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jorité de plus des deux tiers de votants, il est décidé que l’on travaillera immédiatement à créer un Clergé national. Les choses se passèrent ainsi au fond des deux Amériques".
Dans le principe, on osait à peine regarder les Sauvages comme des hommes. On essayait de les constituer peu à peu en famille, puis en société; mais fallait-il, avant d’infuser du sang chrétien dans les veines de ces peuplades, couronner par le Sacerdoce l’œuvre si péniblement ébauchée de la civilisation ? Les Jésuites avaient le temps devant eux ; ils ne s’attendaient pas qu’un jour le Saint-Siége les frapperait de mort : ils ne voulurent donc rien précipiter, afin de pouvoir plus sûrement arriver au résultat. Les événements trahirent leur combinaison, et, au moment de toucher au but, ils en furent écartés par la main qui aurait dû les y conduire.
Le Père Alexandre de Rhodes, nous l'avons vu dans
le cours de l’histoire, avait conçu l’idée d’un Épiscopat et d’un Clergé en dehors de la Société de Jésus. C’est pour réaliser cette idée qu'il fonda la Congrégation des Missions-Étrangères; car les Jésuites, imitant en cela les Apôtres du nord de l’Europe, commencèrent la pépi-
1 Nous trouvons dans un mémoire envoyé à la Société léopoldine par le Pèr:- Stephen Dubuisson des considérations qui corroborent singulièrement ces paroles. LéPère Dubuisson est nn vieux Missionnaire de l’Amérique septentrionale, et, au mois. de mars 1836, il adresse au comité central de Vienne pour la propagation de la Foi les observations suivantes :
« I n'en est pas moins vrai, dit-il, que les Américains, comme peuple, ont beaucoup d'esprit national, et, comme Catholiques, désirent ardemment entendre précher leur dogme de manière, quant au langage, quant à la forme aussi bien qu'au fond, à faite. honneur à leur communion et à leur nation. N'y aurait-il pas de fait quelque chose d'humiliant pour eux, aujourd'hui surtout que leurs églises sont si fréquentées “par leurs frères errants, à ce que ce fussent toujours des étrangers qui dussent leur précher, leur interpréter la parole de Dieu?
» Je le demmde donc, peut-il y avoir de secours aux Missions mieux employés que ceux qui seraient consacrés à aider les Évêques et les Supérieurs d'Ordres religieux à créer un Clergé national? Les Sociétés qui ont à cœur l'œuvre de la Propapation de la Foi peuventeelles rien faire qui tende plus directement au but? »
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DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS. 355 nière sacerdotale par assujettir aux règles de leur Institut les Néophytes auxquels cette dignité était réservée. En faisant un Clergé régulier pour tendre à le séculariser dans les générations suivantes, on ne détruisait point sa nationalité. Les Jésuites n’appréciaient pas les choses et les hommes des seizième et dix-septième siècles d’après les mœurs et les lois du temps ou du pays dans lequel nous vivons. Ils savaient qu’en s’efforçant de trop émanciper le Clergé, on affaiblit l'Unité catholique qui doit contenir dans son sein toutes les Églises particulières. La force de cette Unité résulte de la multiplicité des liens qui joignent les rayons au centre, et les Pères ne cherchaient qu’à développer une pareille force.
Une autre objection a souvent été présentée contre les travaux des Jésuites, et en accusant l’ancienne Compagnie, elle n’a point épargné la nouvelle. Cette objection est formulée en ces termes, à Rome et dans le monde catholique. La Société de Jésus trouble les Missions ; elle bouleverse les Chrétientés par son intolérance de tout rite étranger et par son obstination à vouloir réduire tontes les Églises à la liturgie et au rite latins.
Ge grief, dont l'importance n’échappe à personne, a souvent retenti à nos oreilles. Nous avons dû rechercher s’il était général ou particulier, et, en étudiant le passé comme le présent, nous sommes arrivé à une conviction basée sur des actes ou sur des faits authentiques. Ainsi , il nous est démontré qu'en Amérique les Chrétientés n’ont pas même l’idée d’un autre rite que le latin; qu'aux Indes et à la Chine il reste seul en usage ; au Maduré et à Calcutta, les Jésuites acceptent le concours des Prètres du rite syriaque et du rite arménien ; dans le Liban, ils vivent en frères avec les Maronites; en Gallicie, ils ne s’opposent pas à la liturgie ruténienne.
