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ont déterminé le choix des supérieurs. Trois coadjuteurs les accompagnent. Ils seront en même temps les missionnaires de ces tribus et leurs maîtres en agriculture ainsi qu’en industrie. Te sol était admirablement disposé; les Jésuites se mirent à l’œuvre. Ils avaient découvert un petit Paraguay, ils résolurent d’y établir des réductions. La première prit le nom de Sainte-Marie. Tout y est organisé #vec une intelligence de mère. On donne à ces Indiens des lois et une règle de conduite; on les détache peu à peu de leurs superstitieux Manitoux, on les prépare au baptême et à la liberté. Les Têtes-Plates fournirent bientôt des guides rt des catéchistes. Le Père Point s'engage avec eux chez les Kalispels ou Pends-d’Oreilles. Le Père de Smet évangélise les Nez-Percés. L'hiver vint, il apporta lé mal de neige, ‘c’est-à-dire la cécité. Ce froid douloureux n’arrête point les Jésuites dans leurs excursions et les Têtes-Plates dans leurs devoirs nouveaux. Ils prient, il pêchent, ils chassent ensemble, et dans le journal d’hiver de Nicolas Point nous lisons : « Le 6 février. Aujourd’hui dimanche, grand vent, ciel grisâtre, froid plus que glacial, point d'herbe pour les chevaux, les buffles mis en fuite par les Nez-Percés. Le 7 le froid est plus piquant, laridité plus triste, la neige plus embarrassante; mais hier le repos a été sanctifié, aujourd’hui la résignation est parfaite : confiance ! Vers le milieu du jour nous atteignons le sommet d’une haute montagne. Quel chängement! le soleil luit, le froid a perdu de son intensité, nous avons sous les yeux une plaine immense ; dans cette plaine, de bons pâturages; dans ces pâturages, des nuées de buffles; le camp s’arrête, les chasseurs se rassemble nt ; ils partent, et le soleil n’a pas encore achevé sa carrière que déjà cent cinquante-trois buffles sont tombés sous leurs coups.
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DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS. 387 [ faut en convenir, si cette chasse ne fut point œiraculeuse, elle ressemble beaucoup à la péche qui le fut. Au nom du Seigneur, Pierre jeta ses filets, «et prit cent cinquante-trois gros poissons : au nom du Seigneur, le camp des Têtes-Plates eut confiance, et abattit cent cinquante-trois buffles. La belle pêche! mais aussi, la belle chasse! »
Les Tétes-Plates avaient pour ennemis les Pieds-Noirs et les Ranax. Jusqu’alors ils étaient vaincus et pillés presque sans combat. Le Christianisme, en les dotant d’une famille, d’un temple, d'un patrimoine, leur ré-
véla le besoin de la défense et la bravoure qui fait mé-
priser le péril. Ils étaient en garde contre les invasions, le Père de Smet profite de cette trêve pour visiter les Stict-Shoi ou Cœurs-d’Alène , les Spokanes , les Shuyelpi, les Okanakanes, da tribu des Corseaux et celle des Ses pents. La Robe Noire était partout attendue, partout saluée comme un bienfaiteur. Les Sauvages, en l’admirant si patient et si affable, lui demandaient de leur enseigner la prière qui lui inspirait tant de vertus. Une immense montagne rocheuse domine tout le pays. En reconnaissance des leçons qu’ils ont reçues, k: Sauvages nomment cette montagne Teeeyou-Pierre (le Père Pierre) afin d’éterniser le souvenir du Jésuite. Quand il est de retour à Saint-Louis, après ces courses merveilleuses, qu'il continue encore, le Père de Smet écrit le 3 novembre 1842 :
« Je n’ai nlus que quelques mots à ajouter. Depuis ma dernière lettre, j'ai baptisé une cinquantaine de petits enfants, principalement dans les forts. L’eau du fleuve était basse. les bancs de sable et les chicots arrê-
taient à chaque instant le bateau, et le mettaient parfois.
en danger d’échouer. Déjà les pointes de rochers ca-
chées sous l’eau l'avaient percé de trous ; les innombrables chicots qu'il fallait sauter à tout risque avaient brisé les roues et les parties qui les couvrent; un vent violent avait renversé la cahute du pilote, et l'aurait jetée dans le fleuve si l’on n'eût eu soin de l’attaçher avec de gros câbles; enfin le bateau ne présentait plus qu'un squelette, lorsque, après quarante-six jours de travail pénible plutôt que de navigation, j'arrivai sans autre accident à Saint-Louis. Le dernier dimanche d’octobre, à midi, j'étais à genoux au pied de l'autel de la sainte Vierge à la cathédrale, rendant mes actions de grâces au bon Dieu pour la protectiou qu’il avait accordée à son pauvre et indigne ministre.
