le
tout quelon les ise et
DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS,. 129 au royaume. Il n'avait pas oublié les luttes soutenues contre les Pères de l’Institut par l’Université, par les Parlements et par les Philosophes. Les derniers Jésuites qu’il apercevait à l’œuvre lui offraient le modèle de toutes les vertus : ils ravivaient ce sentiment de reconnaissance. Le “lergé les entourait de respect, il se montrait heureux de marcher à l'ombre de leur zèle; mais peu à peu la mort avait tellement éclairci leurs rangs, qui ne se renouvelaient plus, que, dans un espace assez rapproché, la Compagnie ne devait être qu’un souvenir. Les Pères de la Foi, dont l’abbé Varin était supérieur, et qui n’avaient pas suivi l'exemple de leurs associés allant se réun : la Compagnie de Jésus, ressuscitée en Russie,
comm: ent à voir se réaliser le plus cher de leurs
vœux. Ils s'étaient dévoués à l’Institut de saint Ignace lorsque tout lui semblait hostile, Ils avaient espéré qu'ils seraient comme les pierres d'attente destinées à la reconstruction de l'édifice. Ils demandaient à y être agrégés au moment où l’Europe faisait servir le succès de ses armes à la restauration des idées d'ordre.
L’intention de l'abbé Varin se manifestait par les œuvres. Les Pères de la Foi avaient, ainsi que les anciens Jésuites, partagé et adouci les maux de l’Église. Ils s'étaient vus proscrits par Napoléon : ils sollicitaient l’honneur d’être proscrits encore. Parmi ces Pères, qui ont déjà fourni à la Société de Jésus des hommes tels que Rozaxen, de Grivel, Kohlmann, Sinéo, Mutti et Godinot, on remarque Germain Dumouchel, Éloi du Temps, Edmond Cahier, Nicolas Jennesseaux, Augustin Coulon, Antoine Thomas, Pierre Cuenet, Leblanc, Gloriot, de Brosse, Sellier, Barat, Roger, Gury, Ronsin, Loriquet, Joubert, Boissard, Bequet, Vrindts et Ladevière. Ces
Prêtres sont connus à Paris et dans les provinces par VI. 9
mr S
re PORC > AS
Sr A HR
ere
DS = me-epe
Te der RENTE ESS
430 RISTOIRE leur éle éclairé et par une charité qui sait se rendre
aimable. Le ve de Clorivière a été pendant ce temps
investi des : avoirs nécessaires, atin de rétzblir la So-
ciété en Fr. :.e et d'accueillir individuellement dans son
sein les Pères de la Foi, dont les services passés furent
acceptés comme un Noviciai anticipe. Ils ont combattu,
is ont enseigné : ils possèdent donc des amis et des élèves. Quelques jeunes Ecclésiastiques, lesLaïques même
se proposent pour renforcer les rangs des vieux Jésuites.
Ils se présentaient dans les conditions exigées par saint
Ignace : ils sont reçus, car, dans ce moment de transi-
tion, l'Ordre sent de quelle importance il est pour lui de s'offrir à l’Église aussi nombreux que possible. Les choses en étaient là lorsque Pie VIE publia la bulle qui rétablissait la Société. Les Jésuites de France cornprenaient les difficultés de leur position et celles que le gouvernement de Louis XVIIL se suscitait comme à plaisir. Ils ne voulurent pas user du droit de liberté que la Charte conférast à tous les Français. Ils se voyaient désirés par les Évêques ; les Conseils municipaux de plusieurs villes importantes invoquaient leur concours. Les Jésuites, à peine nés à la vie publique, ne demandèrent pas au Roi et aux pouvoirs législatifs un permis d’existence qu’ils trouvaient dans la loi, ils se contentèrent de marcher sans bruit vers le but qui leur était assigné.
Cette situation, ne tendant jamais à se régu/triser, soulevait de graves questions constitutionnelles. De quelque manière que ces questions allaient être résolues, elles froissaient ou la liberté de conscience ou les acrimonieux scrupules de ces terribles amants de la Charte, préparant déjà, en son nom, la révolution qui doit l'étouffer. Ces points de controverse, qui s'agiteront long-
tem il im
D plusi
nanc
L' pendan rétablir « Lot » Ay:
daus le:
dés l'en séminait picuse i » Ne »* Sur » Non » Art, chaque :
institute dans les » Art, n'y aura » Art, lége com ecclésiart “llss »* Art, les élèves lycées, ca » Art, à l'Unive » Ceg » Art, siastique d secrétaire de l'Univ » Art, donations »* Art, nier, qui :
» Sont à la prése » Art. © de la prés » Donn
temps encore, surgirent avec li renaissance de l’Institut : il importe de les préciser et de les examiner. ,
De leur propre choix et par l'effet de leur volonté, plusieurs Évêques de l'Église gallicane, forts de l’ordonnance royale du 5 octobre 1814, appelaient les Jé-
! L'ordonuance du .& octobre 1814, qui place les petits séminaires sous lu dépendance des Évêques, n'a pus été insérée au Bulletin des lois, 1 importe donc 'en rétablir le texte dans cette histoire :
« Louis, par la grâce de Dieu, etc.
