‹ Histoire religieuse, politique et littéraire de la Compagnie de Jésus [microforme] (volume 4)Chapitre 10 sur 51 · CHAPITRE IE · texte numérisé non relu

CHAPITRE IE

Les constitutions de l’ordre, — Leur Plan, — Leur but.—Comment se compose la société. — Cosdjuteurs teniporels, —No-

. vices. — Coadjnteurs spirituels.— Profès.— Examen der con stitutions et déclarations de l'institut. — Objections ‘aites à la société de Jésus, — Réponses à ses objections.— Les vœux et privilèges des Jésuites.

Jamais ouvrage sorti de la main des hommes ne souleva autant de discussions. ne fut soumis à autant de minutieux examens que celui qui renferme les constitutions et. déclarations de la société de Jésus. Dans tous les siècles, dans tous lés pays, il a évoqué des adversaires et des approbateurs : des adxersaires qui, afin d'en démontrer le vice radical, se servaient de tous les arguments que la bonne foi trompée ou que la haine peut mettre en usage; des

approbateurs qui, convaineus par la réflexion ou à entrainés par un zèle qui n’était pas toujours selon d la science, cherchaient moins à justifier qu'à exalter P. ses doctrines et ses prescriptions. de Cet ouvrage , célèbre à tant de titres, est la base di de la compagnie de Jésus, dont «l’objet. par'son en institut, est sans bornes, parce que , selon la belle | définition. de Pierre Dudon, procureur-général au cia parlement de Bordeaux (1), le zèle de son fondateur pé a tout embrassé. » Un pareil livre , si en dehors de les | | the

(1) Compte-rendu des Constitutions des Jésuites , présent leu

les 12 et 18 mai 1768 aa Puriement de Bordeaux.

en butte.

Il affermissait cet. empire sans territoire qui couvrit la terre de ses sujets. Règle laissée à des religieux , il représentait toutes choses sous les traits militaires de chefs, de troupes et d'étendards; il partait de principes nouveaux afin d'arriver à des conséquences nouvelles; il développait le dévouement humain jusqu’à sa dernière puissance ; il faisait de l'obédience la plus absolue un levier dont l'action incessante et universelle devait préoccuper tous

les politiques.

On a torturé son texte ; altéré les citations que, pour le triomphe de ses opinions, chaque parti allait y puiser. On a grossi ou affaiblila pensée de l’auteur, selon les besoins ou les inspirations du moment. Les uns y admirent en tremblant un code de despotisme que Machiavel lui-même n'aurait pas élé assez profond pour eoneevoir; les autres n’y voient qu'un corps de lois dont chaque article dévoile le sens, dont chaque mot fait pénétrer l'esprit. Des milliers de volumes ent été publiés pour ou contre. Les Papes l’approuvaient sans restriction, les parlements de France et quelques évêques le condamnaient à différents intervalles, lorsque l’Institut n’était pas encore assez connu ou lersqu'il le fut trop.

Les passions qui agitaient ces grands corps judiciaires ont disparu emportées avec eux dans la tempête révolutionnaire. Les motifs qui avaient inspiré les souverains Pontifes et la plupart des princes catholiques. de l'Europe subsistent encore dans toute leur force. Sans vouloir nous appesantir sur des thèses aujourd’hui complétement dépourvues d'in-

toutes les idées reçues , a donc subi toutes les vieissitudes auxquelles Ignace et ses disciples se sont vus

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térêt, nous croyons que l'examen de ces fameuses constitutions peut et doit se réduire à certains points substantiels, aux graves objections qui leur furent adressées à leur origine comme maintenant , et aux réponses sérieuses opposées à ces objections.

Dans le cadre que nous traçons à notre travail sera comprise l'analyse des constitutions en tout ce qui importe à l’histoire et à la critique. Nous examinerons ensuite les quatre vœux des Profès, ainsi que les priviléges accordés à la compagnie par les souveverains Pontifes, vœux et priviléges qui ont soulevé tant de récriminations et provoqué contre l'ordre entier tant de répugnances justes ou injustes.

Le livre des constitutions et déclarations de la compagnie de Jésus. dont Ignace de Loyola est l’uni-

ue auteur, n’a jamais été publié de son vivant.

crit tout entier de sa main en langue ‘espagnole, il fut traäüit en latin par le père Polanque , son secrétaire, avec une rigoureuse fidélité. La première édition date de l’année 1558. Elle fut imprimée à Rome sous les yeux mêmes des souverains Pontifes et dans le collége romain. :

Le plan et le but des constitutions est bien simple. Elles sont divisées en dix parties, qui ont toutes entre elles un lien, une conformité d’actions et de vues et une conséquence. C’est la sanctification du monde par la sanctification même du religieux.

