‹ Histoire religieuse, politique, et littéraire de la Compagnie de Jésus [microforme] (volume 3)Chapitre 48 sur 76 · PUS EEE LT TA · texte numérisé non relu

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ment séparés de la Grande-Bretagne, Notre Saint Père Pie VI, d’heureuse mémoire, jugea nécessaire d’enlever les Fidèles de l’Amérique à l’antorité et à la juridiction du Vicaire apostolique d'Angleterre, et de les soumettre à un Évêque spécial. Il établit un nouveau siége à Baltimore, et accorda au Prélat nommé par lui juridiction sur l'immense territoire de cette République. Depuis ce jour, beaucoup de Prêtres, tant séculiers que réguliers de différents Ordres, se sont répandus dans les nombreuses provinces de l’Amérique; et cette dispersion, ainsi que nous avions droit de l'espérer, a profité à l’heureux accroissement de la véritable Foi. Mais de la Compagnie de Jésus, il ne reste à présent que treize Prètres. Ce sont des hommes pour la plupart affaiblis par l’âge et consumés par les travaux; ils résident principalement au Maryland et en Pensylvanie, provinces dans lesquelles la Religion catholique a été d’abord implantée, et où maintenant elle est plus florissante que partout aillleurs.

» Par les lettres de plusieurs de nos Frères, nous avons appris avec la plus vive joie que, grâce à une espèce de miracle, la Compagnie a été sauvée et qu’elle existe encore sur le territoire de l’empereur de Russie. Nous savons que le Souverain Pontife la reconnaît, et que, par un bref, il a donné à Votre Paternité la faculté d’admettre de nouveau ceux qui ont appartenu à la Compagnie. Presque tous nos anciens Pères sollicitent avec ardeur la grâce de renouveler les vœux qu'ils ont faits à Dieu dans l’Institut; ils demandent à achever leur vie dans son sein, et ils se proposent de consacrer leurs derniers jours à rétablir la Société, si la Providence le permet. |

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faire pour ne point ressusciter un fantôme de l'ancienne: Compagnie. Elle doit revivre, mais avec sa véritable forme, son gouvernement en toutes choses et avec son propre esprit. Pour atteindre ce résultat, il nous paraît essentiel que Votre Paternité choisisse parmi les membres de l'Ordre un Père doué d’une extrême prudence, versé dans les affaires, plein de l'esprit de saint Ignace et de ses Constitutions, afin qu'envoyé ici par vous, il dispose tout en votre nom et sous votre autorité. En un mot, il doit jouir du pouvoir que possédaient les visiteurs chargés par saint Ignace d’aller chez les peuples lointains, comme le Père Jérôme Natal parle de saint Borgia et nos annales de plusieurs autres.

» On éviterait les dangers d’une longue navigation si on trouvait en Angleterre ou ici quelqu'un de la Compagnie à qui on pût confier cette Mission. Mais, pour dire toute la vérité, nous avons été si employés dans des ministères en dehors de l’Institut, nous sommes si peu expérimentés dans son gouvernement ; le défaut de livres, de Constitutions et d’actes même des Congrégations générales est si flagrant qu’on ne rencontrerait ni parmi nous ni en Angleterre quelque Jésuite ayant assez de force, de santé et de qualités nécessaires pour remplir ces fonctions. Il paraît donc opportun d’envoyer ici un des Pères qui sont auprès de vous. Il faut qu’il connaisse à fond vos intentions, qu’il soit assez prudent pour n'entreprendre rien précipitamment avant d’avoir étudié le gouvernement, les lois, l'esprit de cette république et les mœurs du peuple.

» Les biens appartenant à la Compagnie sont presque tous conservés; ils suffisent à l’entretien de trente Religicux. Après la destruction de l'Ordre, une partie de ces propriétés a été consacrée à l’établissement d’un Collége

360 HISTOIRE assez vaste où la jeunesse est instruite dans les belleslettres. Lorsque Pie VI voulut donner un Fvêque à ce pays, et plus tard un Coadjuteur avec droit de succession, il les choisit tous deux parmi les Pères de la Compagnie. Dans cette république les Prêtres, de quelque culte que ce soit, jouissent tous d’une égale liberté. Rien n'empêche les Réguliers de vivre d’après leurs Constitutions, pourvu qu’ils obéissent aux lois civiles. Dans les contrats de tout genre néanmoins, il est bon de s’abstenir du nom de communauté. Tous les biens que possèdent les Religieux sont censés appartenir aux individus; et, si quelqu'un secoue le joug de la Religion, il le fait impunément dans ce monde; le bras séculier ne se prétant en aucune façon à le réintégrer dans le devoir.

