‹ Histoire religieuse, politique, et littéraire de la Compagnie de Jésus [microforme] (volume 3)Chapitre 19 sur 76 · VE · texte numérisé non relu

VE

eo nm © om SE # È ‘ 7 | D... à 4 7 TT RS ES = BE : % ; Le £ 2 H

146 HISTOIRE de l’Ordre de Jésus sous. une dénomination cléricale. Cette concession enhardit le Libéralisme. Les Jésuites redoutaient l'éclat; la deini-obscurité dans laquelle its s’enveloppaient se transforma tout à coup en un sourd complot contre la Charte. Ils ne gagnaïent du terrain que sur les champs de bataille de l'éducation ou de la chaire : on les sonpçonna de tendre par des voies oc-cultes au gouvernement de l'État. ils avaient espéré que le mystère les protégerait contre les mensonges dont l’ancirnne Société était tombée la victime, ce mystère fournit des armes à la calomnie. Ils craignaient de s'avouer Jésuites, le Libéralisme prit à tâche d’en voir et d'ex: mettre partout. Il n’était pas encore aguerri à ces attaques de plume, à cette incessante polémique qui, délayant toujours la même imposture sous mille couleurs différentes, l’inculque enfin dans l’esprit des masses cornme un fait avéré.

Le journalisme naissait à l'art qu'il surnomma depuis la vie intellectuelle. Fondé par des censeurs qui firent leurs premières armes sous Fouché et sous Savary, il apprenait à balbutier le nom de la liberté. Il se façonnait à l'hypocrisie constitutionnelle, il essayait son pouvoir encore mal affermi, il se créait déjà l'interprète juré de l'opinion publique. Dans tous les pays cette faculté d. parler chaque matin aux multitudes est un droit dont il sera toujours ir-possible de ne pas abuser; en France, l’abus se signa’ même avant le bienfait. La presse révolutionnaire de 1817 à 1830 ne fut point vénale, elle trafiqua rarement de ses opinions; mais, à part cette justice que l’histoire doit lui rendre, il faut bien dire qu’elle poussa aussi loin que possible le cynisme du mensonge. Elle s’était donné deux adversaires à combattre, la Religion et la Légitimité. On la vit les pour-

suiv

que suce gard conf liste.

T' Père des # Dans clat ç nisai de C tendr sentit verne aspire avait mois dans ] Loi foncti d'ordi long-t

" Barr daos l'Or C'était un de ramené tutionnel]d mais Île Jd sentait pas chaire, dai de nos per au ciel. »

sous le co

suivre avec un épal acharnement. Quand elle s’aperçut que ses efforts n'étaient pas toujours couronnés par le succès, elle chercha une déncmination qui, en sauvegardant les apparences monarchiques, devait cependant confondre l'Église et le Trône, les Prêtres et les Royalistes dans la même haine. Le nom de Jésuite fut inventé,

Tandis que cet orage s’amassait sur leurs têtes, les Pères de la Compagnie se portaient partout où le salut des âmes et la voix des premiers pasteurs les réclamaient. Dans la Maison professe de la rue des Postes, au Noviciat de Montrouge, daus leurs petits Séminaires, ils organisaient la prière et l’étude. Sous l'inspiration du Père de Clorivière, ils cherchaient beaucoup moins à s’étendre qu’à se perfectionner. Mais, au mois de janvier 1818, Clorivière, accablé sous le poids des années, sentit que son bras n'était plus assez fort pour gouverner. Il avait rétabli en France la Société de Jésus, il aspirait à mourir simple Jésuite dans cette maison où il avait commandé, Le 9 janvier 1820 il expira. Quelques mois plus tard, le 5 octobre, le Père Barruel le suivit dans la tombe :.

