‹ Histoire religieuse, politique et littéraire de la Compagnie de Jésus [microforme]Chapitre 16 sur 64 · TR · texte numérisé non relu

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50 CHAP. IL à HISTOIRE

dérobés par la fuite aux atteintes du fléau. Les riches négociants, les hommes de loisir avaient fait comme les autorités; le peuple, là ainsi que partout, restait abandonné à son désespoir. Le Jésuite Pierre Bernard, recteur du Collège, réunit les officiers civils que le dunger n'a pas effrayés au point de les entraîner à la désertion ; un lazaret est établi. Bernard fait appel à Sébastien Diaz, médecin habile et courageux de Séville. Diaz répond à la confiance du Jésuite; bientôt des secours sont organisés. Un prêtre de Cadix, Roderic Franco, et le Père Jacques de Sotomayor se chargent du soin des âmes, le frère Lopez de celui des corps. Le 4 mai, ces deux Jésuites expiraient à côté des mourants. Les Pères venaient de donner leur vie pour le peuple; ils en furent récompensés par la persécution. Ce ne fut pas le peuple qui l’organisa ; pour cette fois, il ne consentit point à être ingrat : la persécution arriva de l'Autel même.

Un jeune homme d’une illustre famille de Madrid, François d'Espagna, sollicitait depuis longtemps son admission dans la Compagnie; il est enfin reçu au Noviciat. Sa mère avait rêvé

pour ce fils bien-aimé taut un ävenir de gloire, et ses rêves de

tendresse ou d'ambition étaient anéantis. Dans ses élans maternels, elle essaya de disputer son premmer-né à Dieu et à la Compagnie de Jésus, qu'elle sonpçonnait d'avoir cherché accaparer au profit de l'Ordre l'immense fortune réservée au jeune François. Forte de cet entraînement dont les mères ont le secret, elle se présente au Conseil Royal, qui avait pour chef le cardinal Spinosa ; elle fait parler ses craintes et ses douleurs, elle accuse les Jésuites de captation religieuse. « Ce n'est pas mon fils qu'ils veulent, s'écrie-t-elle, c’est sa fortune ; qu’on me rende mon fils pendant quatre jours seulement, et j'éprouverai sa vocation. » |

Le Conseil Royal condescend à ce vœu. Il délivre un ordre par lequel il est enjoint aux Pères de remettre pendant quatre jours le novice entre les mains de ses parents. François d'Espagna était à la niaison d’Alcala. Le suffragant de l'Archevèque de Tolède, administrateur du diocèse, était l’allié de cette pauvre mêre : il réclame en son nom le jeune François. Les désuites n'avaient pas attendu si longtemps pour se laver d’une

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pareille inculpation. Au premier bruit de l'affaire, ils avaient forcé leur novice à partir pour Madrid. Là, en toute liberté, il devait se justifier lui-même et la Société devant le Conseil Royal. Cependant le Prélat, accompagné d'une troupe nombreuse, pénètre dans J« maison des Jésuites, il demande le jeune homme, on lui répond qu'il est à Madrid auprès du cardinal Spinosa. Le Prélat crait que cette réponse est un subterfuge; dans un premier moment d'irritation, il lance l'interdit sur le Collége. Le bruit se répard par la ville que les Jésuites sont placés en état de siège. Les habitants et les écoliers de l'Université prennent les armes ; ils accourent, offrant aux Pères leur appui.

Une sanglante collision pouvait naître de l’exaspération des esprits. Le Provincial veut la conjurer ; il s'engage à faire revenir de Madrid, dans le plus bref délai, le novice, cause innocente de ce conflit. F-ançois d'Espagna arrive en effet; il est rendu à sa mère. Sup, ations, menaces, offres brillantes, larmes, tout fut mis en jeu pour ébranler sa résolution. Il persiste plus que jamais dans ses idées. Sa famille, en lui permettant d'accomplir le sacrifice, manifeste la cainte de voir sa fortune passer entre les mains de la Compagnie. François répond qu'il est en âge de disposer de son patrimoine ainsi qu’il l'entend et qu’il en restera seul maître.

Les Jésuites cependant cnprennent qu'il faut acheter li paix. La brebis, à leurs yeux, était beaucoup plus précieuse que la toison : ils amènent le novice à un abandon de tous ses biens en faveur de sa famille. À ce prix, les parents, la mère exceptée, laissèrent touts latitude au jeune homme.

Quelques Jésuites, étrangers à l'Espagne, avaient observé que les combats de taureaux étaient une des causes déterminantes de ce earactère de froide férocité tant reproché aux basses classes de la Péninsule. Ce plaisir national, qui inspiré l'amour du sang, était depuis longtemps condamné par les Pères ; mais pour en priver les Espagnols il fallait user de prudence et de ménagements. Interdire au peuple le spectacle dé cette lutte toujours sanglante entre l’homme et la bète, c'était porter atteinte à ses priviléges et le froisser dans ses plus ardentes voluptés, Pie V avait apprécié les motifs d'humanité mis

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en avant par les Jésuites. Un décret pontifical fut adressé aux habitants de Cordoue ; il prohibait les combats de taureaux, il en faisait ressortir l'horreur pour des Chrétiens. Le jour fixé vour une de ces scènes approchait, et les jeunes Cordouans avaicnt sollicité de l'Evèque l’abrogation au moins tacite du bref de Pie V. L'Evèque céda ; mais l: Père François Gomez, consulté, déclara que l'humanité et l'autorité du Saint-Siége ne devaient pas être vaincues dans une semblable occurrence. A l'appui de son opinion, il apporta des motifs si plausibles, il sut si bien s'emparer des esprits, que les Cordouans renoncérent à ces jeux, où la vie de quelques hommes se trouvait exposée pour la satisfaction des autres.

Pendant ce temps, le cardinal Alexandrin et Borgia touchaient aux frontières de la Péninsule. Le 30 août 1571, ils arrivaient à Barcelone. Le souvenir de l’ancien vice-roi de Calalogne n’était pas effacé dans les cœurs. Les Catalans retrouvaient dans le Général des Jésuites le prince dont le commandement avait été si doux. La reconnaissance encore plus que la piété les porte au-devant de Borgia, que son fils, le duc Ferdinand, venait saluer au nom de Philippe Il. Le roi d'Espagne lui écrivait pour 1: féliciter sur son entrée dans le royaume; il lui disait la joie qu'il ressentait en songeant que deux vieux amis allaient se revoir. Au milieu des fêtes données au légut, le Général saisit l’occasion d'être utile à l'Eglise et à son pays.

