‹ Histoire religieuse, politique, et littéraire de la Compagnie de Jésus [microforme] (volume 3)Chapitre 62 sur 76 · PA 9 A DO · texte numérisé non relu

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DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS. 455 études et au caractère de leur élève; ils purent donc, en lui disant adieu, bénir le Seigneur.

Cette évocation inattendue des disciples de Loyola, cet appel d’une famille proscrite de France pouvait inquiéter la dynastie d'Orléans et raviver parmi les Révolutionnaires la haine contre les Jésuites. Le Roi Louis- Philippe et ses ministres apprécièrent sainement alors la véritable position de l'Ordre de Jésus. M. Thiers luimême, qui eut à ce sujet des conférences avec le Provincial, ne s’alarma ni pour le présent ni pour l'avenir d’une conduite toute naturelle et d'une déférence que les victimes des ordonnances du 16 juin 1828 témoignaient au Monarque signataire de ces mêmes ordonnances.

Le jour où Deplace et Druilhet se mirent en route pour remplir le vœu de Charles X, la Compagnie perdait une de ses gloires. Le Père Nicolas de Maccarthy expirait à Annecy le 3 mai. Né à Dublin en 1769, dans une de ces antiques familles irlandaises qui ont tout sacrifié à leur Foi, Nicolas de Maccarthy s'était, dès son enfance, destiné au Sacerdoce. La Révolution suspendit sa vocation sans interrompre ses études et ses bonnes œuvres. Quand la paix fut accordée à l'Église, Maccarthy se voua au service des autels. Dans le monde, il avait su, comme Tacite le dit d’Agricola, se faire excuser ou louer par la franchise de sa piété; dans le Sacerdoce, il éleva ses vertus jusqu'au sublime de la bonté. La perfection était un besoin de cette âme privilégiée; il la chercha däns la Compagnie de Jésus. Il fut tout à la fois le Bourdaloue et le Massillon de son époque; il régna par la parole dans un temps où l’art oratoire commençait à se transformer en métier. Il fut écouté, parce qu'il était convaincu; et, lorsque le trépas vint le saisir, l'Évêque d'Annecy voulut assister le Jésuite à ses derniers mo-

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A quelques années d'intervalle, le 2 mai 1837, la Compagnie voyait une pareille unanimité de regrets suivre au tombeau un autre de ses Pères. Un enfant du peuple, Nicolas-Marie Potot, né à Metz le 22 juillet 1771, attirait autour de son cercueil les mêmes respects que 1e descendant des Maccarthy. La vie de Potot avait été aussi agitée que l'époque dans laquelle il avait vécu. Licencié en droit, avocat à dix-sept ans au Parlement de Metz, soldat de la République française, chef de bataillon sous l’Empire, il avait au barreau comme sur les champs de bataille déployé autant de science que de bravoure. C’était un de ces hommes que les révolutions seulés peuvent produire. Ses blessures le mettaient dans l'impossibilité de parcourir plus long-temps la carrière des armes. À ce cœur, pour qui le repos était un tourment, il fallait une activité incessante. La gloire militaire lui était interaite; il chercha dans la Religion un nouvel aliment. En 1818, il est ordonné Prêtre; aussitôt il se jette dans les œuvres de la charité avec cette ardeur qui

‘ Le Prélat écrivait le lendemain, 4 mai 1833 : « Sa belle äme n'a pas eu d’absence jusqu'au dernier moment: la Foi, la confiance et l'amour s'en étaient tellement emparés, qu'il n’a jamais plus dit un seul mot qui ne fût un éclair céleste qui sortait de ses entrailles comme d'un sanctuaire de piété! Ah! monsieur, si le Père de Maccarthy était si grand en chaire par sa sublime éloquence, il nous a paru à tous uu vrai géant sur son lit de douleur. Jamais sermon si touchant, ni paroles aussi brâlantes que celles que nous avons entendués, pendant plusieurs jours, de cette bouche mourante. Ses confrères les Jésuites l'ont constamment assisté, Mes bons Prêtres, mes pieux Séminaristes ne l'ont quitté ni le jour ni la nuit : tous ont ambitionné de recevoir sa bénédiction, et tous l'ont recue avec une religieuse reconnaissance, Jaloux de conserver ce précieux dépôt, le chapitre de ma cathédrale m'a demandé de le placer dans cette église, où saint François de Sales avait si longtemps jadis exercé son ministère. Je n'ai pas cru devoir refuser cet honneur et cette faveur à un Clergé qui y attachait un si haut prix; et, malgré les désirs et la modestie du vénérable défunt, qui aurait voulu reposer à Chambéry , au milieu de ses frères, nous le conserverons dans la cathédrale d'Annecy, et dans quelques heures mon chapitre ct mes autres prêtres viendront enlever d'auprès de moi cet ancien ami pour le porter dans cette église antique qui tressaillera en recevant un tel dépôt, »

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DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS. 457 l’emportait dans les combats. Il devient le missionnaire du Pays Messin, le père des pauvres, le consolateur de toutes les souffrances. Au milieu de ces dévouements, Potot qui, malgré ses soixante-deux ans, garde en son âme toute l'énergie de la jeunesse, aspire à entrer dans la Compagnie de Jésus. Il y est reçu en 1833, et le chef de bataillon de l'Empire et le Chanoine de Metz veut vivre et mourir Jésuite. Son nom était aussi populaire dans le nord de la France que ses vertus. On honorait en lui le vieux soldat mutilé au service de la République et le prêtre dont la parole fécoudait la bienfaisance chrétienne. Sa mort précieuse devant le Seigneur fut un deuil public dans toute la ville de Metz. Ses compagnons d'armes, ses collègues du chapitre, les magistrats, les indigents de tout âge et de tout sexe qui avaient été ses plus chers amis, l’état-major de la place et le clergé, confondus autour de ses restes mortels, donnèrent un dernier témoignage d'estime au Jésuite, dont chacun célébrait le nom. [épée et les épaulettes du soldat étaient déposées sur son cercueil à côté de l’étole du prêtre, et ce fut à travers les bénédictions de la foule, que les lugubres roulements du tambour ne parvenaient pas à couvrir, que le Père Potot descendit dans la tombe.

