‹ Histoire religieuse, politique et littéraire de la Compagnie de Jésus [microforme] (volume 4)Chapitre 9 sur 51 · HISTOURE · texte numérisé non relu

HISTOURE

et le Pontife romain, son vicaire sur la terre , dans notre société, que nous désirons être appelée la compagnie de Jésus , après y avoir fait vœu solennel de

chasteté, doit se proposer de faire partie d'une s0- .

ciété principalement instituée pour travailler à l'ayancoment des àmes dans la vie et la doctrine ehrétienne, et à la propagation de la foi, par des prédications publiques et le ministère de la parole de Dieu, par des exercices spirituels et des œuvres de charité, notamment en faisant le catéchisme aux enfants et. à ceux qui ne sont pas instruats du christianisme, et en entendant les confessions des fidèles pour leur consolation spirituelle. Il doit aussi faire en sorte d'avoir toujours devant les yeux : premièrement Dieu, et ensuite la forme de cet Institut

qu’il a embrassé, C’est une voie qui mène à lui , etil

doit employer tous ses efforts pour atteindre à ce but que Dieu même lui propose , selon toutefois la mesure de la grâce qu'il s reçue de l'Esprit-Saint, et suivant le degré propre de sa vocation , de crainte que quelqu'un ne se laisse emporter à un zèle qui ne serait pas selon la seience. C'est le général ou prélat que nous choisirons qui décidera de ce degré propre à chacun, ainsi que des emplois , lesquels seront tous dans sa main, ofin que l'ordre convenable , si nécessaire dans toute communauté bien réglée, soit observé. Ce général aura l'autorité de faire des eonstitutions conformes à la fin de l'Institut, du consentement de ceux qui lui seront associés, et dans un conseil où tout sera décidé à la pluralité des suffrages.:

» Dans les choses importantes et qui devront subsister à l'avenir, ce conseil sera la majeure partie de la société que le général pourra rassembler commeo-

dément; et, pour les choses légères et momentamées , tous ceux qui se trouveront dans le lieu de la résidence du général. Quant au droit de commander

fl appartiendra entièrement au général. Que tous les membres de la compagnie sachent donc, et qu'ils se le rappellent , non-seulement dans les premiers temps de leur profession, mais tons les jours de leur vie, que toute cette compagnie et tous ceux qui la composent combattent pour Dieu sous les ordres de notre très-saint seigneur le Pape et des autres pontifes romains, ses successeurs. Et quoique nous ayons appris de l'Evangile et de la foi orthodoxe, et que nous fassions profession de croire fermement que tous les fidèles de Jésus-Christ sont soumis au pontife romain commé à leur chef et au vicaire de Jésus-Christ; cependant. afin que l'humilité de notre société soit encore plus grande et que le détachement de chacun de nous et l’abnégation de nos volontés soient plus parfaits, nous avons cru qu'il serait fort utile, outre ce lien commun à tous les fidèles, de nous engager encore par un vœu particu. lier, en sorte que, quelque chose que le pontife romain actuel et ses successeurs nous commandent concernant le progrès des âmes et la propagation de la foi, nous soyons obliges de l'exécuter à l'instant sans tergiverser ni hous excuser , en quelques pays qu’ils puissent nous envoyer, soit chez les Turcs ou tous autres Infidèles ; même dans les Indes, soit vers les hérétiques et les: séhismatiques, ou vers les fidèles ‘quelconques. Ainsi donc, que ceux qui voudront se Joindre à nous examinent bien , avant de se charger - ‘de ce fardeau, s'ils ont assez de fonds spirituel pour poavoir, smivant le conseil du Seigneur, &chover cette tour; c'est-à-dire, si l'Esprit-Saint qui. les

BISTOIRS .

pousse leur promet assez de grâce pour qu'ils puissent espérer de porter avec son, aide le poids de cette vocation; et quand , par l'inspiration du Seigneur, ils se seront enrôlés dans cette milice de Jésus-Christ, il faut que, jour et nuit les reins ceints, ils soient toujours prêts à s'acquitter de cette dette immense. Mais afin que nous ne puissions ni briguer ces missions dans les différents pays ni les refuser. tous et chacun de nous s’obligeront de ne jamais faire à cet égard, ni directement ni indirectement, aucune sollicitation auprès du Pape, mais de s’abandonner entièrement là-dessus à la volonté de Dieu, du Pape comme son vicaire, et du général. Le général promettra lui-même, comme les autres, de ne point solliciter le Pape pour la destination et mission de sa propre personne dans un endroit plutôt que dans un autre, à moins que ce ne soit du consentement de la société. Tous feront vœu d’obéir au général en tout ce qui concerne l’observation de notre règle, et le général prescrira les choses qu'il saura convenir à la fin que Dieu et la société ont eue en vue. Dans l'exercice de sa charge, qu'il se souvienne toujours de la bonté, de la douceur et de la charité de Jésus-Christ. ainsi que des paroles si humbles de saint Pierre et de saint Paul; et que lui et son conseit ne s'écartent jamais de cette règle. Sur toutes choses , qu'ils aient à cœur l'instruction des enfants et des ignorants dans la connaissance de la doctrine: chrétienne, des dix commandements et autres semblables éléments, selon qu'il conviendra, eu égard aux circonstances des personnes, des lieux et des temps. Car il très-nécessaire que le général et son conseil veillent sur cet article avec beaucoup c'attention . soit parce qu'il n’est pas possible d'élever.