» Ayant égard à la nécessité où sont les Archevêques et Évêques de notre royaume, daus les circonstances difficiles où se trouve l'Église de France. de faire instruire dès l'enfance des jeunes gens qui puissent ensuite entrer avee fruis dans les grands séminaires, et désirant de leur procurer les moyens de remplir avec facilité cette picuse intention ;
» Ne voulant pas toutefois que ces écoles se multiplient sans raison légitime ;
» Sur le rapport de notre Ministre secrétaire d'Etat de l'intérieur,
» Nons avons ordonné et ordonnons ce qui suit :
» Art, ler, Les Archevèques et Évêques de notre royaume pourront avoir dans chaque département ane École ecclésiastique, dont ils nommeront les chefs et les instituteurs, et où ils feront instruire dans les letires les jeunes gens destinés à entrer dans les grands séminaires.
» Art, 2. Ces Écoles pourront être placées à la campagne et dans les lieux où il n'y aura ni lycée ni collége communal.
» Art, 3. Lorsqu’elles seront placées dans les villes où il y aura un lycée ou collége communal, les élèves, après deux ans d'études, seront tenus de prendre l'habit ecclésiastique.
» Ils seront dispensés de fréquenter les leçons desdits lycées et collèges.
»“ Art. 4, Pour diminuer autant que possible les dépenses de ces établissements, les élèves seront exempts de la rétribution due à l'Uuiversité par les élèves des lycées, colléges, institutions et pensionnats.
» Art. 5. Les élèves qui auront terminé leur cours d'études pourront se présenter à l'Université pour obtenir le grade de bachelier ès-lettres
» Ce grade leur seru conféré gratuitement,
» Art, 6. 11 ne pourra être érigé dans un département une seconde École ecchés siastique qu'en vertu de notre autorisation, donnéc sur Île rapport de notre Ministre secrétaire d'État de l'intérieur, après qu’il aura entendu l'Évêque et le grand-maître de l'Université.
» Art. 7, Les Écoles ecclésiastiques sont susceptibles de recevoir des legs e. ues donations, en se conformant aux lois csistantes sur cétte matière.
» Art, 8. 11 n'est au surplus ex rien dérogé à notre ordonnance du 22 juin dernier, qui maintient provisoirement les décrets et règlements relatifs à l'Université,
» Sont seulement rapportés tous les articles desdits décrets et règlements contraires à la présente.
» Art. 9. Notre Ministre secrétaire d'État de l'intérieur est chargé de l'exécution de la présente ordonnance.
» Donné au château des Tuileries le 5 octobre de l'an de grâce 181%.
» Signé Louis.
» Par le Roi : Signé L'ABDÉ DE MoNTESQUIOU. »
D K LE Re su
+ RSR es
HISTOIRE suites. Ils leur confiaient les fonctions les plus difficiles du saint ministère; ils les chargeaient de l'éducation. Ces Jésuites, so"1r-is, comme les autres Prêtres, à la juridiction épiscop: et aux lois du Royaume, ne recevant que des Prélats ie privilége de prècher, de confesser et d’enseigner, se contentaient dans leur for intérieur de suivre la règle de saint Ignace de Loyola. Comme corporation, ilsn’avaient, ils ne sollicitaient aucune existence civile, nul droit de posséder ou d’acquérir, nulles prérogatives dans l’ordre religieux ou politique, aucun caractère que celui de prêtre français.