Isolés au sein des villes et se livrant à l’étude des sciences sacrées, les Jésuites, protégés par l’indifférence gouvernementale, s’efforçaient de reprendre le cours de leurs travaux. A Paris et dans les provinces, ils revenaient sans bruit; avec cette persévérance que rien ne fatigue, ils poursuivaient l’œuvre interrompue. Ils avaient mis à profit ces quelques années de silence pour former des orateurs et des guides spirituels. La pénurie des Paroisses, les besoins du Clergé leur laissaient un vaste champ à cultiver. Les Évêques commencèrent à les

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h58 HISTOIRE introduire dans leurs diocèses comme d’indispensables auxiliaires. L'administration et la magistrature se recrutaient dans un cercle hostile à la Compagnie. Tous les fonctionnaires nourrissaient contre elle de vieilles immitiés ou des préjugés que le maniement des affaires ne parvenait même pas à déraciner. Les Jésuites campaient au milieu de leurs ennemis; ils agissaient, ils préchaient sous leur regard inquisitorial, et ils n’offrirent jamais à la malveillance une occasion de les incriminer. Ils furent prudents lorsqu'on les poussait à se compromettre, réservés en face de chaque parti qui leur proposait de s’enrôler sous sa bannière. Se tenant à l'écart de toute intrigue, ils surent en peu de temps gagner l'estime de leurs adversaires au pouvoir et conserver la confiance de leurs amis dans l’opposition. Les Jésuites n'étaient point chargés de détruire le gouvernement ou de veiller à sa sécurité. Sous la branche aînée, on leur avait fait le reproche immérité de s'occuper des choses terrestres; afin de ne pas voir se renouveler ces imputations, ils jugèrent utile de garder la plus stricte neutralité. D’autres soins remplissaient leur vie, et ce fut à dater de cette époque que, toujours brûlants du désir d'étendre le royaume du Christ, ils propagèrent le mouvement catholique par la chaire, par le tribunal de la pénitence et par les retraites spirituelles. Avec le gouvernement de Juillet, il n’était plus possible d'arriver aux honneurs ou à la fortune par une piété menteuse. L'Église ne devenait plus le piédestal des ambitions impatientes. La tartuferie politique succédait à l'hypocrisie religieuse; la conviction seule pouvait, et non sans peine, faire excuser la pratique des devoirs. En présence de cet état de choses, les Jésuites crurent que le principe chrétien devait reconquérir son ancienne splendeur : ils se dévouèrent à ce travail de re-

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DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS. 459 composition. Les Évêques les soutinrent, ils les patronèrent, et la voix des disciples de saint Ignace retentit sur tous les points de la France. Ils avaient embrassé un rude apostolat. Ils annoncaient les vérités éternelles dans les cathédrales des grandes cités comme au fond de la plus modeste église de village; ils évangélisaient les riches et les savants de la terre en même temps qu’ils distribuaient aux petits enfants le pain de la parole divine. Cette multiplicité d'œuvres saintes ne réalisait pas encore l'espoir qu'ils s'étaient proposé. Il fallait, pour faire porter des fruits de salut aux nouvelles générations, entretenir le feu sacré dans le cœur du Prêtre, lui inspirer l’amour des devoirs sacerdotaux , le conduire par le recueillement à une perfection plus entière et ranimer les ardeurs de la charité que l'isolement affaiblissait quelquefois.

L’usage des retraites ecclésiastiques n'était pas trèsrépandu ; la disette d’orateurs parlant avec l'autorité de la vertu et de la science se faisait vivement sentir dans le Clergé, absorbé par les soins pastoraux. Il importait de créer une pépinière de prédicaieurs qui expliqueraient chaque année aux Ecclésiastiques administrant les Paroisses les obligations du Sacerdoce. Les Jésuites se consacrèrent à cette laborieuse mission. Sur les traces des Pères Gloriot, Caillat et Varlet, ils marchèrent dans cette voie inexplorée. Maxime de Bussy, Étienne Deplace, Renault, Gondelin, Chaignon, Lefebvre, Guillermet, Besnoin, Possoz, Millet, Levé, Grail, Morin, Leblanc, Philippon et Rousseau entreprirent la tâche la plus difficile qu’il y ait au monde, celle de rappeler à des Prêtres le sublime sacrifice auquel ils se sont condamnés. Le Clergé accepta avec reconnaissance des paroles qui le fortifiaient dans l’accomplissement de ses

vœux. Les Jésuites furent ses guides dans l'oraison, ses frères dans la charité, ses vicaires dans la direction des églises. Un sentiment d'émulation les réunit dans la même pensée, et les Évèques, heureux de cette féconde fraternité, ne tardèrent pas à s’y associer. Les Pères de la Compagnie devinrent les orateurs de la plupart des retraites pastorales; en 18/44 ils en donnèrent soixante, et ils ne purent bientôt plus suffire aux demandes de l'Épiscopat et du Clergé.

Pendant ce temps, d’autres enfants de l’Institut apparurent daus les chaires de la capitale et des villes les plus importantes. Ravignan et les deux Deplace, Delfour et Marquet, Humphry et Guyon, Lefebvre et Valgalier, Lartigue et Maillard, Arthur Martin et Bouix, Studer et l'errand, Chervaux et les deux Valantin, Lavigne et Corail, Soimié et Nampon, les deux Liot et Fantin, Bellefroid et Gaudé, Bertrand et Leroux ressuscitérent l’éloquence sacrée. Ils apprirent aux Catholiques à bénir le nom de la Compagnie.

On avait fermé à l'Ordre de Jésus la carrière de l’enseignement; il lui était interdit de répondre à la confiance des familles et de jouir d’un droit proclamé par la Charte de 1830. Les Jésuites ne peuvent former des savants, ils travaillent à faire des chrétiens. Les succès qu'ils obtenaient ne tardèrent pas à éveiller l'attention des débris de la philosophie du dix-huitième siècle. Il y avait des vétérans révolutionnaires qui prenaient au sérieux les exagérations de la presse libérale et qui, en voyant un Prêtre dans un disciple de Loyola, ne demandaient pas mieux que de le censurer ou de le flétrir par la seule raison qu’il était catholique. A côté de ces hommes n'ayant jamais eu que la brutale audace de la proscription, il surgissait une autre école qui, traduisant en

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DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS. 461 apophthegmes éclectiques les principes de 1793, enveloppait ses jalousies de nuages transparents et les soufflait au cœur de la jeunesse avec une ferveur corruptrice. Cette école, dont les passions studieuses ne faisaient qu'’irriter la soif de l'or, des plaisirs et des honneurs, envahissait toutes les avenues du pouvoir. Elle avait pris à bail la régénération de l'humanité, et, sous ses préceptes délétères, l'humanité tombait en dissolution comme un corps gangrené. :

Ces deux systèmes, sans procéder par les mêmes moyens, tendaient au même but. Afin d'y arriver plus sûrement, ils avaient essayé de s’immobiliser dans l’Université de France. Fa plupart des professeurs que l'Etat donnait à la jeunesse supportaient avec douleur le joug auquel ils se sentaient attachés. Ils rougissaient de honte en cherchant à comprendre les théories d’impiété ou d'indifférence religieuse qu'on leur inculquait, et plus d’une fois on avait entendu quelques Universitaires démasquer courageusement de pareilles manœuvres. Mais, disséminés dans les villes de province ou sans influence dans Paris, ils n'avaient pas, comme les antagonistes du Catholicisme, un centre d’action, un lien commun, une franc-maconnerie philosophique. De même qu'aux meilleurs jours de la Restauration, l’Université se voyait débordée. Elle était sous la férule d’un petit nombre d’austères intrigants. Malgré M. Guizot et malgré M. de Salvandy, la minorité savait dominer par la crainte ce peuple d’instituteurs. Le 22 août 1823, l’abbé de La Mennais, s'adressant à l’Évêque d’Hermopolis, alors grand-maître, dénonçait les audacieux abus introduits dans les colléges.