[Louis Simpson avait succédé à Clorivière dans les fonctions de Provincial. Ancien Jésuite français, esprit d'ordre et intelligence pratique, Simpson s’était depuis long-temps réuni à Stonyhurst aux Pères de la Province

‘ Barruel, dont les ouvrages furent Jong-temps populaires, était entré fort jeune dans l'Ordre de Jésus. Pendant la Révolution française, il affronta souvent la mort, C'était un homme d'un courage encore plus grand que le talent, En 1793, il entreprit de ramener à l'Église le vieux Gobel, qui avait même apostasié son apostasie constitutionnelle et son titre d'Évêque intrus de Paris. Barruel le convainquit, il l'ébranla ; mais le Jésuite voulait lui faire publiquement rétracter son serment. Gobel ne s’en sentait pas le courage : « Eh bien! lui dit un jour Barruel, ce sera moi qui lirai en chaire, dans la Métropole, votre rétractation. Je la lirai, vous présent; on s’emparera de nos personnes ; on nous traînera à l'échafaud, et de là nous monterons tous deux au ciel. » Gobel persista dans son refus, et cependant, quelques mois après, il périt sous le couteau révolutionnaire,

Es

a = ER e—

Sr Ps

Sr

— AT FFT

ne Es ER TE

= Er

148 HISTOIRE d'Angleterre. Tradition vivante, il devait, par son exemple et par ses leçons, faire fleurir l’ancienne discipline et les vieilles lois. À peine fut-il choisi que, le 25 novembre 1818, il adressa la lettre suivante aux chefs qu’il donnait à plusieurs petits Séminaires : « En vous établissant Supérieur de cette Maison, il est de mon devoir de vous communiquer l’idée qu’un séjour de vingt-sept années dans différentes Maisons de la Compagnie m'a fait concevoir de son gouvernement. C’est une exacte copie de celui de l’Église : il est donc vraiment paternel. Le Supérieur d’un Collége, d’un Séminaire ou de toute autre maison est la source de toutes les autorités subordonnées par lesquelles il la gouverne; car il exerce le commandement qui lui est confié, moins par lui-même que par ses collaborateurs, et c’est en soutenant et en füisant respecter les autorités inférieures qu'il fait respecter et aimer la sienne. Nos Constitutions lui donnent un Ministre, qui est comme sa main droite, puisque par lui il maintient la discipline domestique dans l'intérieur de la maison. Elles lui donnent un Procureur pour tenir les recettes et les dépenses; ce Procureur doit rendre compte tous les mois au Supérieur en présence de son Ministre ; un Préfet d'église pour tout ce qui regarde le service divin; un Préfet des classes pour ce qui regarde les études; des Professeurs et Régents pour gouverner souslui chacun sa classe, enfin des Préfets de mœurs pour surveiller les élèves durant les études et les récréations.

» Le Supérieur, instruit par les comptes qu’on lui rend à des temps marqués, ou qu'il se fait rendre toutes les fois qu’il le juge à propos, sait et voit pour ainsi dire tout ce qui se passe, rectifie ce qui n’est pas bien, corrige ce qui est mal, et dirige tout sans entrer dans un détail infini qui absorberait tout son temps et l’empêche-

rai d’é nai tré de aus tou plu:

affa l’im gere Il es tant men s'il s cons

surto de 5

lieu des n eten affec on le ; plus chaq

DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS. 149 rait de s'occuper de choses plus importantes, et surtout d’étudier l’Institut et d’en acquérir une profonde connaissance, sans laquelle il ne sera jamais qu’un Supérieur très-imparfait et indigne de commander à ses égaux et de les conduire à la perfection à laquelle il doit tendre aussi bien qu'eux. Un Supérieur de la Compagnie doit toujours être prêt à écouter ses inférieurs, même les plus plus petits d'entre eux, avec patience, douceur, bonté, affabilité; ne jamais laisser voir qu’on l’ennuie ou qu’on l’importune. Toutes les fautes d’un Supérieur sont dangereuses : c’est pour lui la matière d'un sérieux examen. Il est bon qu’il soit craint, mais il est bien plus important qu’il se fasse aimer. C’est ce qu’il obtiendra aisément s'il vit avec eux comme un père avec ses enfants, s'il sait les décharger quand ils ont trop d'ouvrage, les consoler dans leurs peines, animer leur courage dans les

difficultés, prendre soin d’eux dans les maladies, ne rien

négliger alors, ne rien épargner pour le rétablissement

de leur santé; prévenir même leurs indispositions par

une nourriture saine et abondante, un logement salubre; accor.'er leurs demandes si elles sont justes, si elles ne le sont pas ne pas les rebuter, mais leur faire sentir doucement l'injustice ou l’irrégularité de leur demande; et surtout ne jamais les laisser sortir mécontents ou ulcérés de sa présence. |

