‹ Histoire religieuse, politique et littéraire de la Compagnie de Jésus [microforme]Chapitre 1 sur 64 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Fe Portrait de Francois de Borgia. — Son discours à la Congrégation assembléc, — 11 ÿ cest élu Général de la Compagnie par la Congrégation, — Décrets qu’elle prodE mulgue. — Jésuites envoyés à l'ile de Malle, assiégée par Sulimen. — Dénomb brement des Jésuites ct do Içurs maisons. — Christophe Rodriguez en Calabre. Ÿ — Élection du pape Pie V. — Son caractère. — Le nouveau Pape et François de Borgia. — Salmuron et Tolet, prédicateurs du Saint-Siége. — Maladie conlagieuse à Rome, — Les Jésuites nommés visiteurs dans les diocèses d'Ilalic. Travaux de Borgia. — Pie V reprend le projet de Paul IV, — 11 vaut forcer la Compagnie à faire les offices du chœur. — Question des vœux simples, —

‘4 Mémoire présenté au Pape. = Le travail et la prière, — Le Pape désire former +71 une croisade contre les Turcs, — Le cardinal Commendon, légat du Ssint-Siége,

‘4 et le Père Tolet, — Le cardinal Alexandrin et François de Borgia. — Canisius

ie en Allemagne. — La chasteté des Jésuites calomniée par les sectaires, qui ne peuvent expliquer la pudeur des écoliers, — Le Père Canisius, légat près des cours germaniques. — 11 fait proclamer le Concile de Trente, — Ses voyages. — 11 est à la Ditte d’Augsbourg, — Politique des Protestants, = Portrait de Frédéric IL — Ses utopies de réforme, — Canisius, Natal et Ledesma concilient Jes deux partis. — Nouveaux colléges à Olmutz, à Wurtzbourg et à Vilua. — Stanislas de Kostka, — Sa inort, — Apostasie du Père Adam Heciler. — Les Centuries d'Illiricus, — But et esprit de cêt ouvrage. — Canisius eit chargé d'y répondre, — On l’accuse d’avoir renié sa foi. — Le Père Maggio en Pologne. — 11 empèche le roi Sigismond de répudier la reine sa femme. — Progrès de la Compagnie en Allemagne. — Résullats de la légation de Crmmendon et de Tolet, — Les Jésuites Blyssem et Warsevicz. — Élection du duc d'Anjou au royaüme de Pologne,

François de Borgia, à qui Laynès mourant avait semblé, dans un dernier témoignage de confiance, résigner les pouvoirs de Général de la Compagnie de Jésus, était un homme exceptionnel. Grand par la naissance, par le courage et par l'honneur, il s'était réfugié dans l'humilité. On l'avait vu se détacher des 1% affections terrestres pour vivre plus intimement avec Dieu. Son histoire fut un prodige continu d'obéissance et d'abnégation. L'ami de Charles-Quint et de Philippe IE, l’allié de toutes les Il, 1

p CHAP. 1. — HISTOIRE têtes couronnées de l'Europe, avait, dans la force de l’âge, répudié l'éclat et les richesses. Celui qui était né pour commander aux autres n'aspirait plus qu'à obéir.

Afin d'embrasser l'Institut des Jésuites, il se dépouilla de tout sentiment humain; afin de rester fidèle à l'obscurité qu'il conquérait, il rejeta lom de lui les honneurs de la pourpre romaine, qui, à cinq reprises différentes, vinrent le chercher dans sa cellule. La sublimité de ce sacrifice incessant de l’orgueil de l’homme immolant, au pied de la croix, ses passions et ses désirs les plus naturels, n’a point échappé aux écrivains protestants. Babington Macaulay rend au Père François de Borgia cette justice ! : « Il n'est pas un saint dans le calendrier de Rome qui ait abdiqué ou détourné de lui plus de dignités humaines et plus de bonheur domestique ; il n’en est pas un qui se soit voué à la pauvreté, aux souffrances physiques en les acceptant sous des dehors plus sordides ou avec des supplices plus révoltants, C'est faire pénitence avec lui que de prêter l'oreille aux récits de ses flagellations, des maladies qui en avaient été la suite, et des pratiques douloureuses par lesquelles, à chaque instant Au jour, il tâchait de dompter ses sens. Sa vie est plus éloquente que toutes les homélies de saint Chrysostome. Elle démontre mieux que cent prédicateurs ne l'auraient pu faire à ses contemporains étonnés l'auguste pouvoir des principes qui le faisaient agir. » -

” Né en 1510, le Père François de Borgia n'était âgé que de cinquante-cinq ans à la mort de Laynès; mais les austérités volontaires, les fatigues de toute sorte avaient tellement consumé sa vie qu’il ne lui restait plus de force que dans le cœur et dans la tête. Le brillant compagnon d'armes de Charies-Quint, dont la taille élancée, le front majestueux ct le beau visage rehaussaient si bien la noblesse, a disparu. Ce n’est déjà plus qu'un vieillard ; ses joues pâles sont sillonnées de rides, chaque mouvement de son corps atteste une souffrance. Il est languissant, débile même; mais cette santé si frêle n'ôte rien à l'énergie morale qui étincelle dans ses yeux bleus. Il à brisé tous les liens de la chair, repoussé toutes les grandeurs, et le trépas

1 Édimburg rewicv, = LES PREMIERS JÉSULTES,

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