Des décisions judiciaires ont jadis, il est vrai, détruit la Compagnie de Jésus : un édit royal sanctionna ces décisions. Les lois révolutionnaires, tout en les frappant de nullité, leur donnèrent une nouvelle vigueur lorsqu’elles proscrivirent les corporations religieuses et séculières. Mais l'autorité de la chose jugée ne s’étend que sur le passé , sur l’état de choses qui subsiste au moment où l'arrêt est intervenu; elle ne saurait exercer aucune influence sur l’avenir. La Constitution de 1791, d'accord avec la loi de 1790, déclare ne plus reconnaître les vœux perpétuels de Religion; le décret du 18 août 1792, supprime ‘ toutes congrégations et confréries dans les termes les plus généraux et les plus absolus. Ces lois furent virtuellement abolies aussitôt que Bonaparte eut pris les rênes de l’État’ il se fit un devoir et une gloire de relever les autels. Comme la Religion catholique ne peut vivre sans vœux ct sans congrégations, l'Empereur fut obligé de subir cette exigence, qu’il encouragea, qu’il combattit, qu’il toléra tour à tour, selon les calculs de
" Ce décret fut rendu lorsque Louis XVI était déjà prisonnier au Temple, Il n'est pas sanctionné par le Roi, et, aux termes méme: de la Constitution, il n’a par conséquent jamais été obligatoire,
rituel civils affra que l inspi à les L’exis était consc de vi . d’em
iles on:
uriant ret de 1) vs nce éror'ac—
ruit dépant orsécuque rent ‘une ord œux supmes virs les elepeut fut qu’il s de
n'est consé-
. d’embrasser. Elle leur prêtait aide comme aux autres
DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS. 133 sa politique ou les impulsions du moment. Les Pères de la Foi, par un décret de messidor an XIi, furent dissous; mais ce décret ne concerne point les Jésuites. Il ne leur est applicable dans aucun cas; il ne fut même pas exécuté en 1804.
La promulgation de la Charte introduisit en France un nouveau droit public; elle modifia essentiellement les rapports de la Religion avec l’État.
Autrefois le Roi était l'Évèque du dehors et le défenseur des Canons. En échange de la protection temporelle que les Princes lui accordaient, l’Église les faisait en quelque sorte participer à son pouvoir. « La sainte Société des deux puissances, dit Bossuet, semblait demander qu’elles exerçassent les fonctions l’une de l’autre; ce qu’elles faisaient hors de leur ressort naturel, ayant son effet par leur consentement mutuel, exprès ou tacite. » La liberté des cultes, proclamée par l’article 5 de la Charte, modifiait essentiellement l’ancien ordre de choses. La Religion catholique était, comme les autres cultes, en possession d'un plein et entier exercice, d’après ses propres règles et sous la sanction du Ecpe et des Évêques, pour tout ce qui a trait au spirituel. Ainsi hors de la sphère des droits temporels et civils, pour les choses intérieures, l’Église se voyait affranchie, émancipée, et plus indépendante de droit que seus l’ancien régime. L'école politique qui avait inspiré ces théories de liberté chercha dès le principe à les circonscrire, à les entraver dans l'application. L'existence des corporations religieuses sans droits civils était proclamée. La loi n'avait pas à descendre dans les consciences, à scruter les vœux faits, à discuter le genre de vie qu’il plaisait à un petit nombre de Français
citoyens; eux lui devaient obéissance et respect dans tous les actes de la vie publique. I’association non autorisée ne. formait pas une personne morale et civile; ses membres n'étaient que des individus isolés aux yeux de la loi, et laissés par elle dans l’ordre commun. Il: restaient passibles des mêmes peines que les autres citoyens, soumis à la même surveillance et aux mêmes charges ; ils se trouvaient dans leur patrie catholiques au même titre que dans l’Amérique et dans l’Angleterre protestantes.
Ces deux derniers États interprétaient largement le principe d'indépendance religieuse. Les Jésuites s’imaginèrent que la France avait passé par d'assez rudes épreuves pour se montrer jalouse de ses nouveaux droits. Ils ne voulaient pas, en réveillant les querelles amorties, susciter des embarras au gouvernement. Le Souverain Pontife Jeur rendait la vie; il les mettait sous la garde et à la disposition des Évêques; la Charte leur garantissait la liberté et la protection due à chaque culte; ils s’engagèrent sur cette voie toute légale. Le pouvoir civil n'avait point à s’immiscer dans des vœux ne portant aucun préjudice à l'État. T/Ordinaire acceptait les Jésuites comme auxiliaires; ils étaient prêtres aux yeux de la loi, religieux dans leur for intérieur. Cette situation n'avait donc rien d’anormal; elle fut comprise ainsi; et, dès le mois d’octobre 1814, les Jésuites se trouvaient à Bordeaux, à Forcalquier, à Amiens, à Soissons , à Montmorillon et à Sainte-Anne-d’Auray. Peu de jours auparavant, ils s'étaient réunis en communauté dans la maison de la rue des Postes, que les dames de la Visitation venaient de leur céder. Le gouvernement ne s’occupa ni de les appuyer ni de les inquiéter. Ils s’é-
tablirent, ils procédèrent en silence, obéissant à la voix
et ren!
tan sur de Con
lans
auile ; eux . Ile y Cimes ques erre
it le Imaudes oits.
ties, rain arde ntis- : ils tant Jéx de tion ; et, bnt à ontaus la isine s'é-
voix
DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS. 135 des Fvêques , et se prêtant aux bonnes œuvres que chacun . ait commencées ou réalisées pendant la dispersion.
