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et «le Jésuites sous le coup de la persécution que sous celui du bienfait. 1ls restèrent donc muets et inébranlables au poste confié à leur vigilance. Ce poste était si bien gardé que, de 1826 à 1835, onze églises s'élevèrent par leurs soins. Alors même commença ce mouvement vers le Catholicisme qui, imprimé aux classes doctes ou novles, progresse avec tant de rapidité qu'il est impossible d'en calculer la portée. En face de l'idée catholique, qui n’a rien perdu de sa sève première, la Grande-Bretagne n’est ni émue ni alarmée. Elle voit les Jésuites fonder des Colléges, bâtir des églises dans la capitale même des troisroyaumes ; elle mesure le degré de faveur qui accueille le Puséysme ! ; elle entend les maîtres les plus honorés de ses Uni-
‘ Le Puséysme désigne le système moderne de théologie anglicane devenu si célèbre depuis quelques années. C’est une école de savants distingués, presque tous professeurs ou élèves de l’Université d'Oxford. Ce nom lui vient du docteur Pusey, et elle le reçut en 1833. Dès celle époque, certains projets touchant Ja réforme de l'Eglise élablie furent agités dans la presse britannique. Ce n’étaient pas de ces déclamalions banales sur la splendeur et l’opulence du Clergé, de ces théories inapplicables que les charlatans religieux ou politiques inventent pour dresser un piédestal à leur vanité, toujours gonflée des éloyes qu'ils sunt sans cesse en‘travail de se donner à eux-mêmes; mais au contraire des plans sérieux , discutés par les amis avoués ou par cerlains membres de l'Eglise anglicane. Ils aspiraient à en modifier les constitutions, la liturgie et les formulaires, Ceux qui parlaient de cette sorte ne s’entendaient pas sur tous les points ; la discorde régnait sourdement parmi eux : de ce conflit naquit le Puséysme. En 4833, l’école nouvelle, encore peu nombreuse, commença à publier les Traités pour les temps présents, Tracts fort the times , et d’autres écrits polémiques, les uns destinés à la défense de l’Anglicanisme, les autres dirigés coutre Rome ou contre les Protestants dissidents, Le British critic, revue trimestrielle, devint l'organe de celle secte qui, à l'inverse de toutes les autres, cherchait de bonne foi la lumière.
En 4836, le docteur Hambden, nommé par le cabinet de Saint-James à la chaire de théologie d'Oxford, fut censuré par le conseil universitaire, accusant de rationalisme les précédents écrits du docteur, A la tête de l’opposition que son système soulevait dans Oxford, on distinguait Pusey, Vaughan, Thomas et Newman. Pusey était en évidence, il s’y mit encore davantage en publiant un ouvrage remarquable pour défendre ses fdées. C’est cette initiative qui contribua à faire donner son nom au parti.
Dans le principe, les chefs du Puséysme semblent n’avoir d'autre but que de soutenir et de reconstituer l'Anglicanisme. D’après les T'rac{s et leurs autres écrits polémiques ou dogmatiques, les Puséystes parlaient alors du point fondamental que les anciens réformateurs étaient des hommes à tendance relàchée, et qu'eux, au contraire, s’efforçaient d’être exacts en dogme ainsi qu’en discipline. Ils disaient aux Anglicans : « Maintenez le symbole d'Athanase et toutes les règles du baptème. Point d’accommodement avec l'esprit du siècle. À lemps et à contre-lemps, ne transigez jamais avec vos obligations. N'oubliez pas les devoirs que, lors de votre régénération en Christ par le saint baptème, vous avez coutractés envers l'Eglise. L’Eglise ne doit jamais dépendre de l'Etat, mais son alliance est un honneur pour PEtat, Ravivez la discipline tombée en désuétude ; réchauffez l'intelligence par le souvenir des vertus que notre Eglise a malheureusement négligées, mais qu'elle w’a jamais perdues. Tenez les temples ouverts, et notre Eglise apparaitra ce qu’elle est réellement, pure, apostolique et rejctant les corruptions doctrinales ainsi que les pratiques superstitieuses, sinon idolàtriques de Rome, sa sœur infortunée ,