Un grave différend s'était élevé entre tous les chapitres de la province et les officiers royaux. Il s'agissait de l'interprétation des droits que les uns et les autres s’attribuaient. L’Evêque de Majorque et de Minorque avait été désigné commissaire par le Pape pour terminer cette affaire. Son intervention fut inutile. Les deux partis s'exagéraient plus que jamais leurs préroga-

tives, lorsque la présence de Borgia leur fit naître une pensée

de conciliation. Ils le choisissent pour arhitre; ils s'obligent d'avance à se soumettre au jugement qu’il prononcera. Borgia termine ce procès ecclésiastique et civil à leur commune satisfaction.

L'Inquisition, dans des jours de trouble, avait décrété d'injustes censures contre les opuscules spirituels du Père. Plus

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modérée alors, parce qu'elle avait senti son erreur, l'Inquisition publiait en latin ces deux livres, comme un hommage à l'orthodoxie d’un homme dont la sainteté ne faisait doute pour personne.

De nouveaux honneurs l’attendaient à Valence. Deux autres de ses fils, Charles et Alphonse, ainsi que François, marquis de Lombay, son petit-fils, avec le marquis de Denia, son gendre, père du cardinal-duc de Lerme, se prosternent à ses pieds; ils lui demandent sa bénédiction ; mais ces chants d’allégresse, ces respects effraient son humilité. Borgia se soustrait à des manifestations dont le cardinal Alexandrin lui restitue toute la gloire, et il entre à la dérobée dans la ville. Afin de mettre sa modestie à l'abri de nouvelles ovations, il supplie le légat de lui permettre une autre route que celle suivie par l'ambassade; délivré de la magnificence des réceptions, il s’achemine vers Madrid avec les Pères qui l'accompagnent:

Les joies comme les tristesses de Philippe IL n'avaient rien de démonstratif. C'était un roi au visage sombre, au caractère grave, à l'esprit toujours occupé de pensées ambitieuses ou inquiètes. La présence de Borgia dans son palais, les affectueux respects dont il entourait le fils de Charles-Quint,fsa figure sur laquelle la plus aimable piété cachait à peine la trace des souffrances, tout cet ensemble de sagesse et de douleur fit sur Philippe une profonde impression. Le front soucieux du monarque s'éclaireit, et il fut presque communicatif. Mettant à profit une ombre de gaîté et de confiance qui, de la part du roi, étonnait les courtisans les plus consommés, Borgia l'entretint des projets du Pape, des besoins de l'Eglise et des devoirs que les circonstances imposaient à tous les princes chrétiens. Philippe IL n'avait ni le cœur, ni les passions, ni les faiblesses, ni les vertus des autres hommes. L’époux et le père de famille s’effaçaient en lui pour faire place au grand politique. Il était roi à chaque

La mort de don Carlos et d’Élisabeth de France a souvent été un chef d’aceusation contre Philippe 11. L’historien de Thou, peu favorable à ce prince, raconte dans son Histoire universelle, t, n, pag. 506 et suivantes (édition de Genève, 4620) : « Philippe n’y donna les mains que lorsqu'il se fut convaincu qu'il ue lui restait plus aucun moyen de corriger son ls et de sauver l’État ; et, malgré tout cela, il lui eut conservé la vie, si le malheureux pince, devenu furieux par

heure de sa vie, fo e/ rey, comme il signait; rey netto, c'est à-dire roi absolu, et il en comprenait tous les devoirs à un point de vue que l’histoire a le droit de juger, mais qu'il ne faut pas se hâter de condamner. En effet, à part cette absence de sentiments humains, maladie dont Philippe s'honorait d'être atteint, il fut l'un des hommes les plus réinarquables dé son temps, et le prince qui a laissé la plus durable empreinte sur le caractère dés peuples souniis À sa domination.

Borgia, aû nom du légat, n'éuüt donc pas de peine à lui faire saisir la gravité du projet conçu par Pie V. Le roi des Espagnes s'engagéa dans la croisade que lé Souverain-Pontife préparait ; mais là he devaient poitit s'arrêter les négociations du Général des Jésuites. De Mcheux démélés surgissäient souvent entre les ministres du Saint-Siége et lé vice-roi de Naples et de Sicile. Lés gouverneurs du Milanais chérchaient par toute espèce de vexations à entraver le bien que réalisäit ou combinait le cardinal Charles Borromée. Le Général des Jésuites avait été choisi par le Saint-Siége et par l'Archevêque de Milan pour

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torité toujours jalouse, toujours ombrageuse, se gardait bien dé laisser transpiret. Borgia parlait; le monarque l'écouta, et il ptotit de méttre un terme à ces abus.

Quand ces affairés si urgentés pour l'Eglise et pour les mo-

la découverte de son crime; ne se füt efforcé en différentes manières de se tuer lüi-inémé. Philippe, âvatit la moi de l'infant, rendit compte au grand et saint Pontife Pie V; tes circonstances accablantes où il se trouvait et de la conduite qu’il croyait devoir y tenir. » . ra

Cetté version du président d4 Thiou noûs sémble plus vraisémblable que tous les rothans fabriqués sur ces événements tragiques. Doh Carlos, cela est avéré maintenant, avait traité avec les Proteslänts des Pays-Bas, et ce fut là découverte de ce complot qui haté éh perte, L'amour de cé jeune prince pour Élisäbeth de France, sa belle-mère, ne repose sur aucun fondement. L’époux n’eut point à se venger, il n’y eut qué le roi. Les historiens varient sur la date de la mort de dan Carlos; les ulis I portent au 24 juillet 4908, les aütres au 25 septembré; mais, d'après üh manuserit moitié en espagnol, moitié en latin, tiré, pendant les guerres de la Péninsulé, en 4844, dé l'archivé dé Simäticaë, il y aürail erreur dans cés dalés. S'il faut en croire ce manuscrit, qui doit se trouver encore en la possession du duc de Broglie, la mort de don Carlos aurait eu lieu huit jours après celle de la reine qui arriva le 3 octobre 1568. le manuscrit en question, œuvre de quelque chapelin d’Élisibeth, dit que le fl!s de Philippe II mourut dans un bain, qu'on lui ouvrit les veines, et qu’Elisabeth fut empoisonnée dans uu breuvage que le roi la coniraignit de prendre sous ses yeux. Cet écrit suppose l'intelligence qu'on prétend avoir existé entre la reine et le fils du roi. Les annalistes espagnols et Ferreras affirment que don Carlos mourut d’une fièvre maligne,

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narchies européennes furent terminées, la légation se dirigea vers le Portugal ; mais Philippe Il n'était pas en retard. Il avait ordonné. Don Juan d'Autriche, exécutant ses ordres, réunissait à Messine les escadres des coalisés; et, sous la bannière de saint Pierre, il s'avançait à la rencontre du Ture. Le célébre André Doria, l'amiral vénitien Barbarigo, le marquis de Santa- Crux et Marc-Antoine Colonne commandaient la flotte chrétienne sous don Juan. Le 7 octobre 1571, elle était dans le golfe de Lépante en face des Mahométans.