» La même manière d’agir doit avec proportion avoir lieu à l'égard de nos élèves, qui doivent trouver en nous des pères et des mères. C’est en les aimant véritablement et en le leur prouvant continuellement qu’on gagne leur affection et qu’on obtient leur confiance. Par ce moyen on les forme et on les dirige bien plus sûrement et bien plus aisément que par des pénitences qu’il faut répéter chaque jour, ou par des punitions corporelles avilis-

450 HISTOIRE santes, dont l'effet le plus ordinaire est d’abrutir et d’endurcir le caractère, Si jamais pareille punition devient nécessaire et ne produit pas l’effet attendu, il ne faut pas la répéter, mais renvoyer à ses parents celui qu’elle n'a pas corrigé. »

Cc langage n'était pas nouveau dans la bouche des Jésuites. L'amour que les subordonnés et les disciples de l’Institut ont toujours témoigné à leurs maîtres en est la preuve la plus irréfragable; mais Simpson comprenait le besoin de raviver cet esprit des anciens jours : il ne se lassa jamais de donner de pareils conseils. Le 1°° juillet 1818, il avait écrit aux Pères du petit Séminaire de Bordeaux : « Que la piété que vous devez inspirer à vos élèves soit une piété solide, fondée sur des principes sûrs, imcontestables, et dont ils n’aient jamais à rougir. Cette piété doit donc être dégrgée d’observances minutieuses, capables de provoquer les railleries de ceux avec qui ils vivront un jour hors du Collége. Il faut, en conséquence, qu’ils n’entendent et ne lisent rien qui puisse seulement exalter leur imagination, mais que, par vos soins, ils deviennent de vrais et de solides chrétiens; et c’est par là qu’ils seront armés suffisamment pour soutenir les assauts auxquels Dieu permettra qu'ils soient un jour exposés. »

Le 27 juillet 1819, Simpson conseille au Père Thomas, chef des Missionnaires de Laval, une extrême déférence envers le Clergé du Mans : « Rappelons-nous, lui mande-t-il, que nous ne sommes que les auxiliaires des Prêtres séculiers, que nous professons comme Religieux un état humble et pauvre, que nous devons regarder les autres comme nous étant supérieurs, et qüe saint Ignace a donné pour titre distinctif à notre Société celui de Petite Société de Jésus. »

Voilà les véritables Monita secreta qu'après de longues années nous découvrons dans les archives de l'Institut. Ce n’est ni pour le public ni pour une circonstance déterminée que ces avis furent dictés. Ils développent la pensée du fondateur; ils entrent dans l'esprit des Constitutions et du Aatio studiorum ; ils peignent les Jésuites tels que, dans le secret de leur correspondance, ils ont voulu être, tels qu'ils furent toujours. Et ce n'est pas seulement le Provincial de 1818 qui trace ces règles si éloquentes de sagesse ; le 8 mai 1822, le Père Richardot, successeur de Simpson, écrit : « Lorsque nos Missionnaires traitent avec les personnes du dehors, qu'ils se gardent de parler avec chaleur de ce qui concerne la politique, et surtout d'attaquer dans leurs conversations

ou dans leurs discours les ennemis de la Religion et du Roi qu'on appelle Libéraux. Il ne convient pas à des Anges de paix tels que nous devons être d’user de paroles irritantes ou amères. Que ce soit donc par une exposition nette et paisible de la vérité, et principalement par l'invocation des secours d'en haut, que nous travaillions à ramener dans le chemin de la justice ceux qui s'égarent.»

À huit années d'intervalle, au moment où les Jésuites sont accusés de tenir dans leurs mains orgueilleuses les rênes de tous les États catholiques et le gonvernail de l'Église, lorsqu'on proclame qu'ils commandent impérieusement au Vatican, aux Tuileries, à l'Escurial et partout, le Père Roothaan, Général de l'Ordre, adresse à ses frères une encyclique : De amore Societatis et Institutë nostri. « L'osteniation, leur dit-il, le 7 juillet 1830, et l'esprit de vanité sont tout à fait opposés à l'esprit de notre Compagnie, qui est absolument consacrée à procurer le bien des autres et la gloire de Dieu, et non point

ES

Page 1