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hh RISTOIRE cun n’est responsable de pareilles monstruosités, le catéchisme luthérien que :es pères de famille se voyaient forcés de mettre entre les mains de leurs enfants n’était qu'un code d’athéisme et de lubricité. Coince en oppose un qui reçut la sanction de l'autorité; mais il devenait urgent de le faire accepter aux familles, plus urgent encore d’arracher la jeunesse des deux sexes à tous les vices précoces dont elle portait le geri.e en elle. Coince avait mesuré l’étendue du mal :il le conjure en publiant des livres de morale adaptés à l'intelligence abâtardie de ces peuples; il crée des écoles. Afin d'attirer la confiance des parents, il charge des fonctions d’institutrices de nobles dames françaises et allemandes. Sous la direction de la comtesse de Cossé-Brissac et de la baronne de Holk, elles donnent à ces espèces de salles d'asile de l'enfance un développement extraordinaire. La bienfaisance des femmes aidait la charité du Jésuite: il triomphe en peu de temps des préventions et des instincts mauvais.
Coince avait rendu chaste et pieuse la génération naissante, il voulut la faire libre. Des lois iniques pesaient depuis trois siècles sur les Catholiques, dont les Protestants de Suède étaient parvenus à nier les droits de citoyens. Pour ces émancipateurs de ia pensée humaine, les Catholiques ne sont plus que des Juifs du quatorzième siècle auxquels on refuse les priviléges de la patrie et mé:ne l'honneur de mourir sous le drapeau national. Le Jésuite entreprend de détruire cet abus de la force. Le marquis de Pallucci se trouvait gouverneur de Riga au nom du Czar. Le Père Coince lui communique ses plans de réhabilitation; Pallucci les adopte, il s'engage à les favoriser. 11 assemble les notables de Livonie, il leur soumet les propositions que le Jésuite a inspirées; un
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DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS. 45 cri de rénulsion s'échappe de toutes les bouches. Le Jésuite est .ccusé de semer la perturbation dans ce pays et de tendre au renversement des lois ecclésiastiques et civiles. La menace ne l'effrayait pas plus que les insultes : on songe à lui susciter d’autres obstacles. Un procès lui est intenté; mais, après six mois de débats judiciaires, l'Empereur publie un décret qui garantit aux Cavholiques la liberté de croire et de prier en commun. Jusqu’alors ils n’avaient même pas eu le triste privilége de faire ouvrir à leurs pauvres ou à leurs malades les portes des hospices publics. Coince avait triomphé du Protestantisme, il conçoit l’idée d’offrir un asile aux souffrances dont il est le seul consolateur. Tous les moyens lui manquent; néanmoins cet homme sait espérer contre toute espérance, et, sans autre levier aœue son zèle, mener à bonne fin les entreprises les plus ‘rdues. Un hôpital était par lui jugé indispensable ; il intéresse le marquis de Pallucci à ses projets. Le Jésuite parle, il fait parler ; il émeut les cœurs, il réveille dans les âmes le sentiment de la pitié, et le 16 juillet 1814 la première pierre de l'édifice était posée. Le 15 août 1815, cette demeure de l’indigence recueillait toutes les misères. Mais l’orage dirigé par les Sociétés Bibliques commençait à gronder sur la Compagnie de Jésus. Le Père Coince était l’un des adversaires de leur système: le premier il reçoit ordre d’abandonner cette nouvelle patrie que ses sueurs ont arrosée et où, par la puissance de sa volonté, il a fécondé tant de miracles de civilisation. Il fant renoncer à ces œuvres si laborieusement enfantées ou abjurer l’Institut de saint Ignace. Les Jésuites compagnons du Père Coince et Coince lui-même n’hésitent pas un seul instant. Ils étaient entrés proscrits dans l'empire de Russie, ils en sortirent proscrits. Les Catho-