‘Pour obtenir ce résultat, que les autres fondateurs d'ordres monastiques n’avaient point entrevu , parce que les temps n'étaient pas aussi orageux pour l'Eglise que celui dans lequel Loyola vécut, il’ fallait, d'un regard aussi rapide que la pensée ou le désir, embrasser un vaste horizon. L'ordre fondé, il deve-

nait nécessaire de l'appliquer sur-le-champ à toutes les œuvres en germe dans la tête d'Ignace.

-Cet homme; dont la perspicacité et l'énergie n'ont jamais été mises en défaut, voyant l'univers catholique dans une de ces crises qui décident du sort des peuples. Ils s'ébranlaient, ils s'agitaient afin de se séparer de la communion romaine. Le Suint-Siége, intimidé par tant de défections subites, ne savait se défendre qu'avec les armes de la foi; armes puissantes sans doute, mais qu'on doit manier avec dextérité et employer avec réserve.

Ce n'était pas assez de combattre le présent. Le plus pressé, le plus opportun était de songer à l’avenir, de le préparer par l'éducation ou par la parole à accepter la loi dont chacun brülait de s'affranchir.

Ignace avait rencontré des compagnons dignes de lui. Il aspirait à en former d’autres. Ce fut dans cette intention qu’il s'empara de l'éducation de la jeunesse, de l’enseignement de la théologie, des belles-lettres, et de l'instruction des ignorants.

Les œuvres de charité de toutes les espèces, la conversion des infidèles, la direction des consciennes, le ministère de la parole devaient contribuer à cet ensemble, dont chaque partie est réglée par les constitutions. L'image de Madeleine vivant dans le repos de-la contemplation , image adoptée par tous ses prédécesseurs dans la création des sociétés religieuses, ne convenait pas plus à l’activité de l'esprit de Loyola qu’à son siècle. Le modèle de Marthe ; tout occupée du service des autres , entrait mieux dans ses idées; mais il désira combiner ces deux formes de vie dans un juste tempérament et les fondre en-: semble par des règles appropriées à tous les caractères et à tous les temps.

De la vie eontemplative , il prit, dans une mesure sagement proportionnée, Foraison mentale, les examens de conscience; les pieuses lectures, la fréquentation des sserements, les retraites spirituelles et les pratiques de piété. Ignace pensait que cela serait saffisant pour façonner l'homme intérieur. Afin de former l'homme extérieur, il s'adressa aux enseignements, aux préceptes que la méditation, l'étude et la connaissance du cœur humain purent lui fournir.

Ainsi il ne voulut pas donner à la compagnie de Jésus un habit particulier. Ii prit le vêtement ordinaire des prêtres sécaliers : la soutanenoire. l'arreien manteau, le chapeau à larges bords que les Espagnols appellent sombrero , et dont le Pape et le Sacré- Collége ont gardé la forme.

Le logemeat, la nourriture , enfin tout ce qui. trait aux habitudes de la vie commune , fut réglé dans cette mesure. Les macérations de la chair, dont quelques ordres anciens ont fait la base de leur Institut, le silence, la solitude, les offices du chœur, soit de jour, soit de nuit, n’entrèrent point dans son plan. I} travaillait à composer pour l'Eglise une milice toujours active. toujours prête à se porter au plus fort du danger , et nen pas un corps aseétique que les abstinences ou les insomnies auraient bientôt énervé.

H le fit en même temps ordre mendiant-et ordre de clercs réguliers : ordre mendiant, pour continuer l'œuvre des Apôtres; ordre de cleres, réguliers. parce que la fin de ces ordres, comme celle des prètres ordinaires, est de travailler au salut de prochain per Fexerciee du saint ministère,

Au fond de toutes ces lois se retrouys, presque à

l'insu de Loyola, le souvenir desmæurs et des: cou

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tumes de son pays. Li y a plus d'un article des constitutions qui semble arraché aux Fuecros de Biscaye. Plus d'une disposition, de près où de loin , se rattache à ces espèces de Chartes provinciales dont les Espagnols étaient si jeloux. On sent surtout qu'Ignaes est guidé par une grande connaissance du carsctère des autres.

À chaque instruction, l'homme politique se révèle comme par bond , et, sans se laisser entrainer par des idées qui pouvaient plaire à ses sentiments religieux, il trace d'une main assurée les différentes règles que la compagnie doit suivre dans tout ce qui lon l'intérêt matériel et individuel de ses membres.