Trente ans avant la naissance du Christ, une autre bataille navale avait illustré cette mer, Antoine et Octave s'étaient disputé l'empire du monde non loin du promontoire d'Actium; et à seize siècles d'intervalle, cette même mer allait éncoré être témoin d'une de ces journées qui décident du sort des nations. Les Jésuites avaient activement travaillé à l’alliance dés Catholiques; l'heure de la gloire était venue pour les chefs et pour les soldats ; celle du dévouement et du danger pour les Pères. La capitahe de Barbarigo réçut lé Jésuite Martin Becingucti, qui tomba blessé auprès de l'amiral frappé à mort dans lé même mometit. La galère royale de don Juan avait à bord Christophe Rodriguez; Jean de Montoya était sur cellé de Santa-Crux, Un grand nombre d’autres Jésuites sé ‘‘suvaient près d'André Doria, sur de reste de la flotte ävec les Capuciris que le Pape attachait à son escädre.

Jamais victoire ne fut plus décisive. Les Tuïcs perdirent trente mille hommes, cent vingt galères, ét ils apprirent enfin que le souvenir des Croisades n'était pas encore entièrement anéanti chez les Chrétiens.

La présénce de Borgia à la eour de Lisbonne était impatiem: ment désirée par la famille royale et surtout par les Jésuites. Des intrigues de plus d’une sorte avaient signalé la longrie minorité de don Sébastien, que la mort de Jean IL, son aieul,. laissa Roi au berceau. Dépuis l'année 1559 jusqu’à l’avénement du Père François au Généralat, la Compagnie de Jésus avait prospéré et s'était étendue en Portugal. En 1568, ellé fondait deux nouveaux établissements, l'un à Funchal, dans l'île de Madère; l’autre à Angra, dans l'ile de Tercère, En 1569, quand

la peste porta le deuil et l'effroi à Lisbonne, les Jésuites acquittéreut la dette de reconnaissance que leur Ordre avait contractée envers le Portugal. Les riches, par une fuite honteuse, s'étaient dérobés au fléau; les travaux étaient suspendus, et le peuple, abandonné à la misère, ne songeait pas même à se préserver de la contagion. Indifférent à la vie ou à la mort, il laissait ses enfants sans secours, sans nourriture ; souvent les mères elles-mêmes, dans une inexplicable stupeur, les exposaient sur la voie publique, comme pour se débarrasser des tristes ct derniers soins que ces enfants réclamaient.

Après avoir fait sortir de la ville leurs novices et les vieillards que des infirmités rendaient incapables de tout service, les Jésuites de la Maison-Professe et du Collége s'élancent à la recherche de tant d'infortunes. Ils recueillent les enfants dans leur demeure, ils leur prodiguent des secours; d'autres parcourent jour et nuit les rues de la capitale; ils raniment les courages, ils consolent les mourants, ils finissent par maintenir l'ordre dans une ville dont la charité les établit les administrateurs.

Les Pères Alphonse Gil, François Gonzalès, Michel Etienne,

Emmanuel Godinho, Gaspar Alvarès, Jean Mora et Plane; trois scolastiques : Jacques de Carvalho, Nuñez et Barreira ; quatre coadjuteurs : Louis Bravo, Côme Vaz, Gaspar Correa et George Alvarès, payérent de leur vie un zèle que le jeune roi avait été le premier à admirer.

Quand la peste eut cessé ses ravages, le peuple, qui, avee l'espérance, retrouvait le sentiment de l'amour paternel, recut de la main des Jésuites les orphelins que la peur faisait et que la Religion avait adoptés. Le peuple n'eut pas assez de bénédictions pour saluer ceux qui s'étaient substitués à sa place. Mais la contagion qui suspendait le cours des intrigues ne les rendit que plus actives lorsque la réflexion eut succédé à la terreur. Les antagonistes de la Société de Jésus comprirent qu'il fallait par un coup d'éclat rendre aux rivalités ou à l haine toute la vigueur dont ces passions se voyaient privées par l'enthousiasme populaire; on reprit en sous-æuvre les secrètes menées qui divisaient la cour.

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Nous avons dit que, dès l'année 1559: les Jésuites avaient été choisis pour diriger l'éducation du roi mineur, la conseience de sa grand'mère, Catherine d'Autriche, et celle de son grand-oncle, le cardinal don Henri. Ce triple fardeau devait susciter à la Compagnie de nombreux, d'implacables ennemis ; et cependant la Compagnie affirme n'avoir rien fait pour capter la confiance royale. Une lettre de Laynès, Général de l'Ordre, à la reinerégente Catherine, explique bien leur situation. Cette lettre, dont l'original se conserve à la Tour del Tombo, est ainsi conçue :

« Comme il est juste que nous soyons disposés à condescendre en ce qui dépend de nus à toutes les demandes de Votre Altesse, après avoir recommandé la chose à notre Seiunenr, et l'avoir mürement examinée, je me suis décidé à vons envoyer le Père Louis Gonzalvès. Je sais. il est vrai, que ce Pére est un fidèle serviteur de Dieu, qu'il vit en be: religieux, qu'il est expérimenté dans le maniement des ailures et versé dans les lettres; qu'il ne manquera ni d: honne volonté ni du plus sincère dévouement pour faire tout le hien qui lui sera possible. Cependant, comme l'emploi auquel Votre Altesse l'appelle est de la plus haute importance, et que d'ailleurs je connais trop peu les qualités qui seraient nécessaires pour le bien remplir, je ne puis décider si ce Père les réunit en sa personne. Je supplie donc humblement Votre Altesse de s’en assurer par elle-même, de mettre de nouveau l'affaire en délibération, après l'avoir recommandée à Jésus-Christ. Votre Altesse ne l'en chargera que dans le cas où elle verrait en cela la plus grande gloire de Notre Seigneur, sa propre satisfaction, le lien du roi et de ses peup!::

» Dans le concours de telles circonstances, j'ai confiance que le Père Gonzalvès le recevra en vrai serviteur de Dieu, et non en vue d'un frivole honneur et d'une éphémère élévation dans ce monde. Î[l ne s'en chargera que pour la fin dont nous venons de parler, que comme d'une croix qu'avec l’aide de Notre Seigneur il s’efforcera de’porter pour obéir à Votre Altesse, et travailler au bonheur de la nation portugaise.