46 HISTOIRE liques se pressaient autour d’eux avec des prières et des larmes. Coince et Krukowski pleurent avec leurs fidèles, mais le sacrifice était consommé; les Jésuites partirent, Le peuple leur témoignait sa tristesse par de touchantes effusions. Le gouverneur de Riga ne craint point de s’associer à ces regrets; le 13 juillet 1820 il adresse au disciple de l’Institut la lettre suivante, touchant résumé des bonnes œuvres accomplies :
« Mon très-révérend Père,
» Si je n’ai pas répondu jusqu’à ce moment à la lettre dont vous m'avez honoré le 1° avril dernier, c’est que j'ai toujours espéré voir retarder l’époque de votre départ; mais, puisqu'il vient d’être fixé, je m’empresse, mon trèsrévérend Père, de vous prévenir que j'ai donné tous les ordres nécessaires pour qu’il vous soit fourni, ainsi qu'aux autres Pères qui partent avec vous, tout ce qui est nécessaire pour votre voyage. Les sentiments que vous me témoignez, mon trèsrévérend Père, dans votre lettre, m'ont rappelé le vif chagrin que j'ai souvent éprouvé de n’avoir pas été à même de contribuer comme je l’aurais voulu à tout le bien que vous avez fait et que vous avez voulu faire ici, et m'ont sensiblement pénétré de douleur pour la perte que non-seulement la communauté catholique va éprouver par votre départ, mais tous les habitants de Riga en général, les écoles que vous avez établies ici pour les deux sexes, l’hôpital et la Société des dames séculières de la Miséricorde , tous monuments qui par eux seuls suffiraient pour attester de votre zèle et de vos soins infatigables vour la ville de Riga, si d’ailleurs toute votre conduite et celle de vos Pères ne vous eussent donné les plus grands droits aux regrets bien sincères que cause votre éloignement. Per-
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DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS, 47 suadé que, sensible à l'attachement que l'on vous a témoigné ici, vous éprouverez, mon très-révérend Père, quelques regrets de quitter le bien que vous avez fait,
je crois les adoucir par l’assurance que je vous donne .de faire tous mes efforts pour maintenir dans leur état
actuel tous les établissements dont cette ville vous est redevable. Les vœux bien sincères que je forme pour votre bonheur vous suivront partout, et si jamais vous pouvez me croire propre à vous être utile, disposez de moi comme d’un ami qui vous est sincèrement attaché.
» P., marquis DE PALLUCCI. »
Le même dévouement à l’humanité éclate sur les points les plus reculés de la Russie. C’est là que de préférence les Jésuites fixent leur séjour, c’est de là aussi qu'ils veillent comme des mères attentives sur ces douleurs de l’âme et du corps dont personne, en dehors d’eux, ne semble se préoccuper. Il existe à Mozdok, sur le Caucase, une colonie formée de prisonniers et du rebut de différents peuples. Cette colonie croupit dans l'ignorance, ne songeant qu’à satisfaire ses vices et ses haines. La force elle-même n’a pu assouplir ces natures rebelles. L'empereur Alexandre veut que les Jésuites tentent ur dernier essai. Ils ont à subir des vicissitudes de toufé sorte, des outrages de toute nature; mais enfin, vers l'année 1810, ils arrivent à la solution du problème. Les colons de Mozdok, vaincus par la persévérance des Missionnaires, leur rendent les armes, et déjà le Père Woyzevillo se jette dans le Caucase pour annoncer aux indigènes le Dieu mort sur la Croix. Des obstacles insurmontables semblent conspirer pour frapper leurs travaux de stérilité. Les Pères Suryn et Gilles Henry en triomphent par des merveilles de patience et de cou-
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h8 HISTOIRE
rage. Ils sont les Apôtres de ces hommes à demi barbares ; ils deviennent les Anges protecteurs des troupes russes cantonnées au milieu de ces régions, chaque jour exposées au double fléau de la peste et de la guerre.
