de sa résurrection. Tous les yeux se tournaient vers le continent : les Jésuites mirent à profit ces sollicitudes, et, afin de ne pas être pris au dépourw, ils décidèrent qu'un Noviciat “ait créé.

Il ne fallait qu’une maison et un jardin, la générosité de Thomas Weld y pourvut. Le Père Charles Plowden fut chargé de la direction de l'établissement. Thomas Weld n'avait encore offert aux Jésuites que le superflu de sa fortune ; il fit mieux : il donna à la Compagnie ses deux fils, Edouard, et Jean qui fut plus tard recteur de Stonyhurst. Avec eux entrèrent au Noviciat Gualter Clifford et Thomas Tate. Dais de pareilles conditions d'existence,

YL ÿ

De sdb ltée à Lanterne Dhnssmuramenrenrsie à

to CHAP. Il, —— HISTOIRE

l'Institut allait so propager rapidement; un obstacle surgit de l'autorité même qui devait concourir à cette propagation.

A diverses reprises, de sérieux conflits avaient éclaté entre les Missionnaires et quelques Vicaires apostousues. Les Jésuites s’y étaient vus mêlés plutôt pour les besoins de :a cause cuihalique que par esprit de domination, Les droits des uns et des autres n'avaient pas été bien définis ou bien compris, et, dans l'administration de l'Eglise d'Angleterre , il surgissait de temps à autre des dissentiments qui plus d'une fois compromirent le présent et l'avenir. Fa face de la position faite aux disciples de saint Ignace, on aurait pu croire que ces débats ;:: se réveilleraient point, et que chacun, dans la sphère de ses pouvoirs, travaillerait à l’œuvre commune. Il n’en fut pas ainsi. Les Jésuites eurent des adversaires très-proncncés dans quelques-uns de ces prélats ; ils en rencontrèrent qui, à l'exemple de l’illustre Milner, s'identifièrent complétement avec eux.

Dans la situation actuelle, de jareils conflits ne sont plus possibles. En Angleterre tout passe sous le niveau de la publicité. Cette publicité a sans doute ses erreurs volontaires, ses fraudes même, comme toute espèce de liberté qui vit de monopole; mais la presse anglaise, jusqu'alors si hostile aux Jésuites et si intolérante, parut enfin, dès l’année 1810, revenir à des sentiments d'équité. C'était le temps des intrigues politiques : elles devaient plus tard se multiplier et se proclamer comme une puissance. Dans ce mouvement de passions et d'idées, qui marquera les commencements du dix-neuvième siècle, les Jésuites ne se sont mêlés à aucun des événements qui remuent l'Europe, Tant que les Anglais n'ont pas vu la Compagnie libre de son action et agissant au soleil, ils eurent de sourdes imputations à faire re jaillir sur elle. Du jour où l’on permit aux Pères de l’Institut de prier, d'évangéliser et d'instruire en n'ayant de compte à rendre qu’à la loi, les Jésuites ne furent plus soupçonnés de conspirer, et les sectes les plus hostiles s’empressèrent de leur donner ce témoignage. On allait, en défigurant l’histoire des disciples de saint Ignace, les trouver coupables à tous les coins du globe. La France constitutionnelle, l'Espagne libérale, l'Italie, l'Allemagne, la Suisse et la Belgique révolutionnaires devaient

# dE

. sé RSR ES in or TRS

DA LC

pousser contre eux un long cri de malédiction, et dans le pays le plus opposé aux tendances catholiques ce cri était condamné à rester sans écho.

C’est qu'avec leur bon sens pratique les Anglais n'avaient pas tardé à comprendre qu'une guerre éternelle, faite à des hommes innocents de tous ces crimes dont on ss plaisait à les charger, entrainait nécessairement une guerre contre les idées qu'ils patronaient. Les Anglais, se plaçant à la tête de la civilisation européenne, ne voulurent pas faire subir un pareil échec à leur orgueil national. Ils acceptèrent les Jésuites tels quels, bien persuadés que, puisqu'ils réclamaient le grand jour, il serait toujours facile de les atteindre dans l'ombre. Les Jésuites ne s'y précipitérens point, et le cabinet britannique et la presse anglaise n'inventèrent jamais de prétextes pour se donner l'occasion d'y descendre sans eux.