» Pour peu, du reste, que Votre Altesse entrevoie qu'il serait plus utile à la gloire de Notre Seigneur qu'un autre fût choisi

pour cet emploi, nous la supplions tous, par l'amour qu'elle porte à ce même Seigneur, de ne plus penser à le lui confier. Aucune affliction ne pourrait nous être plus sensible que de voir le bien qu'on y peut faire anéanti ou paralysé par un homme de la Compagnie. Celui à qui rien n’est caché sait parfaitement que, si je parle de la sorte, ce n'est point pour la forme seulement, mais bien parce que tels sont, en éffet; les désirs de mon cœur. Aussi n’ai-je pus cru qu'on dût nommer personne à sa flace, ni pour être Assistant, ni pour gouverner le Collége Germanique, dont il avait la direction; de cette manière, il pourra ou revenir ici, ou demeurer en Portugal, stiivant lé bon plaisir de Votre Altesse. »

Les Jésuites n'avaient accepté qu'avec une certaine répugnance l'emploi dont la famillé royale de Portugal honorait un de leurs Pères; mais, par la sérié da funéstes événements qué lé caractère de don Sébastien provoqua, cet emploi fournit un prétexte tout naturel d’incriminations contre la Société de Jésus. Ce n'est point dans les annales du Portugal que nous les trouvons : le Portugal, comme les autres royaürhes, a eu des historiens de tous les partis; aucun ne s’est fait l'écho de ces accusations. Les uns parlent des Jésuites avec acrimonie, les autres avec amour; tous se taisént sur les inculpations que les écrivains français, que Pasquier, les Parlementaires et les Jansénistes mirent en avant. ’

Pasquier, qui, dans son Catéchisme des Jésuites, s'est attaché à dresser un réquisitoire contre l'Ordre de Jésus, s’exprime en ces termes‘ lorsqu'il arrive à la question du Portugal ;

« Les Jésuites fins et accorts estimèrent que ce territoire étoit du tout propre pour y provigner leur vigne. Et, afin d'y gagner plus de créance, dès leur première arrivée, ils se firent nommer non Jésuites, ains Apôtres, s’appariant à ceux qui étoient à la suite de Notre-Seigneur, titre qui leur est demeuré ; et de cela ils sont d'accord. Le royaume étant tombé és mains de Sébastien, ces bons Apôtres pensèrent que par son moyen le royaume pourroit tomber en leur famille, et le sollicitérent

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plusieurs fois que nul à l'avenir. ne pust estre Roi de Portugal s'il n’étoit Jésuite et élu par leur Ordre, tout ainsi que dans Rome le Papé par le Collége des Cardinaux. Et parce que ce Roi (bien que superstitieux comine la superstition même) ne s'y pouvoit ou, pour mieux dire, n'osoit condescéndre, ils lui remontrèrent que Dieu l’avoit ainsi ordonné comme ils le lui fe roient entendre par une voix du Ciel près de la mer: De mas niëre que ce pauvre prince ainsi Mmalmené s'y transporta deux ou trois fois; mais ils ne purent si bien jouer leurs personnages que cette voix fût entendue. Ils n’avoient encore en leur Compagnie leur Justinian imposteur, qui, dedans Rome, contrefit le lépreux. Voyant ces messieurs qu'ils ne pouvoieñt atteindre à leur but, ne voulurent pour cela quitter la partie. Ce Roi, Jésuite en son âme, ne s’étoit voulu marier, Or, pour se rendre auprès de lui plus nécessaires, ils lui conseillèrent de s'acheminer vers la conquête du royaume de Fez, où il fut tué en bataille rangée, perdant sa vie et son royaume. Tellement que voià le fruit que remporta le Roi Sébastien pour avoir cru les Jésuites. Ce qué je viens de vous discourir, je le tiens du feu marquis de Pisani, très-catholique, lequel étoit ambassadeur de fa France en la cour d’Espagne: »

L’historien qui, sans autres preuves à l'appui, base ses récits sur le témoignage d'un mort, ne peut inspirér confiance abso+ lue, même lorsque les faits qu’il raconte seraient vrais. Voltaire a souvent üsé dé ce procédé, et pour Étienne Pasquier ! ce n’est pas une recommandation. Le tombeau ne rend jamais sa

1 Nous venons dé voir Pasquier échafauder une accusation contre les Jésuites sur la parole d’un mort. Le voilà qui s'appuie, dans ses plaidayers, sur un autre mort; mais ici il y a progrès. Ge n’est plus un diploinate qu'il met én écétie, c’est uti Jésuite, le Père Pasquier-Brouct. Dans plusieurs de ses lettres à M; de Sainte- Marthe, à M. Fonsomrüe, et dans la dernière du xxu° livre, il raconte, et dans ses plaidoiries il révèle qu’en 4556 il s'était rencontré à la caiipagne avec ce tümpagnon d’Ignace de Loyola. Pendant trois jours, nous apprend l'avocat de l'Université, RBrouet, l’homme ie plus discret de tous les Jésuites, auxquels jusqu’à présent on w’a guère reproché leur indiscrétion, Brouet s’expliqua avec lui sur ce qu'il y a de plus intime dans linstitut, il lui développa avec complaisance les desseins vastes et profonds que l'Ordre avait conçus.

Etienne Pasquier nola sur-le-champ, ajoute-t-il, ces conversations, sans prévoir qu’il dût jamais avoir occasion d’en faire usage. Ce plan de l'institut, confié à des oreilles si délicates, dormit dans son cabinet; et quand il se charges de la cause de l’Université, il n’eut plus, pour démasquer les Jésuites, qu’à mettre en

proie; il devient donc impossible de contrôler une semblable autorité. Les paroles prêtées au feu marquis de Pisani ont pu être prononcées, nous admettons même qu'il ait fait à Pasquier les curieuses révélations que l’on vient de lire; mais, à nos yeux, ce récit n'établit pas même une probabilité; il n'est attesté que par un personnage dont il est impossible d'évoquer la foi, et, par malheur pour la véracité de l'écrivain, ce récit se trouve en complet désaccord avec tous les anaalistes portugais et espagnols.

Comme la version inventée par l’auteur du C'atéchisme des Jésuiles flattait les animosités universitaires et qu’elle était impossible, elle a été adoptée, à cause même de son impossibilité. On n'y croit plus, on s’en sert encore dans les circonstances difficiles. L'avocat Linguet, ennemi des Jésuites, mais d’une autre façon que Pasquier, fait, en ces termes, justice de tant de misères de l'intelligence : « Cette calomnie, dit-il dans son Histoire impartiale des Jésuites’, est si absurde qu’elle n'a pas besoin d'être réfutée; ou le marquis de Pisani s’est trompé, ou, ce qui est plus probable, le calomniateur, qui est assez hardi pour inventer une fausseté, a pu l'être assez pour s’autoriser par un grand nom. J'ai sous les yeux,' ajoute Lin guet, une autre de ces productions méprisables ; il y a un chapitre intitulé : Meurtre des pelits enfants-trouvés commis par les Jésuites. Il n’y a rien à répondre à cette espèce d'écrivains et} ceux qui les copient ; on ne leur doit tout aux plus que de la compassion. »

Linguet se trompe en ceci. Quand la calomuie vient d'un homme prétendu sérieux et accepté comme tel par un parti depuis trois cents ans, l’histoire doit, dans l'intérêt de la vérité, soumettre ses dires à un examen approfondi. Si Pasquier sort meurtri de cet examen, ce sera moins à son mensonge qu'à ses panégyristes qu’il faudra s’en prendre.