« Une race impie, dépravée, révolutionnaire, écrivait l’auteur de l'Essai sur l’Indifférence, se forme sous

462 HISTOIRE l'influence de l’Université. Déjà, dans ses pensées aveugles et dans ses espérances sinistres, cette jeunesse turbulente médite des bouleversements; elle sait que le monde lui appartiendra, et le monde, dans un temps peu éloigné, apprendra, si rien ne change, ce que c’est que d’être livré à des hommes qui dès leur enfance ont vécu sans loi, sans religion, sans Dieu.

» Une sorte de régularité extérieure, des actes de culte exigés par les règlements trompent encore, sur l’état réel des écoles, quelques personnes confiantes qui ignorent que ces actes dérisoires ne sont le plus souvent qu'une profanation de plus. Mais ce qui pourrait paraître incroyable, et n’est cependant que trop certain, c’est que, malgré des apparences commandées, on parvient quelquefois à ôter aux élèves jusqu’à la possibilité de remplir leurs devoirs religieux. Ainsi, le chef d'un collége avait réglé le nombre d’enfants que l'aumônier devait confesser en une heure; un d’eux ayant dépassé le temps fixé, et voulant achever sa confession, fut entevé de force du confessionnal par un des maîtres d'étude.

» Monseigneur, je lis dans l'Évangile que, les disciples de Jésus-Christ, éloignant de lui les petits enfants qu’on lui présentait, il fut ému d’indignation et leur dit : « Laissez les petits enfants venir à moi, et ne les empé- » chez pas d'approcher; car c'est à ceux-là qu’est le » royaume de Dieu. »

» Ne pouvons-nous pas adresser à l’Université les mémes paroles? ne pouyons-nous pas lui dire : « Laissez les petits enfants qui vous sont confiés venir à Dieu, à Jésus- Christ, et ne les empêchez pas d’approcher : ne leur fermez point la voie du salut : ne souffrez pas que l’on corrompe par des leçons d’impiété et des exemples de

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DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS. 4163 libertinage la pureté de leur foi et l'innocence de leurs mœurs. Un compte terrible vous sera demandé de ces jeunes âmes que Dieu appelle à son royaume : malheur à qui les dépouille de ce céleste héritage, ou qui permet qu'on le leur ravisse! Trop long-temps on les a séparés de leur père; laissez-les revenir à lui : que vos écoles cessent enfin d’être les séminaires de l’athéisme et le vestibule de l’enfer. »

Ces éloquentes colères, autorisées par la polémique, mais auxquelles l'impartialité de l’histoire ne peut pas souscrire sans examen, étaient un cri d’alarme qui retentit dans toutes les familles. La Mennais le jetait au nom de la Religion et de la patrie; jusqu'en 1840, les Jésuites se contentèrent de gémir en secret sur des maux dont il ne leur était pas permis de tarir la source. Leur action sur les masses et.la confiance du Clergé furent pour les tyrans de l'Université un perpétuel sujet d’inquiétudes. Ils prirent ombrage de ces quelques Prêtres qui, sans autre appui que leur Foi, se portaient si intrépidement à la défense du Christianisme et de l’Église. Ils virent dans ce zèle, couronné de tant de succès, une attaque aux principes dont ils essayaient d’infecter le corps enseignant. Il fallait raviver par une guerre de mots les passions qui se calmaient, les vieilles animosités qui ne trouvaient plus d’écho : une croisade contre le Clergé fut résolue. La dénomination de Jésuite avait encore dans quelques souvenirs un prestige de terreur; on l’exhuma peu à peu.

Le premier symptôme de cette conspiration se manifesta chez M. Cousin. M. Cousin avait poussé sa philosophie aux grandeurs. Il la faisait riche, puisqu’il ne parvenait pas à la rendre intelligible. Brillant rhéteur, écrivain impétueux, il avait, comme tous les

h64 HISTOIRE

sophistes, l'amour de la domination et du paradoxe. Placé à la tête de l'instruction publique, il voulut y signaler son passage par une innovation décelant ses tendances. Il ne trouva rien de mieux que de glisser au programme officiel pour le baccalauréat ès-lettres les deux pre

mières provinciales de Pascal. Imposer à la jeunesse un livre condamné par l'Église, c'était un défi au Clergé, à la Famille, à l’État lui-même. M. Cousin s’avouait cela ; mais l’Université voyait son mononole sapé par toutes les intelligences et par toutes les probités. La liberté d'enseignement ne devait pas être comprimée plus longtemps pour le triomphe de l’éclectisme; il importait d'en finir avec cette promesse qui ne se réalisait jamais. En habiles tacticiens, les Universitaires se firent de la Compagnie de Jésus un rempart. On songeait à émanciper la famille : tout aussitôt ils évoquent le fantôme du Jésuitisme.

De 1830 à 1840, les deux tribunes législatives, la presse et les divers partis n’ont cessé de railler les frayeurs des Dupin, des Portalis et des Montlosier de la Restauration. Tout le monde alors confessa que leurs craintes étaient chimériques; chacun même admit le public au déploiement de ses forces, et M. Saint-Marc Girardin, l’un des chefs de l'Université, disait à la Chambre des Députés ‘ en parlant des disciples de l’Institut : « Comment, messieurs, vous avez peur de cette Société sans cesse traquée et toujours immortelle! vous en avez peur, et lorsque je consulte notre histrire, je vois qu’en 1763 vous l’avez vaincue, et aujourd’hui vous avez tout ce que vous ont donné nos pères : vous avez je ne sais combien d'éditions de Voltaire, espèce d’artillerie qui combat sans cesse les Jésuites; vous les avez répandues

1 Monitiur du 23 mars 1837, p. 655.

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DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS, 465 partout; vous avez plus que les anciens Parlements; vous avez la tribune, tous les pouvoirs publics; vous êtes vous-mêmes debout, tout prêts à frapper avec les lois tous ceux qui voudraient attenter aux libertés publiques ou inspirer des doctrines funestes. Et,' malgré tant de pouvoir et de puissance qui vous viennent de vos devanciers, de vous-mêmes, de vos écrivains immortels et de vos lois, malgré tout cela vous avez peur. Mais je ne mets pas si bas la civilisation de 89 qu’elle ait’ peur des Jésuites. Je crois qu'elle est capable de supporter, de combattre la concurrence. Et, quant à moi, je ne ferai jamais un aveu qui nous &baisserait à ce point dans l'opinion de l’Europe. »

Le courage contre la Société de Jésus était si bien passé dans les mœurs que le Journal des Débats, à la date du 4 janvier 1839, en faisait parade lui-même. Il s’exprimait aiusi : « Est-ce bien sérieusement que l’on redoute aujourd’hui les empiétements religieux et le retour de la domination cléricale? Quoi! nous sommes les disciples du siècle qui a donné Voltaire au monde, et nous craignons les Jésuites!

» Nous vivons dans un pays où la liberté de la presse met le pouvoir ecclésiastique à la merci du premier Luther venu qui sait tenir une plume, et nous craignons les Jésuites!

» Nous vivons dans un siècle où l’incrédulité et le scepticisme coulent à pleins bords, et nous craignons les Jésuites!