Jadis on faisait un crime aux Pères de l’Institut de leur condescendance à l'égard des coutumes religieuses qu'ils n'osaient modifier qu'avec le temps; aujourd'hui, on leur impute une intolérance complétement en dehors de leurs mœurs, en contradiction même avec leur besoin de propager le Catholicisme. Ils ont pour principe de laisser la plus entière liberté aux peuples qui ne renoncent pas volontairement aux rites de leur pays, et ce principe, c’est celui que le Saint-Siége a toujours adopté. Dans les Chrétientés qu’ils organisent, on les voit imposer la liturgie latine; mais cette préférence ne va jamais jusqu’à contraindre les Fidèles d'Orient ou d'Occident à abandonner des usages que Rome a respectés ou sur lesquels il lui a plu de fermer les yeux.
Au delà les mers comme au centre de l'Europe, les Jésuites se savent en butte à des rivalités que le zèle peut rendre hostiles. Ils comprennent que, pour réussir, ils doivent avant tout s'armer d’une modération inébranlable, et ce qu’ils avaient autrefois entrepris et mené à bien, ils le continuent sur les mêmes bases sans se préoccuper des divergences d'opinions ou des calomnies que leur système soulèvera. Ce système était consacré par le temps. Le SaintSiége l'adopte, il ne reste plus qu’à le mettre de nouveau en pratique.
Au moment où la Compagnie était abolie par Clément XIV, quelques Jésuites abandonnèrent la Grande- Bretagne pour se retirer dans l'Amérique septentrionale, leur patrie, où il n’y avait jamais eu d’autres Prètres qu'eux; John Carroll les conduisait. Lié à l’Institut par la profession des quatre vœux, Carroll ne tarda pas à conquérir l’estime de cette immortelle génération, qui préparait dans le silence l’affranchissement du pays. Il fut l'ami de Washington et de Franklin, le conseil de ce
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DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS. 357 Carroll, son frère, qui travailla d’une manière efficace à la Constitution des États-Unis. La prévoyance et le savoir du Jésuite étaient appréciés par les fondateurs de la liberté américaine : ils l’invitèrent à signer avec eux l’acte de fédération. Attachés au culte protestant, ils allaient consacrer son triomphe par la loi; mais le Catholicisme leur apparaissait avec les Pères de la Compagnie si tolérant et si propre à civiliser les Sauvages, qu'ils ne refusèrent pas à John Carroll d'assurer le principe de l'indépendance religieuse. Carroll fut admis à en discuter les bases avec eux: il les posa si nettement, que jamais la liberté des cultes n’a été viülée dans les itats-Unis. Les Américains s'étaient engagés à la maintenir; ils ne se crurent point autorisés à trahir leur serment même par les progrès que les Missionnaires firent faire à la Foi romaine.
Quand l’Union fut constituée, le Pape Pie VI, en 1789, songea à donner un guide à tous ces Fidèles dispersés dans les villes et dans les forêts. John Carroll recut le premier le titre d'Évêque de Baltimore; plus tard il devint Métropolitain des autres diocèses et Légat
apostolique avec un autre Jésuite, Léonard Neale, pour :
Coadjuteur. Le 25 mai 1803, ces deux Prélats, qui n’avaient point oublié l’Institut ‘de saint [onace, écrivirent au Père Gruber, Général de l'Ordre, la léttée suivante : « Très-révérend Père en Jésus-Christ, ceux qui s’adressent à Votre Patcrnité étaient autrefois membres de la Compagnie de Jésus. Après sa malheureuse subversion, en 1773, nous retournâmes dans notre patrie. Nous y travaillions avec nos confrères; car, depuis le jour où le Christianisme pénétra dans ces contrées, les Jésuites sont les seuls Prêtres catholiques qui aient veillé au salut des âmes. Lorsqu’en 1783 les États-Unis furent entière-
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