œuvre les révélations de Brouet. L'avocat était bien sûr alors de ne pas recevoir un démenti du Jésuite : il plaidait en 4565, et le Père était mort en 4562.

En lisant ce récit, mot pour mot extrait de la Correspondance, des Plaidoyers et

du Catéchisme de Pasquier, on conviendra qu'il faut être bien avacat pour faire ainsi l’histoire,

2 Linguet, 1, 11, page 154,

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Le meilleur moyen d'éclaireir la question, c’est d'expliquer les faits par la chronologie, le premier soin de l'erreur volontaire étant de jeter la confusion dans les dates.

Le roi Sébastien de Portugal naquit le 20 juillet 1554. Ce

prince, dont le caractère romanesque et les malheurs militaires ont à un ‘si haut degré préocupé l'attention publique, était doué d'un esprit vif et pénétrant. « Déclaré majeur à sa quatorzième année, il fit lui-même, dit l'Aistoire Universelle, par une société de gens de lettres anglais, un abrégé des lois qu'il possédait três-bien, et eut soin de les faire observer exactement. » Il aimait la guerre et annonçait un goût trésvif pour les expéditions maritimes ; il avait l’excès de toutes les qualités ; il poussait la vertu jusqu'à la rudesse, le courag” : :qu'à la téméritè, la force de caractère jusqu'à une opinié: :* indomptable. Si ce jeune homme, roi dès son plus bas âge, . it né dans une condition ordinaire, tout porte à croire que l’éduation commune, que le désir de s'élever, que les obstacles qu'il aurait rencontrés sur sa route lui auraient donné une plus sage direction. Enfant du peuple, il serait devenu un héros, parce qu'il aurait eu à lutter, parce qu'il aurait senti qu'une généreuse passion a souvent besoin elle-même d'être comprimée. Fils de roi et dans son berceau jouant avec la couronne, il s'était habitué à voir tout le monde obéir à ses caprices ; ses caprices furent pour lui des convictions ; et ce jeune homme, en qui se révélaient tous les signes caractéristiques du héros, ne fut, par l'effet de sa naissance, qu’une espèce d’aventurier dont les historiens mettent quelquefois en doute la raison.

Le Père Louis Gonzalvès de Camera avait été son précepteur. Religieux plein de vertus, mais peut-être un peu trop austère et ne sachant pas toujours renfermer son zèle dans les bornes de la modération ?, il avait inculqué à son royal élève l'amour des ré-

1 Histoire universelle composée par une société de gens de lettres anglais, Histoire moderne, Portugal, t, xxxuH, div. xx11, chap. 11, page 359.

2 L'historien portugais Barbosa Machado fut, au dix-huitiéme sivcle, chargé par PAcadémie royale historique de Lisbonne de faire des recherches sur la vice, les aventures et ls mort du roi Sébastien, Les mémoires composés à ce sujet, d’après les documents les plus authentiques, furent approuvés par l'Académie. Hs ont pour titre : Memoria para la historia de Portugal, ils contiennent un portrait

formes. Sébastien les exigea de prime-abord, sans préparation, sans contre-poids. Plusieurs de ces réformes lies d’illustres familles du royaume : par exemple, on !ss forçait À restituer les biens dépendants des commanderies d'ordres militaires que ces famiiies s'étaient appropriés et qu’elles semblaient posséde: à titre d'hériiage. Cette mesure, sage dans son principe, péchait par le déesusu de l'exécution; elle soulevait des clameurs, des mécontentements. Ce ne fut pas au roi qu'ils s'adressérent, mais à son directeur de conscience et à l'Ordre dont ce dernier faisait partie !.

du Père Gonzalvès bien différent de celui tracé par Pasquier, Herrera et Faria y Souza, Cet annaliste s’exprime ainsi, au t. 1, p. 210 et suivantes :

« Toutes les qualités nécessaires au précepteur d’un prince, capables de constituer un maitre parfait, se trouvaient heureusement réunies dans le Père Louis Gon- #alvès, Illustre par la naissance et par unc exacte observance de son Institnt, il élait très-iustruit dans la littérature sacrée et profane, versé dans la lecture des histoires séculières et ecclésiastiques. 11 possédait dns sa pureté la langue latine,

n’était point étranger aux difficultés des langues grecque et hébraïque. H parlait avec facilité le français; l’espagnol et l'italien, 11 avait eu occasion d’apprendre ces langues dans les principales capitales de l’Europe, où il avait résidé. Sou caractère était plein de douceur, son jugement guidé par la prudence, sa capacité profonde. Tous ces avantages le rendirent propre à former un prince et à lui apprendre à . gouverner sagement une mouarchie. »

1 Nous avons vu tout à l'heure Elienne Pasquier écrire l’histoire sur la foi de Persuunages morts : voyous de quelle manière de Thou lui-même l’arrangeait lursqu’il était question des Jésuites.

Hieronimo Conestaggio, gentilhomme génois, a composé un ouvrage intitulé : Dell’unione del regno di Portogallo alla corona di Castiglia. Cet ouvrage parut

en 4585, et uous citons l'édition de Venise de 1592. Conestaggio u'est pas toujours exact; de Thou, qui le suit à la piste, ne l’est pas davantago; mais quand il s’agit des Jésuites, de Thou se fait un devoir de le détigurer. Le plagiat est évident nour ceux qui comparent les deux auteurs, la mauvaise foi est aussi éclatante. Nous en ciferons une preuve entre mille.

.Conestaggio, après avoir dit que les Jésuites furent appelés Apôtres en Portugal à cause de leurs missions au-delà des mers, ajoute : « La corruption des mœurs occasionnée chez les Portugais par l'introduction des richesses de l'Asie, fut remarquée et combatlue par les Pères Jésuites c'argés de l'éducation du roi Sébastien, Ces religieux, désirant de remédier à ce mal, ne négligèrent rien pour y réussir, Mais, ni leurs efforts, ni une loi somptuaire publiée par les soins de quelques hommes zélés pour le bien public, ne purert être une digue suffisante. Au contraire, celte loi trop rigoureuse, et peu en rapport avec la corruption d’un corps affaibli, causa d’abord du mécontentement et des murmures, ensuite les dérisions et les mépris, manifestations funesies dans un Etat et symptômes alarmants d’une dissolution prochaine, » (Livre 4, page 8).

