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déférence. Les événements de 1830 et }L conséquences qui en surgirent donnérent raison à l’un et à l’autre.
Se attachant alors à un pareil ordre d'idées, un écrivain dont la réflexion et l'étude ont mûri les tendances, M. Louis de Carné, adressa plus tard aux Jésuites les mêmes reproches que l'abbé de La Mennais. « Ils inspiraient, dit-il', ce respect que nous payons aux ruines, mais ils étaient froids et glacés comme elles. La jeunesse pouvait, dans leurs paternels entretiens, concevoir de pieuses pensées. Au tribunal de la Pénitence, le chrétien trouvait, dans leur longue expérience de la vie, dans l'indulgente charité avec laquelle ils en avaient supporté les épreuves, du secours et des exemples. Mais quand, de ces épanchements intimes, on allait aux réalités de la société moderne, on était tout ébahi en découvrant une ignorance absolue des hommes et des choses, une légèreté de jugement qui ne pouvait être égalée que par l'inoffensive folie des espérances. De vagues retours vers l’ancien régime, c’est-à-dire vers la vieillesse de Louis XIV, époque où les Jésuites avaient triomphé des Jansénistes et fait raser Port- Royal, telles étaient à peu près les idées politiques qui perçaient chez le petit nombre d'entre eux qui s’occupaient des affuires humaines. »
Ces blâmes sont la contre-partie de ceux que le Libéralisme fit entendre ; il reste à examiner si ies uns sont mieux fondés que les autres. Sous la Restauration, les Jésuites ne représentaient rien, ne voulaient rien représenter au point de vue politique. Îls étaient dans un travail de recomposition, tâchant de souder entre elles toutes les parties hétérosènes destinées à former une Société. On voyait parmi eux quelques débris de l’ancienne Compagnie, échappés au trépas ou au fer des bourreaux, un certain nombre de Pères de la Foi et une foule de jeunes gens ne donnant encore que des espérances. Une semblable agrégation devait, avant tout, chercher à se consolider et à se pénétrer de l'esprit religieux. Ce fut cette pensée qui dirigea ses premiers modérateurs. Îls trouvaient la monarchie des Bourbons rétablie en France : ils s’attachérent à elle sans aucun calcul, sans aucune
\ Vues sur l'Histoire contemporaine, ou Essai sur l'Histoire de la Restauration, À. 1, p. 412 (édition de 4835).
ambition. Une république, ou le pouvoir impérial protégeant la Religion auraient été acceptés de même. Il n'entre pas dans le caractère des Jésuites d'embrusser exclusivement un système politique ou de travailler à faire réussir l’un au détriment de l'autre. Ils se contentent de celui qui est en vigueur, et s'ils donnent quelque préférence à un gouvernement , ce ne sera pas précisément à cause du principe qui le constitue, mais par la raison déterminante qu'il accorde plus ou moins de protection et de liberté au Catholicisme.
ILest vrai qu'une fraction des disciples de saint Ignace, surtout parmi les vieillards, professait peu de sympathie pour les théories constitutionnelles ; le motif de leur répugnance est fort naturel. Les prôneurs de ces fictions en France étaient les ennemis acharnés de l'Eglise. En Belgique, au contraire et dans le même temps, les Jésuitès se montraient les partisans les plus sincères de la Constitution libérale, parce qu'elle n’entravait point l'exercice du culte et qu'elle ne soumettait pas la Foi des peuples à un despotisme inintclligent. Ils étaient aux Etats-Unis et en Suisse républicains et démocrates, parce que là les idées de liberté ne conduisent pas à l'asservissement des croyances et des vœux. Pour bien juger la Compagnie, il faut se placer au point même où elle s'est placée. Elle a pu froisser des espérances louables en leur principe, refuser de s'associer à des projets séduisants, demander à l'expérience des jours passés les résultats probables des innovat.ons auxquelles on la conviait. Elle a peut-être voulu rester stationnaire, quand des esprits brûlants d'activité se précipitaient vers des voies inconnues, où, au lieu du progrès ils n’ont rencontré, comme l'abbé de La Menñnais, que le doute et le désenchantement ; mais les hommes sensés tiendront compte aux enfants de Loyola de cette prudence qui ne se laisse éblouir ni par le prestige de lanouveauté, ni par l'attrait d’une popularité éphémère.
