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HISTOIRE ‘sacramentelles qui reviennent sans cesse et forment tout l'esprit de cette méthode philosophique. Qu'ils passent sans. examiner , non exammnando. C’est le fond de la théorie. Concevez-vous un moment ce que pouvait être cette prétendue science de Pesprit décapitée, dépossédée de l'idée de cause, de substance et même de Dieu, c’est-à-dire: de tout ee qui en fait la grandeur ? »
Dans ces débauches de l’intelligence universitaire, ameutant les passions sur les banes du Collége de France, il y eut pour les esprits honnêtes quelque chose de profondément triste, Ils déplorèrent cet abus de la science et de la parole ‘ que le gouveriement se condamnait à ne pas réprimer; mais tous les échappés des Facultés du Royaume étaient descendus dans l’arène. Ils jetaient à la
* M. Lherminier, professeur lui-même au Collége de France, a, dans la Revue des deux mondes du 15 octobre 1843, porté un jugement impartial sur ses deux collègues : « Nous pouvons, dit-il à la page 182, parler en toute liberté des Jésuites de MM. Michelet et Quinet. La publication a réussi; le coup a porté, trop bien peut-être. Les deux auteurs ne s'étonneront pas que tout en défendant les mêmes principes, la liberté de l'esprit humain , nous ne partagions pas toutes leurs opinions.
» Entrant pour la première fois dans la polémique, M. Michelet s'y est lancé à corps perdu, et il s'est mis à combättre avec une animation tout à fait extraordinaire. La vivacité des exclamations de M, Michelet, la franchise de ses exagérations, tout, jusqu’au désordre de son style, montre combien il est sincère et convaincu; mais, qu’il nous permette de Îe lui dire, ni la nature de son esprit, ni le genre de son talent ne le destinent à la polémique. Pour bien combattre, il faut moins d'emportement. L'esprit n'est véritablement puissant dans la polémique que lorsqu'il est maître de lui-même et de sa colère; les combattants novices sont toujours en fureur ; lathlète expérimenté reste calme, il prend son temps, choisit son terrain et
frappe avec discernement, Enfin il est d'autant plus redoutable à ses adversaires qu'il :
leur fait équitablement leur part, et qu'il a pour eux une désespérante et magnanime justice, En lisant ce que M.. Michelet a écrit contre les Jésuites, on se surprend parfois à prendre contre lui leur défense : à coup sûr ce n'est pas là l'effet qu'il a voulu produire...
» Ici me revient en mémoire cette phrase de M. Michelet : « On a dit que je dé- » fendais, on a dit que j'attaquais, Ni l’un ni l’autre... j'enseigne. » Faut-il souscrire à cette prétention? Alors la critique historique serait obligée d'être plus sévère, car elle aurait à demander compte à l'écrivain de ses jugements, si incomplets et si passionnés. M. Michelet se fait illnsion à lui-même dans les leçons qu’il a publiées; ce n'est pas l’histoire, c'est la polémique qui est présente, polémique dont le retentisse. ment et l'âpreté placent désormais M. Michelet dans les rangs des plus ardents adversaires du Catholicisme. »
À la page 184, M. Lherminier juge ainsi M. Quinet : « Ce n'est pas M, Quinet qui se défendra d’avoir fait de la polémique dans ses
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grands, d’ingénieux écrivains par cela seul qu'ils délayerent dans un langage aussi plein de violence que d'incorrections grammaticales les naïves apostrophes d'Étienne Pasquier, les éloquentes accusations des Arnauld et les spirituelles calomnies de Pascal. F L'Ordre de Jésus était mis en cause; on ne tarda pas à faire intervenir l'Épiscopat. Le Clergé et les familles chrétiennes réclamaient à haute voix les libertés promises; la Révolution et l’Université leur répondirent par des injures ou par des menaces d’un éternel despotisme. L’Épiscopat, les pères de famille et les Jésuites expo-
saient leurs plaintes avec moins de rudesse que M. Ledru-
remarquables Jeçons. On s'aperçoit en les lisant que les attaques qui ont si fort surpris M, Michelet et l'ont troublé outre mesure n'ont pas trop déplu à l’auteur d'Ahasvérus. Il a compris sur-le-champ le parti qu'on en pouvait tirer pour traiter avec applaudissement des quesffons que les passions ecclésiastiques remettaient à l'ordre du. jour...