L'auteur génois dit que ce furent quelques hommes £élés pour le bien public qui engagèrent don Sébastien à publier cette loi ; il vient de parler des Jésuiles et il passe daus la mème phrase à un autre ordre d'idées ; donc, d’après Conestaggio, ce ue sont pas les Jésuites qui étabiirent celte loi somptuaire, Voici cependant de quelle façon le président de Thou dénature le récit de Conestaggio :

« Les pères Jésuites (djt-il au tome 1x, page 630 de son Hisioire, édit, Le 1614) étaient désignés, en Portugal, sous le nom d’Apôtres, à cause de leurs missions

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Martin de Camera, frère du comte de Calhette et du Jésuite, était le favori de don Sébastien. Ce que le prince ou son ministre entreprenaient, les actes de l'un, les conseils de l’autre, tout ce qui, dans leur manière de gouverner, offrait prise aux plaintes des grands, aux soupçons du peuple, était à l'instant même attribué au Père Gonzalvès et rejaillissait sur la Compagnie de Jésus. Le Portugal ambitionnait de voir son roi s’allier à l'une des familles royales de l'Europe. Il était bien jeune encore; mais ce pays sents:* le besoin de donner de la stabilité à la couronne, qui ne reposai. que sur une seule tête. Le Souverain-Pontife parla dans ce sens au Père Borgia, Borgia en écrivit à Gonzalvès. La réponse de ce dernier fait mieux connaître don Sébastien que toutes les hypothèses.

« Vous me dites, mande-t-il au Général de l'Ordre dans l'intimité de sa correspondance, que si cette affaire ne réussit pas, on en fera un crime à notre Société. J'en suis convaincu et affligé. Lorsque le Père Laynés m'envoya en ce pays pour exercer les fonctions de précepteur auprès du jeune roi, je lui livrai par écrit les raisons qui me poussaient à décliner cette charge. Une des principales était que tout ce aui déplairait dans la conduite du monarque retomberait sur ceux qui l’entourent. Je crois donc que si en cette matière j'ai à me reprocher quelque chose, c'est d'avoir trop pressé ce mariage. Ceux qui disent au Pape que ie cœur du roi est dans ma main et que

je puis le tourner à mon gré, pensent de Sébastien ce qu'ils penseraient d'un autre jrune homme de son âge. Mais ceux qui le connaissent en ont une tout autre opinion, car ce qu'il veut il le veut bien, surtout en cette matière où, toutes les fois qu’il a été sondé, il est toujours resté inébranlable. Ainsi ce

dans les pays à: :fres... Mais désirant vainement de remédier à ce désordre, ils ptirent de là l’occasion de s’immiscer dans le gouvernemènt de PElat, et se rendirent ridicules on publiant des lois somptuaires sur le modéle des lois de l’austère Lacédémone, cemblables à ces médecins ignorants qui, pour décharger le corps d’un excès d'embonpoint, tàchent de le réduire à une maigreur extrême. »

Chaque page de Couestaggio est ainsi défigurée par de Thou. H suit la filivre des événements, telle que l’auteur génois la présente; mais dès qu’il est question dès Jésuites, auxquels Conestaggio semble du reste être plus qu’indifférent, de Thou altère complétement la pensée et la narration de son guide. 11 accuse les Jésuites quand Conestaggie ne les met pas en scène ou les décharge de l’accusation par le récit mème des faits,

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que l Saint-Père désirait, je l'ai entrepris avec beaucoup de force, mais je n'ai rica pu obtenir. Le prince m'a même déclaré qu'il avait porté l’affaire en son conseil, ot qu'il était du même avis que lui. »

C'était une union avec la Frauee que le Pape Pie V aspirait à faire contracter à don Sébastien, et pour laquile :! enr ployait toute la tenacité de. son esprit. Le Pontife estimait que cette alliance ne pouvait qu'être favorable à l'Eglise, aux deux familles et aux deux peuples. Marguerite de Valois, sœur du roi Charles IX, avait été désignée comme la future fiancée ds don Sébastien ; mais la reine-mèêre, Catherine, sœur de Charles-Quint, était une princesse d'Autriche. Elle professait pou: a France une de ces aversiuns passionnées qui n'ont de iaobile que dans l’exaltation d’un sentiment patriotique mal compris. Pour repousser le mariage de son petit-fils, Catherine ne déguisait pas ses véritables moûfs. Son neveu. l'empereur Maximilien, avait deux filles. En faisant échouer les projets du Pape, de Charles IX et des Jésuites, elle se flattait que, de guerre lasse, on reviendrait à son plan primitif. Ainsi elle conserverait dans sa famille une couronne qu'elle ne voyait qu'avec eflroi prète à être posée sur la tête d'une Française.

Les courtisans de Catherine la berçaient de cet espoir et ils accusaient la Compagnie de captation sur le cœur de Sébastien. Ils avaient tant d'intérêt à ces manœuvres, qu'un partie des bruits dont Pasquier s'est fait l'écho s'était répandue jusqu'au fond de l'Allemagne; et c’est dans une lettre du père Laurent Maggio, provincial d'Autriche. que nous en découvrons la trace. Au mois de mars 1571, il écrivait de Prague à François de Borgia :

« Lei on ne s’entretient que des affaires du Portugal, Des dépêches adressées d'Espagne annoncent que le roi agit en beaucoup de choses de manière à consterner tout le royaume. On ajoute que les nôtres ! sont les instigateurs de cette conduite et qu'ils veulent faire de lui un Jésuite; il est mème des gens qui assurent que ce sont eux qui l'empèchent d'épouser la

1 Lorsque Iles Jésuites parleut de leurs frères, c’est toujours ainsi qu'ils s’exprinent, «

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sœar da roi de Franee. Je ne doute pas que tous ces bruits ficheux ne soient parvenus & l'oreille de Votre Paternité et qu'elle ne cherehe à y porter un remède. Je ne saurais croire qu'aveun des nôtres entreprit quelque chose qui ne fût eon— forme à la raison et convenable aux circonstances présentes. Je verrais, au reste, avec beaucoup de peine qu'ils eussent denné occasion cu quelque juste raison à la malveill’ace et aux dis— eours des ennemis de notre Société. Je suis convaincu que rien ne: peut nuire davantage à la bonne réputation de tx Compagnie que: de voir nos religieux s'immiscer dans les affaires des prinvvs et se mèler de l'administration publique. Au nom de Dieu, mon Père, que votre vigilance paternelle fasse observer le décret qui défend de laisser les nôtres vivre à la cour des: des rois. »

Cette lettre, amsi que toutes Ies antres que nous avons citées: eu que nous citerons dans le cours de cette histoire, n’était point destinée à fa publieité; mais elle met si hien à nu la potique des Jésuites qu'elle devient un document irréfragable:. I est évident que hors du Portugal les Jésuites n'avaient jamais fait le rève que les Protestants d'Allemagne et que Pasquier leur ont prêté. Reste à savor si, dans l'intérieur du royaume trésfidèle, les Péres de la Compagnie songèrent à véaliser la. pensée de dommatien qu'en leur suppose.

