‹ Histoire religieuse, politique et littéraire de la Compagnie de Jésus [microforme] (volume 4)Chapitre 23 sur 51 · PAL · texte numérisé non relu

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sence du roi, qui s'inclina trois fois par terre devant lui. Le jésuite de son côté allait se prosterner et toucher le pied du prince pour se conformer à l'usage; le:prince le releva avant qu'il y eût satisfait; et, le faisant asseoir sur la même estrade que lui, il le pria de développer les mystères et la morale du christianisme:.Le Père et le Roi dinèrent ensemble, et pendant le repas, tous les assistants se tinrent à genoux. Quand cette réception solennelle fut terminée. les Portugais reconduisirent Xavier avec les mêmes honneurs.

Le souverain avait accueilli le chrétien comme un envoyé du ciel, la multitude à son tour lui donna des gages de sa confiance : la multitude accourut à ses prédications en brisant ses idoles et en sollicitant le baptême. Le baptème était nne grâce que l’apôtre n'accordait qu'à la persévérance. Quarante jours s'écoulèrent ainsi, Dans cet espace de temps il obtint dû roi la réforme des mœurs ; il parvint même à arracher ce prince, encore jeune , aux excès que les Bonzes autorisaient comme pour l'énerver avant l'âge. Il lui fit rendre des lois sévères contre les femmes qui, à l’aide de certains breuvages, provoquaient à l'avortement, et contre les mères qui, pour ne pas nourrir leurs enfants, les égorgeaient au moment de leur naissance.

Le jour du départ, les Bonzes, radieux, essayèrent de reconquérir l'influence que tant d'événements leur avaient enlevée, Fucarandono, le chef et la lumière de leur religion, cédait à leurs instances. I se présentait à la cour afin de venger les affronts faits à ses dieux.

Il discute avec le jésuite, il blasphème. il raille afin de le faire sortir de son calme habituel, Le jésuite

reste impassible ; mais cette impassibilité même excite la rage des Bonzes. Une partie du peuple est on mouvement. Les Bonzes le menacent de la colère de leurs dieux, ils appellent sur lui toutes les malédictions s'i ne prend parti dans la querelle. La tempête grossit. Les Portugais parlent de se retirer sur leurs navires et de mettre à la voile. Ils fuyaient déjà: Xavier apparait, il les rassure, il les encourage , il leur dit qu'il lui est impossible d'abandonner dans un pareil moment cette colonie naissante et que, si le martyre l'attend à Fucheo; il ne veut pas que, par de lâches considérations, on lui ravisseune couronne qu'il est venu chercher de si loin. Gama le premier se rend à l'avis du Père. Les Européens l'adoptent aussi. Leur attitude martiale et surtout l'aspect du Missionnaire calmèrent les esprits et inspirèrent quelque courage aux Néophytes. Le roi fit prendre des mesures afin d'assurer la tranquillité publique, et le lendemain, 20 novembre 1551, le navire sortit du port.

Le 24 janvier 1552 il était en vue de Cochih.

Des miracles de plus d'une sorte, de vastes plans qui auraient effrayé l'imagination du plus hardi conquérant occupèrent tous les instants de la traversée. Il jeta, avec le marchand Jacques Pereyra, son ami, les bases du voyage en Chine qu'il projetait depuis si long-temps. À peine débarqué à Cochin, le voilà qui entreprend la conversion du roi des Maldives. Le père Antoine Hérédia avait échoué; Xavier fut plus heureux, et il continua sa route vers Goa, où l'appelaient les affaires de la compagnie.

Ses missions étaient dans l’état le plus florissant. Antoine Criminal avait arrosé de son sang la côté de la Pécherie. et ce premier martyr de l'institut de Jésus

avait multiplié les chrétiens, dont le nombre:s'élevait à plus de cinq cent mille: Lesties du More, les Moluques, Méliapor, Bazain etCoulan étaient dans une situation aussi prospère, La joie de Xavier eût été sans mélange si, par un attachement trop vif à ses idées , Antoine Gomez ne se fût mis en révolte contre le vœu d’obéissance.:

Gomez était un jésuite dont l'ardeur égalait la science. 1l connaissait aussi parfaitement la théologie que les affaires du monde; mais, impétueux et violent, il était entré trop tard dans la compagnie pour vaincre son. caractère, L'Apôtre l'avait nommé recteur du collége de Saint-Paul ; et soutenu par un des principaux ministres du roi de Portugal, il avait peu à peu usurpé tous les pouvoirs dont Camerino était investi. IL modifia, changea à sa manière l'éducation et le plan d'études adoptés par la compagnie. Il força à des exercices spirituels trop violents les jeunes Indiens qu'il fallait au contraire conduire à la foi par une pente aussi douce que facile. Don George Cabral, gouverneur des Indes, l’appuyait dans son système d'innovation. Xavier comprit tout le mal que cette intempérance de ferveur devait faire à la religion : il convainquit don Georges Cabral; ensuite. il tàcha, par une prudente fermeté, d’inspirer à Gomez le repentir et la pénitence.

Devant de justes observations Gomez, qui ne savait plus que briser les obstacles, s'emporte et s’indigne. Le Père obtient du vice-roi ordre de l’erzoyer à la forteresse de Diu et de le faire retourner en Europe par le premier navire en partance. Cet ordre fut exécuté ; mais le navire qui transportait le jésuite rebelle fit naufrage, et Gomez périt victime de sa désobéissance.

Lés affaires de la société étant arrangées, Xavier nomme Gaspard Barsée recteur du collége de Sainte- Foi; il l'établit supérieur-général de tous les Pères et Frères de la compagnie répandus dans le nouveaumonde. Il fait partir Melchior Nugnez pour Bazain, Jean Lopez pour Méliapor. Gonsalve Rodriguez pour Cochin et Louis Mendez pour la pécherie. Lui.méme. qu'Ignace, parses lettres des 10octobre et 23 décembre 1549, nommait Provincial des Indes et de tous les royaumes de l'Orient, se dispose à prendre la mer avec Gago, Silva, Alcaceva, Gonzalès et Ferreira de Monte-Mayor. Le 9 avril 1552 il adresse au roi de Portugal une lettre par laquelle il lui annonce son entreprise.et ie but qu'il se propose.

Je partirai de Goa dans cinq jours, écrit-il à don Jean, pour faire voile vers Malaca, d’où je prendrai le chemin de la chine avec Jacques Pereyra, qui est nommé ambassadeur. Nous portons de riches présents. que Pereyra a achetés partie de votre argent et partie du sien; mais nous en offrirons un plus précieux , tel qu'aucun roi, que je sache, n’a jamais fait à un autre roi: c’est l'évangile de Jésus-Christ ; et. si l’empereur de la Chine en connaît une fois le prix, je suis assuré qu'il préférera ce trésor à tous les siens, quelque grands qu'ils soient.

» J'espère que Dieu regardera enfin avec des yeux de miséricorde un si vaste empire, et qu'il fera coi:naître à tant de peuples qui portent son image gravée sur le front leur créateur et le Sauveur de tous les hommes, Jésus-Christ.

» Nous sommes trois de la compagnie qui allons à la Chine avec Pereyra, et notre dessein est de tirer des fers les Portugais qui sont là captifs. de ménager l'amitié des Chinois en faveur de la couronne de

Portugal, et surtout de faire la guerre aux démons et à tous leurs partisans. Nous déclarerons pour cela à l'empereur et ensuite à tous ses sujets, de la part du Roi du ciel, le tort qu'ils ont de rendre au mensonge le culte qui n’est dû qu'au vrai Dieu, créateur des hommes, ét à Jésus-Christ, leur juge et leur maitre.

» L'entreprise peut sembler hardie. de-s’aller jeter parmi des peuples barbares et d’oser paraître devant un puissant monarque pour lui révéler la vérité et pour le reprendre de ses vices. Mais ce qui nous donne du courage, c'est que Dieu lui-même nous a inspiré cette pensée, qu’il nous remplit de confiance en sa miséricorde, et que nous ne doutons pas de son pouvoir, qui passe infiniment la puissance du roi de la Chine. »

Le Jeudi-Saint 14 avril il abandonnait Goa pour n’y plus revenir qu'enseveli dans son linceul triomphal.