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versités proclamer leurs doutes anglicans ou abriter leur croyance nouvelle sous l'égide du Saint-Siége, la seule autorité immuable sur la terre. Comme le gouvernement britannique a posé les prémisses du principe de liberté, il en adopte toutes les nnséquences. Les Jésuites sont citoyens anglais : à ce titre, qu'ils revendiquent avec orgueil, il leur est permis d'enseigner la jeunesse, de répandre leur Foi et de guider les autres hommes dans la voie que chacun a le privilége de se tracer, Ainsi les hérétiques de la Grande-Bretagne, comme ceux d'Allemagne et de France ,se montrent plus tolérants à l'égard du Catholicisme leur
pratiques clairement réprouvées par l’antiquité, dont nous invoquons le témoignage avec respect, »
Telles furent les doctrines primitives des Puséystes, ils se mirent à l'œuvre, ils étudièrent le Christianisme et l'état constitutif de l'unité catholique, non plus dans les théologiens protestants des trois derniers siècles, mais dans les saints Pères, tradition vivante de l’Apostolat, L’ardeur du Puséysme égalait sa science el sa candeur. N'avait souvent attaqué avec violence la Chaire de Pierre dans ses premiers Tracts, parce qu’il se proposait beaucoup moins d’inculquer les vérités catholiques considérées en elles-mêmes que de vivifler le système anglican tel que cette école le comprenait. Quoique entreprise dans les conditions d’un milieu décoloré, l'étude des antiquités ecclésiastiques produisit des découvertes tuut-à-fait inattendues, La nature même de la polémique engagée par les Puséystes les força d'étaler au grand jour des doctrines et des uctes dont ils ne pouvaient nier la sainteté, bien que ces actes et ces doctrines appartinssent à l'Eglise romaine. Sur des esprits réfléchis et se passionnant pour la vérité, de pareilles découvertes eurent pour effet de tempérer l’amerlume et de modifier les idées, Les T'racts avaient fait école; les premiers disciples du l’uséysme, comme cela arrive toujours, mal à l’aise dans la formule originelle, commencçaient à pousser plus loin leurs investigations. On les avait conviés à l'étude de l'antiquité : jeunes et sincères, ils s’y étaient appliqués à loisir et consciencieusement. La fameuse question : À Romd potest uliquid honi esse ? leur avait été posée ; ils marchaient en avant pour inventer des raisous plus concluantes que celles dont les vieux Universitaires stéréotypaient dans leurs chaires l’impuissante logique. Ce fut le résallat de ces études qui ramena au Catholicisme les docteurs Sibthorp, Grant, Seager et plusieurs autres. Pusey et Newman , au centre mâme de l’Anglicanisme, recherchaieut la vérité avec une ardeur toute juvénile ; ils faisaient eux-mêmes des démarches éclatantes en faveur de la Foi catholique, apostolique et romaine, En 4843, Pusey reconnaissait le dogme de la transsubstontiation te] que le proclame l'Eglise; et, dans un sermon prèché devant l’Université d'Oxford, à la cathédrale du Christ, il ne déguisa point sa pensée. Ce discours était une révolution. On en censura le fond et la forme. On frappu d'interdiction universitaire le <aurageux oraleur ; mais ce discours, imprimé sous le titre de la sâinte Eucharistie confort du pénitent, se vendit à trois cent mille exemplaires. Il provoqua des multitudes d’adhésions de la part même des régents de l’Université, Pendant ce temps, le docteur Newman résignait la cure de Sainte-Marie d'Oxford pour s’adonner plus librement à l'étude et aux pratiques de la vie ascétique. lrétractait même les assertions que, de 4833 à 4897, il avait pu avancer contre l'Eglise catholique, et le Sfatesman, journal protestant de Londres, ne craignait pas de dire : « C'est 1à un événement grave dans la crise dont nous sommes témoins, » En 4845, Newman et une foule de ses amis ont donné à cet événement toute sa portée en rentrant dans le sein de l'Unité.