Tandis que les Jésuites échappaient à la double impulsion que les partis extrêmes s’efforçaient de leur faire subir, personne ne pouvait apprécier cette sagesse restant ensevelie dans leurs archives. Il y a en France une vertu beaucoup plus rare que le courage et l'esprit, c’est la modération. Les Pères venaient d’en donner des preuves; mais ces preuves étaient mises en suspicion,
tournées contre eux ou inconnues. On les laissa faire de la justice et de la prudence au fond de leurs demeures, et on ne cessa de les poursuivre systématiquement. Ce fut en ce temps-là que les mots et les choses commencèrent à perdre leur signification usuclle pour se mettre au service de la plus audacieuse imposture qui ait jamais spéculé sur la crédulité humaine, Quand on parcourt maintenant ces longues collections de journaux où le mensonge prit toutes les formes, et, bien assuré d'avance de son triomphe, ne se donna même pas la peine de se travestir sous quelques circonstances plus ou moins possibles, on est saisi de honte et l’on rougit de pitié. Car, à dater de 1823, ce n’est plus la malveillance isolée qui cherche à tromper une classe d'individus; il y a une conspiration permanente contre la vérité et surtout contre le bon sens des masses. On tente de pervertir ce bon sens par tous les moyens. C'est cette conspiration, véritaêle affront infligé au peuple français, que 1ous allons étudier.
Nous entrons dans le récit des faits sans colère et sans prévention. Pour les raconter, nous avons sous les yeux toutes les pièces originales, nous nous entourons de tous les documents, ct, comme nous ne fümes jamais affilié à la Congrégation, à Saint- Acheul ou à Montrouge ; comme , d'un autre côté, nous sommes resté étranger à ce fantôme de lutte ridicule inventée par le Libéralisme, à ces mensonges qu'il créa et qu’il popularisa, à ces terreurs imaginaires qu'il exploita, nous pouvons parler de ces choses avec une impartialité vraiment historique. Ce récit sera, nous le confessons, une triste page dans les annales de la France. Il prouvera avec quel mépris les apôtres constitutionnels du progrès , de la justice et de la vérité traitent une nation assez débonnaire pour se laisser séduire par de fallacieuses paroles.
C’est un déplorable travail que celui auquel nous nous résignons. Jusqu'à présent, dans le cours du récit, nous avons vu les Jésuites se mêler aux événements, les inspirer souvent, les diriger quelquefois, et nous avons indiqué pas à pas leur action. Cette action a pu être louée ou blâmée , au gré des divers partis qui remplissaient la scène du monde. Aujourd’hui rien de scmblable ne se révèle. Les Jésuites s'effacent complétement; ils vivent en dehors du mouvement; on ne saisit leurs mains dans
aucune affaire ecclésiastique. Leur correspondance la plus secrète ne met sur la trace d'aucun complot, soit contre la Charte, soit contre les libertés publiques ct l'Université. Ils demandent seulement à vivre dans leurs maisons; vette prière est toujours repoussée , ce vœu n'est jamais accueilli qu'à moitié. Les documents que nous avons sous les yeux constatent cette position ; en les parcourant, on sent que les Pères de l'Institut ne sont jamais assurés du lendemain. Néanmoins, s'il fallait s'en rapporter à l'opposition libérale, ce serait cette même Compagnie de Jésus qui aurait inondé la France de ses Congréganistesret de ses protégés. Elle régnerait à la place des Bourbons ; elle gouvernerait sous le couvert des ministres ; elle dominerait les uns, elle intimiderait les autres ; elle tiendrait surtout l'Episcopat et le Clergé dans une humiliante servitude.
Toutes ces assertiohs ont été si souvent jetées à la foule que, pour un grand nombre d'esprits, elles sont passées à l'état de chose avérée. On ne discute plus l'influence qu'exercérent les Jésuites sous la monarchie de Louis XVIIL et de Charles X, on l'enregistre, et l'on semble ne pas avoir besoin de preuves pour établir ses convictions. Nous ne voulons point accepter sans examen de tels jugements. Il nous paraît nécessaire de remonter à la source même des choses, et ce sera en parcourant la correspondance des Jésuites entre eux que nous découvrirons le piége tendu à la crédulité par la presse. C’est donc beaucoup moins les actes de la Compagnie de Jésus que nous recueillons en ce moment que le récit des mensonges et des préventions dont elle fut l'objet. On ne fit jamais porter l'assaut sur la conduite des Pères ; on leur créa un pouvoir, une ambitioe , une hypocrisie , une soif d'argent et de grandeur qui n'avaient jamais existé que dans l'imagination de leurs adversaires.