» Nous sommes Catholiques à peine, Catholiques de nom, Catholiques sans Foi, sans pratiques, et l’on nous crie que nous allons tomber sous le joug des Congrégations ultramontaines!

» En vérité, regardons-nous mieux nous-mêmes, et VI. 30

466 HISTOIRE sachons mieux qui nous sommes; croyons à la force, à la vertu de ces libertés dont nous sommes si fiers. Grands philosophes que nous sommes, croyons au moins à notre philosophie. Non, le danger n’est pas où le signalent nos imaginations préoccupées. Vous calomniez le siècle par vos alarmes et vos clameurs pusillanimes. »

T'elle était en 1839 la situation des esprits; le Journal des Débats la constatait. Avec un luxe de railleries au moins inconvenantes, il faisait trophée de la corruption ou de l'indifférence; il inspectait les faisceaux d'armes philosophiques déposés dans les arsenaux de l'État, de l’Université et de la Presse contre les enfants de saint Ignace , et il souriait devant des frayeurs imaginaires qu’il n'avait pas intérêt à propager. Le temps n’était pas venu où il allait s'écrier' dans le paroxysme de son effroi : « Qu'importe que les Moines de la rue des Postes ou de la rue Sala soient des saints, s'ils cachent dans les plis de leur robe d’innocence le fléau qui doit troubler l'État? Qu’ai-je affaire de vos vertus, si vous m’apportez la peste! »

En 1839, le mot d'ordre était d’inspirer une sécurité parfaite et de voir les choses sous leur véritable aspect; en 1840, l'on commence à croire qu’il faut donner un aliment à l'éternel besoin de controverse qui travaille la France, L'Université fit accepter le Clergé et les Jésuites. Dans l'intervalle de quelques mois, ils se présentèrent menaçants et redoutables. M. Cousin honorait l’auteur des Provinciales aux dépens de la jeunesse; il inaugura cette levée de boucliers en faisant glorifier l'écrivain janséniste par l’Académie. Il proposa l’éloge de Pascal

1 Journal des Débats du 10 mars 1845.

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DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS. 467 comme sujet du prix d’éloquence, et le 15 mai 1842 M. Lherminier put dire avec toute raison dans la Revue des deux Mondes : « Pascal écrivit les Provinciales, et le démon de l'ironie fut déchaîné contre les choses saintes. Les Jésuites reçoivent en apparence tous les coups; mais la Religion en est frappée avec eux. Pascal a préparé les voies, Voltaire peut venir. »

Voltaire vint en effet; l’impudique insulteur de Jeanne d’Arc eut son ovation au sein de l’Académie française.

Cette émeute d’Universitaires, qu'aucune réaction, qu'aucune attaque n'avaient provoquée et qui s’élançait dans la rue pour maintenir le Monopole dont la liberté s’apprêtait à faire justice, tira l'Épiscopat de sa réserve habituelle. Les Évêques vivaient dans leurs Diocèses, loin de la Cour; et, concentrés dans leurs sollicitudes pastorales, ils ne s’occupaient qu’à développer le germe chrétien. Selon une parole de M. Guizot, « la majorité, la grande majorité du Clergé ne songeait qu'à accomplir sa tâche religieuse et morale; elle ne demandait pas mieux que de s'y dévouer en s’y renfermant.» Mais cette abnégation ne faisait pas le compte des turbulences et des vanités de rhéteur. Il fallait engager quelques Prélats dans la querelle, afin d'acquérir le droit de les confondre tous sous la même accusation de connivence avec les Jésuites. Université, par son petit troupeau d'enfants perdus de l’éclectisme, avait jeté dans ses chaires ou dans ses ouvrages de désolantes doctrines.

Tout y était Dieu, excepté Dieu lui-même; tout, dans leurs théories, devait être vrai, excepté la vérité. Les adeptes les plus fervents de ceite nuageuse philosophie, qui crée l'obscurité afin d’introniser le scepticisme, envahissaient les Facuités du royaume. On les plaçait à Paris, à Lyon, à Toulouse, à Strasbourg, à Bordeaux 3,

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comme des jalons. Leur enseignement était contraire aux intérêts de la Foi, dé la Famille et de l’État; l’État les laissait agir; les Archevêques de Toulouse et de Lyon, les Évêques de Chartres et de Belley furent les premiers à prendre en main la défense des principes sociaux. À part leur devoir de pasteurs des âmes, ils avaient, comme cioyens, un droit incontestable à examiner, à juger des systèmes qui se produisaient par la voie du professorat ou de la publicité. Dans un temps où l’on discute les Rois et les Pontifes, où les bases de l'autorité religieuse et civile sont mises en question comme des problèmes, l’Université prétendait accaparer le privilége de tout nier, de tout détruire et celui plus exorbitant de condamner au mutisme les hommes qui refusaient de porter son joug. Elle était l’agresseur, et, au premier mot de réponse, elle criait à la persécu-

tion.

On devenait intolérant par cela seulement que l’on ne consentait pas à laisser quelques pédagogues répandre en paix leurs semences de doute. L'Université s’était abritée derrière les journaux révolutionnaires; ils lui servaient de camp retranché; et, en faisant elle-même son éloge dans ces feuilles, elle s’imposait aux béates admirations de la foule. Maîtres de la presse libérale par la camaraderie ou par la conformité de sentiments, les belliqueux Universitaires organisent une opinion publique, et de tous les points à la fois ils dirigent le feu contre l'Épiscopat. Avec les pères de famille, les Évéques réclamaient la liberté d'enseignement ; on les peint comme des despotes tendant à asservir la pensée humaine. Ils trouvaient un appui naturel dans les journaux catholiques ou indépendants; on se fait une arme de la polémique de ces journaux. L’on s’empare de leurs co-

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DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS. 69 lères répondant à d’autres colères. La guerre était déclarée des deux côtés; les avocats de l’Université s’aperçoivent que la victoire ne tardera pas à leur échapper et que le bon sens public fera tôt ou tard justice de leur complot permanent contre les droits de tous. Ils cher-

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sions. En 1842, ils se souvinrent de 1827; ils jetèrent dans la mêlée le spectre du Jésuitisme.

Depuis l’ère de juillet , ils avaient mille fois proclamé que l’omnipotence des Jésuites n'avait été pour eux qu'une ingénieuse fiction, à l’aide de laquelle il leur était plus facile de battre en brèche le Christianisme et la Monarchie. Peu de mois avant cette prise d’armes, ils affirmaient encore que les Pères n’existaient pas; tout à coup ils les ressuscitent; puis les morts de la veille sont les instigateurs et la cause des combats du lendemain. Comme en 1828, on s'apprête à doter les enfants de saint Ignace d'une de ces puissances occultes qu'avec les cent voix de la presse il serait impossible au prince le plus entreprenant de maintenir durant vingt-quatre heures. On procède par les mêmes moyens, et, chose qui confond la raison, on obtient le même résultat. Jusqu’à ce jour, l’existence des’ Jésuites n'a été un mystère ni pour le gouvernement, ni pour la révolation, ni pour l’université. M. Thiers, qui aspire à concentrer dans sa personne ces trois pouvoirs, dont les anomalies n’ont rien d’effrayant pour sa loquace ambition, connaissait cette existence lorsqu'il était à la tête des affaires. Alors il ne craipnait pas d’entourer les disciples de l’Institut d’une modération bienveillante; il rendait justice à leur prudence; il osait même sourire des terreurs que leurs adversaires affectaient.