Les Puséysies, entratnés malgré eux par l'évidence vers la Foi romaine, préten-
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DE LA COMPAGNIE DE JÉSUSs. 71
adversaire naturel, que les hommes nés dans le sein de l'Eglise romaine et qui aspirent à la tuer sous leur sceptique indifférence, ou à la garrotter dans des constitutions dont ils s'établissent les seuls interprètes et les uniques modérateurs,
L'Irlande n'avait jamais été placée dans des conditions aussi favorables que l'Angleterre catholique ; les Jésuites s'attachérent à sa destinée par les persécutions mêmes dont elle fut l’objet. Contrée que l'énergie de sa Foi rendait la privilégiée de la souffrance, l'Irlande, toujours asservie et toujours fidèle, était un témoignage
daieut bien, il est vrai, qu’ils n’iraiont jamais au Romanisme, Néanmoins, ils embrassaient de fait une partie de ses dogmes et mème de ses pratiques. Un certain nombre de leurs disciples revenaient franchement au Catholicisme. Depuis le mois d'avril 4849, la publication des Tracts avait été suspendue; mails les moyens de propagation ne manquaient pas à ce parti, 11 régnait dans plusieurs Universités ou Séminaires; il s’étendait en Amérique et même aux Indes, Le British critic continuait son œuvre trimestrielle; et, renonçant peu à peu à ses attaques contre Rome, il faisait peser ses savantes hostilités sur les réformateurs du seizième siècle. Les écrivains de cette revue sont Anglicans, et, du haut de leur raison , ils jugent avec une implacable équité tous Jes hommes qui secondèrent Luther, Calvin et Henri VIN dans leur séparation avec le Saint-Siége.
Cette Ecole, dont lattitude pacifiquement progressive ébranle l’Anglicanisme jusqu’en ses fondements, ne demande rien qu’a la vérité, Elle exerce une nolsble influence par l’étendue de ses rapports et de sa littérature; elle fait de nombreux prosélyles, et les moyens qu’elle emploie sunt tous avoués au grand jour, Elle arrive par la discussion, Aux hommes instruits, elle consacre des traités d’érudition originaux ou réimprimés : aux lecteurs ordinaires, des écrits moins élaborés ; aux pauvres et aux ouvriers, des faits et des dissertations à leur portée ; aux enfants, des cuntes familiers. 11 n’y a pas sans doute dans tout cela une pensée identique ni un système régulier, on y reconnait néanmois un but, Ge but prouve manifestement combien les nouvelles doctrines propagées par le Puséysme exercent d'empire sur les croyances anglaises. 11 a pénétré partout, au Parlement, dans la magistrature et principalement dans les classes moyennes. 11 affecte de se mettre sur le pied d'égalité fraternelle avec les Catholiques du continent ; quelquefois il représente l'Eglise universelle comme divisée en trois branches, grecque, romaine et anglicane; puis il se berce de l’espérance qu’il existe une communion invisible sanctionnée par l'Esprit-Saint.
Etrange contradiction ! à cette bienveilian:e scur les Catholiques du continent se joint chez quelques Puséystes une sorle{'antipathie pour les Catholiques anglais. Les Puséystes ne voient pas sans peine leurs fire; rentrer dans le giron de l'Unité, et lorsqu’en 4845 le docteur Newman et ses principaux disciples firent ce deraier pas, Pusey lui-même ne put s’empècher de témoigner publiquement ses regrets. On croirait que la nouvelle Ecole s’est flattée de la pensée qu’un jour elle sera suivie par les Fidèles des trois-royaumes; on dit même que plus d’une fois certaines insinuations furent faites en ce sens. Les Catholiques restèrent inépranlables ; mais plusieurs Puséystes, entratnés par la vérité, nelardèrent pas à renoncer aux théories dont ils étaient épris, Ils cherchaient un tout logique; l'Eglise romaine le leur offrait : ils l’ont accepté. Cette Ecole se trouve donc aujourd’hui dans un inextricable embarras. 11 faut qu’elle recule ou qu'elle avance sous peine de suicide, Le système d'examen a sapé l’Anglicanisme, el il n’ose pas se réfugier dans le Cutholicisme , auquel ses tendances ont rendu presque en même temps de bons et de mauvais services. La mission du Puséysme a commencé par des études sérieuses ; elle doit continuer par la science et s’achever par la Foi.