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sans fondement l'édifice de la foi chez le prochain autant qu'il est convenable , soit parce qu'il est à craindre qu'il n'arrive parmi nous qu'à proportion

que l'on sera plus savant , l'on ne se refure à cette. fonction comme étant moins belle et moins brillante,

quoiqu'il n'y en ait pourtaut point de plus utile , ni au prochain pour son édification, ni: à nous-mêmes pour nous exercer à la charité et à l'humilité. A l'égard des inférieurs. tant à cause des grands avantages qui reviennent de l’ordre que pour la pratique

assidue de l'humilité, qui est une vertu que l'on ne. peut assez louer, ils seront tenus d'obéir toujours,

au général dans toutes les choses qui regardent l'Institut; et dans sa personne ils croiront voir Jésus- Christ comme s'il était présent, et l'y révéreront autant qu’il est convenable. Mais comme l'expérience nous à appris que la vie la plus pure , la plus agréable et la plus édifiante pour le prochain est celle qui est la plus éloignée de la contagion de l'avarice et la plus conforme à la pauvreté évangélique , et sachant aussi que Notre-Seigneur Jésus-Christ fournira ce qui est nécessaire pour la vie et le vêtement à ses serviteurs qui ne chercheront que le royaume de Dieu, nous voulons que tous les nôtres et chacun d'eux fassent vœu de pauvreté perpétuelle, leur déclarant qu'ils ne peuvent acquérir n. en particulier, ni même en commun, pour l'entretien ou usage de la société, aucun droit civil à des biens immeubles ou à des rentes et revenus quelconques, mais qu'ils

doivent se contenter de l’usage de ce qu’on leur don-

néra pour se procurer le nécessaire. Néanmoins ils

pourront avoir dans les universités des colléges pos-

sédantdes revenus, cens et fonds applicables à l'usage

et aux besoins dés étudiants. le général et la société

comservant toute sdministration et surintendanee sur lesdits biens et sur lesdits étudients à l'égard des choix, refus, réception et exelusion des supérieurs et des. étudiants , et pour les règlements touchant l'instruction , l'édification et la correction desdits étudisnts , la manière de Les nourrir et de les vêtir, et tout autre objet d'administration et de régime, de manière pourtant que ni les étudiants ne puissent. abuser desdits biens, ni La société elle-même les convertir à son usage, mais seulement subvenir aux: besoins des étudiants. Et lesdits étudiants, lorsque l'on se sera assuré de leurs progrès dans la piété ei dans la science , et après une épreuve suflisante, pourront être adm. dans notre compagnie dont tous les membres qui seront dans les ordres sacrés, bien: qu'ils n’aient ni bénéfices ni revenus ecclésiastiques, seront tenus de dire l'office divin selon le rite de l'Eglise ep particulier cependant, et non point en commun. Telle est l'image que nous avons pu tracer de notre profession sous le bon plaisir de notre seigneur Paul et du Siége Apostolique. Ce que nous avons fait dans la vue d’instruire par cet écrit som maire et ceux qui s’informent à présent de notre Institut et ceux qui nous succéderont. à l'avenir, s'il arrive que , par la volonté de Dieu , nous ayons .jemais des imitateurs dans ee genre de vie; lequel ayant de grandes et nombreuses difficultés, ainsi que nous le savons par natre propre expérience, mous avons jugé à propos d'ordonner que personne. ne sera admis dans cette compagnie qu'après avoir été long-temps éprouvé avec beaucoup de: soin, et que ce n'est que lorsqu'on se sera fait connaitre. pour prudent en Jésus-Christ, et qu'en se sera distingué dans la doctrine ou la pureté de la vie chré-

tienne , que l’on pourra être reçu daris là milice de Jésus-Christ, à qui H plaira de favoriser hos petites entreprises pour la gloire de Dieu lé Père, stiquel seul soit la gloire et l'honneur dans les siècles. Ainsi soit-il, »