Don Alvare d’Atsyde, gouverneur de Malaca, avait, un an auparavant , approuvé les projets de Xavier. Il lui avait même promis son concours ; mais il avait espéré, peut-être l’apôtre lui-même lui avait il donné à entendre qu'il serait chargé de la grande ambassade chinoise. Au lieu d'un gentilhomme, c'était un simple marchand qui en était honoré, un marchand que toute la ville se rappelait avoir vu domestique au service de don Gonsalve Cotigno. La fierté portugaise souffrait de ce rapprochement, elle en souffrait d'autant plus que ce Jacques Pereyra ne demandait au roi que l'honneur de servir à ses frais la religion et sa patrie. Don Alvare venait de recevoir des mains du Père les provisions de capitaine-major de la mer, dont ce dernier avait sollicité la charge pour lui.

andait ligion mains mer,

Le premier acte de £a juridiction fut exercé contre son protecteur. Le vaisseau /& Sainte Croix, si renommé dans les mers de l'Inde par les voyages de Xavier, devait le porter en Chine avec Pereyra. Don Alvare fait mettre embargo sur ce navire. Afin de colorer d’un beau prétexte de bien publie son abus d'autorité, il annonce que les Javes préparentuneinvasion contre Malaca, et que /a Sainte-Croix lui est indispensable. Ce mensonge ne tarde pas à être prouvé. Alors le capitaine major ne garde plus aucune mesure ; il déclare impossible l’ambassade de Pereyra.

A la distance où le jésuite était du centre administratif et dans un temps où la loi, encore mal définie, plus mal interprétée, restait à la merci d'agents gouvernant sans contrôle, il n'y avait moyen que d’en appeler de don Alvare à don Alvare lui-même. Son premier coup d'autorité avait réussi : ce succès redoublait son audace. Xavier lui fit parler par Jean Suarès, vicaire général: on lui montra les lettres patentes du roi Jean IIT, celles de don Alphonse de Norogna, gouverneur des Indes, Ces lettres don naient au missionnaire la plus ample autorité. Le père lui-même essaya, par la douceur et par le raisonnement, de convaincre don Alvare. Le capitaine major dédaigna ces avances. Il s'était opposé à l'ambassade de Chine per esprit de jalousie : j’entêtement ne lui permit pas de revenir à de meilleurs sentiments, lors même qu’il se sentit fourvoyé.

Cepeïidant les jours favorables à la navigation s'écouiaient. Xavier, dans l'intérêt de la religion et dans celui du royaume de Portugal, se décide à faire usage des pouvoirs spirituels dont le Saint-Siége l’a armé.

Il est Nonce apostolique ; et, depuis dix ans de sé.

256 é: HISTOIRE

jour.en Orient, c'est la première fois qu'il a souvenir de cette dignité. En vertu de la puissance à lui conférée par les bulles du pape, puissance que le roi don Jean a consacrée, il ordonne au vicaire général d'excommunier d'Atayde. L'excommunication ést lancée.

Don Alvare n’en tient aucun compte ; il fait même appareiller le navire /a Sainte-Croix ct l'envoie trafiquer à Sancian.

Le père était blessé au cœur ; un homme détruisait ses plus chères espérances : un homme anéantissait ses plus beaux projets. Il n’y avait que ce bâtiment en partance. Il ne crut pas devoir priver les nations du fruit de sa parole : il prit passage sur /& Sainte- Croix elle-même. Don Alvare lui don aait de son chef une direction et des officiers nouveaux; et, avant de partir..le jésuite écrivit en ces termes à Pereyra, caché dans la ville de Malaca :

« Puisque la grandeur de mes péchés est cause que Dieu n’a pas voulu se servir de nous deux pour l'entreprise de la Chine, c'est sur moi qu’on doit rejeter toute la faute : ce sont mes péchés qui ont ruiné vos affaires et qui vous ont fait perdre tout l'argent que vous ayez employé pour les préparatifs de l’ambassade. Dieu, toutefois, m'est témoin que je l'aime et que je vous aime vous-même ; et je vous avoue que, si mes intentions n'avaient été droites. j'aurais encore plus d’affliction que je n’en ai. La grâce que je vous demande, c'est que vous ne me veniez point trouver, de crainte que l’état où vous êtes réduit ne me touche trop, et que votre douleur n'augmente la mienne,