vivant de l'iniquité protestante et de la longanimité chrétienne. Dés les premiers jours de sa fondation , l'Ordre de Jésus avait eu pour elle des consolateurs et des apôtres ; à toutes les époques il sut lui en offrir. Mais, quand l'Institut vit son existence meracée, les Irlandais, dont la proscription durait toujours, eurent des lar- î mes de regret à donner aux Pères qui les avaient soutenus dans : cette épreuve de trois siècles. Les Jésuites n'ont pu réaliser en ce pays qu'un bien sans retentissement, sans aucun de ces avantages sociaux dont le monde les croit si préoccupés. Cependant ils ne renoncèrent jamais à une terre où tout semblait condamné au désespoir, Le bref Dominus ac Redemptor ayant anéanti la Compagnie de Jésus, les enfants de Loyola, à l'exemple du troupeau, ne se laissérent pas décourager par l'abandon du berger. Rome licenciait sa meilleure milice la veille même du jour où le Saint- Siége allait être attaqué sur tous les points à la fois. Les Jésuites, en obéissant au bref pontifical, ne crurent pas devoir déserter le poste confié à leur garde.
Ils étaient pauvres comme un Irlandais ; mais ce dénûment, qui prenait sa source dans la charité, ne les inquiéta guère. Ils mirent en commun leur indigence, et, en travaillant à la moisson que Dieu réservait à leur zèle, ils attendirent des jours plus sereins. Le Père Richard Callaghan, un vieux Missionnaire des Philippines, dont les mains et la langue portent les traces du martyre enduré pour la Foi, dirigeait les Jésuites sécularisés. Ils n’a . vaient pu fonder en Irlande un établissement afin de recevair les jeunes gens que, dans un avenir prochain, ils espéraient agréger à leur Ordre sorti de ses ruines; le Collége de Stonyhurst dilata son sein. D’autres se rendirent à Palerme, où ils achevèrent leurs études. En 1807, Richard Callaghan était mort chargé d'années et de bonnes œuvres; en 1811, le trépas du Père Thomas Betagh rompit la dernière chaîne qui, en Irlande, attachait les nouveaux Scolastiques à l’ancienne Compagnie. Betaght, dont le nom est encore populaire à Dublin et dans les campagnes de l'Irlande, avait trouvé dans son cœur l'éloquence qui remue si vivement les instincts de ce peuple, Le Père Kenney lui succède au mois de no-
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1 Betagh était vicaire-général de Dublin; ses funérailles furent célébrées avec un concours immonse, et un monument lui fut élevé par les Catholiques,
vembre. Avec cette patience que rien ne peut abattre, les Jésuites se mettent à l'œuvre comme si déjà le Souverain-Pontife avait rendu la vie à leur Institut.
Ils s'avouaient les inconvénients de cettu éducation cosmopolite qui déplace les individus et leur donne ans i: jeunesse des idées moins patriotiques. L'Irlande, selon eux, avait le droit de voir élever ses enfants sur sa terre proscrite , afin qu'un jour, nourris de ses malheurs, ils pussent avec plus de force réclamer son affranchissement. Ce fut cette pensée qui inspira à Kenney, déjà supérieur du séminaire archiépiscopal, le projet d'un collége national. Il le créa à Ciongowes, non loin de Dublin. La restanration de l'Institut augmenta tellement ses prospérités qu'en 1819 il comptait déjà plus de deux cent cinquante disciples. Dans la même année, les bienfaits de Marie O'Brien permirent d'en bâtir un autre dans le district de King's-County. Il fallait relever les Irlandais de l'abâtardissement moral dans lequel la politique anglaise essayait de les tenir. À ce peuple auquel la grande voix de Daniel O'Connell, un élève des Jésuites, apprenait ce que c'est que la liberté, il importait de donner l'intelligence de ses devoirs d'abord, de ses droits ensuite. La Compagnie de Jésus se chargea de la première tâche, O'Connell remplit la seconde.