» Tels sont les vœux que nos confrères désirent qui vous ‘soient exposés en leur nom. En le faisant, nous prions du fond de notre cœur la Majesté divine afin que de cette ouverture naisse l'espérance et un commencement d’exécution pour réédifier la Compagnie, et que Dieu vous accorde la vie et les forces nécessaires à l’accomplissement d’une pareille œuvre. »

Les deux Prélats signataires de cette lettre s’effaçaient pour faire place au Jésuite. Ils sont libres, indépendants, comblés d’honneurs, ‘et, tout en aspirant à rentrer sous le joug de Loyola, ils ne veulent pas même attacher leur nom au rétablissement de l’Institut. Ils s’accusent d'incapacité relative et implorent une lumière plus vive que celle qu’ils projettent. La réponse de Gruber ne se fit pas attendre. En vertu de l’autorisation accordée par le Saint-Siége, le Général pouvait recevoir dans la Compagnie les anciens Pères et les jeunes gens qui se présenteraient, à condition néanmoins que, dans les royaumes où les princes refuseraient de favoriser le

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DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS. 361 vœu du Pape, les Jésuites ne porteraient pas l’habit de l'Ordre et ne vivraient point en communauté, La probibition ‘tint peu applicable aux Américains, Gruber les admit. Le Père Molineux fut nommé Supérieur de le Mission, et dans l’espace de quelques années elle compta parmi ses prédicateurs, ses savants ou ses professeurs Antoine Kohlmann, Pierre Épinette, Jean Grassi, Adam Britt, Maximilien de Rantzaw, Pierre Malou et Jean Henry. ils devaient être tout à la fois des apôtres et de doctes personnages. Concentrés dans le Maryland et dans la Pensylvanie, ils voyaient se dérouler un vaste théâtre de fatigues. L’Ohio, le Kentucky, la Louisiane, le Missouri et les savanes encore peuplées de Sauvages se rappelaient au souvenir des Jésuites. Ces tribus invoquaient les Robes Noires pour les fortifier dans la Foi ou pour les conduire au bonheur par la civilisation.

De grands obstacles surgissaient de la difficulté même de l’idiome anglais, que les étrangers ont tant de peine à vaincre, et surtout de l'esprit général dont le pays était animé. Ce ne sont plus en effet ici des provinces ensevelies dans l'ignorance et l'idolätrie, des hommes complétement privés d'éducation. Aux extrémités du territoire, on rencontre encore, à la vérité, des Indiens qui savent à peine ce que c’est que Dieu et la société; mais les Jésuites ne sont ni assez nombreux ni assez valides pour se dévouer à ces périls de l'Apostolat. Le Métropolitain de Baltimore et les Pères devenus ses coopérateurs s'étaient rendu compte de l’état normal du pays. Avant d’user leurs dernières forces dans un suprême combat en faveur du Catholicisme, ils sentent qu'il importe de laisser derrière eux des héritiers de leur courage. Au cœur même de l’Union, John Carroll fonde à Georgetown un Collège où les jeunes gens apprennent

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en même temps la persévérance religieuse et les belleslettres. C’est la plus chère espérance des Missionnaires: ils se consacrent presque entièrement à sa prospérité, Ils prêchent, ils enseignent au milieu d’une population civilisée; ils se trouvent, malgré eux, en rivalité avec des Ministres protestants exercés aux luttes de la parole et forts de leur nombre. Il était impossible aux Jésuites de se recruter en Europe, très-difficile de faire naître des vocations parmi les Catholiques des États-Unis. Ces Catholiques ont une foi vive, un zèle ardent; mais de la situation de leur pays et des principes qui y prévalurent résulte une double influence à laquelle il ne leur a pas été donné de se soustraire. Cette influence mettait alors un obstacle invincible au progrès du Sacerdoce.

Peuple nouveau, chez qui l'industrie est un besoin et sera long-temps un luxe, les Américains lui prêtèrent un caractère d'activité dévorante. C’est ce levier qui fait mouvoir la masse de la Nation, qui entraîne la jeunesse elle-même , qui tourne ses pensées, ses goûts, ses désirs vers les entreprises les plus magnifiques ou les moins réalisables. Au sortir de l’enfance, l'Américain se trouve homme fait pour la fortune et pour les périls. Il a soif du bien-être et des jouissances matérielles. Afin de les conquérir, la vie elle-même ne lui semble pas un trop grand sacrifice. Ce sentiment d’égoïsme a été développé sur une si vaste échelle qu'il ‘s'élève maintenant aux proportions d'un patriotisme souvent éclairé. Il était dans sa nature de s'opposer au renouvellement d’une milice religieuse se dévouant sans autre intérêt que le salut des âmes. L’ambition tuait les vocations dans le cœur des Américains; la forme politique qui constitue les États-Unis les éloignait encore davantage du renoncement à eux-mêmes. La manière dont le gou-