« Cependant j'espère que cette disgrâce vous sera utile ; car je ne doute pas que le roi ne récompense

votre zèle, comme je l'ex ai prié par mes lettres

Pour le gouverneur qui a rompu notre voyage , je à n'ai plus de commerce avec lui; que Dieu lui par- si donne ; je le plains, car il sera puni bien plus sévè- ai rement qu'il ne pense. » «5 4 Les commencements de la traversée furent heu- 411 reux ; mais bientôt le vent tomba, les flots s'aplani- 4 rent comme les eaux d'un lac, et /& Sainte-Croix 4 demeura immobile. Ce calme dura quatorze jours. Plus de cinq cents étrangers étaient à bord : les pro- Hi visions et l’eau vinrent à manquer. Les uns mouraient 4 4 dans d’inexprimables douleurs, les autres n'avaient FL à plus la force de lever vers le ciel leurs yeux chargés ut à de fièvre. Au milieu de ces désolations, Xavier prodiguait sa charité, il priait, à exhortait ou il rendait GIE moins affreuse cette 2gonie que n’adoucissaient ni ‘al | les larmes des parents ni les secours de l’art. L'un de fi! ces moribonds savait qu'avec une prière à Dieu le missionnaire faisait violence aux lois de la nature. La foi se glisse dans son àme avec la crainte; il réunit les malades et les valides. Tous se tratnent aux A pieds du Père; ils le conjurent d’obtenir du ciel de #41 3 AR l'eau-ou du vent. . UE Xavier récite avec eux les litanies des saints, puis il lew dit de porter à leurs lèvres l’eau de la mer. Cette eau était douce. 1 | D'autres miracles signalèrent encore cette traver- 14 1 sée ; c2r, si l'on sen rapporte aux actes de la cano- l nisation du jésuite, et, au dire des écrivains protestar'-. eux-mêmes, jamais apostolat me fut constaté par autant de prodiges. £a Sainte-Croix mouille enfin dans les eaux de Sancian.

C'est un lieu inculte et sauvage qui forme trois petites îles à la pointe de Macao. Les Chinois avaient permis aux Européens d'y établir un entrepôt afin de

pouvoir commercer entre eux sans violer les lois du céleste empire, défendant à toui étranger de poser le pied sur la terre ferme.

Le missionnaire était en vue de la Chine. Les bénédictions dont les Portugais entouraient son nom, la joie qu'ils faisaient éclater à son passage, le récit des obstacles innombrables qui lui restaient à vai:c"° pour pénétrer dans ce pays, rien ne put faire :mpression sur son esprit. On le mit en relation avec +: indigènes. Ces indigènes, émerveillés de sa doc- :rine, lui donnent le conseil de passer dans leur patrie, 'où, lui disent-ils, l'empereur a tout dernièrement envoyé des hommes doctes pour étudier au loin la différence des religions.

A cette nouvelle, Xavier transporté de joie prend la résolution de se faire jeter par une barque sur le territoire objet de ses vœux ; mais les intérêts mercantiles des Portugais sont en opposition avec ce désir. Les négociants le supplient d'attendre leur départ pour commencer ses travaux apostoliques. Il se rend à leurs sollicitations.

Quand l'heure deson entrée dans ce vasteroyaume a sonné, quand des motifs humains n’enchaînent plus son ardeur, le père est en proie à une fièvre brülante. Le voilà dénué de tout. seul, exprsé sur le rivage à toutes les intempéries de la s:ison. Li a le pressentide sa mort, il la prédit en termes formels, e: il ne se plaint que de ne pouvoir pas assez vivre pour ouvrir à ses successeurs l'empire qui se présente à sa vue.

Un Portugais, touché de pitié, le recueille dans sa cabane. Le mal fait de rapides progrès. Les remèdes mêmes, qu’une charitable ignorance lui applique sont un nouvel aliment à la fièvre qui le ronge. Le délire s'empare de sa tête.

Xavier redevient missionnaire ; il a des chants de reconnaissance pour Dieu, des aspirations vers le ciel, des élans d'amour jour les Gentils dont il ne lui a pas été donné d'opérer la conversion. Il va, il va encore, comme lorsque la santé et la foi le soutenaient dans ses courses aventureuses. Il va toujours jusqu'à ce que, consumé par les travaux, épuisé de fatigue, haletant sous le poids des millions d'âmes arrachées par lui à l'erreur, il tombe, Alexandre des Missions, sur cette terre que ses émules viendront fertiliser.

Le 2 décembre 1552, le jésuite expira. Il n'avait que quarante-six ans.