» Or, ne trouvant dans cet exposé rien que de pieux et de saint , afin que ces mêmes associés, qui nous ont fait présenter à ce sujet leur très-humble réqtiéte, émbrassent avec d'autant plus d'ardeur leur plan de vie qu'ils se sentiront plus gratifiés dé 1 faveur du Siége Apostolique ; Nous, en vertu de l'autorité apostolique , par la téneur de ces présentes et de science certaine, nous approuvôns, confirmons, bénissons et garantissons d’une perpétuelle stabilité l'exposé précédent, son ensemble et les détails ; et qüiant aux associés eux-mêmes, nous les prenons sous notré protection et celle dé ce Saint-Siège Apostolique ; leur accordant néanmoins de dresser de plein gré et de plein droit les constitutions qu'ils jgeront conformes à la fin de cette Compagnie, à Ia gloire de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et à l'édification du prochain, nonobstant les constitutions et ordorinances apostoliques du concile général et de notre prédécesseur d'heureuse mémoire, le Pape Grégoire X, ou tous autres qui y seraient contraires. °

“ Nous voulons cependant que les pérsonnes qui désiréront faire profession de ce genre de vie ne puissent étre admises dans la société ni y étre agrégées au delà du nombre de soixante.

» Done que personne au monde n'ait la témérité d'enfreindre ou de contredire aucun des points ici exprimés de notre approbation, de notre accueil, de nôtre concession et de notre volonté. Si quelqu'un

osait l'attenter, qu'il. spohegnihencourre l'indignation du Dieu. tout-- puissant et..des bienheureux apôtres Pierre et Paul.

» Donné à. Rome. à Saint-Marc , l'année de l'Incarnation du Seigneur. 1540. le.cinquième des:calendes d'octobre, de notre Pontificat la sixième,»

. La compagnie de. Jésus. est fondée. Il lui faut un. général. La majorité. des Pères est absente de Rome. pour le service de l'Eglise. Xavier.et Rodriguez sont. à Lisbonne ; Lefèvre. après avoir rempli sa mission à Parme, vient. d'être, délégué. par le. Pape pour assister à la diète de Worms, et pour, porter la parole dans le colloque que, vont y tenir les Catholiques : Siége.. de ne: pas, ‘quitter l'île dIschia avant d'avoir terminé les affaires confiées à sa prudence. HE

Laynès, Le Jay, Brouet, Codure et -Salmeron.

vais les seuls présents avec Ignace. Après. avoir,

ant trois jours, prié Dieu de les éclairer, sur.un

ix aussi important, chacun donna .son vote par écrit. Les suffrages des absents étaient, cachetés.et, déposés sur une table. : Don Ignace de Loyola. dut, élu à l'unanimité...

Cette nomination, à laquelle il ne pouvait sé: sous: traire, le surprit et l'cffraya. Il la combattit long-. temps. par tous.les motifs que put lui suggérer son humilité. Il souhaita qu'une seconde.éleetion vint le. délivrer du poids dont sa conscience allait être.char-. gée. Les Pères présents condescendirent à ce désir, qu'un vote nouveau rendit infructueux, et après.une résistance chrétiennement: opiniâtre, il se soumit. Il ayait quarante-neuf;ans. Sa:.tête chauve, son teint olivätre , son visage ,amaigri par, la pénitence , son ;

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front large et ses yeux brillants dans leur profond orbite, donnaient un type particulier à sa physionomic. De complexion ardente, cœur chaud et esprit réfléuhi, il était tellement parvenu à se dominer que les ruédecins eux-mêmes le regardaient comme flegmatique. Sa taille était moyenne, et il savait si bien composer etménager sa démarche qu'il ne paraissait boiteux que le moins possible. Dans tout l’ensemble de sa personne , il y avait comme une révélation du saint et du grand homme ; car Ignace, par ses vertus et par ses œuvres, a plus que beaucoup de diplomates, de guerriers et de législateurs, mérité ce dernier titre, qui, à ses yeux, n’aurait jamais valu le premier.

Le jour de Pâques , 17 avril 1541 , il accepta le gouvernement de la compagnie de Jésus. Le 22 du méme mois, aprés avoir visité les basiliques de Rome, ils arrivèrent à celle de Saint-Paul hors des murs. Le général célébra la messe à l'autel de la Vierge; puis. avant de communier , il se tourna vers le peuple. D'une main , il tenait la Sainte-Hostie, et de l'autre la formule des vœux. Il la prononça à haute voix , s'engageant en outre envers le souverain Pontife à l'obéissance à l'égard des missions et telle qu’elle‘est spécifiée dans la bulle du 27 septembre. Alors il déposa cinq hosties sur la patène ; et, s'approchant de Laynès, de Le Jay. de Brouet, de Codure et de Salmeron, qui se tenaient à genoux au pied de l'autel, il reçut leurs professions et les communia. ‘C'était la consécration de l’Institut. Avant d'entrer dans le récit des faits . il faut examiner au point de vue religieux et politique les constitutions que Loyola impose à sa société. Ces constitutions en sont la base, le droit, la règle, le plan; le principe et la fin.

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