Les anciens Jésuites et les nouveaux Pères de la Foi avaient toujours calculé que des événéments inattendus les rallieraient sous la bannière de saint Ignace. Au milieu de cette longue tempête qui agita la France, on les avait vus, par une sainte émulation , répandre les germes de piété à Paris ainsi que dans les provinces. Leur but était commun, quoiqu'il n’y eût entre eux aucun lien d'association. La Révolution avait détrnit les établissements religieux où l’enfance apprenait à être chrétienne, où la jeunesse des deux sexes se façonnait à la science et aux vertus. Les Jésuites et les Pères de la Fci tàchèrent de reconstruire l’édifice abattu; avec cette persistance que rien ne peut vaincre , ils cherchèrent à créer sur des ruines. Dés la fin du dix-huitième siècle, l’abbé de Tournely s'était flatté que la princesse T'ouise de Condé et que l'archiduchesse Marianne d'Autriche l’appuieraient dans son projet d'établir une Congrégation de Religieuses, destinées à élever les jeunes filles. Cet espoir fut déçu. Le Père Varin, confident de ses plans, ne se découragea pas. Les princesses regardaient comme impossible l’accoiuplissement d'un pareil vœu : il s’adresse à une fille du peuple. Dans Madeleine-Sophie Barat, sœur du Père Barat, il rencontre la personne qui doit le seconder. C'était en 1800 que ces événements se passaient. Peu de mois après, des compagnes se présentent à mademoiselle Barat. Leur nombre s'accroît: elles commencent à opérer le bien, et alors elles reçoivent de leur fondateur le nom de Dames du Sacré-Cœur. Varin, l'ami de Portalis, et qui fut plus d’une fois soutenu par ce grand ministre ', leur trace un plan de Constitutions,
* Les re'ations des Pères de la Foi avec Portalis ne sont plus un mystère, et elles
il leur impose les règles qu'elles doivent suivre. Ce fut ainsi que se développa cette Congrégation, appelée à rendre tant de services aux diverses classes de la Société.
Dans le même temps, un autre disciple de l’Institut, le Père Bacoffe, conçoit, à Besançon, l’idée d’une espèce d’école normale, où se formeront des institutrices pour porter au fond des campagnes l'éducation chrétienne. La résurrection des Jésuites est encore un problème; mais déjà ils essayent de reprendre par la base l’œuvre à laquelle on les arracha. Les Dames du Sacré- Cœur acceptaient la mission d’instruire les jeunes filles fortunées; la Congrégation de la Saintc-Famille fut réservée aux enfants dans l’indigence. Le Père Varin lui donna une règle appropriée aux besoins qu’elles se vouaient à satisfaire.
La richesse et la pauvreté ont des écoles; Varin, en fondant la Congrégation de Notre-Dame avec la Mère Julie, veut en ouvrir aux jeunes filles de la classe moyenne dans les cités et dans les bourgades . Les derniers Jésuites consacraient leur vieillesse à créer des
honorent autant les disciples de l’Institut que le Ministre lui-même. Portalis était un vieux parlementaire qui cherchait à faire refleurir en France la Religion catholique. Les obstacles qu'il rencontrait sur sa route le forcèrent souvent à prendre des voies détournées, à prononcer des paroles malsonnantes, et à consigner dans ses actes officiels des mesures et des doctrines inadmissibles au point de vue religieux. Ces actes ne furent que des concessions faites à l'incrédulité pour obtenir l'essentiel,
Tout était à reconstituer dans l'Église de France ; Portalis se dévoua à cette tâche, et, avec l'aide du Premier Consul, il parvint à son but, M. de Crouseilles et la comtessé de Grammont avaient mis le Père Varin en rapport avec le conseiller de Bonaparte. Portalis connut et apprécia la plupart des futurs Jésuites, 11 devint leur ami, et il les protégea souvent contre les dénonciations de la police, C’est ainsi que le 18 fructidor an X il rend compte par écrit à Bonaparte de ses entretiens avec Île Père Varin, dont Fouché avait saisi la correspondance. Plus tard, en 1804, Portalis paraît abandonner ses protégés ; mais, au milieu de ses injustices calculées, on sent encore percer les bienveillantes intentions dû Ministre des cultes en faveur des associations religieuses que le Cardinal Fesch défendait,
1 Cet Institut s’est acclimaté en Belgique, où la Mère Julie se retira, C'est à Namur que le siége de la Congrégation est établi, et de là les Sœurs se répandent dans les provinces. Madame Blin de Bourdon succéda à la fondatrice,
établi cier Delp touch prit d de s’a et da moral la par homm science naissa lutte c de leu gence leur ra institué démon de Del vêque | vrier 14 au trib:
gène du ganiste.