Son nom, ses vertus, ses miracles, la mulliplicité de ses voyages, le fruit de sés prédications dans tout l'Orient, les bienfaits que son intercession auprès de Dieu avait si souvent obtenus pour le bonheur de l'humanité ou pour la consolation des familles, se retracèrent alors à tous les yeux. Les côtes qu'il avait évangélisées, les mondes qu’il avait visités. les déserts où il avait couru à la poursuite des sauvages, afin de leur donner, par la croix, un avant-goût de la civilisation ; les îles qu'il avait arrosées de ses sueurs et que les missionnaires à sa suite fécondaient de leur sang, toutes ces populations inconnues les unes aux autres se réunirent dans un commun sentiment de douleur terrestre et de sainte joie.

Elles pleuraient sur le Père que la mort leur enlevait ; elles imploraient le saint protecteur qui, du haut des cieux, veillait à leur félicité. De tous ces royaumes dont Xavier avait fait sa conquête, il ne s'éleva que des hommages à sa mémoire. Son cercueil, rapporté en triomphe, fut entouré de vénéraration; les peuples se pressaient sur son passage ; les

bannières de toutes les nations l’honoraient sur les mers; les ambassadeurs mêmes du grand Mogol venaient, quoique mahométans, s'incliner devant ce corps, que la putréfaction a toujours respecté (1).

(1) Au livre xt, page 112, de la première partie de son Histoire de La compagnie de Jésus, le père Orlandini raconte que « lo corps de saint François-Xavier fut enterré sous de fortes couches de chaux vive, afin que, les chairs étant plustôt consumées, on pût emporter les ossemients sur Je vaisseau qui devait souspeu retourner aux Indes. » « Deux mois aprés, raconte encore Orlandini (livre xt, page 84), le 17 février 1558, le corps fut retrouvé entier, frais et vermeil , exhalant une vdeur suave ct sans que les vêtements enssent été endommagés. »

« Plus d’une année après, le 16 mars 1554, le précieux corps arriva à Goa. Examiné ct ouvert, d’après l’ordre du vice-rni, par Cosme Saraiva, médecin très-distingué, il fut trouvé parfaitement conservé et sans qu’il parût aucun vestige d’embaumement ou d'aucun moyen naturel de conservation. » Le vicairegénéral de Goa, Antoine Ribeira, signa le procès-verbal. (Zbéd., livre x1v, pag. 141 et 142.) Dans la Vse des Saints, par Alban Butler, traduite par Godesvard, les mêmes détails sant confirmés.

Le Père Jouvency, dans la cinquième partic de son Hsstoire, liv. xv, { 8, dit : « En l’année 1612, le général Claude Aquaviva demanda qu'en apportât de Goa à Rome une relique insigne de Xavier, le bras droit avec lequel le Suint avait opéré tant de prodiges, Le corps fut trouvé dans le même état. La chair-était molle ct flexible comme celle d’un homme vivant ; et, lorsqu’on détacha le bras, il coula une grande quantité d’un sang vermeil et pur. On en imbiba un linge, que les Pères de Goa envoyèrent à Philippe IV, roi d’Espagne.

Alban Butler raconte « qu'en l’an 1744 l’archevéque de Goa, accompagné du marquis de Castel-Nuovo, vice-roi des Indes, fit, par ordre de Jean IV, roi de Portugal, la visite des reliques de saint François Xavier. Il trouva son corps parfaitement conservé, n’exhalant aucune mauvaise odeur. Le visage, les mains, la poitrine et les pieds n’offrirent pas la moindre trace de corruption, »

Longtemps encore après la mort du jésuite, les navires qui passaient en vue de Sancian arboraient leurs pavillons et saluaient de toutes les bordées de leur artillerie ia plage où l'apôtre des Indes avait rendu le dernier soupir.