La Congrégation, Saïint-Acheul et Montrouge devinrent l'objet de la terreur affectée ou réelle des vétérans de 1793 et des patriotes de la nouvelle génération, apprenant à ehérir la liberté à l'école des censeurs de l'empire, des généraux et des préfets de Napoléon, qui avaient weilli dans l'exercice du despotisme et de l'arbitraire. Il importe dlone à l’histoire d'étudier à fond les trois monuments de 4 puissance occulte des Jésuites.
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La Congrégation du Père Delpuits s'était rapidement propagée. Le Père Ronsin la dirigeait; et, dans un moment où chacun s'associait sous différents titres, où les provinces et la capitale se couvraient de réunions politiques , littéraires et scientifiques, où les Ventes de Carbonari, les Loges de Francs-Maçons et de Templiers recevaient d'innombrables adeptes, cette Congrégation fut attaquée dans son existence, dans son but, dans ses moyens. Elle était l'œuvre des Jésuites : on la présenta comme le marchepied de toutes les ambitions, comme l'asile de toutes les mystérieuses intrigues et un foyer de conspiration contre les libertés nationales. Le cardinal de Beausset, parlant, dans son Histoire de F'énelon, de l'influence dont ces assemblées jouirent au siècle de Louis XIV, s'exprimait ainsi sur les Jésuites ! : « Appelés dès leur origine à l'éducation des principales familles de l'Etat, ils étendaient leurs soins jusque sur les classes inférieuros : ils les entretenaient dans l'heureuse habitude des vertus religieuses et morales. Tel était surtout l’utile objet de ces nombreuses Congrégations qu'ils avaient créées dans toutes les villes, et qu'ils avaient eu l’habileté de lier à toutes les professions et à toutes les institutions sociales. Des exercices de piété simples et faciles, des instructions particulières appropriées à chaque condition, et qui n'apportaient aucun préjudice tx travaux et aux devoirs de la Société, servaient à maintenir dmmstous les états cette régularité de mœurs, cet esprit d'ordre et desubordination, cette sage économié, qui conservent la paix et l'harmonie des familles et assurent la prospérité des empires. »
Les Jésuites s'étaient flattés de l'idée que ce tableau était encore possible. Ils trouvaient sous leur main tous les éléments de succès coordonnés par un de leurs Pères, ils crurent qu'il serait facile de donner plus d'extension à la pensée créatrice. Ils adoptérent ce que Delpuits avait si sagement organisé, et Ronsin fut choisi pour le développer. Le régime intérieur de la Congrégation ne subit aucun changement. Tous les dimanches, de quinze jours en quinze jours, et à chaque fête de la Vierge, la Congrégation se réunissait dans une chapelle située au-dessus de l'Eglise des Missions-Etrangères. Un autel , riche d'élégante simplicité, s’éle-
1 Histoire de Fénelon, t. x, p. 16.
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vait, offrant à tous les regards ces paroles : Cor unum et anima una, symbole de l'union et de la charité fraternelle qui devait régner entre des hommes appartenant aux diverses classes de Ja société. On ne créait aucune distinction d'âge ou de rang. Au vestibule de cette chapelle, les différences de condition s’effaçaient pour faire place à l'égalité devant Dieu. Le jeune étudiant s'asseyait à côté du prélat ou du pair de France. Le Préfet de la Congrégation et ses deux assistants avaient seuls des siéges réservés. Ces pieux exercices duraient ordinairement de sept heures et demie à ncuf heures et demie du matin. Ils commençaient par la lecture de la vie du saint dont l'Eglise célébrait la fête. On chantait ensuite le Veni Creator et l Ave maris stella ; on priait en commun pour l'Eglise et pour la France; on procédait à la réception des probationnaires. Alors le Père Ronsin montait à l'autel pour dire la messe, que les Congréganistes, toujours à peu près au nombre de deux cents, entendaient à genoux, et à laquelle ils répondaient avec les acolytes. La plupart y communiaient. Quand le saint Mystère était consommé, Ronsin parlait à ses auditeurs de leurs devoirs, il les encourageait à la persévérance, il les excitait à la piété. Après l'exhortation, tous invoquaient le secours de la Vierge, et ils se retiraient en silence. Dans le plan adopté par les