Mais, exilé du ministère, il essayait de remettre à neuf

sa popularité, tant de fois compromise par des mesures aussi fatales à la liberté qu’à l'honneur de la France. Il n'avait pu tuer la presse sous ses coups, il l’achevait en lui dictant son éloge. Le journalisme constitutionnel souscrivit à ce marché, et, en échange d’un pareil sacrifice, il contraignit M. Thiers à prendre sous son patronage les attaques de l’Université. Les Jésuites avaient un ennemi de plus, mais un ennemi sans haine et sans amour, rapetissant toutes les questions au niveau de son égoisme, et, après avoir épousé les querelles d’autrui, les exploitant dans l'intérêt de ses vanités. M. Thiers était dépositaire du secret d’un grand nombre de consciences. Il en avait tant marchandé, tant acheté, il avait fait de ce trafic un tel instrument de règne et de corruption qu’il ne voyait jamais l’hamanité que sous son plus mauvais aspect. M. Thiers possédait admirablement la stratégie parlementaire. Il devinait les moyens d’apprivoiser les Aristides de la tribune et les Cincinnatus de la plume ; il crut qu’une guerre contre le Clergé et les Jésuites le ramènerait au Ministère.

Ce n'était ni à l’Épiscopat ni à la Compagnie de Jésus que M. Thiers prétendait être hostile ; mais à M. Guizot. Le publiciste protestant, plus magistral, plus digne dans ses mœurs, dans son langage et dans ses croyances, se regardait tenu, par le seul fait de la différence des cultes, à de justes égards envers les Pontifes de l’Église catholique. Religieux par instinct et par raison, ne cherchant pas la célébrité, comme M. Thiers, sur chaque borne de la rue, il répugnait à l’idée de mêler son nom aux excès que le scepticisme mogneur de sra rival allait inspirer. M. Guizot, aimant le pouvoir pour le pouvoir lui-même , le prenait au sérieux; M. Thiers n'y voyait qu'un moyen et jamais un but. L’un désipprouvait cette

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DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS. 474 croisade sans motifs, qui ne devait aboutir qu’à des résultats sans portée; l’antre s'y jetait, poussé par son insatiable besoin de mouvement.

Quand l'Université eut passé la revue de ses forces et calculé le nombre de ses auxiliaires, elle attaqua à visière découverte. Le 15 avril 1842, deux suppléants de l’École Normale se présentent aux Colléges royaux de Charlemagne et de Henri IV. Dans l'espoir d’imprégner les élèves de leurs passions, ils donnent pour sujet de discours français : « Arnauld accusant les Jésuites et défendant l’Université.» Le zèle avait emporté trop loin ces jeunes rhéteurs; le grand-maître, M. Villemain, leur recommanda plus de circonspection. Mais, pour leur fournir un modèle d'agression parlementaire, on l’entendit, le 30 juin 1842 , attaquer la Compagnie de Jésus : « Quel souvenir plus instructif aujourd’hui même, disait-

il à l’Académie Française, et quelle polémique plus in-

1 Le thème offert simultanément à ces deux Colléges était ainsi rédigé :

« Arnauld contre les Jésuites au nom de l’Université.

» Pierre Barrière avait formé le projet d’assassiner Henri 1V. 11 fut arrêté à Melun comme il allait l'exécuter, et rompu vif le 26 août 1595. Il déclara sur l'échafaud qu'il avait sté porté à ce crime par les Jésuites, L'année suivante, Antoine Arnauld, avocat, plaida devant le Parlement au nom de l'Université, dont il était l'élève, et demanda l'expulsion de la Compagnie hors du royaume.

» L'exorde sera tiré du nom même de la Compagnie de Jésus. Est-ce là le devoir que ce nom privilégié leur impose ? est-ce là ce qu'ils ont promis au Saint-Père en recevant de lui le droit de le porter?

» On ne s'aperçoit pas qu'ils observent beaucoup leurs vœux de pauvreté et d'obéissance : au contraire, brigues, ambitions. A quels autres faut-il imputer les forfaits de la Ligue?

» Pie IV leur a accordé la direction des Séminaires et de quelques Colléges ; or, y a-til sûreté à leur confier la jeunesse, si c’est l’assassinat qu'ils enseignent?

» Éloge de l’Université ; garanties qu'elle donne.

» Système accapareur des Jésuites. Depuis cinquante-six ans que leur Société s’est formée, déjà les voilà confesseurs des Rois de France et maîtres d’une partie de la jernesse.

+ Eu mettant le poignard aux mains de cet homme, ils n'ignoraient pas qu'ils risquaient le salut du royaume, Quoi! alors, pensaient-ils servir la Religion en faisant assassiner le Roi de France ?

» C’est au Parlement, le premier corps de l'État, qu'il appartient de le préserver contre cette ambition impie , de ne pas souffrir qu’on donne à la jeunesse des enseignements douteux, et aux peuples des poignards, »

* h72 HISTOIRE

telligible pour notre temps que la résistance de tant d'hommes éclairés et vertueux, dont Pascal était l’âme et la voix, et leurs combats passionnés contre cette Société remuante et impérieuse que l’esprit du gouvernement et l’esprit de liberté repoussent également! » Ainsi, d’après le Ministre de l'instruction publique, l'esprit de liberté procédait par l'intolérance; aux yeux de l’autorité, il n’acquérait droit de vie qu'en repoussant une classe de citoyens. Ces singulières théories trouvaient de l'écho. On y applaudissait avec fureur; la presse les commentait chaque jour avec des frayeurs incompréhensibles. Le pouvoir jetait le cri d’alarme; toutes les nuances de l’oppusition anticatholiques prirent ce cri au sérieux. M. Dupin, devant l'évocation des Jésuites, pâlit sur son siége de Procureur-général à la Cour de cassation, M. Mignet essaya ses forces’ contre « cette Société fameuse qui ne reconnaît d'autre gouvernement que celui de Rome, n'a d’autre patrie que la Chrétienté et ne sort de sa mystérieuse obscurité qne pour reparaître en dominatrice parmi nous. »

Au dire des plus hauts fonctionnaires, les Jésuites étaient les maîtres de la situation; ils absorbaient la France; ils régnaient à la place de Louis-Philippe ; ils gouvernaient malgré les Ministres, du fond de la rue des Postes, ils avaient prise sur les deux Chambres. Les uns les accusèrent de tendre au renversement du trône; les autres affirmèrent qu'ils avaient la force et la volonté de bouleverser les Institutions. Ce fut la thèse la plus commune ; la Gazette de France en inventa une nouvelle. Les Jésuites lui apparurent sous les traits des plus fermes appuis de la Royauté de 1830. Ils avaient prêté leur

" Séance de l'Académie française du 8 décembre 1842.