Le P croyant affluaie:
ou pou militair.
la fin pt durent ou de |.
ut
DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS. 137 établissements dont tous les pouvoirs devaient apprécier l'utilité; un autre Père, Jean-Baptiste Bourdier- Delpuits, né en Auvergne, réalise dans l’ombre une touchante pensée d'égalité chrétienne. Les saturnales de 1 793» les folles orgies du Directoire ont réagi sur l’esprit d’un certain nombre de jeunes gens. Ils refusaient de s'associer à ces hontes; ils cherchaient dans l’étude et dans la prière un préservatif contre une pareille démoralisation; ils accoururent d'eux-mêmes se rallier à la parole du Père Delpuits. C'était l’apôtre de tous ces hommes qui allaient briller dans le monde par leur science, par leurs travaux ou par l'illustration de leur naissance. Le Jésuite les accueillit, les soutint dans la lutte qu’ils engageaient. Quand il vit que la régularité de leurs mœurs ne se démentait pas plus que l'intelligence de leur zèle et leur charité toujours active, il leur raconta comment, en 1563, le Père Léon avait institué la Congrégation de la Sainte-Vierge ; il leur en démontra l'importance et les bienfaits. La proposition de Delpuits fut agréée. Le cardinal De Belloy, archevêque de Paris, approuva cette tentative, et le 2 février 1801, les docteurs Buisson et Fizeau, Regnier, juge au unel de la Seine, de Marignon, Mathieu et Eugène de Montmorency firent les six premiers Congréganiste.
Le Père Delpuits aspirait à sauver du naufrage les croyances religieuses et la pudeur des jeunes gens qui affluaient à Paris pour étudier le droit et la médecine, ou pour se livrer à la diplomatie, au commerce, à l’état militaire, à l’industrie et à l’instruction publique. Ce fut la fin principale de la Congrégation; les Congréganistes durent être les Missionnaires de la famille, de l’amitié ou de la confraternité. Ils visitaient les malades; ils se-
couraient les pauvres honteux; ils apprenaient dans les salons ainsi que dans les ateliers, par leur exemple encore plus que par leurs conseils, à pratiquer les lois de l'Évangile. Cette association de bonnes œuvres se propagea rapidement. Pie VIT lui accorda de pieuses faveurs, et en peu d’années elle s'étendit dans plusieurs villes. Grenoble, Rennes, Nantes, Lisieux, Toulouse et Poitiers obtinrent leur Congrégation relevant de celle de Paris; Lyon eut la sienne aussi, mais distincte et indépendante, Dans l’espace de quelques années, de 1801 à 1814, le
Père Delpuits compta, au nombre de ses Néophytes,
des personnages qui devaient honorer l'Épiscopat, la pairie, les armes et la science. Dans les registres de la Congrégation, on lit à chaque page des noms devenus illustres. Ici c’est le médecin Laënnec et Alexis de Noailles, les trois Gaultier de Claubry et le comte de Breteuil, Nicolas, Robert et Justin de Maccarthy et le mathématicien Binet, Louis-Charles de La Bédoyère et le jurisconsulte Portets, le savant Cauchy et le duc de Béthune-Sully, l’éloquent Hennequin et le duc de Rohan, le docteur Cruveilhier et le marquis de Mirepoix, Ferdinand de Berthier et le marquis de Rosambo. Sur ces mêmes listes se pressent des jeunes gens ou des hommes faits, que le Clergé a vus ou voit encore à sa tête. On y remarque des Évèqnes, tels que Bruté, Martial, Forbin de Janson, Feutrier, de Mazenod et de Jerphanion; des Prêtres qui, comme le Sulpicien Teyssère et les abbés Carron, Desjardins, Mansuy, de Retz et Auger rendirent à l’Église et au Royaume des services qui ne sont pas oubliés. En 18 10, la Congrégation révélait son influence; elle contrariait les projets anti-religieux de l'Empereur : elle fut supprimée par un décret. L'abbé Philibert, devenu plus tard Évêque de Grenoble, se chargea d'en
réuni scrite l'abbé l’onct rigeai pelle septer nomn Jésus les dé Tel institu blisser ser qu dissém permis rent d cation.
faibles obstac impéri
s les ens de propurs, illes.
tiers aris ; ante.