+ C'est l'Évangile à la main que M. Quinet attaque les Jésuites. 11 oppose leur doctrine à l'esprit de liberté chrétienne, et il demande ce qu’il y a de commun: entre le Christ et Loyola, Notre auteur a pensé, non sans raison, ge aurait beaucoup de force: en parlant au nom d’un spiritualisme s'inspirant de l’Évangile. Toutefois cette situation, si elle a ses avantages, a aussi ses inconvénients, En effet, les Catholiques répondront à M. Quinet : Vous parlez en Protestant. Les mêmes raisons par lesquelles vous condamnes les Jésuites peuvent s'appliquer à la Religion catholique elle-même, à ses développements, à sa Constitution, à la Papauté... Vouloir mettre les Jésuites en dehors du Christianisme est une chose plus spécieuse que solide, C’est aussi plutôt penser en religionnaire qu’en politique et en. philosophe.
» Nous regrettons que M. Quinet n'ait pas accordé plus de temps à l’examen des Constitutions des Jésuites... Nous eussions désiré aussi que, tout en s’autorisant de la bulle de Clément XIV qui supprimait les Jésuites, M. Quinet examinât les causes qui avaient pu déterminer le Pape à ce grand coup d'état, que ne tardèrent pas à déplorer les plus fidèles soutiens de l'Église, Au: surplus, sans recourir à des témoignages catholiques, Jean de Müller, historien protestant, ne craint pas, dans son impartialité, de terminer le chapitre qu'il a consacré à la cour de Rome et à la Compagnie de Jésus par ces paroles : « Les sages ne tardèrent pas à penser qu’avec les » Jésuites était tombée une barrière nécessaire et commune à tous les pouvoirs *. » H.y à cout un ordre de considé-ations politiques dout l'absence est sensible dans les chaleureux développements de M. Quinet. »
* Histoire universelle de Jean de Müller, Vivre xxut , chap. 1x de l’édit, allemande de: 1817. Tubingue.
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h8h HISTOIRE Rollin, député radical; ils ne disaient pas comme lui au mois de janvier 1844: « Existe-t-il une souffrance plus grande pour l'individu que l'oppression de sa conscience, que la déportation de ses fils dans des écoles qu’il regarde comme des lieux de perdition, que cette conscription de l’enfance traînée violemment dans un camp ennemi et pour servir r'ennemi? » Lamartine, le Protestant Agénor de Gasparin, les publicistes et les journaux eurent le droit de flétrir la servitude intellectuelle que l’éclectisme faisait peser sur la France; ce droit fut dénié aux Pasteurs des âmes, aux Prêtres à qui est confiée la mission d’enseigner. Ils accusaient plutôt avec douleur qu’avec passion. À ces hommes dont les vertus sont une des gloires de la nation, les pamphlétaires de l'Université se mirent à prêcher la morale dans des feuilletons immoraux. Au fond de quelques ouvrages latins destinés à révéler à la pureté du Prêtre les crimes ou les vices qu'il doit combattre au tribunal de la pénitence, ils cherchèrent une image obscène, et on les entendit pousser des cris de moqueuse pudeur, comme si la luxure découlait à pleins bords de l’enseignement théologique. .
C'était un combat sans fin. Les amis de la Religion et de la Société de Jésus y avaient pris part avec un courage et un talent dont les sarcasmes ne parvinrent pas à étouffer l’essor. Les Prélats militaient à leur tête ; mais jusqu'alors les Jésuites s'étaient tenus sur la réserve. On les signalait comme imposant leur direction aux Évêques et à la presse religieuse. On prétendait qu'ils étaient tout disposés à immoler les libertés de l'Église Gallicane aux pieds du Souverain Pontife » devenu pour les Catholiques de l’Université un prince étranger. On affirmait que la France entière passerait
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DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS. 485 sous le joug de Rome, et que le complot de l'Ultramontanisme et de l’Obscurantisme était l’œuvre des Jésuites. Pendant ce temps, les disciples de Loyola laissaient l’orage s’amonceler sur leurs têtes; puis, retirés dans leurs maisons de Paris et des Provinces, ils s’étonnaient de :'omnipotence qu’on leur attribuait. Les choses furent poussées si loin que les chefs de l’Institut crurent devoir une explication publique.