Ce travait achevé, Loyola s'occupe d’un autre ples difficile : il établit les conditions qu'il est indispensable de remplir afin d'être admis dans la société. Ces conditions sont en grand nombre, très-sages souvent. onéreuses quelquefois.

Quiconque a porté Fhabit religieux dans un autre

ordre est inapte à être reçu dans la compagnie. . Celui qui s'offre pour entrer au novieiat doit à l'instant même renoncer à sa propre valonté , à sa farmille et à tout ce que les hommes ont de cher sur la terre. Loyola, désirant bien faire comprendre quel était le fond dé sa pensée sur le principe de l’obéissance, a accumulé, épuisé dans un seul tableau toutes les images par les quelles les Pères de l'Eglise et les crdresantérieurs au sien recommandaient eette vertu.

H créa six états dans la compagnie :

Les novices se partagent en trois classes : #ovices destinés au sacerdoce , novices pour les emplois #ermporeis, et les indifferents, c'est-à-dire ceux qui entrent dans la compagnie avec les dispositions de ke

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servir,soit comme prétressoitcomme coadjuteurs temporels, selon que les supérieurs les jugent capables.

- Les frères temporels formés sont ceux qui sont employés au service de la Communauté , en qualité de sacristain , de portier, de cuisinier. Après dix années d'épreuves et lorsqu'ils sont parvenus à l’âge de trente ans, on les admet aux vœux publics.

: Les scolastiques approuvés sont ceux qui, après

avoir terminé leur noviciat et fait à Dieu les vœux

simples de religion, continuent la carrière des épreuves , soit dans les études privées, soit dans l’enseignement et dans les autres emplois, jusqu'à l'époque de leurs vœux solennels.

Les coadjuteurs spirituels formés s'appellent ainsi, parce que , sans avoir encore la science ou les talents requis pour la profession des quatre vœux, on les juge propres au gouvernement des colléges et résidences, à la prédication, à l’enseignement, aux missions et à l'administration. Ils ne peuvent étre promus avant trente ans d'âge et dix années de religion.

Les profès des Trois Vœux se trouvent toujours en nombre fort restreint ; ce sont ceux qui, n'ayant pas toutes les qualités requises pour la profession des quatre vœux, se voient admis à la profession solennelle à cause de quelque autre qualité ou d’un mérite dont l'ordre peut tirer parti dans un certain cercle d'idées. Leur emploi est le arr que celui des coadjuteurs spirituels.

Les profès des Quatre Vœux eowposant la société dans toute l’acception du mot. Seuls ils peuvent être: nommés général. assistant, secrétaire-général ou provincial. Seuls ils ont droit d'entrée dans

les congrégations qui ont — d'élire le général et

les assistants. °

. Quant à l’observance des vœux et des règles , à la: manière de vivre, il n'y a aucune différence entre ces divers degrés. Dans les soins du corps, dans le vêtement (1) ; dans la nourriture, dans le logement, tout est basé sur le système de la plus parfaite égalité, depuis le général jusqu’au dernier frère novice. - La compagnie, ne pouvant et ne devant qu’éprouver les écoliers ne s’obligent envers eux que sous condition mais eux s’obligent enverselle. Ils promettent de vivre, de mourir en observant les vœux de pauvreté , de chasteté et d’obéissance. Ils s’obligent même à accepter le degré que par la suite les supérieurs jugeraient être le plus en rapport avec leur caractère ou leurs talents.

: Les écoliers deviennent religieux par ce triple vœu dont , dans des-occasions sagement déterminées , le général ou la congrégation a le droit de dispenser.

La propriété de leurs biens leur est laissée : ils ne peuvent cependant pas en jouir ou en disposer sans agrément des supérieurs. Le Saint - Siége et le Concile de Trente avaient approuvé cette mesure, qu’acceptèrent tous les pays catholiques. à l'exception de la France.

S'ils veulent, avant de faire profession, donner à la société tout ou partie de leurs biens, les constitutions leur en laissent la faculté, mais elle ne leur en font ni une obligation ni un devoir. À

‘Le temps d'épreuves fixés est de quinze à dixhuit ans.

Ils ne s'engagent par les vœux qu'à l’âge de

Le vêtement des frères coadjuteurs doit être d’une palme plus court que celui des autres , et il ne portent pas le bonnet carré. C'est la seule distixction établie.

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trente-trois ans , l'âge où mourut Jésus-Christ.

Malgré la diversité des climats et la différence des caractères nationaux, tous doivent se soumettre au genre de vie prescrit par les eonstitutions.

- Les profès sont obligés à la pauvreté la plus entière. Leurs maisons ne doivent rien posséder et ils s'obligent même, par un vœu particulier , à ne jamais consentir à une modificationde ce vœu, à moins qu’on ne juge à propos d'étendre davantage sa rigueur.