À cette époque, le Portugal n'était pas un pays divisé, ap pauvri et ruiné par Les factions libérales. I n'apparaissait pas sur la carte du globe comme une espèce de factorerie où les vaisseaux anglais jettent le rebut de leurs manufactures et organisent la eontrebande des Constitutions. H y avait de la force sur le trône, de la puissance chez Txnoblesse, de l'énergie dans le peuple, une dévorante ambition chez tous; tous aspiraient à être plus grands que x nature: ne les avait créés. Placés aux confins de l’Europe, ds ne pouvaient tenter des conquêtes sur leurs voisins; ils allaient en demander à des mondes. nouveaux. Le eontinent européen était fermé à leurs glorieux désirs, ils se préparaient de plus vastes succès à travers les mers. Lisbonne restait pour eux la métropole d'un empire dont le Portugal n'appréciait l'étendue que par les richesses que les

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Supposer que ce peuple, alors si fier, si jaloux de ses droits, aurait consenti à laisser des Religieux, et même des Jésuites, disposer arbitrairement de la couronne, ou se partager le royaume, c'est exagérer l’invraisemblable. Est-il possible d'admettre que les Jésuites de Portugal aient conçu cette idée, et qu'ils travail lassent à la faire réussir en inspirant à don Sébastien de l’aversion pour le mariage et un amour immodéré pour les armes? Une lettre du Père Louis Gonzalvès de Camera au cardinal Rusticucci explique sa position :

« Personne plus que moi, écrit le Jésuite, ne souhaite de voir le roi engagé dans les liens d’un honorable mariage, afin qu'une famille royale qui a si bien mérité de la Religion et de la Compagnie de Sésus ne vienne pas à s’éteindre faute de postérité, et aussi pour que la vertu de Sébastien, à la conservation de laquelle j'ai consacré tant de veilles, soit mise en sûreté par les saintes barrières du mariage avant que l'âge des passions fougueuses ne l'entraîne dans un triste naufrage. Si jusqu’à présent je n'ai pu mettre à exécution les désirs du Pape, la raison en est dans le dessein qu'avait eu Sébastien d’épouser une des deux filles de l'empereur Maximilien; et lorsqu'une de ces princesses eut épousé le roi catholique Philippe IE et l'autre Charles IX, le roi très-chrétien, alors je l'ai pressé à plusieurs reprises, de peur d’être prévenu par un autre, d’envoyer au plus tôt des ambassadeurs à la ssur de France pour demander la main de la princesse Marguerite. Mais le prince, chagrin de n'avoir pu obtenir une femme ‘dans la famille de l'Empereur, n'a pu sitôt être engagé à tourner ses regards vers la France. »

Telles sont les explications fournies par le Père Gonzalvès. Mais Gonzalvès, en tenant ce langage à un membre du sacré collège, espérait peut-être ainsi donner le change au Sant- Siége et par des ajournements indéfinis arriver à la réalisation de ses pensées ambitieuses? L'histoire doit procéder plutôt par dates que par insinuations : les unes sont toujours plus intelligibles, plus évidentes que les autres.

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Or, don Sébastien, né en 1554, n'avait pas encore quatorze ans lorsque pour la premiére fois on lui proposa de se marier. A cet âge et avec son caractêre indomplable, est-il étonnant qu'il ait refusé une union qui mettait un frein à ses volontés ? Lorsqu'en 1571, à dix-sept ans,: il consentit à partager son trône avec Marguerite de Valois, cette princesse venait d’être promise à Henri, roi de Navarre, En 1576, à l'âge de vingtdeux ans, il demande à Philippe IT une de ses filles en mariage, et ce fut son expédition d'Afrique qui l'empêcha de mener à bien le projet. Dans ce rapprochement plus éloquent que toutes les hypothèses nous cherchons où apparaît cette vertu sauvage, cette haine pour les femmes inspirée par les Jésuites à leur royal élève.

Bernard de Britto, Jérôme de Mendoça, Vasconcellos et Barbosa Machado, contemporains ou historiens de don Sébastien, ne parlent pas de cette accusation. Si quelques-uns en entretiennent leurs lecteurs, c'est pour la détruire avec la science des faits, avec l’autorité que l'annaliste emprunte en écrivant sous les yeux de ceux qui comme lui ont été les témoins des événements racontés.

Déjà les Jésuites, par la prédication et par l'éducation, exerçaient une incontestable puissance sur l'esprit des masses. Cette puissance allait prendre des accroissements bien plus ra> pides par la confiance que les têtes couronnées marquaient aux Péres. Les duchesses de Ferrare et de Toscane, filles de l’empereur Ferdinand, ne voulurent pas, en ceignant les diadèmes des maisons d’Este et de Médicis, se séparer des deux Jésuites qui avaient dirigé leurs premiers pas dans la vie chrétienne. Étienne Moralez était le confesseur de Marie de Portugal, duchesse de Parme; d’autres Pères entraient dans la confiance de Catherine de Suède, ils élevaient son fils Sigismond. En France, le Pêre Auger était l'ami de cœur, le conseiller intime du duc d'Anjou; Possevin, celui d'Emmanuel-Philibert de Sa voie. Partout enfin, au milieu des cours ainsi que dans le fond des campagnes, ils prenaient un ascendant dont leurs rivaux ou des adversaires s’inquiétaient à juste titre.

À Florence et à Ferrare, la malveillance avait inutilement

essayé de faire perdre aux Jésuites le crédit dont ils jouissaient. En Portugal, la lutte fut acharnée; là on rencontra, dans les passions mêmes de Sébastien, un thème excellent pour les récriminations et pour les reproches.

Les Jésuites furent accusés de toutes les fautes commises ; et ceux qui, comine Pasquier ou Arnauld, n'osèrent pas avancer qu'ils se préparaient à régner en Portugal, se sont retranchés dans une imputation qui a plus d'un côté vraisemblable. Ils prétendent que Gonzalvès et les autres Pères lui inspirérent le goût des armes et la passion de la guerre; que, dès son enfance, on le nourrit d'idées chevaleresques, des souvenirs de la Croisade, et de la gloire qui pour un roi restait à conquérir dans les batailles contre les Infdèles.