» À compter du commencement d’avril de cette année, j'ai parcouru cinq mille milles : j'ai descendu et remonté ke fleuve Columbie, vu périr cinq de mes compagnons de voyage dans les dalles de ce fleuve, longé les rives du Wallamette et de l'Orégon, parcouru différentes chaînes des Montagres-Rocheuses, traversé une seconde fois le désert de la Roche-Jaune dans toute son étendue, descendu le Missouri jusqu’à Saint-Louis; et dans tout ce long trajet, je n’ai pas une seule fois manqué du nécessaire, je n’ai pas reçu la moindre égratignure... Dominus memor fuit nostri et benedixit nobis. »
C’est au prix de tant de fatigues, c’est en s’appuyant sur une volonté inébranlable et quelquefois en recevant avec joie les secours des Anglais attachés à la riche Compagnie de la baie d'Hudson que les Jésuites parviennent à opérer ces prodiges. Les Montagnes-Rocheuses étaient ouvertes à l'Évangile : sur les pas de Picrre de Smet et de Nicolas Point, d’autres disciples de Loyola veulent à leur tour porter la lumière au sein de ces peuples. Les Pères de Vos, Hoocker, Soderini, Zerbi-
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DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS. 389 natti, Josat, Accolti, Vercruysse, Varalli et Nobili se vouent à ce martyre de la civilisation. Les vastes déserts entre les États-Unis et la Mer Pacifique, au nord de la Californie, forment maintenant un diocèse de l'Orégon, dont M. Blanchet, Évêque de Drasa, est le pasteur.
Au moment où les Jésuites implantaiert la Foi dans ces tribus indiennes, un événement extraordinaire signalait leur popularité dans l'Amérique protestante. Le 4 juillet de chaque année est un grand jour pour les citoyens des États-Unis. Ce jour-là, en 1776, le Congrès, assemblé à Philadelphie, proclama l'indépendance de la patrie, et jura de l’affranchir du joug de l'Angleterre. C’est la fête de l’armée et du peuple : tous y prennent part, car tous jouissent également du bienfait de la liberté. Le 4 juillet 1843, le Père Larkin fut invité par l'état-major des troupes de l’Union à prononcer le discours commémoratif dans le camp même de Louisville. C'était pour le Jésuite un honneur et une tâche difficile. Larkin comptait parmi ses auditeurs les ministres anglicans, les officiers de terre et de mer, les autorités et la foule. En présence de cette assemblée, il devait tout à la fois être orateur, démocrate et prêtre catholique, américain et membre de la Société de Jésus. Larkin ne faillit à aucun de ces titres. Les citoyens et les fonctionnaires de l’Union déployaient leurs drapeaux et leurs brillants uniformes; lui paraît, au milieu de cette multitude, revêtu de son costume sacerdotal. L'effet que sa parole produisit dut être bien grand, car le journal protestant du pays The Adrertiser du 7 juillet s'exprime ainsi :
« Nous avons entendu dimanche soir un discours adressé, par le révérend Père Larkin, à une immense assemblée composée de citoyens et de militaires. L'ora-
teur n'aurait pu choisir un sujet mieux approprié à la
circonstance ni remplir d’une manière plus heureuse la tâche vraiment difficile qui lui était imposée. La profonde érudition et le style châtié de cet illustre Jésuite revètirent le sujet monotone de notre régénération nationale de formes nouvelles et polies, et entièrement inconnues à son auditoire, en joignant aux solennels enseignements de l’histoire et de la Sainte-Écriture une dignité et une chaleur qui subjuguèrent les âmes et ravirent de plaisir et d’amiration ses nombreux auditeurs.
» Vu de loin dans son sanctuaire champêtre, sa taille majestueuse s’élevant, de la plate-forme sur laquelle ii était debout, presque jusqu'aux branches du chêne qui le couvrait; ses vêtements sacerdotaux, contrastant admirablement avec les brillants uniformes; sa figure animée et son geste rapide, commandant l'attention du soldat immobile et du Chrétien respectueux, ranimèrent les souvenirs presque éteints des scènes merveilleuses du moyen âge, ct nous reportérent à ces temps chevaleresques où un humble ministre de l’Église Romaine passait en revue des légions de Chrétiens qui, tout hérissés de fer, allaient combattre contre l’Infidèle pour la délivrance du Saint-Sépulcre. »
Chez un peuple libre et protestant, les Jésuites ont en quelques années recouvré leur ancienne influence. Il leur est encore permis de se sacrifier et de mourir pour le salut des autres. En 1837, le Franciscain Benito Fernandez, Vicaire apostolique de la Jam.'ique, leur offre de féconder ce sol, où jadis ils furent persécutés par l’Anglicanisme. C’étaient de nouvelles épreuves à subir; les Pères du Peyron ét Cotham recoivent ordre de s'embarquer. Les circonstances sont critiques. On pousse les - Noirs à la révolte, sous prétexte de les préparer à la
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liberté, Rien ne les a disposés à ce changement de condition; ils peuvent en abuser; ils entendent autour d’eux des apôtres de toutes les sectes qui, cherchant à donner à leur paresse native une consécration biblique, leur apprennent d'avance à mésuser du principe émancipateur, Les Jésuites ne se demandent pas, avec le comte de Maïistre, si les Nègres sont dignes du bienfait de l'éducation. Ils ne disent pas comme l’éloquent publiciste! : « L'immense charité du Sacerdoce catholique a inis souvent, en nous parlant de ces hommes, ses désirs à la place de la réalité... On ne saurait fixer un instant ses regards sur le Sauvage, saus lire l’anathème écrit, je ne dis pas seulement dans son âme, mais jusque sur la forme extérieure de son corps. Il est visiblement dévoué; il est frappé dans les dernières profondeurs de son essence morale, » Cette terrible question, soulevée par le comte de Maistre et combattue par les philanthropes , ne préoccupe point les enfants de saint Ignace. Libres ou esclaves, natures incapables de développer les facultés de l’esprit, ou hommes courbant sous la servitude une intelligence seulement engourdie, les Nèges ne seront pour les Jésuites que des Chrétiens. Ils les savent susceptibles d'impressions de Christianisme profondes et durables : c'est de ce point de vue qu'ils étudient leur Mission; c’est de là qu’ils partent. Leur présence fut un stimulant pour le Clergé ; ils parcourent l'île, leur exemple fit plus que leurs paroles.