Jésuites, prier en commun tous les quinze jours n’était pas assez. Les premiers Congréganistes multipliaient les œuvres de la charité chrétienne : ils se visitaient dans leurs maladies ou dans leurs afflictions ; ils distribuaient des aumônes ; ils venaient en aide à l’indigence ou au malheur ; mais ce zèle se renfermait dans des bornes étroites. Jusqu'en 1820, il n'avait pas franchi l'enceinte de la Congrégation. A cette époque, l'abbé Legris-Duval, sous l'inspiration des Pères, fonda la Société des Bonnes-Œuvres ; après lui, Borderies, Evêque de Versailles, et l'abbé Boudot, grard-vicaire de Paris, en eurent la haute direction. Cette Société se partageait en trois sections embrassant les hôpitaux , les prisons et les petits Savoyards. Le bien s’opérait simultanément et sur une triple échelle. Les riches, les heureux, les puissants du siècle acceptaient tour à tour avec joie la mission de descendie dans les hospices et dans les cachots : ils apprenaient aux iufortunés ou aux coupables qui y
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ianguissent à supporter avec plus de résignation le poids de la vie : ils provoquaient l'espérance ou le remords. Leurs mains répandaient avec discernement les bienfaits. Ces visites, souvent répétées, ne restaient jamais sans profits pour la morale. D’autres s’eflorçaient de faire revivre la touchante institution qui immortalise une seconde fois le nom de Fénelon. Ils réunissaient tous les dimanches, dans les chapelles souterraines des quatre principales églises de Paris, les pauvres enfants accourus de Savoie on d'Auvergne pour tenter fortune par les plus infimes métiers. Ils leur apprenaient à croire et à priet; ils leur enseignaient la probité et la patience; ils encourageaient leurs vertus naissantes en les mettant au-dessus du besoin.
C’est aussi dans le sein de la Congrégation que naquit la pen sée de la Société des Bonnes-Etudes , ayant pour but de maintenir la jeunesse dans les principes de Foi religieuse et monarchique. Des assemblées mensuelles la formaient aux lettres par les leçons de maîtres devenus ses égaux. On lui fournissait les moyens d'apprendre et de se récréer, en l’éloignant du vice ou des doctrines pernicieuses , on la préparait à remplir les fonctions judiciaires ou administratives. La Congrégation étendait ses rameaux. Un de ses membres, M. Jules Gossin, conseiller à la Cour royale de Paris, lui donna un nouveau développement en établissant l'Association de Saint-François-Régis. L’idée-mère était la réhabilitation des mariages contractés seulement devant l'officier civil. En peu de temps elle obtint les plus heureux résultats.
Telles étaient les diverses sollicitudes auxquelles s’astreignaient des hommes recommandables par le talent, par la naissance ou par la position. Ces hommes ne cachaient ni leurs noms ni leurs œuvres. On comptait dans leurs rangs des princes, des Evèques, des généraux, des magistrats, des écrivains, des savants , des artistes et des ouvriers. Don Francisco de Paula, infant d'Espagne, et le comte de Limbourg-Stirum, parent, du roi des Pays-Bas ; le comte de Senft-Pilsach et le marquis de Clermont- Tonnerre, de Luynes et de Rainneville, Olivier de la Rochefoucault, et Rogatien de Sesmaisons, le comte de Cossé-Brissac et lord Clifford , le comte François de Sales et Loménie de Brienne,
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142 CHAP, Ill, — HISTOIRE
le marquis de Choiseul et le chevalier de Berbis, les comtes de Stolberg et de Durfort, de Lorges, de Lascours et de Robiano, le baron de Haller et l'architecte Lemarié, de la Villemarqué et Saint- Géry, de Sèze et d'Hédouville , de Becdelièvre et de Foresta, de Civrac et Lauriston, d’Alberias et le duc de Rivière, y donnaient la main à des jurisconsultes tels que Delpech, de Lavau, Monsarrat, Emmery et Bérard-des-Glageux ; à des écrivains comme Picot, Laurentie et Genoude ; à des soldats comme Jacques Cathelineau ; à des médecins comme Récamier ; à des.universitaires comme Eligagaray. La moitié de l’épistopat français, les prêtres les plus distingués, les jeunes gens qui plus tard occuperont les siéges de ceux qui les formèrent beaucoup moins par leurs leçons que par leurs exemples, venaient en même temps se confondre dans cette agrégation. On remarquait