Il est ordonné à tous de ne briguer owde ne convoiter aucune charge dans la compagnie. Le profès s'oblige à n'aceepter aucune prélature , aueun honneur. Il ne doit jamais aspirer aux dignités ecclésiastiques , jamais les poursuivre, soit directement, soit indirectement. là ne peut même en être revêtu que lorsque le Pape l'y contraint sous peine de péché: mortel, C'était le meilleur moyen de fermer la porte aux ambitions et de conserver à l’ordre des membres distingués. |

Les profès remplissent toutes les intentions pour lesquelles Ignace créa la société de Jésus. Ils enseignent, ils préchent. ils dirigent. Pour ces fonctions, ils ne doivent toucher aucun argent sous forme dé salaire onu de récompense : il ne teur est permis de recevoir que comme aumôûne.

A ces dispositions , qui sont le résumé d’un grand nombre d'articles spéciaux , le fondateur en ajoute beaucoup d’autres qui . par leur rédaction eu par leur portée, ren’rent dans la catégorie de toutes les constitutions r.onastiques.

L'Institut de la société de Jésus n'avait point eu de modèle. Il n’en servira jamais à d’autres , car il renferme tant de nuances diverses , il exige tant de perfection de la part de eeux qui se soumettent à sa

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pratique, il fut eréé à une époque si exceptionnelle qu’il ne faut pas trop s'étonner des tempêtes qu'ik souleva, des adhésions qu'il provoqua et de la singularité même qui le earzctérise ; sidgularité qui a fait sa foree , quand tous les autres corps s'affaiblissaient ou se contentaient de vivre.

Nous venons d'expliquer les lois qui régissent les différents états de la compagnie ; il reste à faire eonnaître sur quelles bases Ignace établit le principe d'autorité.

La société est gouvernée par un général perpétuel et absolu.

Il est nommé par la congrégation général et ne peut décliner l'élection.

Sa résidence habituelle est à Rome, au centre de la catholieité et de l’ordre. è

la seul autorité pour faire des règles, il en dispense seul.

Son office n'est pas de prècher, mais de gouverner.

Le général communique ses peuvoirs aux provinciaux et autres supérieurs dans Ja mesure qui lui convient. IL nomme à ces fonctions et à toutes les charges des maisons professes , des colléges et des noviciats, pour trois ans et plus s’il le juge opportun.

Le général approuve ou désapprouve ce que les visiteurs, les commissaires, les provinciaux et autres supérieurs ont fait en vertu de ses pouvoirs.

IL choisit les religieux qui sont nécessaires à l'administration de la société. le procureur-général et le secrétaire-général,.

Il a le droit de soustraire un ou plusieurs membres de l'ordre à leurs sapérieurs immédiats.

Un membre de la compagnie ne peut publier un

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ouvrage qu'après l'avoir soumis à trois examinateurs au moins. délégués par le général.

-:Tous les trois'ans , les catalogues de chaque province lui sont envoyés. Ces catalogues indiquent l’âge de chaque sujet , la proportion de ses forces, ses talents naturels ou acquis, ses progrès dans la vertu et dans les sciences.

- La correspondance la plus active est recommandée

entre le général et les provinciaux, afin que le premier connaisse ce qui se passe loin de lui comme s’il était sur les lieux mêmes. Toutes les semaines , les supérieurs locaux rendent compte de l’état de leurs maisons au provincial; tous les trois mois au général.

Le général doit avoir force d'âme et courage pour supporter les infirmités de plusieurs et entreprendre de grandes choses pour la gloire de Dieu. Lorsque ces grandes choses lui paraissent utiles, il faut qu'il y persévère, quand bien même les puissants de la terre voudraient y mettre obstacle. Leurs prières et leurs menaces ne peuvent jamais le détourner du but que proposent la raison et l’obéissance divine.

: Le général doit être doué d’une profonde sagacité et d’une haute intelligence afin de connaître aussi bien la théorie que la pratique des affaires.

La science lui sera nécessaire , mais la prudence encore davantage.

Le général seul a le pouvoir par lui ou par ses délégués d'admettre dans les maisons ou dans les colléges de la société ceux qui paraissent aptes à son institut. Il peut les recevoir soit à l'épreuve, soit à la profession, soit comme coadjuteurs spirituels , soit comme écoliers approuvés. Il peut aussi les renvoyer et les éloigner à tout jamais de la Compagnie ; mais,

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pour condamner un profès à cette peine, le général a besoin de l’assentiment du Pape.

Il applique les postulants et les profès au genre d'étude qui convient à sa prudence.