D'inénarrables privations, d'affreuses souffrances étaient réservées aux Jésuites dressant leur tente dans ces montagnes. À la voix de leur chef, aucun ne recule, et, dans l'abandon de leur correspondance intime, voici de quelle manière ils acceptent cette vie de tribulations. Le Père Gilles Henry, Jésuite belge, écrit de Mozdok, le 29 juin 1814 : « On vient de publier ici l'ordre de renvoyer tous les Polonais. Tout en entrant dans leur joie, je me sens le cœur singulièrement affligé de voir partir ces pauvres malheureux, que nous avons comme régénérés en les transformant en agneaux, d’ours qu'ils étaient. Maintenant mes dépenses me paraissent agréables, et je ne prévois qu'avec peine le moment où je ne devrai plus me priver de mon pain, de mon dîner pour en nourrir l’affamé, de mon manteau, de mes bottes et même de mes bas pour en revêtir les membres précieux, les frères bien-aimés de mon Sauveur. Il me semblera qu’il me manquera quelque chose lorsque je n’aurai plus l’occasion de revenir couvert de vermines. Si j'avais quélque chose à regretter, c'est de m'être trop défié de la Providence, c’est de ne pas m'être privé davantage de mon repos pour alléger leurs douleurs.»
Dans une autre lettre du 13 juillet 1814, ce même Jésuite écrit encore : « On a été dans de grandes alarmes à Astrakhan, on a cru que le révérend Père Suryn était tombé entre les mains des païens. Depuis sept ans, j'ai, chaque jour, de pareilles craintes sur le compte de notre Supérieur. Mais serait-ce donc un malheur, si l’un de nous, en exerçant le saint ministère, était fait prison-
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DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS, h9 nier? Heureuse captivité qui probablement briserait les chaînes par lesquelles l'enfer tient les Montagnards en captivité ! Serait-ce un malheur si l’un de nous était dévoué à la rage des païens? Nous voulons arborer l’étendard de la Groix, et le sang des Martyrs n'est-il pas la semence des Chrétiens ?»
Le 10 août de la même année, le Père Henry n’ambitionne plus le martyre. Il raconte les calamités auxquelles ses pauvres Chrétiens et ses soldats captifs se voient en butte. Ici ce sont des nuées de sauterelles qui dévorent les moissons et empoisonnent l'air; là c’est la peste vec toutes ses horreurs; puis, après le récit de ces fléaux, le Jésuite ajoute en sollicitant grâce pour sa charité : « 11 me reste à demander pardon des dépenses que j'ai faites. Comment agir? Quelle règle observer lorsqu'un malade meurt faute de pain , sort de l'hôpital sans chemise? Qu’auriez-vous fait si vous eussiez rencontré le fils de M. le comte Potocki sans bas, sans souliers, sans culottes, sans chemise ? Pourrait-on me re-rocher d'avoir demandé son mouchoir à la première dame que je rencontrais, ses bottes à un cosaque, sa chemise à un autre? Mille cas semblables se présentent. Depuis P4ques je suis sans argent, et je dépense par mis trois cents roubles. Grâce à la divine Providence, je n'a: pas de dettes. Personne ne serait resté en vie pour porter de nos nouvelles en Pologne ; mais j'ai fait instance auprès du Général, et, quoiqu'il n’y ait ici aucune troupe pour les remplacer, il vient d’envoyer par une estafette ordre de faire partir de suite tous les Polonais de Mozdok, les malades mêmes sur des voitures. Quels douloureux adieux je vais recevoir! J’en reçois de plus consolants des moribonds qui, au moment de rendre l’âme, tournent encore les yeux vers moi, comme s'ils voulaient me vL &
50 __ HISTOIRE dire : « À vous revoir dans le ciel, mon cher Père, »
Telles sont les vastes conspirations dont les Jésuites s'occupent sans cesse. Ce que le Père Henry retrace avec tant de naïveté, tous les autres, dispersés dans l’Empire de Russie, le confirment par leurs écrits et encore mieux par leurs actes. Le jour et la nuit ils sont entre les désespoirs de la peste et la pénurie de secours humains. Ils subviennent à tous ces maux; et, lorsque l'arrêt de proscription leur est signifié sur cette terre désolée , le Père Gilles Henry adresse au Père Grivel sa dernière lettre. Elle est ainsi conçue :
« Depuis seize ans que nous sommes à Mozdok, au pied du mont Caucase, nous avons tenté inutilement de pénétrer dans l’intérieur des terres occupées par des gens barbares, Païens ou Mahométans, qui regardent comme une bonne œuvre le massacre d’un Chrétien. Cependant nos travaux n’ont pas été inutiles et pour les colons du pays, et surtout pour les troupes qui passent sans cesse en ce pays, de la mer Caspienne à la Mer Noire et de Mozdok à la Géorgie. Depuis l’invasion de la Russie par les Français , nous n’avons pas eu un moment de repos. Le gouvernement russe a envoyé ici douze mille Polonais prisonniers, sans foi, sans mœurs ; mais l’exil et les maladies les æyant attaqués, nous en avons profité pour les ramener à de meilleurs sentiments, et Dieu a béni nos travaux.