Il y avait parmi eux un orateur dont la voix était
connue, dont les loyales et chaleureuses inspirations “avaient souvent excité dans les âmes des sentiments d'admiration et de respect. Le Père Xâvier de Ravignan fut chargé d’apprendre au monde ce que c’était en réalité qu’un Jésuite. Sa parole retentissait dans les chaires, elle fécondait partout des germes de salut. Son nom même, en une occasion solennelle, frappa les voûtes de l’Académie française, et il y fut justement glorifié par le chancelier de France. Le 8 décembre 1842, jour «le sa réception à l’Académie comme successeur de l’Évêque d'Hermopolis, le duc Pasquier, le descendant d’Étienne Pasquier, eut le bon goût de répudier un rôle d’accusateur sans preuves qu’il trouvait dans ses traditions de famille ; et, au moment où les pouvoirs de l’État, ligués avec les écrivains irrelisieux apportaient chacun sa pierre pour écraser la Compagnie de Jésus, lui l’honora dans l’un de ses membres.
« Il fut, disait-il en parlant de Frayssinous, sacré à Issy, et le premier usage qu'il fit, en descendant de l'autel, des droits que l'Épiscopat venait de lui conférer, eut lieu à l’occasion d’un jeune Néophyte qui était depuis quelque temps l’objet de ses soins particuliers, qu'il tonsura , auquel il adressa de touchantes, de prophétiques paroles, et dont la vocation devait être bien pro-
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h86 HISTOIRE noncée, car il renonçait, pour la suivre, à une carrière où ses débuts avaient été marqués par de brillants succès. C'était l'abbé de Ravignan.
» Et voilà qu’au mois de février 1839, monseigneur l'Évêque d’'Tiermopoiis, courbé sous le poids des années, mais toujours plein de cette vie qui se puise dans Îes plus hautes facultés de l’âme, est aussi dans l'Église de Notre-Dame, en face de la chaire où va paraître l’orateur dont la voix, depuis que la sienne a cessé de se faire entendre, est en possession de remuer les âmes et d'entraîner les convictions avec une puissance qu'aucun autre peut-être n’exerce au même degré, et cet orateur qui semble avoir recueilli son héritage tout entier, c’est le Néophyte d’Tssy, c’est cet abbé de Ravignan auquel il imposait les mains en 1822. Son Apostolat a décidément passé sur la tête de son disciple. Admirable succession, profitable à tout le monde, et où le bonheur de celui qui la recueille ne pourrait être surpassé que par le bonheur de celui qui l’a transmise. »
Le Jésuite Ravignan avait obtenu à Notre-Dame de Paris de plus beaux triomphes que celui-là. Le 16 avril 1843, il avait vu, comme il voit chaque année au jour de Pâques, une foule d'hommes de tout rang et de tout âge, confondus dans la grande égalité chrétienne, s’approcher de la sainte table, et sa voix, qui avait inspiré à tant de cœurs le sentiment catholique, faisait vibrer de saintes paroles. il s’écriait : « Cette multitude pressée autour de la Chaire sacrée, sous ces antiques voûtes, est la protestation la plus énergique contre le philosophisme du dixhuitième siècle. » Un journal ministériel, le Globe, constatait lui-même cette victoire du Jésuite. « L'on ne saurait dire, comme on l’a tant de fois répété, pabliaitil dans son numéro du lendemain, que la Religion catho-
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DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS. 487 lique .est la Religion des faibles, des ignorants et des vieillards. Ces objections tombent en présence de la foule qui se pressait hier dans la vieille basilique; car ces hommes pieusement réunis étaient des militaires,
des gens du monde bien connus, des membres de l’In-
stitut, des légionnaires, des médecins, des élèves de l'École Polytechnique, des élèves er médecine, des élèves en droit, des élèves de l'École Normale, etc. La jeunesse studieuse à laquelle on ne dénicra probablement ni le savoir ni l'intelligence , et à laquelle personne sans doute n’avait caché les doctrines du-dernier siècle, libre de ‘choisir entre les muximes désespérantes du septicisome et de l’erreur, ou les consolations de la vérité, est entrée franchement dans les antiques voies du
Catholicisme, et nous l’en félicitons. Nous en félici-
tons encore plus le pays; câr cette génération nouvelle ramenée nécessairement à des pensées d'ordre et d’honnêteté par les principes évangéliques, se répandra dans toutes les parties de la France; c’est elle qui doit peupler les universités, les facultés, les cours judiciaires, l’armée, les barreaux; elle ne peut manquer d’y répandre l’irrésistible influence du savoir uni à la vertu. »
Tel fut le Père que la Compagnie choisit pour inturprète. Jusqu’alors les enfants de saint Ignace avaient jugé prudent de n’être Jésuites que dans teur for intérieur. Ce nom est exposé aux anathèmes, 1lp at servir de titre de proseription; l’'orateur chrétien s’en pare avec amour. Son opuscule était une réponse aux imputations dont l'Ordre de Jésus se voyait l’objet, un résumé äxesi lumineux qu’éloquent de ses moyens et de sa fin. Ravignan s’exprimait ainsi dans son introduction : :
* De l'existence de l'Institut des Jésuites, par le Révérend Père de Ravignan, de Ja Compagnie de Jésus, page 13.