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DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS. 473 concours à la dynastie d'Orléans ; ils l’avaient patronée ; et, puisqu'ils n'étaient ni Gallicans ni Réformistes, la Gazette les abandonnait à l’ingratitude de leurs anciens protégés.

Tous ces rêves de cerveaux malades, tous ces dangers factices auxquels chaque parti s’efforçait d’arracher la France, préoccupaient fort peu l’attention publique. Le peuple refusait de se laisser prendre au piége de 1828. Il cherchait à s'expliquer le bruit que la presse et la tribune faisaient autour de lui; il demandait à sentir luimême l’action d'un de ces invisibles Jésuites qu'on disait être assis au foyer de chaque famille, qu'on peignait comme disposant de la fortunc du pays et complotant dans l’ombre son asservissement. Le peuple se montrait incrédule à ces étranges récits; il restait indif-

: On lit dans la Gazette de France du 29 décembre 1844:

s Il est hors de doute que les Jésuites ont rendu de très-grands services à l'ordre de choses actuel. Ce sont eux qui ont plaidé sa cause à Rome ; ce sont eux encore qui, par leur action, ont rallié une partie du Clergé au nouveau gouvernement. Partout enfin où leur influence a pu s'exercer, elle a été favorable à la dynastie de 1830. Ils ont blâmé de la manière la plus formelle l'opposition qu’on faisait à son gouvernement. Ils ont continuellement représenté l'avénemeut d’un régime nouveau comme un effet de la volonté de la Providence qu'il fallait respecter , et leur tendance a toujours été d'éloigner les esprits des luttes de la politique pour les occuper uniquement de la Religion ; si bien que les Royalistes qui ont subi leur direction se sont ou rattachés à la Royauté de juillet, ou du moins détachés de leurs opinions, au point de ne plus les regarder que comme un souveuir qui ne devait devenir pour eux le principe d'aucune action politique, »

Et plus loin, la Gazette ajoute :

« Les services que les Jésuites rendaient avaient quelque chose d’intine et de contidentiel qui ne pouvait être apprécié que par un gouvernement personnel, Ils savaient très-bien que la révolution qui domine dans les assemblées, loin de leur étre favorehle, leur était contraire : aussi ce n'est pas pour elle qu'ils avaient travaillé, et ce n'es. pas sur elle qu'ils comptaient. L'espoir qui était entré dans leur esprit était le même que celui qui avait décidé l'Autriche à favoriser l'ordre de choses actuel; ils pensaient, comme elle, que le nouveau gouvernement fondé en France réussirait à se mettre hors de page, et prendrait place parmi les gouvernements absolus, ce qui leur permettrait de tenir les promesses qui leur avaient été faites en échange de leurs bons offices,

» Ainsi les Jésuites étaie it tout à la fois favorables à la dynastie et contraires à ceux qui avaient élevé la dynastie sur le pavois; ils acceptaient le résultat de la révolution, mais ils repoussaient les principes de la révolution ; ils étaient dynastiques sans être révolutionnaires, Bien Join de là, ils étaient dynastiques afin d’en-

47h HISTOIRE:

férent aux passions qu'on essayait de lui souffler au cœur : on résolut de faire violence à cette attitude par une émeute de toutes les capacités philosophiques et législatives.

Dans les premiers mois de l’année 1843, un livre parut sous le titre : « Le Monopole universitaire, destructeur de la Religion et de la Liberté. » Ce livre était signé par l’abbé des Garets, Chanoine de la Métropole de Lyon. Jamais peut-être plus rude coup n’avait été porté à l'Éclectisme. C’était un acte formidable d’accusation, un réquisitoire accompagné de toutes les pièces probantes. Au premier coup d’un pareil canon d’alarme, retentissant aux oreilles de l’Épiscopat, des familles et de l'Europe entière, l'Université, mise sur la sellette, se jugea blessée à mort. Cet ouvrage la saisissait dans ses œuvres vives, et il en étalait les plaies. Né d’une pensée

lever la dynastie aux Révolutionnaires, et à condition qu'elle serait placée dans des conditions nouvelles, qui lui permettraient de payer aux Jésuites la dette qu'elle avait contractée envers eux, et qu'elle la mettrait à portée de rendre des services à la Religion en France,

» Ceci explique parfaitement la levée générale de boucliers qui a eu lieu dans tout le camp dyÿnastico-révolutionnaire contre les Jésuites. L’alarme a été d'autant plus vive et les attaques ont été d'autant plus violentes, que l'on a compsis que l’on avait affaire non-seulement à des adversaires, mais à des concurrents. »

Telles sont les bases de la polémique soutenue par la Gazette contre les Jésuites, Nous n'incriminons pas les intentions dont Dieu seul reste juge ; nous croyons même que le journal du Gallicanisme n’a poussé si loin les démonstrations de sa théorie que par un de ces jeux d'esprit dont certains publicistes prennent l'initiative pour donner plus de saveur à leur politique. Dans ces artificieux mensonges, la Grzette ne vit qu'un moyen de débarrasser son parti de ce qu'elle appelle limpopularité des Jésuites. Son plan de campagne ne réussit pas, quelque perfide qu'il fût en apparence ; il n'allait à rien moins en effet qu’à rendre les Jésuites odieux aux Légitimistes et aux Révolutionnaires de toutes les nuances. 1] dénoncçait à l'Europe les enfants de Loyola comme les points d'appui d'un gouvernement personnel, comme les auxiliaires secrets du roi Louis-Philippe. C'était presque conseiller à ce Prince de les persécuter pour prouver qu’il n'avait avec eux aucune alliance secrète. 11 n’est pas possible que de pareils calculs soient entrés dans le cœur d'écrivains religieux ; nous ne nous y arrétons que pour indiquer quelle fût à cette époque la pénible situation de la Société de Jésus. Elle s'était tenue à l'écart de toute affection, de tout” hostilité politique. Elle se contentait de précher le bon ordre, la paix, et de faire surnager l'intérêt de la Religion au milieu de toutes les convulsions des partis. On prit texte de cette prudence saccrdotale pour lui impater des actes dont l'impossibilité était évidente, maïs dont le soupçon seul pouvait lui coûter fort cher.

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DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS. 75 catholique, il sembliit avoir été inspiré par ces paroles de M. Dubois, membre du Conseil de l'instruction publique et directeur de l’École Normale‘: « Rien de stable, rien de grand ne peut se tenter, disons plus, rien de moral, car aucune conviction libre ne peut vivre dans un corps comme celui de l’Université, sans cesse exposé à démentir le lendemain ce qu’elle professait la veille. Il y a long-temps que, pour la première fois'et les premiers. avec suite, méthode et fidélité, nous avons réclamé contre le monopole, destructeur de toute croyance et de toute instruction. » s

Le Monopole, dont, comme on le voit, un des chefs & l’Université, a lui-même fourni le titre, développait cette terrible accusation portée par le National en septembre 184: : « L'éducation que donne l’Université, disait la feuille républicaine, est impie, immorale, incohérente. Nous renonçons à tracer ici le sombre tableau qui est malheureusement sous nos regards; mais que nos lecteurs songent un instant à ce que le régime où nous vivons a fait d’une grande partie de la jeunesse française, et ils pourront trop aisément suppléer à ce que nous taisons.