Le Journal historique et littéraire du 1er mars 1788 contient une lettre de M. Cicala, prêtre de la Congrégation des Lazaristes, et qui écrivait de Goa :

«Pendant les trois jours du carnaval, c’est-à-dire les 10, 11 et 12 février 1782, on a exposé sulennellement le corps de saint François-Xavier à la vénération de tout is peuple. Il y a eu un si grand concours de toutes les parties de l’Inde pour contempler ce saint corps, qu’on pense que depuis trente ans on n’en avait pas vu de si considérable... Le corps du saint est sans la plus légère corruption. La peau et la chair, qui est desséchée, est totalement unio avec les os; on voit un beau blanc sur la face ; il ne lui manque que le bras droit. qui se conserve à Rome, et deux doigts du pied droit, ainsi que les intestins. Les pieds surtout so sont conservés dans la plus grande beauté. »

M. Perrin, ancien missionnaire dos Indes, dans son Voyage de l’1ndostan (tom. I, p. 165, édit. de 1807), s'exprime ainsi :

« La chapelle où repose le corps de saint François Xavier est use partie considérable de cet édifice (l'Eglise de Jésus à Goa). Elle est un des plus beaux monuments connus Au milieu de la chapelle s’élève une pyramide de divers marbres... Toui audessus, et pour servir de couronnement à la pyramide, il ya un coffre de bois noir. peut-être de celui qu’on appelle bois de fer, sur lequel sont sculptées les actions principales de l’apôtre des lades; son corpsentier, excepté son bras droit, qui fut porté à Rome par ordre du Souverain Pontife, est renfermé dans cette chasse, revêtu des ornements sacerdotaux *.

* Ilest d'usage que les Reïnes de Portugal brodent de leurs propres mains la chasuble de laquelle est revêtu le corps du Saint. Tous les vingt ans on fait l’ouverture de la châsse, et on change la chasuble ; la vieille est envoyée à la cour, qui en fait ses générosités à qui elle juge à propos. (Vote de M. Perrin).

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Dans notre siècle d'indifférence ou de doute d'égoïsme ou de corruption, une pareille vie ne sera peut-être pas comprise, Les protestants furent plus justes envers François Xavier que nous le serions nous-mêmes aujourd’hui si son nom n’était pas audessus de tous les noms humains. Dans son Histoire des Indes (1), Baldéus s'exprime ainsi :

Si la religion de Xavier s'accordait avec la nôtre, nous le devrions estimer et honorer comme un autre saint Paul. Toutefois, nonobstant celte différence de religion, son zèle, sa vigilance et la sainteté de ses mœurs doivent exciter tous les gens de bien à ne point faire l’œuvre de Dieu négligemment ; car les dons que Xavier avait reçus pour exercer la charge de ministre et d'ambassadeur de Jésus-Christ étaient si éminents que mon esgrit n’est pas capable de les exprimer. Si je considère la patience et la douceur avec laquel's il a présenté aux grands et aux petits les eaux saintes et vives de l’évangile; si je regarde le courage avec lequel il a souffert les injures et les affronts, je suis contraint de m'écrier avec l’apôtre : Qui est capable comme lui de ces choses merveilleuses ? »

Un ministre du culte anglican, Richard Haklvit, n'est pas moins explicite que Baldéus :

« Sancian, dit ce géographe anglais dans son Recueil de Voyages, Sancian, sur les confins de la Chine, et proche le port de Canton, fameuse par la mort de François-Xavier, ce digne ouvrier évangélique et ce divin maître des Indiens en ce qui concerne la religion, qui, après de grands travaux, après plusieurs injures et des croix infinies souf-

(1) Page 78.

fertes avec beaucoup de patience et de joie, mourut dans une cabane sur une montagne déserte, le 2 décembre de l'année 1552, dépourvu de toutes les commodités de ce monde, mais comblé 4 toute sorte de bénédictions spirituelles, ayan connaître auparavant Jésus-Christ à plusieurs

liers de ces orientaux. Les histoires moderne Indes sont remplies des excellentes vertus et des œuvres miracaleuses de ce saint homme. »

A force de travaux et de merveilles, Xavier avait honoré l'humanité; les hommes à leur tour voulurent honorer sa mémoire. Par une bulle en date du 6 août 1625, le Pape Ürbain VIII plaça au nombre des saints le jésuite que Dieu fit, comme le patriarche Abraham, père de plusieurs nations. « Xavier, dit la bulle, avait vu ses enfants en Jésus-Christ se multiplier au-dessus des étoiles du ciel et des sables de la mer. Son apostolat avait eu les signes d’une

vocation divine. le don des langues, le don de prophétie, le don des miracles. » L'Eglise reconnaissante le proposa donc à la vénération des fidèles moins comme un modèle que l'on peut imiter que comme un vase d'éiection qu'il faut glorifier.

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