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L88 HISTOIRE « Qu'avons-nous fait, qu’avons-nous dit, nous Prètres » } de la Compagnie de Jésus? d’où vient ce bruit? d’où les se - ‘ssent tant d’orages? Comment donc sommes-nous comx “enus de nouveau l’objet de tant de haines, le but de » L tant d'attaques, la cause de tant de craintes ? Le » Vous qui appelez sur nous, sur des prêtres, sur des « Q Français, sur des citoyens libres et dévoués, toute la ri- de bo gueur des proscriptions, nous connaissez-vous? nous çais, 1 avez-vous vus, nous avez-vous entendus? consc » Quelle parole sortie de notre bouche a compromis cela s la tranquillité publique et le respect dû aux lois ? Cepen- » N dant nos deux cents voix ont retenti dans un grand mise « nombre de Chaires, depuis les cités les plus populeuses surée jusqu'aux plus humbles hameaux ? » N » Où sont les autorités civiles qui nous accusent ? où que la sont les autorités ecclésiastiques qui nous condamnent ? expän: » Un fait répréhensible et positif est-il imputé à l’un apôtre d’entre nous? tisme ; » Des préventions, des susceptibilités, des présomp- porter tions ne suffisent pas; elles ne sauraient tenir lieu ni des Corée faits ni des preuves; et la culpabilité d’une Société ne en pré peut avoir une expression pratique et juste que dans les d’un j fautes de ceux qui la composent. À ceux-ci, aux indivi- t-il po dus, appartiennent l’action, le crime, la vertu. la dou » Quels sont parmi nous les coupables? sa féli » La vie, l'influence politique nous sont étrangères ; serviteurs de l'Église, nous vivons et poursuivons avec elle dans tous les temps et dans tous les lieux , sous tous les genres de gouvernement, l’œuvre du ministère évan-
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gélique.
» On nous transforme en ennemis des libertés et des sauvag institutions de la France; qu’en sait-on? Pourquoi le
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» Et quand nous sommes les seuls menacés, où même les seuls exclus des bienfaits d’une législation libérale, comment nous iraduire en oppresseurs ?
» Le ridicule n'est-il pas égal à l'injustice ? »
Le Père de Ravignan concluait en ces termes: :
« Ou je me trompe, ou, après cet exposé, le lecteur de bonne foi concevra comment un magistrat, un Français, un homme du dix-neuvième siècle, a pu libremeht, consciencieusement se faire Jésuite sans abdiquer pour cela sa raison, sans renoncer à son temps et à son pays.
» Non, il n’a pas abdiqué sa raison, parce qu'il l’a mise dans le port à l'abri de l’orage , sous la garde assurée du principe tutélaire de l’autorité..
» Non, il n’a pas renoncé à son pays... Il est bien vrai que la charité catholique, embrassant dans son ardente expansion l'humanité tout entière, met au cœur de ses apôtres un dévouement plus étendu que celui du patriotisme ; il est vrai encore que le Missionnaire, allant porter la‘ lumière de la Foi à ses frères idolâtres de la Corée , ou des solitudes de l'Amérique, risque parfois, en présence des intérêts immortels, d'oublier les intérêts d’un jour qui s'agitent au sein de sa patrie. Mais oubliet-il pour cela sa patric elle-même ? Cesse-t-il d’en porter la douce image dans son cœur ? cesse-t-il de prier pour sa félicité? cesse-t-1l d’invoquer les bénédictions du Très-Haut sur ceux qui portent le pesant fardeau du gouvernement des peuples.
