‹ Histoire religieuse, politique et littéraire de la Compagnie de Jésus [microforme] (volume 2)Chapitre 33 sur 62 · PES · texte numérisé non relu

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LE LA COMPAGNIE DE JÉSUS. tt

couvrirent la Normandie de deuil et de ruines; puis, au moment où les ordonnances du 25 juillet 1830 éclatèrent comme la foudre, on oublia les Jésuites pour renverser le trône, La tempête les avait dispersés : ils erraient çà et là. On pillait leurs maisons pour se donner le droit de les accuser encore ; mais le triomphe du Libéralisme devait enfin amener celui de la vérité. La Révalution était victorieuse ; elle eut l’audacieuse franchise de proclamer elle-même ses impostures. Le Globe, dont MM. Duchitel, Cousin, Charles de Rémusat et Dubois s'étaient fait une arme contre les idées religieuses et monarchiques, s’écria, le 24 octobre 1830, en s'adressant aux vaincus :

« Tout ce que vous invoquer, tous ces articles de la Charte et de nos Codes que vous citez avec profusion, tout cela n’est que des fictions ingénieuses. Lorsque nous avons juré fidélité à Charles X et obéissance à la Charte, lorsque nous avons étourai ce Monarque imbécile de nos protestations d'amour, lorsque nous couvrions pour lui nos routes d’arcs de triomphe, lorsque nous rassemblions les populations sur son passage pour le saluer de mille acclamations, lorsque nous semions l’adulation sur ses

soustraire à la rage de ceux qui complaient sur moi et arrêter ainsi le cours des dévastations que je devais organiser dans le Languedoc, la Provence, le Dauphiné, elc.

» Je n'ai pas jugé à propos de livrer la majeure partie des pièces à l'appui de ma déclaration. Une seule lettre, qui prouve mon affiliation avec la Congrégation de Montrouge, qui me transmeltait les erdres qu’elle recevait du prince de Polignac, m'a été saisie.

» Ma volumineuse correspondance, les fnstructions écrites, les listes qui dési gnaient les propriétés à incendier el le nom des personnages qui devaient me donner de plus amples renseignements, ainsi qu’une espèce de sauf-conduit, interprétatif, il est vrai, mais dont il est facile de deviner le but par l’ensemble de toutes les pièces, et sigué prince de Polignuc, toutes ces preuves authentiques sont à ma disposition; mais je ne les livrerai entre vas mains, qu’alors qu'un homme d’entre vous, Messieurs, m'aura donné sa parole qu'il ne sera rien fait à la personne qui en est le dépositaire, et que j’obtiendrai quelque adoucissement aux peines qui pourront être prononcées contre moi. Je demande cette assurance de votre part, car vous aurez le pouvoir de la tenir. » )

L'auteur de cette dénonciation, qui allait si bien aux idées du temps, se nommait Charles-Théodore BRerrié; c'était un repris de justice, un voleur condamné en 4824, condamné de nouveau en 4826. En 1830, il se trouvait dans les prisons de Toulouse sous le poids de plusieurs accusations, lorsqu'il s’imagina que les feuilles libérales avaient assez menti à la France sur le comple do la Société de Jésus pour l'autoriser lui-même à continuer leur œuvre, Ancien détenu de Bicètre, il y avait vu les Pères prècher et consoler les prisonniers; il avait lu sans aucun doute les impostures dont le Constitutionnel, le Courrier français et le National se repaissaient, il crut qu'en se portant l’accusateur des disciples de l’Institut il obtiendrait quelque allégement ou que peut-être il passerait grand citoyen. 11 écrivit

pas ; lorsque les temples, les académies, les écoles retentissaient d'un concert parfumé d'éloges, de bénédictions pour lui et pour sa race ; lorsque nos poètes chantaient ses vertus, lorsqu'ils s’épanchaient en allusions louangeuses sur la bravoure de ce nouvel Henri IV, la grâce de cet autre François Le", tout cela n’était qu’une feinte à l'aide de laquelle nous tâchions de nous dérober aux chaînes dans lesquelles il s’efforçait de nous enlacer. Vous avez été comme un de ces spectateurs novices qui, assis au parterre pour la première fois, prennent pour la réalité la scène que l’on joue devant eux. Détrompez-vous ; pairs, députés, magistrats, simples citoyens, nous avons tous joué une comédie de quinze ans‘. »

. Les Jésuites étaient chassés de France, les véritables hypocrites s’y révélérent. Cette déclaration fut une leçon significative; le National ne resta pas en arrière de semblables épan-

donc la lettre citée plus haut. La chambre des pairs, comme la presse libérale, n'avait plus besoin des Jésuites pour battre en brèche la Religion et la royauté; il ne lui restait plus qu’à savoir ètre équitable, Le comte Bastard de l’Estang, rap porteur de la commission d’accusotion, ne put s’empècher de dire en parlant de ce misérable, qui avaitsi mal choisi son moment: « Tous les autres points de sa dés claration sont également éclaircis, et parlout le mensonge est constaté. S’il se fût agi d’uue affaire moins grave, un pareil incident eùt été écarté sans examen: mais il vaut mieux encore qu’il ne le soit qu'après une complète vérification des faits. »