Depuis Henri VIII jusqu'à Cromwell, et de Cromwell aux rois de la maison de Hanovre, tout avait été mis en œuvre afin de dégrader les frlandais et de les asservir par une ignorance calculée. On avait abusé de leur passion pour les boissons enivrantes ; on les plongeait peu à peu daus cet état de torpeur qui fait de la vie nne espèce de sommeil bestial. On habitua ces populations toujours catholiques par le cœur, à des débauches que l'autorité eut l'art de placer sous l'invocation de quelque saint populaire dans l'ile. Pourvu qu'il reste aux Irlandais assez de vigueur corporelle réservée à féconder la terre dont les fruits et les moissons paicront le luxe et les plaisirs de l'Angleterre, on ne s'occupe ni de leur bien-être, ni de leur santé, ni de leurs familles ni de leur existence. On les fait ouvriers sans aucun salaire, ou soldats dans les Indes sans espérance d'avancement. Tout fut combiné contre eux, et cette situation aurait pu, en se prolongeant, amener de cruels résultats, lorsqu'un concours de circonstances inouïes dans
l'histoire força le gouvernement britannique à rougir de ses plans de démoralisation.
Les Pères Kenney, Esmonde et Aylmer confessaient, dans la tristesse de leurs âmes, cet abrutissement intellectuel. Ils sentaient que le remède était entre leurs mains; mais ce remède, il devenait urger: de l'appliquer, et il était difficile de corriger tout d'un coup tant d'abus si fortement enracinés. Depuis longtemps la Religion proscrite n'avait que peu de temples et d'autels ; les frlandais ne connaissaient pas la pompe de ses fêtes, ils ne s'étaient jamais rendu compte de l'effet produit sur les masses par ces processions solennelles où Dieu semble se mêler aux hommes pour bénir leurs travaux et se mettre de moitié dans leurs douleurs. Ils n'avaient été Catholiques qu’à la dérobée, ne communiquant avec les anciens Jésuites ou avec le Clergé séculier qu'à travers mille dangers. Les nouveaux disciples de l’Institut profitent de la tolérance qu'une politique plus sage laisse établir; ils se décident à initier le peuple irlandais à ces joies triomphales de l'Eglise. La Fête-Dieu est célébrée dès 1822 à Clongowes, au milieu d’une foule immense. Le culte extérieur réveillait dans les âmes des idées de Foi, il y porta un besoin de réforme intérieure. Des églises furent bâties, des Missions s’ouvrirent, des associations religieuses se créérent. Bientôt les enfants des martyrs retrouvent dans la piété et dans l'éducation la vigueur nécessaire pour arriver pacifiquement à leur régénération sociale.
Il avait fallu de pénibles travaux, de longs sacrifices afin de réaliser le projet conçu ; les Jésuites les accomplirent tous sans se laisser rebuter par les obstacles. On les a souvent accusés de me vouloir jamais participer à des institutions dont quelques-uns de leurs Pères ne seraient pas les promoteurs. En Irlande, le fait donne un démenti à l'imputation. En 1840, au moment où , par des retraites et par des Missions, ils apprenaient aux multitudes à célébrer la troisième fête séculaire de la fondation de l'Ordre de Jésus, c'est en popularisant l'œuvre d’un autre qu'ils obtiennent le plus éclatant succès. Le Capucin Théobald Mathew a, deux années auparavant, jeté les bases de sa Société de tempérance. Les Jésuites saisissent tout ce que ce renoncement volontaire aux liqueurs enivrantes peut avoir d'utile dans un pays tel que l'Irlande.
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Ils se font les propagateurs les plus zélés de la pensée chrétienne du Révérend Mathew ; par leurs soins, elle s'étend avec une rapidité inconcevable. Cette Société de tempérance était l’auxiliaire de la mission que les Pères se donnaient , mais elle ne les détourna pas de leur but particulier.