» L'éducation première, dont l’Université est responsable, a fait place chez nous à une école d’égoïsme et de corruption prématurée. »

La plainte du National, passant dans les harangues des députés radicaux et calvinistes, empruntait quelque chose d'officiel au Tournal des Débats. Le 6 novembre 1842, on lisait dans ses colonnes : « L'école éclectique, pour l’appeler par son nom, est aujourd’hui maîtresse et maîtresse absolue des générations actuelles. Elle oc-

à Globe du 5 juillet 1828.

76 HISTOIRE cupe toutes les chaires de l'enseignement; elle en a fermé la carrière à toutes les écoles rivales; elle s’gst fait la part du lion; elle a tout pris pour elle : ce qui est assez politique, mais ce qui est un peu moins philosophique. Le public a donc le droit de demander compte à cette école du pouvoir absolu qu'elle a pris et que nous ne lui contestons pas d’ailleurs; elle a beaucoup fait pour elle, nous le savons; mais qu’a-t-elle fait pour le siècle ? qu’a-t-elle fait pour ia société? où sont ses œuvres, ses monuments , les vertus qu’elle a semées, lec grands caractères qu’elle a formés, les institutions qu’elle anime de son souffle ? Il est malheureusement plus facile de s'adresser ces questions que d'y répondre. »

L'auteur du Monopole Universitaire ne s'était pas montré d’aussi facile accommodement que la feuille doctrinaire. Comme elle, il s’adressait la même interroyation; mais dans les œuvres de ces philosophes, se faisant du professorat un marchepied pour arriver aux honneurs et aux richesses, il trouvait la réponse que leurs frères des Débats n’osaient donner. Cette réponse M. Thiers l’avait audacieusement livrée dans le National le 6 mai 1830. Alors toutes ses doctrines fausses ou perverses n'étaient qu'en germe. Il n’y avait ni promesse de liberté d’enscignement ni déclaration implicite que l'enfant appartient à l'État avant d'appartenir à la famille, et M. Thiers, cependant, s’écriait : « Nous ne croyions pas qu’un corps qui a tant d'adversaires et dont l'existence est si chancelante, pût avoir la témérité d'appeler la discussion sur son illégalité. Étre monopoleur et inique.. Le corps enseignant n’est pas de force à soutenir tant d’abus à la fois. » M. Thiers ne se connaissait pas encore lui-même ; il ne connaissait pas surtout l’Université. Elle était impuissante à parer les coups

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d’un jouteur re marchant au combat qu’appuyé sur les blasphèmes, sur les textes, sur les propositions, sur les théories des chefs et des principaux agrégés du corps enseignant. On accusa les Jésuites de Lyon d’avoir fourni les matériaux de l’ouvrage de l’abbé des Garets; on désigna même quelques Pères nominativement. Ce n’était pas démontrer d’une manière invincible la fausseté, du livre ou en paralyser l'effet. Les hérauts d'armes de l'Université jugèrent bientôt qu'ils faisaient fausse route. Il devenait impossible d'expliquer et d’atténuer leurs tristes doctrines, ne respectant pas plus la liberté humaine que les croyances catholiques; on s’efforça de deplacer la question.

Comme dans chaque œuvre, où la polémique domine et où souvent la colère a dû bouillonner au cœur de l'écrivain probe, il s’était glissé quelques phrases trop vives, nuisant à l’ensemble sans offrir un avantage de détail. Ces mots amers, dont la philosophie, la tribune et le journalisme surtout ne furent jamais avares, étaient égarés dans le Monopole. On les recueillit avec affectation; on les encadra dans des articles artistement combinés; on les tortura, afin d’en extraire l’outrage pro— voqué par un débordement de principes antisociaux; puis, en taisant les foudroyantes citations de l'abbé des Garets, on le dénonça comme un diffamateur aux gages de la Société de Jésus. On ne pouvait répliquer à ses arguments d’une manière péremptoire : on transforma sa plume en stylet de fanatique, s’attaquant aux gloires les plus pures de l’enseignement. Il avait presque toujours discuté ; on renouvela en sa faveur le système que Voltaire employait contre ses adversaires. La raison et la vérité étaient pour lui; on tâcha de l’écraser sous le

persiflage.

478 BISTOIRE

Les professeurs du Collége de France et de la Sorbonne, qui guerroyaient depuis long-temps contre la Religion et la Société de Jésus, recommencèrent, dans leurs chaires patentées ainsi que dans les journaux, un feu roulant d’invectives, de sarcasmes et de mensonges enthousiastes. MM. Michelet, Libri et Quinet furent les Pierre-l’Ermite de cette singulière croisade. L’un poursuivit les Jésuites avec la crédulité d'un honnête homme devenu maniaque; l’autre, réfugié italien, mit au service des feuilles hebdomadaires ses haines antisacerdotales. Proscrit lui-même, il appela la proscription sur la tête de quelques citoyens français qui, par l'impôt, contribuaient à lui payer une hospitalité trop magnifiquement rentée. Le troisième ne chercha qu’à faire faire un peu de bruit autour de sa tribune délaissée. Il enivra d’éloges boursouflés la jeunesse des écoles rémunérant ses flatteries par des applaudissements convenus; il lui prépara chaque jour un triomphe, afin de la forcer à lui accorder une petite ovation. Il s’improvisa thaumaturge à la recherche d’une nouvelle religion et du texte altéré des Constitutions de l’Ordre de Jésus. Ces hommes ne parlaient pas, n’écrivaient pas comme des rhéteurs isolés, Ils semblaient enseigner au nom de l'État; le bruit que les journaux dynastiques faisaient de leur gloire éphémère tendait à accréditer cette opinion. Ge n’est donc pas en leur qualité d’historiens ou de poètes, mais de profésseurs au Collége de France, qu’ils nous importe de juger l'œuvre commune, Pour faire sainement anprécier M. Michelet, il n’y a qu'un moyen aussi naturel que concluant : il faut le citer. Dans sa cinquième leçon il disait ‘ : « Hier encore, je l’avoue, j'étais tout entier

3 Des Jésuites, p. 87.

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dans mon travail, enfermé entre Louis XI et Charlesle-Téméraire, et fort occupé de les accorder... lorsque, entendant à mes vitres ce grand vol de chauvesouris, il m'a bien fallu mettre la tête à la fenêtre ct regarder ce qui se passait. Qu'ai-je vu? Le néant qui prend possession du monde... et le monde qui se laisse faire, le monde qui s’en va flottant comme sur le radeau de la Méduse, et qui ne veut plus ramer, qui délie, détruit le radeau, qui fait signe. à l’avenir? à la voile de salut? Non, mais à l’abîme, au vide. L'’abîime murmure doucement : Venez à moi, que craignez-vous? Ne voyezvous pas que je ne suis rien. »