Dans ce temps-là, plusieurs coupabl:s espérèrent se faire acquitter en se donnant les Jésuites pour insligateurs às ieurs crimes. 1ls voyaient que la calomnie avait si bien réussi en faveur de plus audacieux, qu’ils calomniaient à leur tour et à leur manière. Berrié se proclamait incendiaire du fait de la Compagnie; un jérdinier de Verrières, nommé Troclet, imagina de se justifier ainsi de l'assassinat qu'il avait commis sur la personne de Bellaure, habitant d’Antony, son créancier. 11 accusa le Père Jennesseaux et deux autrés Jésuites, qui, le 28 juillet 4830, l'avaient, prétendait-il, chargé de leur cacher une malle pleine d'objets précieux. Devant la Cour d’assises de la Seine, présidée par M. Agier, Troclet reproduisit sa fable, Le Père Jeunesseaux ne l’avait jamais connu, jamais vu; cela resta démontré. L’assassin fut condamné à mort le 23 mai 4831, et le Jésuite mis hors de cause.

1 Dix ans n’élaieut pas encore écoulés, et déjà la Comédie de quinze ans recommençait. En 4839, un professeur d’histoire remettait en scène le fantôme de la Congrégalion, rajeunissait les vieilles fables du Constitutionnel, ressuscitait l’omnipoteuce magique de Mont-Rouge, etc. 11 faut le lire de ses propres yeux pour y croire. « La Congrégation avait vaincu sous les auspices de M"° du Cayla (sic) et de M. de Villèle, écrit à propos de la guerre d’Espagne (4823) M. Th. Burette dans sa Continualion de l'Histoire de France d’Anquetil (t. 1v, p.613). Et plus bas, à propos des électious (4823) : « La Congrégation mit en jeu toutes ses batteries : Zndulgences plénières pour les électeurs complaisants, mandements épiscopaux , corruption de sacrislie, etc., etc.» A la page 648 on lit : « Cependant les Pères de Mont- Rouge réclamaieut à grands cris l’exéculion des promesses qu’on leur avait faites. La cour, le ministère leur étaient dévoués; la part de leurs adeptes était large et belle dans l'administration. Tout réceminent encore (40 février 4826) ils venaient de faire voter à la Chambre le rétablissement du droit d’ainesse, cte., etc. » — Est-ce là de l’histoire, du roman ou du pamphlet ? —

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chements. Il était devenu républicain sous la rédaction de Carrel, de Béquet, de Passy, d'Emile Pereire et de Chambolle, comme ses anciens associés s’improvisaient ministres, pairs de France ou dignitaires de l'Université. Le 17 octobre 1830, il étala aux yeux de l'Europe les mensonges convenus qui avaient été mis en jeu pour perdre les Jésuites :

« La Restauration est tombée , disait-il, et avec elle les Jésuites. On le croit du moins. Cependant toute la France a vu la famille des Bourbons faire route de Paris à Cherbourg :et s'embarquer tristement pour l'Angleterre. Quant aux Jésuites, on ne dit pas par quelle porte ils ont fait retraite; personne n'a plus songé à eux le lendemain de la Révolution de juillet ni pour les attaquer ni pour les défendre. Y a-t-il, n'y a-t-il pas encore des petits Séminaires, des Congrégations non autorisées par la loi? Il n’est pas aujourd’hui de si petit esprit qui ne se croie avec raison au-dessus d’une pareille inquiétude, et de trèsgrands esprits s'étaient consacrés, sous la Restauration, à inspirer à la France la haine et la peur de cette fameuse Congrégation jésuitique qui n'existait peut-être point ou ne valait pas la peine qu’on s'enquit de son existence.

» Etait-ce donc une comédie que cette infatigable polémique de la presse patriote contre les Jésuites? était-ce pure manie de persécution, si l'on trouvait mal que M. Dupin portât les cordons du dais à Saint-Acheul? Non, on savait bien que la Société de Jésus proprement dite n'offrait pas de bien grands dangers; on n'en voulait qu'à l'esprit jésuite, l'esprit dévot, l'esprit tartufe : c'était l'esprit de la dynastie régnante. On s’entendait à merveille sur la valeur du mot jésuitisme : il était synonyme de dévouement à la légitimité. On disait dans ce temps-là jésuite pour royaliste : il eût été dangereux de s'attaquer à la légitimité en l'appelant par son nom; on la saisissaït dans l’une de ses manières d’être, et la plus odieuse, qui était l’esprit jésuite.

» La France, petit à petit, se prit d'une haine implacable, universelle, immense, pour ce qu'on appelait la faction , quelquefois même la coterie jésuite, et il arriva un moment où , pour perdre Charles X, il suffit d'affirmer qu’il était Jésuite; que, comme Jésuite, 1l professait la doctrine des restrictions mentales ; qu'en prê-

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tant à Reims serment à la Charte, il avait dans ea puche l'absolu tioñ de ce parjure, et qu'ainsi le coup d'Etat était sa pensée favorite,

» C'est comme cela que raisonnent et parlent les masses dans tous les temps ; elles donnent à leur soupçons une forme matérielle qui les aide singulièrement à soutenir le combat, »

Devant cette cynique théorie de l'imposture qui, révélée à la France, sera encore mise plus tard en œuvre avec le même succés, il ne reste à l'histoire que le droit de flétrir tant d'impudence et de prendre en pitié la crédulité des hommes,

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