parmi ces prélats, que la mort a moissonnés ou que l'Eglise gallicane voit maintenant à sa tête : Dubourg et Cheverus, Mathieu et de La Châtre, Pérocheau et Dupuch , Laloux et de Montblanc , Plessis et Blanquart de Bailleul, d’Astros et Dubois, de Cosnac et Tournefort, George et Sibourg, de Pins et Gallard , Taberg et Duchatellier, Dufêtre et Soyer , Coupperie et Glaury, de la Myre et Bombelles, Borderies et de Hercé, Villefrancon et de Chafloy , le cardinal de Croy ct Maréchal, Millaux et Aragonnet d'Orset, Jacquemin et Cottret, Lalande et d'Arbaud, le cardinal de Beausset et Richery, Berthaud et Prilly, le cardinal de Clermont et Poulpiquet, le cardinal Weld, les Nonces du Saint-Siège Macchi et Lambruschini, lAblégat Falconieri, les abbés Berger, Desgenettes et Langlois, supérieur des Missions-Etrangères. René d'Argenteuil , Raphaël de Magallon, Armand Passerat, Xavier Arnoux, Vuarin curé de Genève, François Jaccard et Isidore Gagelin tous deux martyrs de Jésus-Christ, Pupier, Chatelard et Badin, apportaient à la Congrégation l'autorité de leur nom, celle encore plus grande de leurs vertus et de leur sang qu'ils verseront pour la Foi.
On était à une de ces époques où tout, même les institutions les plus inoffensives, semblait tourner contre la vérité. Il existait à Paris un centre permanent de conspirations et d’intrigues. Dans les Ventes de la Charbonnerie, dont Louis Blanc, par son Histoire de Dix Ans, nous a révélé les mystérieuses ramifications,
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le Libéralisme s'était discipliné et préparé de longue main à la guerre civile. Cette guerre, il ne pouvait pas la déclarer officiellement à la Monarchie ; car, lorsqu'il avait essayé de jeter dans la rue ses enfants perdus, la fidélité de l’armée, l’échafaud ou la clémence avaient fit justice de ces insurrections et de ces complots. À bout de moyens violents, privé enfin des ministres qui, comme Laïné, Decazes et Pasquier, l’encourageaient ou le protégeaient dans l'ombre, il ne lui restait plus pour arme que la calomnie : il déshonora la liberté de la présse pour s’en faire un levier. La Congrégation, composée d'hommes mêlés aux affaires publiques et de jeunes gens qui , par leur naissance ou leurs études , étaient destinés à jouer plus tard un rôle dans le gouvernement, devint pour l'opposition un champ-clos où il lui fut permis de produire toutes ses hypothèses.
Les Congréger'stes s'assemblaient des divers cois de la France pour se livrer er: ::: iun à la prière et à la charité. Ce but était atteint ; mais, à :: vague, il pouvait moraliser le peuple et déterminer une réaction catholique : on se hâta, par des sarcasmes et par des pamphlets, de rendre ridicule cette agrégation. L'épigramme et la satire s'émoussérent sans porter coup. Les journaux blessaient les individus, mais ils ne tuaient pas l'Association; on s'arrangea pour la rendre odieuse. Il n'avait pas été possible d'en faire l'objet de la risée publique, on la livra à l’animadversion générale ; et, chose remarquable, les hommes qui parlèrent le plus de la Congrégation furent précisément ceux qui crurent le moins à sa puissance. L'action du Péré Ronsin était patente : on fit de ce Jésuite un personnage mystérieux , tenant entre ses mains le fil de toutes les intrigues ! et trônant en même temps
1 La fantasmagorie de la Congrégation a été si bien exploitée par le Libéralire me, qu’on élait parvenu à en faire peur aux esprits les plus droits. En France, un mensonge annoncé pour la première fois fait sourire de pitié. Répété chaque jour, reproduit sous mille formes, il pénètre eufin dans les cœurs, et, un peu plus tüt ou un peu plus tord, il passe dans les croyances de ceux mêmes qui le combattirent à son origine. C’est uinsi qu'il faut expliquer les versions plus ou moins erro= nées que provoqua la Congrégatiun. M. Louis de Carné, dans ses Vues sur L'Histoire contemporaine vu Essai sur l’Histoire de la Restaurution, tenta, en 1835, da + profondir, au point de vue où il se plaçait alors, toutes les difficultés de la position multiple qu’on créait aux Jésuites avant 4830, 11 chercha la vérité de bonne foi ; il ne la trouva pas toujours. La raison en est bien simple, c’est qu’à son insu il se laissa dominer par les erreurs convenues.
