‹ Histoire religieuse, politique et littéraire de la Compagnie de Jésus [microforme]Chapitre 15 sur 64 · SEE · texte numérisé non relu

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d'Arcos et de sa femme, sœur du Pére de Ccrdoue. A Cadix, les Jésuites ne se contentaient pas de former les jeunes gens à la piété et aux belles-lettres, ils se dévouaient encore à l’instruction religieuse des Maures, très-nombreux dans ce port.

Ce que des Jésuites faisaient à Cadix en faveur des anciens dominateurs de l'Espagne, d’autres Jésuites le continuaient à Grenade, dans la poétique capitale des Abencérages. Depuis 1559, la Société occupait une maison dans l’Alrézin; la révolte des Maures contre Philippe IE força les Pères à abandonner cette demeure, et, sous la conduite de Jean Albatolus, Maure luimême d'origine, ils cherchèrent un autre asile. Les Mahométans, que la force avait faits Catholiques, n’attendaient qu'une occasion favorable pour se soulever contre les rois dont, pendant de longs siècles, ils avaient usurpé le trône et tenu les sujets captifs sous la garde de leurs cimeterres. Cependant, à l’arrivée des Jésuites à Grenade, les prédications amenërent à résipiscence ce peuple devenu esclave à son tour. La plus grande preuve de conversion que les Maures appelés Nouveaux Chrétiens par les Espagnols purent donner, ils loffrirent aux Apôtres, leur apprenant que le poids des chaînes terrestres était léger pour le ciel. On vit ces hommes, aussi attachés à l'argent, aussi avides que des Juifs, restituer le bien acquis par l’usur..

Le gouvernement de Philippe IT était, en 1569, inquiet de leur attitude ; des mesures plus énergiques sont adoptées à Grenade. Il est ordonné à tous les anciens sectateurs de Mahomet de démolir leurs bains, de renoncer à la langue arabe, et les femmes doivent désormais se vêtir à l’espagnole. La conspiration que le roi pressentait éclate enfin. Les conjurés se réunissent dans les montagnes; ils forment le projet de surprendre la ville. L’abondance des neiges leur en ferme le chemin, et une centaine seulement parviennent à se frayer un passage. Un jeune homme de leur caste les commandait ; il se nommait Ferdinand de Valore. Arrivés au centre de Grenade, ils font retentir les cris de Vive la liberté! Vive Mahomet! puis, comme les Jésuites sont les prêtres qui obtiennent le plus de véritables conversions dans leurs rangs, c'est sur les Jésuites que par esprit de vengeance ils dirigent leurs premiers coups.

La croix qui protégeait la maison est abattue; ils font le siège de cette maison, et ils demandent avec des cris de rage que le traître Albatolus leur soit livré.

La sédition fut bientôt repoussée de la ville ; mais elle se répandit dans les contrées d’Alpulxärras et d'Almeria, profana les églises, massacra les prêtres et les religieux, se porta à tous les excès, et se retrancha enfin derrière des rochers inaccessibles. Philippe ne devait pas endurer patiemment un tel affront. Son frère naturel, don Juan d'Autriche, prend le commandement de l’armée qui va agir contre les Sarrazins ; et, comme on craignait quelque tentative de la part des Maures d'Afrique, Louis de Requesens, amirante de Castille, accourt des Pays-Bas avec sa flotte pour surveiller le littoral.

Christophe Rodriguez était embarqué sur cette escadre avec quelques autres Jésuites, plusieurs suivaient l’armée de don Juan pour la soutenir dans ses marches difficiles, pour l’encourager dans les combats et offrir aux mourants les secours de la Religion. Le Père Christophe ne perdait pas son temps sur

l'escadre de blocus. À Malaga il y avait un hôpital où souffraient ‘

plus de sept cents malades et blessés ; les Jésuites se font leurs infirmiers. Les galères se voyaient pleines de forçats dont le lemps était expiré, et qui, par un déplorable abus de pouvoir, ne sortaient pas du bagne parce qu'on leur ;cfusait une attestation constatant qu'ils avaient subi leur peine. Les Jésuites acquiérent la preuve de ces iniquités ; à tout prix il faut qu’elles cessent. Il était nécessaire de recueillir quelque argent, afin d'arriver au redressement de tant d'injustices, qui portaient à blasphémer contre l'ordre social; les Jésuites mendient. Quand ils ont rendu à la liberté tous ces malheureux, ils obtiennent qu'un magistrat sera nommé. pour exercer gratuitement l'office que leur charité vient de créer.

Lorsqu'en 1571 le due d’Arcos, qui avait pris le commandement de l'armée, eut, dans une bataille décisive, antanti les Maures, la Compagnie de Jésus fut réintégrée dans sa maison de lAlrézin.

Cette année s'ouvrit pour la Péninsule avec des calumités de toutes sortes. Une“iévre pestilentielle affligeait l'Europe; en

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Espagne, elle sévit avec plus d'intensité qu'ailleurs, le climat et les habitudes de pays semblant redoubler sa violence, Philippe IE avait fait déporter dans les autres provinces les Maures

du royaume de lienade ; ils étaient exilés, pauvres et nus. L’a-

version instinctive que le peuple espagnol avait conçue pour ses anciens maîtres s’augmenta du spectacle de leur misère. Le fléau les atteignait les premiers. Le peuple rejeta la cause de la maldie sur ceux mêmes qui en étaient les victimes ; ils périssaient sans secours et maudits par la foule. Les Jésuites de Salamanque sont témoins de ce délaissement : ils interrompent les cours de leur Collège ; ils exposent chrétiennement leur vie pour disputer à la mort celle des autres. Barthélemy’ Canova, leur préfet des études, et plusieurs de ses frères meurent à la peine. La ville d’Aleala est en proie au même mal; elle rencontre dans les Jésuites les mêmes secours. À Guadalaxara, les Nouveaux-Chrétiens succombent par centaines dans cet abandon déjà signalé à Salamanque. Les Jésuites changent leur demeure en ambulance, et ils parcourent la ville, recueillant les pestiférés épars dans chaque rue, les chargeant sur les épaules ct les transportant à l'hôpital improvisé par leur charité. Les paroles les plus éloquentes, les promesses les plus flatteuses n'auraient pas pu leur évoquer des ccopérateurs ; leur exemple fut plus efficace. En appréciant ce dévouement les Espagnols se dévouèrent ; et, quand le fléau eut cessé ses ravages, pour tout salaire de leur zèle, ils prièrent les Jésuites de consentir à ce que la ville fit bâtir un Coilége à la Compagnie. Dans la cité de Tolède comme dans celles de Guadalaxara et d’Alcala, il en mourut beaucoup, victimes de leur humanité. À Tolède, le nombre des pestiférés était si considérable que l’on se voyait obligé de les entasser sur des couches communes; et afin de garde” le secret de la confession, il fallait s'étendre au milieu des moribonds et coller son oreille sur leur bouche. Le 29 avril 1571, le Père Jean Martinez resta parmi ces cadavres encore vivants, martyr de la discrétion sacerdotale.

À Cadix, dans cette viile de voluptés et de transactions commerciales, on mourait aussitôt que Le mal se déclarait. Le gouverneur ct l'Evèque, le Clergé ct les magistrats, tous s'étaient

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