» À Mozdok, nous avons deux cents Catholiques, Arméniens fidèles; et, comme il passe ici beaucoup d’étrangers qui vont ou reviennent de Russie en Géorgie ou en Chine, et qu’on ne trouve ni hospice ni hôtellerie, nous avons bâti un grand hospice où tous les voyageurs sont admis indifféremment, et gratis autant que nous pouvons. Nous avons eu occasion de donner l’hospitalité à
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DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS. 51 plusieurs Anglais. Nous avons élevé une grande église. Après avoir tant travaillé pour le bien de cet État, on veut nous renvoyer comme tous les autres Jésuites. Mais, non contents de nous chasser, on voudrait nous déshonorer en nous rendant apostats. On nous a fait des promesses et des menaces. Nous avons répondu qu'avec la wrâce de Dieu, nous voulions vivre et mourir dans la Compagnie de Jésus. »
On les expulsait du Caucase au moment où l'Asie allait se rouvrir devant eux. Les Arméniens, délivrés du joug des Perses ei tombés sous la domination de la Russie, montraient une vive répugnance à embrasser le schisme des Grecs. Ils invoquaient des Missionnaires pour se confirmer daus leur Foi. La Perse faisait le même vœu; elle demandait les membres de la Société de Jésus que l’empereur Napoléon lui avait fait entrevoir un jour. Lorsque le Général Gardane conclut, au mois de janvier 1808, alliance avec la Perse, Napoléon, qui voulait se faire accepter en Asie comme l'héritier direct des Rois ses prédécesseurs, fit insérer dans le traité une clause vraiment extraordinaire. Il exigea protection pour les Jésuites que la France aurait le droit d'envoyer en
Perse, et cela au moment même où ils étaient bannis
de son Empire et où le Pape ne les avait pas rendus à
l'existence *. Mais ce nom de Jésuite retentissait au loin ;
‘ Le traité conclu entre la France et la Perse contient, à l'article 15, les clauses suivantes :
“ Les Prêtres qui se trouveront en Perse pour instruire et diriger les Chrétiens seront honorés de toute la bienveillance de Sa Hautesse, à condition qu'ils ne s'ine géreront poiut dans ce qui regarde la Foi musulmane, et qu'il ne se permettront rien de contraire à cette Religion. Les Prètres, Moines et Religieux de lu loi de Jésus qui habiteront la Persé pour remplir les fonctions de leur culte, se trouvant à l'ombre de la protection impériale, ne seront vexés ni tourmentés par personne, et eux-mêmes ne mettront jamais le pied hors le sentier du devoir, et ils ne devront jamais rien faire qui puisse blesser et contrarier la croyance musulmans ; et si un Musulman, des Arméniens où des Européens se comportaient avec irrévérence envers des Prêtres, le juge de l'endroit, après la vérification des choses, Les panirais
il portait avec lui une siguification que les Orientaux se montraient heureux d’admettre. Napoléon, au témoignage du colonel Mazorewicz, ambassadeur de Russie à Téhéran, se garda bien de His échapper c ce moyen d'influence.
On avait calomnié les disciples de Loyola passant leur vie dans les glaces de la Sibérie et dans les montagnes. du Caucase, eutre la misère des indigènes et les langueurs des exilés. Lorsque le GOUNEMEMeNt apprit que la détermination de ces Pères était aussi immuable que:
celle de leurs compagnons, Galitzin, qui sent le besoin .