Ferdinand VIE, encore maître du Mexique, avait rétabli la Compagnie de Jésus. Le cabinet de Madrid connaissait l’irritation des colonies espagnoles. Il les savait disposées à la révolte : il espéra que les Pères de
» Soirées de Saint-Pétersbourg, 1, er, p. 99 et 101.
l’Institut, tant regrettés dans le Nouveau-Monde, pourraient conjurer la tempête dont la métropole était menacée. L'Amérique du sud n’attendit pas l'effet de cette tactique. En 18:17 elle proclama son indépendance, et, parmi les reproches que ces colonies adressent à la cour d’Espagne, elles l’accusent « de nous avoir arbitrairement — c’est le texte même de leurs griefs que l’histoire va citer — privés des Jésuites, à qui nous devons notre état social, la civilisation, toute notre instruction, et des services desquels nous ne pouvons nous passer. » Ainsi, à cinquante ans de distance, l'Amérique du sud ne pardonnait pas encore à l'Espagne de lui avoir ravi ses missionnaires, qui avaient formé les générations mortes; elle se faisait un titre de l'injustice envers les Jésuites, pour briser le lien unissant la métropole à la colonie. Au Mexique les choses ne s'arrangèrent pas de cette façon : il s’y trouvait quelques vieux Pères pour travailler à la reconstitution de l'Ordre : Joseph Castagniza, Pierre Canton, Antoine Barroso et Ignace Plaza se mirent à l'œuvre. Ils succombérent bientôt, et Canton seul se vit chargé du fardeau. Ce fardeau était lourd, il le porta sans chanceler. Le Collége de Saint-Ildephonse fut rétabli, un Noviciat fondé, et en 1819, les Jésuites, guidés par le Père François Mendizabal, s’avancèrent vers Durango, où l'Évèque ne cessait de réclamer leur concours. D'un autre côté, le Père Lerdo marche vers la Puebla de Los-Angelos, où l’attendent les acclamations et les chants de reconnaissance du peuple. La Compagnie se voyait aussi respectée dans ces contrées qu'aux jours de sa plus grande puissance : elle allait y reprendre ses projets interrompus et donner cours à ses Missions, lorsque, le 21 janvier 1821, le décret de suppression voté par les Cortès est promulgué au Mexi-
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DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS. 395 que. La Compagnie n'y existait plus légalement; elle se dispersa, et ses membres ne s’occupèrent qu’à faire isolément le bien. Au milieu des révolutions dont ce pays devint le théâtre, les uns se renfermèrent dans l'exercice du ministère sacerdotal, les autres, comme les Pères Marquez et Arillaga, honorèrent leur patrie par des ouvrages littéraires ou religieux. Basile Arillaga surtout se créa une position politique, par l’activité de son esprit, l'étendue de ses connaissances et la vigueur de son style. Jésuite toujours et partout, il fut néanmoins forcé de siéger pendant deux lépislatures au Sénat de la République mexicaine. Il défendit les immunités de l'Église si souvent attaquées dans le Congrès; il repoussa avec énergie les outrages dont quelques écrivains essayaient de couvrir la Société de Jésus, et ce fut peutêtre aux lumineux écrits d’Arillaga qu’elle dut son rétablissement partiel dans ce pays. Le 21 juin 1843, le Général Santa-Anna rappelait les Jésuites au Mexique. Il ouvrait à leurs Missionnaires les Californies, la Sonora, Cinaloa, Chiguagua, Durango et d’autres inten-
LE x 9 L L svn + 4 à . à N- FL dances, « afin qu’ils s'y appliquent exclusivement à civi
liser les tribus regardées comme barbares, parce que, mentionne Île décret, nous mettons de cette manière l'intégrité de notre territoire beaucoup plus en sûreté. » Au milieu des révolutions qui affranchissent ou désolent le Nouveau-Monde et l’ancienne Grèce, et qui, de toutes les extrémités de la terre, semblent se donner la main pour des régénérations que la force seule ne pourra jamais consacrer, les Jésuites ne prennent aucune part à ces tumultes de l'indépendance. République ou monarchie, colonie ou état libre, toutes les formes de gouvernement leur sont indifférentes, pourvu que la Foi catholique y prospère avec les bonnes mœurs. Il ne leur appartient
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