En parlant (tome 11, page 99) de la Congrégation, il s’exprime ainsi : « Que
au Quirinal et aux Tuileries. On supposa que cc désuite, beaucoup plus connu dans les hôpitaux que dans les ministères, disposait à son gré de la fortune, de l'autorité et des emplois. Le Père Ronsin eut tout -ä-coup un de ces pouvoirs magiques qui ne se rencontraient jadis que sous la baguette des enchanteurs. 1! n'exista plus de monarque dans le royanme , plus de ministres, plus de Chambres légisiatives , plus de justice, plus de magistraits. Le Père Ronsin inspira tout, il 2vsorba tout. Cette image
l'on juge donc de l'effet d’une associalion secrète qui jamais ne semblait avoir dit son dernier mot, et à laquelle tous les projets du gouvernement du roi, lou tes ses nominations, depuis les fonctions de préfet jusqu'a celles de garde-champôtre, paraissaient des hommages obligés, gages de conquêtes plus décisives encore, »
A la page suivante, M. de Carné développe sa pensée. 11 dit : « Le senl résultat de ces tripotages, démesurément exagérés, du reste, par l’esprit de parti, fut de procurer au gouvernement l'appui de quelques intrigants pris dans ies filets de l'ambition. La majorité du ministère eût vraisemblablement aimé à se séparer de ces très-insignifiantes intrigues et à mettre au grand jour l’exiguité du fantôme qui faisaii si grande peur daus l’ombre, »
Ilest présumable, il est très-vrai, que certains intrigants profitèrent de la Congrégation, des Missions, de la Religion même, pour les faire servir à leur fortune ou à leur parti, Qu’en résulle-t-il contre la Congrégation, les Missions el Religiou? n’a-L-on pas vu d’autres intrigants, les mêmes peut-être, abuser d’un principe différent, et Aciander à la Révolution de juillet le trop plein de faveurs qu'ils wavaient pu obtenir de la Congrégation? Faut-il pour cela imputer au trône t aux pouvoirs issus du mouvement de 4830 de ne se laisser dominer que por des ambitieux sans conscience ou par des hypocrites!
Les royalistes n’étaient pas assez habiles ; alors comme aujourd’hui, il ne régnait pas eutre eux assez d’union pour qu’on pül les soupçonner d’avoir, à l’aide de la Congrégation, consacré un plan de défense mutuelle, Divisés sur les hommes ainsi que sur les choses, s’isolant ou se calomniant, aspirant sans cesse à commander et refusant toujours d’obéir, irrités contre l’ingratitude des princes ct les enivrant d'éloges, les royalistes étaient incapables de concevoir un plan, de le suivre et de l'exécuter, Is ne venaient pas à la Congrégation comme royalistes, mais comme Chrétiens. Le désir de parvenir et celui de protéger ont pu créer des influences eldes clientèles; mais de à à inspirer une direction politique, à violenter les engagements pris, à chouger les nuances adoptées, il y a loin. On trouvait parmi les Cougrégauistes des hommes appartenant à toutes les fractions parlementaires. La Foi les réunissait dans unc prière commune, el au dehors ils marchaient dans des voies tout opposées. La Congrégatign ne put donc jamais être le lien d’aucune pensée politique.
1 y eut cependant un centre d’influence très-réel, mais complétement distinct dg la Congrégation. Ce centre a besoin d’être connu, ct celte révélation servira à expliquer ce qui jusqu’à ce jour est resté un mystère pour le public.
