‹ Histoire religieuse, politique et littéraire de la Compagnie de Jésus [microforme] (volume 4)Chapitre 22 sur 51 · PR AIRE · texte numérisé non relu

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vant éternellement en guerre sourde ou patente. Les progrès qu'il faisait faire au christianisme réunirent contre lui les Bonzes de toutes ces sectes. 1ls se divisaient bien entre eux, mais ils se coalisaient pour s'opposer à l'ennemi commun. Le matin Xavier instruisait les marchands chinois dans leur lansue; le soir venait le tour des Japonais. Il leur expliquait les mystères, il les éloignait du vice, et en moins de deux mois sa parole avait produit de si heureux effets que les hommes les plus éclairés manifestèrent le désir de recevoir le baptême.

Le Père lui-même, dans une de ses lettres aux jésuites de Rome, parle de ces merveilleux résultats : « Quoique mes cheveux aient déjà blanchi, écrit-il, je suis plus robuste que je n'ai jamais été ; car les peines qu’on prend pour cultiver une nation raisonnable, qui aime laxvérité et qui désire son propre salut, donnent bien de la joie. Je n'ai en toute ma vie. goûté tant de consolation qu'à Amanguchi, où une grande multitude de gens venaient m'entendre avec la permission du roi. Je voyais l'orgueil des Bonzes abattu et les plus fiers ennemis du nom chrétien soumis à l'humilité de l’évangile. Je voyais les transports de joie où étaient ces nouveaux chrétiens, quand, après avoir terrassé les Bonzes dans la dispute, ils retournaient tout triomphants. Je n'étais pas moins ravi de voir la peine qu'ils se donnaient à l'envi l'un de l’autre pour convaincre les gentils, et le nlaisir qu'ils avaient à raconter leurs conquêtes par quelles manières ils se rendaient mattres des esprits, et comment ils exterminaient les superstitions païennes : tout cela me causait une telle joie que j'en perdais le sentiment de mes propres maux. Ah! plût à Dieu que, comme je me ressou-

viens de ces consolations qué j'ai reçues de lu miséricorde divine au milieu de mes travaux, je pusse non-seulement en faire le récit, mais en donner l'expérience et les faire un peu sentir à nos académies de l'Europe! Je suis assuré que plusieurs des jeunes gens qui y étudient ‘viendraient employer à la conversion d'un peuple idolâtre ce qu'ils ont d'es-

pritet de forces, s'ils avaient une fois goûté les dou- .

ceurs célestes qui accompagnent nos fatigues. »

Ces fatigues , dont Xavier s’entretient avec tant de pieuse indifférence, n'étaient pas à leur terme, Le grand Bonze d'Europe, ainsi que le nommaient les Gentils, nourrissait l'espérance de repasser au Japon. De là, ses vœux tendaient vers la Chine, dont l'intelligence lui était constatée par ses fréquentes relations avec les négociants de ces contrées. Le royaume d'Amanguchi pouvait rester à la garde de Torrez et de Fernandez. Lui, il convoitait de plus vastes conquêtes, des mondes nouveaux à embrasser du feu de sa charité. Ce fut alors qu’il apprit que le navire commandé par Edouard de Gama était dans les eaux de Bungo; il se mit en route vers le 20 septembre 1551. SUR

Aussitôt que Gama connut la prochaine arrivée du Père, il réunit autour de lui les Portugais résidant à Fucheo. capitale du royaume, et il s’avança ? la rencontre du missionnaire. Ce dernier marchait difficilement, tant ses pieds étaient gonflés. Gama ct es Portugais sont surpris de voir un personnage aussi éminent portier lui-même ses ornements ecclésiastitiques et son humble bagage. Ils le supplient de monter à cheval afin de donner plus d'éclat à son entrée dans la ville, éntrée que déjà salue le bruit du canon, et à laquelle assistent sous les armes les

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marins et les soldats. Xavier refuse; mais il ne peut aussi facilement échapper aux démonstrations de respect qu'on lui prodigue. Ce jour-là même , le roi de Bungo lui écrivait :

“ Père Bonze de Chemachicogin -— les Japonais appelaicnt ainsi le Portugal, — que votre heureuse arrivée en mes États soit aussi agréable à votre Dieu que le lui sont les louanges dont les saints l'honorent. Quansyonafama, mon officier domestique, que j'ai envoyé au port de Figen, m'a appris que vous y étiez arrivé d'Amanguchi, et (oute ma cour vous dira combien j'en ai eu de joie. Comme Dieu ne m'a pas fait digne de vous commander, je vous supplie instamment de venir, avant le lever du soleil, frapper à la porte de mon palais, où je vous attendrai avec impatience, et permettez-moi de vous demander cette faveur sans que mon vœu vous soit importun. Cependant, prosterné par terre, je prie à genoux votre Dieu, que je confesse être le Dieu de tous les Dieux, le souverain des plus grands et des meilleurs qui vivent au ciel, je le prie, dis je, de faire entendre aux superbes de ce siècle combien cette vie sainte et pauvre lui est agréable, afin que les enfants de notre chair ne soient pas trompés par les fausses promesses du monde, Mandez-moi des nouvelles de votre santé pour me faire bien dormir la nuit jusqu'à ce que les coqs m'éveillent en m’indiquant votre venue.»

Il importait beaucoup aux Portugais et à Gama que Xavier parût dignement à la cour. Leur intention était de lui servir d’escortes mais, pour enlever tout prétexte aux répugnances que sa pauvreté provoquait dans des esprits livrés aux séductions du luxe, il fut décidé qu'on entourerait le Père de toute la pompe possible, Afin de vaincre son refus. on lui

représenta qu'il était bon de montrer à ces popula-

tions de quel éclat les catholiques environnaient

leurs prêtres. C'était un moyen de les faire respecter

dans sa personne et de porter à prendre en estime.

la prédication par les honneurs mêmes dont on comblait le prédicateur.

Xavier, pour ce seul jour . consentit à faire violence à son humilité. On le revétit d’une soutane neuve, d'un surplis et d'une étole de velours vert garnie de brocart d'or. Trente Portugais de distinetion, couvert des plus riches étoffes de soie et d'or et chargés de pierreries, formèrent le cortège, à la tête duquel marchait Gama. latête nue, comme pour marquer la vénération dont le Père était l'objet. Une musique militaire ouvrait la marche, que fermaient une foule d'Européens, tous magnifiquement vêtus.

Cing étalaient autour de lui un sac de satin blanc où était renfermé le livre des évangiles, ue canne de Bengala chargée d'or, des pantoufles de velours noir, un tableau de la Vierge, et un parasol de bois précieux, orné de peintures indiennes, qui se conserve encore à Rome dans la maison professe du Gésu.

Lorsque:le cortége se trouva en face du palais et que la garde du roi eut ouvert ses rangs pour lui livrer passage, les Portugais s'avancent vers Xavier, dont l'attitude, aussi majestueuse que digne, attirait tous les regards. Ils le saluent avec respect. On lui offre la canne de Bengala et les pantoufles de velours; on étend sur sa tête le parasol. Ceux qui portaient les évangiles et l'image de la Vierge se placent à ses côtés. Après avoir parcouru plusieurs galeries, où: les seigneurs de. Bungo honorèrent le. missionnaire selon le cérémonial du pays , il fut introduit en pré-

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