de les conserver, leur propose une dernière transaction. Ils sont libres de rester fidèles à leurs vœux, on les ac-
cepte comme Jésuites; ils doivent seulement se dé-
pouiller de leur habit et de leur nom. Les Missionnaires,
encore plus attachés à leur Institut qu’au calvaire sur le-quel ils se placent volontairement, calvaire qui ne leur
manquera pas ailleurs, refusent le compromis. Les négociations durèrent plus d’un an; et, lorsqu'ils partirent de ces lieux, où ils avaient adouci tant de souffrances,
les Gouverneurs-Généraux les comblèrent de témoigna-
ges d'estime. Dans la Crimée comme sur les bords du Volga, la séparation fut aussi cruelle. Le marquis de Pallucci avait déploré leur retraite, le général del Pozzo,
qui commandait à Astrakhan, mourut de douleur, et les
Chrétiens du Caucase cssayèrent de désobéir à l’ordre
et les remettrait dans le devoir, de façon que dorénavant ils ne leur manquassent plus de résbe et, Lex juges ne trouveront pas mauvais que les Chrétiens habitant les contrées du Daghestan, de Tauricz et de Kara Bagh, de lYrak, du Farsistan et autres provinces de l'Empire, portent du respect aux Prêtres, Personne non plus ne contrariera es Arméniens et enfants d’Arméniens qui seront auprès des Prétres, soit
pour s'instruire, soit pour Îles servir, Si les Prêtres désirent construire soit une ñ n , À . * église, soit une chapelle, personne ne les en empéchera, et on leur donnera aussi un
terrain, conformément à ce qui est énoncé en l'article 3, » (Recueil des traités de
commerce et de navigation entre la France ct les puissances étrangères entre elles,
par M. le comte d'Hauterive.)
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DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS. | 53 de l'Empereur. On chercha en Allemagne et en Pologne des Ecclésiastiques pour remplacer les Jésuites qui évangélisaient ces montagnes, il ne s’en présenta point.
Les affiliations bibliques triomphaient en Russie sur
. les débris de la Compagnie de Jésus; leur victoire ne
fut pas de longue durée. Sous le règne d'Alexandre, elles avaient pr de vastes D mais peu à peu le Czar s’avoua qu'il s'était donné des maîtres. Son âme inquiète cherchait partout la vérité comme un aliment nécessaire à ses pensées; il se de comprimer l'essor de ces Sociétés, dont le but n’était plus pour lui un mysère. Lorsque, aux portes du tombeau, il confessa, dit-on, la divinité et la prééminence du Catholicisme , il lé-
‘ Ce retour vers l'unité catholique ne se trouve confirmé par aucun acte officiel, par aucun témoignage public. Le caractère d'Alexandre, son penchant pour la vérité religieuse et les tristesses de ses dernières années ont sans doute cont'ibué à accréditer un bruit qui jusqu'ici n’a peut-être d'autres fondements que l'entrevue du Czar avec le prince abbé de Hohenlohe, dont le nom est si célèbre en Europe. Dans ses Lichtblieken und ergebnissen, le Prince raconte ainsi lui-même cette entrevue :
«a S. M, l'empereur Alexandre vint à Vienne au mois de septembre 1822. Ce Monarque, qui avait voué une amitié sincère à la famille princière de Schwar- -zenberg, manifesta au prince Joseph de cette illustre maison le désir de me connaître.
» L'audience que S. M. devait me donner fut fixée au 21 septembre, à sept heures et demie du soir. Ce jour sera toujours pour moi uu des plus remarquables de ma vie,
-J'adressai la parole en français à S. M., et je lui dis :
« Sire, la divine Providence a placé V. M. sur un des degrés les plus:élevés de la » grandeur terrestre; c'est pourquoi le Seigneur exigera aussi beaucoup de V, M.; » car la responsabilité des rois est grande devant Dieu. Il a fait choix de V, M, comme » d’un instrument au. moyen duquel il a voulu donner le repos et la paix aux nations »* européennes. De son côté, V. M. a répondu aux vues de la Providence, en exal- » tant la bénédiction de la Croix et en relevant par votre puissante volonté la Religion
» qui était renversée, Je regarde le jour d'aujourd'hui comme:le plus heureux de ma » vie, parce que j'ai le bonheur, daus ce moment, de témoigner à V. M, le profond .» respect dont je suis pénétré pour elle. Que le Seigneur vous confirme par sa grâce,
-» et qu'il vous protège par ses saints anges! Telle sera l'humble prière qu'à partir
» d'à présent j'adresserai au ciel pour V. M. » » Ces paroles furen’ +civies d'une pause pendant laquelle l'Empereur ne cessa de
.Me regarder; puis il se jeta à genoux en me demandant la bénédiction sacerdotale. I me serait difficile d'exprimer par des paroles l'émotion que j'éprouvai dans ce no-
ment. Voici tout ce que je pus lui dire de la plénitude du cœur : « Je dois permettre qu'uu aussi grand Monarque s'abaisse de la sorte devant moi, » parce que le respect que V. M. ne témoigne ne s'adresse pas à moi, mais à celui
» que je sers et qui vous a délivré par son sang précieux, à grand prince, commeil » nous à délivrés tous, Que le Dieu triple et un répande donc sur V. M. la rosée de
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guait en même temps à son successeur le soin de renverser cette agrégaÿion protestante. L’empereur Nicolas se montra fidèle à la dernière politique d'Alexandre et les Sociétés Bibliques subirent le destin qu’elles avaient préparé à l’Institut de Loyola.
