‹ Histoire religieuse, politique, et littéraire de la Compagnie de Jésus [microforme] (volume 3)Chapitre 50 sur 76 · EE · texte numérisé non relu

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La résurrection des Robes Noires était annoncée dans les savanes. Les tribus errantes réclamèrent auprès des présidents de l'Union les Missionnaires qui avaient jadis béni leurs ancètres. Elles les invoquérent pour féconder le désert par la prière et le civiliser par l'éducation. Les Osages avaient donné l'exemple, les Nègres de Saint-Domingue le suivirent. Le 14 septembre 1823, l'abbé Tournaire, missionnaire apostolique à Haïti, écrivait aux Jésuites : « Des Pères de l’Institut ont pendant de longues années dirigé les missions de ce pays; ils y ont bâti des églises et appris à faire vénérer ie nom de Jésuite. Leurs travaux y consacrèrent pour jamais celui de Père, dont depuis lors les sauvages honorent le simple Prêtre. Les vieux noirs y parlent encore de leurs bonnes œuvres; ils récitent divers fragments de pritres, seul reste de splendeur et de piété conservé dans le cœur de ces pauvres gens après tant de guerres cruelles. Les Jésuites abandonnèrent le pays, et avec eux la Religion disparut. Voyez s’il vous est possible de laisser perdre quatre cent mille âmes; si la piété des Jésuites peut v laisser éteindre le souvenir de cet apostolat; si le portrait horrible qu’en trace la haine; si les vues de la France sur Saint-Domingue ; si quelques autres misères toutes terrestres peuvent fermer le ciel à ces âmes de Jésus-Christ. »

Des sollicitations aussi touchantes arrivaient des points les plus opposés. Ce cri d’une reconnaissance traditionnelle était un hommage rendu à l’ancienne Compagnie de Jésus, la moderne aspirait à s’en rendre digne. Mais quand la prière des Nèpres parvint aux enfants de saint Ignace, ils se trouvaient déjà engagés par une espèce

de concordat avec Guillaume du Bourg, Évêque de la Nouvelle-Orléans. Ce dernier les avait chargés d’évangéliser les peuples qui habitent les bords du Missouri et des fleuves voisins; les Jésuites avaient accepté. Quelques Novices venus de Belgique furent choisis pour remplir le vœu du Prélat. Ces Novices étaient François de Maillet, Pierre de Smet, Verreydt, Van Asche, Clet, Smedts et Verhaegen. Lls avaient pour maîtres les Pères Charles Van Quickenborn et'Temmermann, déjà familiarisés avec la langue anglaise. Du Bourg, comme les disciples de l’Institut, n’a pour ioute ressource que son zèle. Ainsi que lui, les Missionnaires ne désespèrent cependant pas de la Providence. Van Quickenborn se met à mendier dans le pays; il s'adresse aux Protestants et aux Catholiques, stupéfaits de cette innovation. Le Jésuite était aimé; l’œuvre qu’il entreprenait excitait l’intérêt public; il recueillit en peu de jours assez d’aumônes pour accomphr le voyage.

Cette excursion ne fut pas sans danger. Les Pères eurent d'immenses prairies à traverser, d’interminables circuits à faire pour retrouver leur route ou pour éviter la rencontre des bêtes féroces. Ils marchèrent longtemps, ici à pied, là placés sur de frêles barques descendant ou remontant des fleuves inconnus. Enfin ils arrivèrent à Saint-Louis, où un autre genre d'épreuves les attendait. Ils s’établirent près de Florissant, sur un terrain vierge au bord du Missouri. Alors, tous confondus dans le même travail par la même nécessité, ils commencèrent à bâtir de leurs mains une demeure en charpente et à préparer des champs pour la culture. A cette latitude, le climat est rigoureux en hiver. Ils n'étaient habitués ni à un pareil froid ni à d’aussi pénibles labeurs; mais, au terme de ces fatigues, ils savaient

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DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS. 369 qu'un grand but de civilisation leur était proposé par le Christianisme, leur persévérance triompha. Van Quickenborn avait jeté les fondements d’une Mission, créé un Collége et des Résidences; il pénètre dans l’intérieur des terres pour tracer la voie à ses successeurs. Des Pères belgés ouvraient ces contrées à l'Évangile; quelques Jésuites français, appelés par l’Évêque de Bardstown, s’enfoncent dans les solitudes du Kentucky. D’autres, sur les pas de Purcell, Évêque de Cincinnati, s’établissent sur l'Ohio. Mais, tout en cédant aux instances de ces Prélats, qui sentaient le besoin de.s’appuyer sur des dévouements aussi éprouvés, les Jésuites pensent que le moment n’est pas encore venu de ressusciter les prodiges passés. Il était beau à eux, à peine sortis du sépulcre, de réveiller ces tribus et de les convoquer encore au pied de la croix; le nombre si restreint des enfants de Loyola ne permettait pas néanmoins d’envoyer au martyre ou à la mort tant de Pères qui soupiraient après ce dur apostolat. L'Institut s’était vu contraint de réduire en système les sacrifices individuels. L'obéissance enchaînait à de moins périlleux travaux, et les Jésuites n'obtinrent plus que difficilement l'honneur d’aller mourir au milieu des Sauvages.

C’est qu’un fait immense venait de s’accomplir, et ils savaient en tenir compte. Aux États-Unis, la population blanche non catholique l’emportait numériquement sur celle des Indiens. Sans cesse refoulées par les blancs, auxquels elles ne consentent jamais à se méler, toujours en guerre les unes avec les autres, les races indiennes décroissent sans cesse; elles tendent même à s’effacer. Les Jésuites, dans les jours les plus prospères de leurs Missions, ne purent jamais les plier en masse aux besoins et aux mœurs de la vie civilisée. Quelques

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