La position que nous venons de décrire, et que les deux partis ont maintenue de 1810 à 1845, n’était pas encore aussi nettement dessinée lorsque les Vicaires apostoliques essayèrent d'attirer des embarras à la Société. Avec les méticuleuses précautions que la peur de se compromettre inspire souvent aux hommes les mieux intentionnés, certains délégués du Saint- Siége refusaient de reconnaître comme Jésuites les prêtres que Pie VII lui-même encourageait à se proclamer tels. Quand le Souverain-Pontife, par sa bulle Sollicitudo omnium ecclesiarum du 7 août 1814, eut vaincu les difficultés, ces mêmes délégués se retranchèrent derrière une chimére qu'on leur fit caresser comme une réalité : ils s’imaginèrent que l'existence des Jésuites au sein des trois-royaumes réveillerait les anciens ferments de discorde, et que déjà le pouvoir s’apprêtait à susciter contre les Catholiques de nouvelles persécutions. Il n’en était rien, il n’en pouvait rien être; mais ces hosülités, divisant le même parti, ne tendaient qu'à l’affaiblir. Il est bien malaisé en effet qu’un parti, lors même qu'il serait une fraction de l'unité catholique, puisse grandir ou subsister en ayant chez lui la guerre intestine. Pour la faire cesser, les Jésuites se soumirent

à toutes les conditions. Ils se croyaient utiles; ils ne firent pas sentir leur importance,

SR do Sr

68 CHAP. Il, -— HISTOIRE

Au milieu de ces démélés, leur zèle ne se ralentissait pas. Le 84 juillet 1810, jour de la fête de saint Ignace, Thomas Weid, le bienfaiteur de l'Institut, expira saintement dans le Collège qu’il avait fondé. Chaque année augmentait le nombre des élèves de cettemaison ; chaque année aussi les Jésuites gagnèrent du terrain. Ils avançaient sans bruit, étouffant leur triomphe d'aujourd'hui sous leur espérance de demain et ne donnant rien au hasard. En 1816, le Père Grivel, nommé Visiteur de la Province par Brzozowski, n'eut qu'à approuver ce qui était déjà fait et les plans en voie d'exécution. Le Père Charles Plowden fut par lui choisi pour Provincial. En 1820 Plowden mourut et Nicolas Sewall le remplaça. Six années après, le Père Brooke était appelé à succéder à Sewall.

Mais, durant cet intervalle, de notables changements s’introduisirent dans la législation anglaise. Les Catholiques, tolérés jusqu'alors, avaient revendiqué leurs droits d'hommes libres et de citoyens. C'était une réparation des iniquités passées, la consécration d’un grand principe. Les orateurs du Parlement, à la tête desquels brillaient Georges Canning et lord Grey, soutinrent la justice des demandes adressées par les Catholiques. Ces demandes blessaient au vif l'Eglise anglicane; néanmoins elles étaient exigées par la raison d'Etat et par la raison publique. L'émancipation , longtemps ajournée, longtemps discutée, fut enfin prise au sérieux, et peu après admise come loi du royaume, Mais en 1829, quand ces discussions formidables étaient dans leur effervescence, un bill fut promulgué qui sembla tout remettre en question. Ce bill défendait aux sujets de la Couronne britannique de prononcer des vœux de Religion en Angleterre, ou de revenir s’y fixer après les avoir prononcés dans un autre pays. La peine d’exil frappait tous les contrevenants. Les Jésuites sentirent qu’une pareille loi était spécialement dirigée contre eux, et ils en tinrent peu de compte, parce qu'ils ne se déguisèrent pas qu’elle naissait au contact des passions surexcitées par le bill d'émancipation, devenule champ-clos des dernières colères du Protestantisme,

Ils avaient à démontrer que, libres ou esclaves, rien ne les pousserait dans l'arène des intrigues. Îls voulaient prouver qu'ils accomplissaient aussi ponctuellement leurs devoirs de prêtres

À À î Cu

Page 1