Tandis que les Jésuites servaient de mot de ralliement aux Hérétiques s’efforçant de tuer la Foi, l'Institut de Loyola, rétabli par le Souverain Pontife Pie VII, se livrait à Rome à un grand travail intérieur ‘. Le G su et le Noviciat de Saint-André leur étaient rendus, ils y revenaient pleins de joie et d’espérance. Les Papes avaient voulu que la maison-mère fut conservée dans l’état où elle se trouvait au jour de l'arrestation du Père Ricci.
» sa grâce céleste ! Qu'il soit votre bouclier contre tous vos ennemis, votre force dans » chaque combat! Que son amour remplisse votre cœur, et que la paix de Notre- » Suigneur Jésus-Christ demeure sur vous en tout temps, »
« C’est tout ce que je pus dire, parce que Îles larmes s'échappaient de mes yeux de tous côtés. 5. M. me pressa contre son cœur ; après quoi, ému moi-même d'une manière inexprimable, je le serrai à mon tour contte mon sein palpitant.
» Notre entretien roula ensuite sur divers événements qu'il ne m'est pas permis de raconter ici, l'Empereur m’ayant imposé le silence en me les confiant, Je demeurai auprès de S. M. jusqu’à onze heures moins un quart. Comme mon cœuür saigna lorsque j'appris sa mort deux ans après ! Non, il ne se passe point de jour que je ne me souvienne de lui dans mes prières au Tout-Puissant. »
‘ Le cardinal Pacca, l'ami et le conseil du Pape Pie VIT, fut un des princes du Sacré-Collépe qui, dit-on, exercèrent le plus d'influence auprès du Pontife pour le déterminer à proclamer la résurrection de la Société de Jésus, résurrection à laquelle: le cardinal Consalvi semblait s’opposer par des motifs politiques. Dans le mann cs:it inédit où Pacca raconte les événements de son second ministère, none irouvons un passage qui laisse toute Ja gloire de l'initiative à Pie VII. Pacca s'exprime ainsi : « Une des premières opérations que le Pape désira faire fut celle, si gloriense pour Jui, du rétablissement de la Compagnie de Jésus. Dans les entretiens que j'avais chaque jour avec lui, durant notre exil de Fontainebleau, nous avions souvent parlé des graves préjudices causés à l’Église et à la Société civile par la suppression de cet Ordre, aussi justement célèbre daus l’éducation de la jeunesse que dans les Missions apostoliques. J'avais donc lieu d'espérer que le Pape ne serait ;:48 éloigné de songer un jour à ressnsciter les Jévuites à Rome, ainsi que dans toutes les contrées qui, à l'exemple de l'empereur Paul de Russie et de Ferdinand IV, roi de Naples, les avaient réclamés pour leurs peuples. Arrivé à Rome le 24 mai 1814, les entretiens de Fontainebleau se présentérent tout à coup à mon esprit; mais, suivant les vues de la politique humaine; cette opération me paraissait encore peu müre, et, à cause des circonstances, je la regardais peut-être comme imprudente et très-difficile, Nous étions à peine échappés aux tempêtes soulevées par la secte philosophique qui ru- Sissait au seul nom des Jésuites, et nous ignorions ce que diraient les cours étran-
ren- -olas re et aient
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