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Le bien et le mal seront dits, le bien sans admiration , le mal sans acrimonie, et tout sans partialité. : 144 Depuis long-temps, l’ordre des jésuites est livré | aux disputes des hommes. Je n'ai point la prétention de mettre un terme à ces disputes. Quand cet ouvrage sera achevé, elles continueront sans doute; Mais du moins, pour les esprits qui réfléchissent, pour ceux qui n’ont pas soif du mensonge et besoin des ténèbres, il se trouvera un livre où la conscience de l'historien se substitue aux apothéoses et aux calomnies, un livre où la compagnie de Jésus est jugée sur pièces officielles, sur documents inédits, et où enfin les sévérités de l’histoire prennent la place de toutes les fables et de toutes les erreurs , de toutes les adulations ainsi que de toutes les satires.
C’est ce livre qu'après de patientes investigations, de longs voyages et de sérieuses études, je présente à mes contemporains.
On croyait que le temps des luttes à main armée contre la religion du Christ était à tout jamais passé: Avec le seizième siècle, l'Eglise, jusqu'alors si bien protégée par l'énergie de ses pontifes, si forte par la vénération des rois et des peuples, voyait surgir une nouvelle génération d'ennemis.
L'épée cédait le pas à la plume ou à la parole. Ce n'était plus des soldats qu'il fallait au catholicisme, il avait besoin de docteurs. Les ordres militaires avaient disparu, comme l’ouvrier qui a fini sa journée. Les ordres religieux déjà fondés s'étaient donné un but spécial. Ils remplissaient sur la terre la mission qu'ils avaient reçue de Dieu et de leurs fondateurs, mais il ne leur était pas possible de tenir tête aux orages que le seizième siècle amassait. Il y avait
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dans leur existence même un principe qui s'opposait à ce qu'ils prissent une part trop active aux dissensions dont l’Europe devenait le théâtre.
Voués au silence, et se faisant de la solitude un devoir , ils n'étaient point chargés de se méler aux affaires du monde. Ils ne les voyaient, ils ne les étudiaient qu'entre l'autel et le cloître, plus souvent e < r core à travers le prisme de leurs passions ou daflé déréglement de leurs mœurs. La prière devaig leur seule arme ; mais plongés dans de mystéx débauches, ou livrés aux austérités volontair®s énervaient leurs corps en épurant leurs âmes ,NIsA plaçaient ainsi dans l'impossibilité de rendre seNT à l'Eglise menacée.
La tempête grondait de toutes parts : tempête dans les idées, tempête dans les esprits, tempète surtout dans les cœurs , que l'amour des voluptés, que le besoin d'indépendance poussait au-devant des innovations. Le seizième siècle, même à son aurore, était en travail d’un nouveau monde.
Wiclef et Jean Hus, le premier ecclésiastique anglais, le second prêtre allemand, avaient répandu des germes de discorde dans le champ du père de famille. L'orgueil les avait inspirés ; l'ambition du bruit et de la renommée les soutint dans leur lutte contre l'Église.
L'Eglise les anathématisa ou les fit condamner par le bras séculier à mourir sur un bûcher ; mais le secret qu'ils confiaient à des enthousiasmes ignorants dirigés par d'aveugles cupidités s'était promptement divulgué. L’hérésie puisait sa force dans ses blessures, et elle grandissait en attendant qu’un homme osûât l’élever au rang de puissance.
Dans ce temps-là, pour attirer sur soi les regards
DE LA COMtAGNIE DE JÉSUS.
de la foule, il fallait se présenter à elle avec les prodiges qu'un saint peut seul opérer, avec la gloire d'un conquérant ou avec l'imagination novatrice d’un hérésiarque.
Les deux premières conditions ne s'obtenaient pas sans de grandes difficultés.