» Oh! ils ne savent pas, ces hommes qui interdisent au Jésuite l’amour de son pays, quelle délicieuse émotion de joie il éprouve en retrouvant parmi les tribus sauvages du Nouveau-Monde quelques-uns des sons de
" lbidem, p. 154
sa langue natale, on en entendant dans les mers de la Chine et du Japon le lointain retentissement de la gloire de ses armes!
» Et la France nous serait moins chère, à nous, qui ne l'avons pas quittée' Nous ne serions pas fiers de ses triomphes dans la paix comme dans la guerre, de son génie pour les lettres et pour les arts, de ses hardies conquêtes dans le domaine de la science et dans les régions nouvellement ouvertes à l’industrie ! Nous n'aimerions pas en elle le vrai foyer de la civilisation chrétienne! Nous ne serions pas heureux des ineffables consolations qu'aujourd'hui encore elle donne à l'Église!
» Non, il n’a pas renoncé à son siècle. Il est bien vrai que nous n'appelons pas du nom d'amélioration et de progrès tout ce que la sagesse moderne en son orrueil décore de ces titres pompeux, il est bien vrai que nous n’attendons pas de l’avenir une Religion plus parfaite que la Religion de Notre Seigneur Jésus-Christ, et que l’humanité fécondée par les systèmes ne nous paraît pas en travail d’une ère indéfinie de vertu et de bonheur.
» Mais, sous cette autorité immuable de la Foi, nous . | à Sa n’en appartenons pas moins à notre temps par nos idées : tous et par nos cœurs, et surtout nous le connaissons mieux ; enfan qu’on ne se plaît à le croire. tiend
» Aussi, ne nous est-il jamais venu en pensée que deux traill cents pauvres ouvriers évangéliques, distribués sur la bier vaste étendue du territoire de la France, pussent se pro- » E poser, en des jours comme ceux-ci, d'y établir ce qu’on c'est n’a pas eu honte de nommer leur domination. à et pl
» Cet anachronisme n’est pas le nôtre, il est celui de . que je nos adversaires. Parce qu’il y a deux siècles, la Com- de la pagnie de Jésus a pu entreprendre sur une terre vierge, »I parmi des peuplades qui naissaient à la civilisation, de maîtr
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DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS. h91 réaliser le règne de l'Évangile, on nous suppose aujourd’hui l'absurde projet de régner sur la France. Ce serait un rêve d’insensés.... Mais, encore un coup, il n’est pas le nôtre; nous le renvoyons aux cerveaux malades de ceux qui se sont faits nos ennemis.
» À les en croire, une partie de cette œuvre serait déjà accomplie, et l'Église de France, ayant abjuré ses vieilles traditions, subirait tout entière le joug des influences ultramontaines.
» Faut-il donc que nous soyons obligés de renvoyer aux leçons de l’histoire ceux qui aiment-tant à se servir contre nous de son autorité ? Ils oublient donc ce qui s’est passé depuis soixante ans... Grâce à Dieu ! l'Épiscopat français en a gardé meilleure mémoire; il a compris qu'après de semblables épreuves, il ne fallait pas, par des controverses désoriiais sans objet, faire courir à l'Unité de nouveaux périls; il s’est réuni, il s’est serré tout entier, confondu en un seul corps et en une seule âme, autour de la Chaire de saint Pierre, et il a répété, d’une voix unanime, les immortelles paroles de Bossuet : « Sainte Église Romaine, mère des Églises et mère de tous les Fidèles, Église choisie de‘Dieu pour unir ses enfants dans la même Foi et dans la même charité, nous tiendrons toujours à ton Unité par le fond de nos entrailles. Si je t’oublie, Église Romaine, puissé-je m'oublier moi-même !
» Et moi aussi, humble soldat de l'Unité catholique, c'est pour lui donner, s’il était possible, plus intimement et plus complétement mon âme et ma vie tout entière, que je suis allé chercher une place obscure dans les rangs de la Compagnie de Jésus.
» Dans l'état où je voyais la sainte Religion de mon maître en ce monde, après la grande guerre déclarée à
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