Puis, dans la sixième leçon, s'adressant aux Jésuites : « Vous avez quarante mille-chaires que vous faites parler de gré ou de force. Vous avez cent mille confessionnaux d'où vous remuez la famille; vous tenez dans la main ce qui est la base de la famille ; vous tenez la mère : l'enfant n’est qu'un accessoire... Et que ferait le père quand elle rentre éperdue, qu’elle se jette en ses bras en criant: « Je suis damnée! » Vous êtes sûrs que le lendemain il vous livrera son fils. Vingt mille enfants dans vos petits Séminaires, deux cent mille tout à l'heure dans les écoles que vous gouvernez! des millions de femmes qui n’agissent que par vous! »

Tels étaient les principes que l’État laissait enseigner à la jeunesse catholique du royaume. M. Quinet, de son côté, et dans le même temps, s’attaquait systématiquement à la Compagnie de Jésus. En s’appuyant sur des textes tronqués, défigurés ou falsifiés, il instruisait le procès des Exercices de saint Ignace et des Constitutions : « La vie morale, spirituelle, affirmait-il*, est tarie dans

‘ Des Jésuites, p. 109, 3 Ibidem, p. 197, :

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480 HISTOIRE cette loi. Feuilletez-la de bonne foi, sans arrière-pensée; demandez-vous, si vous le voulez, à chaque page, si c’est la parole de Dieu qui sert de fondement à cet échafaudage. Pour que cela fût, il faudrait au moins que le nom de Dieu fût prononcé, et j'atteste que c'est celui qui y paraît le plus rarement. Le fondateur se fie beaucoup aux combinaisons industrieuses, très-peu aux ressources de l’âme, et, dans cette règle de la Société de Jésus, tout se trouve, excepté la confiance dans la parole et le nom de Jésus-Christ. »

Pascal avait altéré les textes des casuistes de la Compagnie ct produit un ouvrage plein de merveilleuse malice. M. Quinet essaya des ’atteler au même char; mais, pour se faire pardonner ces supercheries, il fallait le génie et l'esprit des Provinciales. Par malheur, M. Quinet n’eut que la bonne volonté. « Je vois, professait-il dans sa sixième leçon’, de longues ordonnances sur la philosophie. Je suis curieux de savoir ce que peut être la philosophie du Jésuitisme.... Ce qui brille dans ce programme * est ce qu’on ne peut y faire entrer; c’est l’ha- ! Cette accusation a quelque chose de matériel qui permet de la saisir et d'y répondre, Les éditeurs de la nouvelle traduction des Constitutions de l'Ordre de Jésus, publiée c chez Paulin (Paris, 1842), sont les adversaires des Jésuites , et néanmoins ils avouent à la page 470, que le nom de Dieu revient plus de cinq cents fois dans les Constitutions, Or, dans l’édition de Prague de 1757, les mêmes Constitutions, avec l'examen général qui les précède, sont reufermées dans cent quarante-} -‘* pages, d'où il résulte que le nom de Dieu se trouve à peu près répété quatre ou cinq fois dans chaque page.

2 Des Jésuites, p. 265.

8 Les ordonnances dont M. Quinet a tiré un si étrange parti ont été étudiées par nous avec autant de soin que les faits eux-mêmes ; il ne nous sera donc pas difficile de redresser les erreurs du docte Universitaire,

Quelques Pères de la Société s'étaient plaints dans les vitre et 1x° Congrégations générales que plusieurs régents de philosophie s’écartaient de leurs programmes, soit en traitant certains sujets du domaine théologique, soit en perdant le temps à établir des discussions oiseuses sur des subtilités et des arguties de l'école. La Compagnie de Jésus n’était pas si tolérante que le Collége de France ; elle ne laissait pas a ses professeurs le droit de vagabondage ; elle voulait que chacun se renfermât dans

le plan même de son cours, afin que tout tendît au but commun, La 1x° Congrégation, tenue en 1649, invite le Père Piccolomini, qui vient d’être élu Général, à

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bileté à éloigner tous les grands sujets pour ne maintenir que les petits. Devineriez-vous. jamais de qui d’abord il est déf.ndu de parler dans la philosophie du Jésuitisme ? Il faut premièrement ne s'occuper que le moins possible de Dieu, et même n'en pas parler du tout. Quæstiones de Deco... prætereantur. Que l’on ne s'arrête pas à l’idée de l’Être plus de trois ou quatre jours. Quant à la pensée de la substance, il faut absolument n’en rien dire, nihi! dicant; surtout bien éviter de traiter des principes, et par-dessus tout s'abstenir, tant ici qu'ailleurs, multo rero magis abstinendum, de s'occuper en rien ni de la cause première, ni de la liberté, ni de l’étérnité de Dieu.

» Qu'ils ne disent rien! qu’ils ne fassent rien! Paroles

porter remède au mal en faisant rentrer les maîtres dans les limites de leur programme, Piccolomiui, en 1651, adressa aux Supérieurs l'ordonnance que M. Quinet dénature. Elle est insérée dans l'institut à la suite du Ratio studiorum, et nous devons montrer de quelle manière M, Quinet en a abusé,

Ces paroles : Questiones de Deco... prætercantur, sont extraites de la règle IT du professeur de philosophie (Instit. Soc. Jes., t, 11, p. 194), et au lieu de cette formule presque athée : Les questions touchant Dieu doivent étre omises , dont l'Universitaire éclectique se fait une arme, on lit sur le texte original : « Dans la métaphysique, en traitant de Dicu et des intelligences, il faut passer les questions qui dépendent en tout ou en grande partie de la révélation, »

Quant à l'accusation de ne pas permetire qu'on s'arrête à l'idée de l'Être plus de trois ou quatre jours, M, Quinet s'est servi du même procédé de soustraction. Dans l'ordonnance du Père Piccolomini, on ne trouve pas idea Entis, l'idée de l'Étre seu lement, mais l'Étre de raison, Ens rationis, ce qui constitue la plus notable de toutes les différences ; car l'Étre, c'est Dieu, et l'être de raison est une de ces shtilités scolastiques dont s'occupaient les pliiosophes du moyen âge.

Le texte relatif au silence sur la pensée de la substance a été sonmis aux mêmes mutilations que les précédentes. Nous le rétablissons en entier : « Que les profes-

seurs ne parlent pas de la substance ou Etre surnaturel, De substantià vel Ente supernaturali, lorsqu'ils expliqueront le prédicament «le la substance, »

Dans le langage de l'École, ce mot prédicunent a le même sens que celui de catégorie,

La dernière recommandation de Piccolomini relative aux principes n'a pas été plus heureuse sous la plume de M. Quinet, On lit dans l'ordonnance : « Que le préfet des études prenne garde qu'à l'occasion des principes et des causes, les professeurs rentrent dans la question des principes et des processions divines, » C'est tout simplement défendre aux régents de philosophie naturelle de s'immiscer dans les questions théologiques et surnaturelles qui regardent la Saintc-Trinité. Toutes les autres citations ue M. Quinet reposent sur la même base, Elles rentrent dans ce précepte général qui oblige les professeurs de philosophie à ne pas empiéter sur le domaine de la théologie : « Ne ad ea tractanda digrediantur que theologici instituti propria sunt, »

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