4, le ytes, it, la de la venus s de te de et le ère et ce de ohan, Ferr ces mes On y orbin à; des abbés ivent t pas ence; reur :
t, deà d'en
DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS. 139 réunir les membres épars. Elle vécut silencieuse et proscrite jusqu’à la chute de Napoléon. En ce moment, l'abbé Legris-Duval, dont le nom est populaire par l’onction de sa parole et une charité sans bornes, dirigeait les Congréganistes, se rassemblant dans une chapelle intérieure des Missions-Étrangères. Au mois de septembre, il confia ce patronage au Père de Clorivière, nommé depuis peu de jours Provincial de la Société de Jésus en France et cherchant en cette qualité à en réunir les débris.
‘l'els furent les soins des Jésuites : ils fondèrent des institutions dans le temps même où l’idée de leur rétablissement paraissait une chimère; ils allaient s’organiser quand le retour de Bonaparte, au 20 mars 1815, les dissémina de nouveau. Après les cent jours, il leur fut permis d'espérer quelques années de calme: ils résolurent de les employer üu triomphe de la Foi et à l’éducation. De grandes choses avaient été obcenues par de faibles moyens. La persévérance avait triomphé des obstacles, et, au milieu de la crise qui abattait le trône impérial, ils sentaient que leur concours aurait une salutaire efficacité. Ils se reconstituaient en sil142; mais ce travail intérieur n’empécha pas les Pères de se livrer aux œuvres extérieures. Les uns préchèrent dans les villes, les autres professèrent dans les Colléges, tous cherchèrent à se donner des frères, car leur petit nombre et la vieillesse de plusieurs étaient un sujet d’inquiétude pour l'avenir. Ils désiraient que les Novices pussent se former à l’école des maîtres qui, après avoir vu les derniers jours de l'ancienne Compagnie, achevaient leur vie dans les angoisses de l'exil et dans les luttes du martyre. C'était pour des Jésuites un précieux enseignement; le ciel ne le refusa point à leurs vœux. Ils appe-
140 | HISTOIRE laient des jeunes gens pleins de zèle, de piété et de science, il s'en présenta sur tous les points.
La Restauration de 1814 réunit les partis dans un seul. On était fatigué du cine, de la gloire, surtout de cette guerre éternelle qui tuait les générations presque au berceau. La France avait soif de la paix, de l’ordre et du bonheur de famille. Louis XVIIL était destiné à la faire jovir de ces biens. Il s’essaya au rôle de Souverain constitu.ionnel, quand il n’aurait dû songer qu’à être le père de la patrie. À un peuple qui venait de traverser les excès de la démagogie et du despotisme sans protester on le vit mesurer l'intelligence politique, la liberté religieuse et les droits électoraux. Il créa des pouvoirs qui n’avaient jamais existé, il modifia jusque dans son essence le caractère national; puis, quand l’élasticité des articles du pacte fondamental eut appris à chacun quel instrument de destruction Louis XVII approchait de son trône, chacun, selon ses amours ou ses haines, ses besoins ou ses intérêts, se mit à maudire ou à exalter le roi-législateur.
Ce fut dans les rangs des ennemis de la Monarchie qu'il enrôla le plus de panégyristes. La Révolution était . vaincue ; elle se rallia sous le canon que la Charte permettait de tirer contre les idées religieuses et sociales. La Révolution s’avouait condamnée par son fait à l'im- | puissance; elle se-transforma en amante forcenée du sceptre constitutionnel. Elle adopta la Charte comme le palladium de ses espérances, comme le bélier avec lequel il lui serait facile un jour d’ébranler le trône des Bourbons. Les éléments de force et d’autorité étaient partout : il n’y avait qu’à s’en servir avec discernement. Louis XVIII laissa douter de la puissance dont la force des choses l’investissait. 11 courtisa une vaine popularité,
il flat il cra ses d table ni à l:
La lil les dr gion € Av r'aissa pour se ten par le loppe de si d’emp vanité politic devan profit ni la v de sait tralité fondat Postes bruit.
rage, E qui n°4 oublié.
L de
seul.
ette > au e et à la rain re le erser prola lipoudans lasti- chappro-
ses ou à
rchie élait periales.
l'ime du mme avec e des aient ent.
force arité,
DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS. 441 il flatta les indifférents, il trembla devant ses adversaires: il craignit d'encourager ses amis. Il eut toutes les faiblesses de l’amour-propre, sans avoir un seul jour un véritable élan d’orgueil royal; il ne sut répondre dignement ni à la grandeur de son rôle ni aux périls de la situation. La liberté ne devait être qu’un bouclier pour protéger les droits de tous, ‘on en fit un glaive pour tuer la Religion et la Royauté.