En 1829, leur nombre s'augmentait avec leur ascendant : ils étaient le bras droit des Evêques , les modèles vivants proposés au Clergé par les Prélats. Le Général de la Compagnie juge opportun de nommer un Vice-Provincial pour gouverner les Jésuites d'Irlande. Ce fut sur le Père Robert Saint-Léger que tomba son choix. En 1841, un Collège fut créé à Dublin sous les auspices de saint François-Xavier, et l'Angleterre ne s'épouvanta pas de cet accroissement d'influence catholique. L'Anglicanisme était ébranlé par le retour vers l'unité d’un grand nombre d’esprits droits qui, dans les trois-royaumes , arrivaient, à l'aide de l'étude, à se démontrer le vide de leurs croyances officielles. Un travail lent, mais toujours heureux, se révélait au milieu de la société britannique. Chacun sentait que les Jésuites y prenaient une bonne part, tout en se renfermant dans les limites de la loi. Le pouvoir n’y vit qu’une des conséquences de la liberté, il donna le salutaire exemple de respecter le droit qu'il avait lui-même proclamé.
Par un étrange renversement de toutes les idées reçues, ce fut dans les pays séparés de la communion romaine que les Jésuites se perpétuërent. Nous les avons vus en Russie et dans la Crande- Bretagne conserver des éléments de reconstitution et rattacher l'avenir au passé. En Hollande le même phénomène s’accomplit. De même que l'Angleterre, la république des Provinces-Unies fit une guerre ouverte à cet Ordre religieux, dont l’action sur le peuple était manifeste. À peine fut-il anéanti, que les vieilles insultes, que le souvenir même des anciennes défiances s’effacèrent. Les Protestants comprirent que ce n’était pas à eux qu’il appartenait de poursuivre leurs adversaires accablés. Ils laissérent ce soin aux cours catholiques et aux écrivains qui aspiraient à détruire tous les cultes.
Cette situation inattendue permit aux Prêtres de la Compagnie disséminés en Hollande de continuer l’œuvre à laquelle ils s'é-
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taient voués. Leur chef les avait placés en sentinelles perdues au milieu des ennemis de l'Eglise ; personne ne songeait à les relever ; ils y demeurërent sous la direction du Père Thomassen. C'était un vieillard. Vers 1780, Adam Beckers vint à Amsterdam pour le soulager dans les labeurs de l’Apostolat. Aussitôt qu'il fut possible de se rattacher par de nouveaux vœux à la Compagnie, en 1800, Beckers, Henri Groenen, Luyten et Verbek s’y ralliérent. Les Jésuites de Nimègue et de Culembourg suivent cet exemple ; mais à Culembourg, le père Huberti, qu'un héritage a fait riche, consacre sa fortune à améliorer la Mission. Le père Arnold Luyten développe ce germe, et l’Internonce apostolique Ciamberlani seconde si bien ses projets, qu'en 1818 il fut possible de fonder dans la ville un petit séminaire. Plus tard le Pape Léon XII avait voulu faire recouvrer aux Jésuites tous les postes occupés par eux avant la suppression ; ils rentrèrent à la Haye. Les Pères de la Foi, dont nous avons indiqué l’origine, vivaient
en Belgique depuis le commencement du dix-neuvième siècle. Le plus ardent de leurs vœux était de pouvoir être incorporés à l’Institut de saint Ignace. Les événements militaires de 1814 allaient trancher une grave question. La chute de l'empire de Napoléon était imminente; les Pères de la Foi, dirigés par Bruson et Leblanc, s'adressent à Fonteyne, alors supérieur des Jésuites er
Hollande. Ils sont admis dans la Compagnie ; mais il faut les sou-
mettre à un noviciat, et dans le bouleversement de tous les royaumes, la Société de Jésus se trouve, comme beaucoup de rois, sans
autre appui que ses espérances. Le prince Maurice de Broglie,
Evêque de Gand, ne la laissa pas longtemps dans cette incertitude.
Ce prélat, dont le nom retentit si souvent dans les annales
de cetie époque, était un spirituel courtisan et un orateur , un
homme de Dieu et un homme du monde, toujours prêt à se- ; courir l'infortune, à faire acte de courage, ou à donner aux autres ñ un noble exemple, Napoléon l'avait pris en affection. Îl aimait en ï lui sa naissance et ses vertus, sa piété et son enjouement. Mau- < rice de Broglie se montra plein de gratitude et d'enthousiasme i pour l'Empereur ; mais , au moment où Bonaparte, aveuglé par l'ambition ou par la colère, se déclara le persécuteur du Sou- 4 verain-Pontife, la conscience de l'Evèque de Gand l'emporta “
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