Les étudesachevées, il peut lestransporter d’un lieu à un autre pour un temps déterminé ouindéterminé.

Le général a pouvoir de révoquer ou de rappeler les Pères que le souverain Pontife aurait chargés d'une mission pour un temps indéterminé.

Le droit de créer de nouvelles provinces lui est conféré.

En lui réside le pouvoir de stipuler pour l'avantage des maisons et collégestout contrat de vente, d'achat, d'emprunt, de constitution de rentes et autres, concernant les biens meubles et immeubles de ces maisons ou collèges (1); mais i! ne peut supprimer une maison déjà établie sans le concours de la congrégation générale, ni appliquer les revenus d’aucun établissement de la compagnie à la maison professe ou à celle qu’il habite.

Il a la surintendance et le gouvernement de tous les-colléges.

C’est au général qu'il appartient de veiller à l’observation des Constitutions. Il a aussi la faculté d’en dispenser selon les personnes, les lieux, les temps et les autres circonstances.

Il convoque la société en congrégation générale. Il peut aussi convoquer les congrégations provinciales. Il a deux voix dans les assemblées, et, en cas de partage. son opinion prévaut.

T° faut qu’il connaisse autant que possible le fond

(1) Des bulles postérieures concernant l’administration des biens des Réguliers ont restreint ce pouvoir.

de la conscience des membres qui lui sont soumis, et principalement des provinciaux et de tous ceux qui ont des emplois dans la société.

Voilà le pouvoir du général défini par le texte mène des Constitutions. Il reste à examiner le contre-poids qu'Ignace a cru devoir y mettre et les précaution: que sa sagesse lui a suggérées contre l'abus possible de cette espèce de dictature cléricale.

iles se réduisent à six. La première concerne les chuses oxtérieures, le vêtement, la nourriture et les cépeuses du général. La société peut augmenter ou :-miruer ces dépenses, selon qu'il lui conviendra à eili” :: au général, El faudra que le général acquiesee à ceiie ordonnance de la compagnie.

La seconde a soin du eorps et de la santé du général, afin que dans les travaux ou dans les pénitences il n’outrepasse pas la mesure de ses forces.

La troisième concerne son âme. Elle met auprès de lui umadmoniteur, élu par la congrégation générale, et qui, avec une respectueuse modération, est en droit de représenter au général ce que lui ou les autres Pères auraient remarqué d'irrégulier en sa personne ou en son gouvernement.

La quatrième est pour le prémunir contre l’ambition. Si, par exemple. un roi voulait forcer le général de la compagnie à prencre un dignité qui le contraindrait à renoncer à ses :«netions; et si le Pape y consentait ou l'ordonnait , non pas cepeu:.ant sous peine de péché, le général ne pourrait accepter sans le consentement de la société. La société ne consentira jamais, à moins qu'il n’y ait contrainte morale de la part du Saint-Siége.

La cinquième pourvoit aux cas de négligence , de vieillesse, de grave maladie où tout espoir de guérison

serait plus que douter. x; on nomme alors au général un coadjuteur ou vicaire qui remplit ses fonctions. La sixième est adoptée pour des occasions parti-

- cilières, pour des péchés mortels devenus publies,

pour l'application des revenus à ses propres dépenses ou à sa famille, pour l’aliénation des immeubles de la société ou pour une doctrine perverse. Dans ces cas, la compagnie , après avoir pris et au delà toutes les informations. peut et doit le déposer et même, si besoin est, le renvoyer de l'ordre.

Afin de donner à l'autorité du général un autre contre-poids, Loyola institue quatre assistants qui, toujours à ses côtés, ont charge de veiller à l'exécution des trois premières précautions prises contre lui.

Leur élection se fait par ceux-là mêmes qui élisent le général.

En cas de mort ou d'absence prolongée, et les provinciaux de la compagnie n'y répugnant pas. legénéral en substitue un autre qui, avec l'approbation de tous ou de la plus grande partie, prend la place vacante.

Les assistants. qui sont pris dans chacune des grandés provinces de Portugal. d'Italie, d'Espagne, de France et d'Allemagne, sont les ministres du général; ils ont autorité pour en devenir les juges.

Le général peut suspendre un assistant.

Si le général tombe dans l’un des cas prévus pour sa destitution, les assistants convoquent malgré lui une congrégation générale qui le dépose dans les formes. Si le mal est trop urgent, ils ont droit de le déposer eux-mêmes après avoir recueilli, par lettres, te suffrage des provinces.

Le pouvoir du général, on le sent par cette analyse, n’est illimité qu'autant que sa manière de gouverner et sa vie sont régulières. Pour mieux faire

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