Avec un instinct conservateur dont le Monarque paraissait fatalement dépourvu, les Jésuites pensèrent que, pour leurs vues ultérieures, il importait avant tout de se tenir à l’écart des tiraillements politiques. Absorbés par les soins du ministère sacré, essayant de se développer dans un pays où les lois et les mœurs subissaient de si étranges modifications; où, par des éloges pleins d’emphatiques impostures, on boursouflait les candides vanités de la jeunesse; où les plus savants professeurs, les politiques et les écrivains les plus renommés s'avilissaient devant elle afin de l’amener à conspirer dans la rue au profit de leur ambition, les Jésuites n’avaient ni le temps ni la volonté de se mêler aux luttes des partis. L'Institut de saint Ignace leur faisait une obligation de cette neutralité; l'expérience confirma la règle dictée par leur fondateur. Les premières années passées à la rue des Postes et dans les départements s’écoulèrent donc sans bruit. De temps à autre un éclair, précurseur de l’orage, brillait bien dans la presse libérale; mais cet éclair, qui n'avait point de cause efficiente, était promptement oublié. Les opinions se classaient avec les hommes ; on se disputait le gouvernement afin de consolider ou de perdre la Monarchie. Au milieu de cette conflagration de paroles et d’écrits, les Jésuites restaient inaperçus. Le libéralisme ne les connaissait pas, et, sous l’inspira-
tion de Talleyrand, il ne s'était point encore imaginé de prendre leur nom comme un levier.
La Révolution s’abritait derrière la Charte; elle s'improvisait royaliste constitutionnelle, tout en couvrant de ses admirations ou de ses regrets les hommes et les choses de 1793. Elle se faisait athée an point de vue de la loi; et elle se proposait de tracer à la Papauté et à l’Épiscopat la ligne de conduite à suivre pour faire respecter l’Église. Elle admettait en principe la liberté des cultes, elle les agréait tous, tous, excepté celui que la Charte proclamait Religion de l'État. Le. Libéralisme ne parlait plus, comme la République, d’égorger les Prètres, de renverser les temples et d’abrutir le peuple par une impiété systématique. Il n’avait ni le grandiose du crime ni l’audace de l'ignorance; il marchait terre à terre, procédant par l'hypocrisie et se faisant de la calomnie quotidienne un poison lent, mais dont l’action était assurée. Il fallait créer un peuple à part dans la France, le façonner par degrés à une crédulité surhumaine, l’enlacer, malgré lui, dans un réseau d’impostures calculées et le forcer à recevoir comme vérités incontestables tous les mensonges que les besoins de la cause exigeraient. De grands sacrifices d'argent, d’honneur, d’amour-propre et de conscience étaient nécessaires. Les chefs s’en imposèrent une très-faible partie; ils frent payer le reste aux dupes qu'ils recrutèrent.
En France, il y a des mots qui ont une valeur de convention dont l’Europe n’a jamais la clef. C’est avec des mots que l’on corrompt le cœur, que l’on fausse l’intelligence et que d’esprits pleins de droiture et de sincérité individuelle on forme une espèce d'ensemble dont la suffisante crédulité est une énigme pour les autres peuples. Napoléon était tombé aux applaudissements du monde
entier.
des pa naissa Par l'd conce elle le més e de ress sanglar constit des ba l'insati comme venge faire u Ce C tenta p ne con person saient | ques c pendar à rend nisme certain Comp:
ou par ou les ( pour :
agitati ticipat sions €
DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS. 143 entier. La Chambre des députés de 18:15, le dernier écho des passions révolutionnaires et le foyer du Libéralisme naissant, l'avait outragé dans la majesté de ses infortunes. Par l’organe de quelques avocats, cette chambre osa concevoir la pensée de mettre hors la loi le lion terrassé: elle le foudroya après Waterloo, et ces avocats, transformés en patriotes, s’efforcèrent, à quelques années de là, de ressuciter la popularité de l'Empereur. Ce nom, gravé dans les souvenirs du peuple en caractères glorieux et sanglants, fut l’enseigne qui servit à achalander les idées constitutionnelles. Les Libéranx enivrérent de la poudre des batailles cette jeunesse qui avait si souvent maudit l'insatiable ambition du conquérant; ils se portèrent comme les héritiers de ses bienfaits sociaux, comme les vengeurs de sa mémoire, et les Bourbons se laissèrent faire un crime de la lâcheté de leurs ennemis.