Vers les dernières années de PEmpire, il se forma dans le Rouergue et dans les provinces du Midi une association dont le but était d'accélérer la chute de Napoléon, espèce de franc-maçonnerie religieuse ct monarchique qui prit le nom de Cluvaliers de l’Anneau. Quand la Restauration cut succédé au régime impérial, celle suciélé secrète, au lieu de se distoudre, tendit constamment à développer, à régulariser son organisation, Elle eut son point d'appui à Paris et des comités dans ivutes les provinces, Les hommes d'action l'avaient créée, les politiques ct les habiles s’en emparèrent lisqu'il n'y eut plus de dangers à courir. Le duc Mathieu de Montmorency la présida. Elle tint d'abord ses séances rue Cassette, n° 6,
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vivante de la puissance qu'un enfant de saint Ignace usurpait offrit plus d'un avantage aux inventeurs et aux propagaleurs d'une pareille impossibilité. Elle était absurde, elle eut donc mille chances pour être agréée. On l’accepta sans discussion, sans examen. Lorsqu'il fut établi que le Père Ronsin imposait des lois aux divers fonctionnaires de l'Etat, lorsque chacun se crut convaincu que la vie des uns, l'honneur des autres , la for-
puis ‘uc de Varennes, n° 48, chez le marquis Alexis et le comte Adrien de Rougé. MM. düc Villèle, de Corbière, de Frenilly, de Vitrolles, Charles de Crisnois, les abbés X, de La Mennais et Perreau en firent partie, mais on n'y vit jamais aucun Père de la Compagnie de Jésus.
Sur la fin du règne de Louis XVIII et vers les premières années de celui de Charles X, celte association, toute politique, eut un incontestable ascendant sur la cour, sur le personnel des administrations et le travail électoral. On la vit tour à (our accepter ou combattre les influences rivales. Tantôt elle fit cause commune avec les princes, tantôt elle chercha sa force dans la banque. On rencontrait dans ie même jour ses membres les plus actifs au milieu des salons de la comtesse du Cayla, chez M. de Rothschild et aux réunions électorales du président Amÿ. Cest celle associalion qui dirigea la majorité si compacte du ministère Villèle à la Chambre des députés, elle qui créa les surnuméraires de la justice, institution qui fut une pépinière de bons magistrats; elle qui imposa les lois sur la presse, sur le sacrilége et le droit d’atnesse. Elle se laissa désigner sous les noms du Pavillon Marsan, du Cabinet Vert, et de la Congrégation, se cachant ainsi pour arriver plus sûrement à ses fins.
Les hommes qui voyaient le résultat de l'intrigue ne découvraient pas la main qui en tenait les fils. M. de Montlosier, M. Agier, con eiller à la Cour royale de Paris et député, crurent ètre sur la voie en accusant la Congrégation. M. Agir avait dans sa famille des souvenirs jansénistes : ses soupçons se changèrent promptement en certitude. C'elques membres de la Société politique faisaient partie de la Congrégation religieuse. Cette circonstance favorisa l’erreur. I1 était difficile de reprocher avec quelques semblants de raison à des pairs de France, * des députés, à des ministres, de s’immiscer dans les affeires de l'Etat ou de diriger les choix du gauvernement. Un nom propre n’aurait pas prêté, comme celui d’un Institut célèbre, une assez grande autorité à toutes les hypothèses ; il n'aurait pas surtout donné prise aux terreurs feintes ou réelles : on imputa aux Jésuites et à la Cougrégation les actes de ceux qui s’abritaient tantôt derrière le Pavilloi arsan, tantôt sous les Congréganistes ou sous Montrouge. Avec ces noms de passes, l’on explique la cause et l'effet; de cc qui m'était qu’un rêve d’intrigant ou de meneur l’on fit un épouvantail, :
Cette Société, toujours snvnyme, mais aussi toujours active, déchut peu à peu, Elle se laissa trainer à la remorque de M. de Villèle, qui ne voyait point sans un certain plaisir ses batteries gouvernementales masquées par ce mot de Jésuite, dont ii ne redoutait pas plus l’ascendant que ses amis ou ses adversaires. En cela M, de Villèle se trompait. Il laissa sciemment calomuier, au profit de sou pouvoir : la calormnie dont il avait ri dans le commencement l’empurta, et du mème coup de vent elle abattit le trône. Cependant l'Ordre des Chevaliers de l’Anneau dégénéra en coterie tracassière et jalouse. I1 fut alors régenté par des médiocrités ambilieuses qui, à Paris et en province, finirent par exclure tous les hommes ayant quelque rectitude dans l'esprit ou quelque énergie dans le cœur.
Teile est l’origine du pouvoir occulte si gratuitement accordé à la Congrégation. Ce pouvoir a existé ; il s’est exercé, mais absolument en dehors d'elle, Les coteries royalistes cachèrent ieurs manwuvres politiques sous son nom, le parti libéral s’empara de ce mème nom pour effrayer la France du bruit qu’il lui importait de faire,