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DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS. 363 vernement y a été fécondé donne en effet à l’action démocratique des bases si larges que l'abus se produit inévitablement à côté du droit. La liberté est un fruit dont l’homme se montre avide à tout âge et dans toutes les conditious. Les jeunes Américains, nourris dès le berceau dans ces idées d’affranchissement absolu, ont été tout naturellement portés à en jouir autant que possible et aussitôt que possible. On ne leur apprit pas à faire la distinction entre l'indépendance nationale et la libaité individuelle. Dans leur passion de libre arbitre, ils confondirent ces deux principes opposés : le triomphe de l’un devint un excès e* une cause de ruine sociale par l'autre. Le joug à écarter pour les enfants de l'Union, ce fut l'autorité paternelle ou le pouvoir temporaire des instituteurs qui en dérive. S'y soustraire immédiatement est un désir inné au cœur de l’homme. En Amérique, on le fomenta, on l’exalta par toutes les théories d’indépendance. Le peu de sévérité des parents ou la certitude de voir leurs conseils dédaignés facilitèrent l'impulsion de cet esprit insubordonné. Il agissait sur la jeunesse indigène; il réagit sur celle qui accourait d'Europe pour se consacrer à l'Institut de Loyola ou au Sacerdoce. L'air de liberté que ces Novices inexpérimentés respiraient dans les États de l'Union en jeta plusieurs au milieu des voies du monde; mais les Jésuites s'étaient attendus à ces échecs. Ils persévérèrent dans leur plan ; cette persévérance fut enfin couronnée de succès.

Quand la victoire eut laissé les Américains maîtres de leur pays, John Carroll comprit que la Religion catholique devait, elle aussi, avoir son église et sà maison d’éducation parmi tous les temples que la liberté élevait à chaque culte. Il fonda donc au bord du fleuve Potomak et presque aux portes de Washington le Collége de

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Georgetown, l'Alma domus des Jésuiies anç;lo-américains. Le Congrès et les présidents des États-Unis prirent sous leur protection cet établissement, qui, comme la plupart des résidences de l'Institut, s'élève sur une colline, afin de présenter au loin ce spectacle si moralement utile, le temple du Très-Haut devenu l'indice visible de la protection céleste, D’autres églises se construisirent par les soins des Pères. Ils n'avaient qu’un faible espou de se régénérer, mais le Catholicisme devait survivre à la Compagnie: ils travaillèrent à l’accroître et à le rendre populaire. Marchant sur les traces du Père Hunder, les derniers survivants de l’Ordre de Jésus assistaient au mouvement social qui emportait l'Amérique septentrionale; ils y participèrent comme citoyens, ils s'efforcèrent de le rendre favorable au Catholicisme. Les Jésuites avaient efficacement travaillé à civiliser ces peuples : les Protestants eux-mêmes leur témoignaient de la gratitude pour les bienfaits passés; on leur facilita les moyens de s'étendre dans le Maryland, dans la Pensylvanie, dans les districts de Columbie, de Philadelphie, de Boston et de New-York.

En 1813, sous la direction du Père Grassi, les Missions commençaient à prospérer, lorsqu'un incident sérieux mit les Jésuites en divergence avec la loi. Le cas était épineux, car il s’agissait du secret «2 la con'cssion. Un négociant fut tout à coup dépouillé d'une certaine somme d'argent. Le voleur échappait aux recherches de l’autorité ; il était Catholique, il ne put échapper aux remords de sa conscience. Il s'adresse au Père Kohlmann, Jésuite frarçais, né à Colmar le 13 juillet 1771. Il avoue son crinse; l'enfant de saint Isnace se charge de le réparer en restituant la somme enlevée. Kohlmann remplit son devoir ; néanmoins les magistrats le citent à leur tribunal.

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4 LI . . « punal. l'Église. La foule accueillit cette pompe funèbre avec

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66 HISTOIRE un silence respectueux. Elle s'était battue pour jouir , conti de la liberté, elle l’accordait aux autres aussi étendue priso qu’elle la désirait pour elle-même. La

Deux ans après, le Père Téonard Neale, le successeur les sa de Carroll sur le siége métropolitain, mourut à son tour, prési laissant six de ses frères engagés dans la Compagnie. Le béni grain de senevé se développait. En 1818 les enfants de le dés saint Ignace se trouvaient au nombre de quatre-vingt-six. Osag: Le Père Kenney prononcçait devant le Congrès et le corps mingn diplomatique loraison funèbre du duc de Berry. Les Toun Jésuites se mélaient activement au bien qui se projetait. aux Je Ils fondaient à Georgetown des écoles gratuites où trois lougu cents enfants étaient élevés par eux, sans distinction de bâti d culte. Par la force seule du principe catholique, ils atti- suite, raient à la Foi. Chaque semaine des familles entières Père, abjuraient le Protestantisme entre leurs mains, et l’on Prêtre vit même des ministres anglicans, des chefs de l’Uni- œuvre versité, renoncer aux avantages de leur position pour reste € écouter la voix de Dieu qui les appelait à la Compagnie ces pa de Jésus *. En présence de tels résultats, le gouverne- suites : ment ne s’effraie point des succès dont il suit a marche parut. progressive; mais il exige que, comme les autres éta- quatre blissements d’éducation publique, les Jésuites reçoi- laisser vent la rétribution que les familles ont l'habitude de trait È

payer. C’est une garantie de loyale concurrence qui France semble porter atteinte au vœu des Pères. Ils consultent toutes leur Général. Fortis décide que soumission est due aux Jésuslois civiles; mais que, pour rester dans la ,:,.:"ur de la Des pauvreté religieuse, toutes les sommes provenant de ces les plu

rétributions seront offertes publiquement et sous le nelle é de Jés.

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