Ce qu'on entreprenait en faveur de Napoléon, on le tenta pour tout le reste. La génération de cette époque ne connaissait ni les services ni le nom des Jésuites. Les personnes qui se trouvaient en rapport avec eux bénissaient leur influence; cette influence réveilla dans quelques cœurs les souvenirs du passé. On se rappela que, pendant deux cent cinquante ans, ils s’étaient dévoués à rendre les hommes meilleurs et à porter le Christianisme aux extrémités du monde. Il survivait encore un certain nombre de sophistes qui avaient jadis combattu la Compagnie de Jésus par calcul, par tradition janséniste ou par désir d'innover. Ils en parlèrent avec les haines ou les défianc “ de 1762. Ils remontèrent à leur berceau pour ressaisir la trace des sentiments que de longues agitations avaient à peu près effacée. Ils mirent en participation leurs vicilles antipathies, leurs jeunes passions et leur expérience pour tromper les hommes. On
1h14 HISTOIRE vi donc les débris de la Philosophie du dix-huitième siècle et les Constitutionnels de 1818 faire cause commune contre les Jésuites.
L'Église de France tâchait de se reconstituer dans les limites que la Charte lai uposait: elle créait des écoles ecclésiastiques ; la plupart des Évêques se montraient jaloux d’en confier la direction à l'Ordre de Jésus. Par le bien opéré dans les établissements où elle prenait racine, il était facile de prévoir celui qu’elle réaliserait plus tard. Les Jésuites avaient un plan d’études, des professeurs habitués à l’enseignement, des traditions qui leur apprenaient les moyens de se faire aimer des jeunes gens et d'obtenir leur confiance. L'É piscopat bénissait ces débuts, et le cardinal de Bausset, l’une des lumières du Clergé, en constatait lui-même les fruits. Le 28 juillet 1819 il écrivait au Père Cuenet : « Bien peu d'années ont suffi, monsieur, aux respectables directeurs du petit séminaire de Sainte-Anne pour opérer de grands biens. Son utile influence ne s’est pas renfermée dans les limites du diocèse qui l’a vu naître. Elle s’est déjà étendue sur une grande partie de la Bretagne. Get établissement est appelé à rendre des services inappréciables à toutes les classes de la société par le bienfait d’une éducation vertueuse et d’une instruction appropriée à toutes les conditions.
» Le but principal de son institution est sans doute de préparer des sujets à l’état ecclésiastique, mais il sera toujours heureux que ceux d’entre eux qui ne s’y trouveront pas appelés par une vocation suffisante aient au moins reçu dans leur premier âge les principes et les habitudes de religion et de-morale qui forment les bons Chrétiens et les bons citoyens.
» Voilà, monsieur, le véritable point de vue sous le-
quel
Sémi
De vous plus daigr de v l'ami d’an toute croiss
Jours l'ai p frir à De aux e recon pas co on ne que c« des in
Elle accuse mettai prendh s’occu ter un des ch La Ch aller p minist:
à leur \
les oles ient Par ra rait des ions des ; bédes uits.
peu rec= r de mée s’est Cet préfait Dro-
pute sera out au les ons
quel j'ai toujours considéré l’utile institution des petits Séminaires.
» Je sais, monsieur, avec quel zèle ei avec quel succès vous savez diriger ce bel et vaste établissement. Je jouis plus que personne des bénédictions que la Providence a daigné accorder à vos travaux et au vœu le plus cher de votre respectable Évêque. Les liens du sang et de l'amitié qui m'unissent si tendremen. à lui depuis tant d'années m’associent à tous ses sentiments comme à toute la satisfaction que lui donne la prospérité toujours croissante du petit Séminaire de Sainte-Anne.
» Vous connaissez, monsieur, l’estime que j'ai toujours professée pour votre respectable association. Je l'ai proclamée dans toutes les occasions qui ont pu s’offrir à moi dans le cours d'une vie déjà bien avancée. »
De semblables lettres arrivaient de tous les diocèses aux enfants de saint Ignace. Le Clergé et les Catholiques reconnaissaient leur qualité de Jésuites; mais, pour ne pas compromettre l’Institut ou par un reste d’habitude, on ne les acceptait dans les relations ordinaires de la vie que comme Prêtres séculiers. Cette position mixte avait des inconvénients qu'aucun avantage réel ne balançait. Elle offrait prise aux conjectures; elle pouvait faire accuser la Société de manœuvres ténébreuses; elle permettait à des ministres hostiles ou mal disposés de prendre ombrage d’une précaution dont personne ne s’occupait. Les Pères n'avaient pas cru devoir solliciter une autorisation d'existence léale qui, dans l’état des choses, aurait pu compliquer les intérêts de l’Église. La Charte leur garantissait la liberté, ils n’osèrent pas aller plus loin. Par défiance du mauvais vouloir admiministratif ou pour donner une impuissante satisfaction à leurs ennemis, ils cacherent leur titre de membres