Il vaudra toujours mieux faire d’un prince un soldat qu'un moine. Les Jésuites avaient adopté cette marche dans l'éducation des rois; et quoique ici l'événement ait tourné contre le principe, ce n'est point au principe que l'impartialité de l'histoire doit s'en prendre. L'histoire ne peut pas agir en aveugle comme la fortune. Tout en reconnaissant que don Sébastien poussait à l'excès les vertus militaires, il importe pourtant de rechercher à quelles causes une pareille surexcitation sera attribuée.

Britto, qui a vécu sous le roi Sébastien, s'explique ainsi dans son ouvrage intitulé : £ogios dos reis de Portugal! : « Les grandes victoires que les Portugais remportaient dans les Indes pendant l'enfance de Sébastien, et les succés qu'ils obtenaient alors en Afrique, et que le prinée entendait raconter, son naturel et ses inclinations généreuses, tout l'encourageait à songer à de grandes entreprises. Joignez à cela les insinuations répétées de ses flatteurs, qui, connaissant son goût pour la guerre, exagéraient sa puissance. »

Quels étaient les flatteurs dont parle Britto? Au dire des annalistes anglais et de La Clède ?. ce furent don Pedro d’Alcaçova et les courtisans qui marchaient sous sa bannière.

1 Elrey Sebasi.äc, page 93. Imprimé à Lisboa, 1607. Vasconcellos, dans son

Histoire abrégée des rois de Portugal, publiée en 4624, tient le mème langage à la page 316.

2 Histoire universelle, par une société de gens de lettres anglais, t, xxxIm, p. 359; de La Clède, tr, p. 55. Histoire générale du Portugut.

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Don Sébastien entreprit deux expéditions en Afrique. La premiére date de l’année 4574. Il avait toute confiance dans le Pére Gonzalvès, qu'il chérissait; il lui communiqua ses projets. Hieronimo de Mendoça, qui, selon Barbosa Machado, « suivit don Sébastien dans la funeste course d'Afrique, et qui, de retour, en écrivit le récit fidèle, dont il avait été le témoin oculaire, » a conservé dans son Jornada de Africa la réponse du Jésuite. La voici : :

« Si vous me parlez, seigneur, à tête reposée et non à la légére, je vous dirai que trois choses doivent concourir en même temps pour que vous puissiez penser à faire vous-même la guerre en Afrique :

» La première, que vos sujets voient sur les marches du trône quatre ou cinq enfants mâles, l'espérance de la prospérité future du royaume ;

» La seconde, que le Portugal ne soit exposé à aucun danger, à aucun trouble, par suite de votre absence;

» La troisième, que vous ayez pour la guerre des préparaüifs suvabondants en troupes, en argent, en provisions de toute espèce, et sans que, pour les obtenir, il soit besoin de fouler et d'opprimer les peuples. »

Mendoça va plus loin; il raconte à la page 22 que « tous les Jésuites étaient opposés à l'expédition de Barbarie. » La preuve de ce fait éclate dans les aveux mêmes des écrivains protestants. Ils disent en effet ? : « Dans la première expédition, qui ne fut pas moins imprudente ni moins désespérée que la dernière, ce fut la lettre touchante que lui écrivit le Père Gonzalvès, Jésuite, qui le fit revenir. »

Gonzalvès était mourant. Le roi l’arcabla des marques de son affectueuse vénération; et quand le Jésuite expira, la douleur du monarque fut si vive qu'à tous ceux qui voulaient le consoler il disait : « Que voulez-vous? je n'ai pas connu d’autre père que le Père Louis 5, et je ne sais que trop combien il

1 Jornada de Africa, par Mendoça. Lisboa, 1607.

4 Histoire universelle, tome xxxu1I, note 37, page 690. (Extrait de don Juau Bulna Pareda.)

3 Le prince don Juan, père de Sébastien, mourut lorsque ce dernier était encore dans le sein de sa mère.

a eu à endurer de ma part et combien il a souffert pour moi. » Don Sébastien et la cour prirent le deuil ; mais, deux uns après, Martin de Camera ayant été disgracié, parce que comme le . cardinal Henri, comme le vieux Mascarenhas et la plupart des conseillers d'Etat, il s'opposait à la seconde expédition chez les Maures, les Jésuites qui partageaient cette opinion subirent le contre-coup de la colère du prince. Le président de Thou ne laisse aucune incertitude sur ce fait. Il s'exprime ainsi * : « Pour ce qui est des Jésuites, ils comptaient qu'après avoir fait échouer l'idée d'une expédition dans les Indes, il ne leur en coûterait pas davantage, avec le pouvoir qu'ils avaient sur l'esprit du prince, pour empêcher les vues qu'il pouvait avoir sur l'Afrique. L'événement trompa cependant leurs espérances, et on les vit déchoir insensiblement de ce grand crédit qu'ils avaient eu jusqu'alors. »

Martin de Camera pensait comme eux. Don Pedro d’Alcaçova, son successeur dans la confiance royale, arrivait au pouvoir pour faire différemment que lui. L'un avait résisté aux projets guerriers de Sébastien; afin de se maintenir en faveur, l'autre dut les seconder. Alcaçova suivit la route tracée par les ambi-

. tieux. Le 24 juin 1578, don Sébastien s'embarqua, et le 4 août de la même année il périt à Alcaçar avec la meilleure partie de son armée et de sa noblesse.

On rencontrait des Jésuites partout où il y avait un danger à courir ou des chrétiens à consoler, Ils étaient sur les champs de bataille ainsi que dans les hôpitaux. Sébastien en avait demandé plusieurs. Le Père Maurice Serpès, son confesseur, avec toute la Société de Jésus, s’opposait à la guerre; mais lorsqu'elle fut décidée, il céda à la prière du roi et partit avec lui. Il tomba sous le cimeterre des Maures, tandis qu'au plus fort de la mêlée il excitait les Portugais à combattre en soldats et à mourir en Chrétiens.

Telle est la vérité. Il reste maintenant à examiner la dernière accusation contre les Pères relativement aux affaires de Portugal. Il y avait une longue minorité, une régence, et une double

1 Histoire universelle de M. de Thou, traduction du latin, t, vir, p.600.

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umpulsion née au choc des deux concurrents qui briguaient la souveraineté temporaire. Ces concurrents étaient, dès l'année 1557, Catherine, aïeule de don Séhastien, et le cardinal Henri, son grand-oncle. L'un était Portugais, l'autre Autrichienne. La noblesse et le peuple ne savaient pts rendre justice aux qualités de leur vieille reine. Un parti s'était formé pour entraver l'exercice de son pouvoir; maïs le cardinal Infant ne paraissait en aucune façon se mêler à des intrigues que son affection pour Catherine réprouvait. Le confesseur de la régente était le Père Michel de Torrès ; celui de don Henri, le Père Léon Henriquez. La direction spirituelle des trois membres de la famille royale appartenait aux Jésuites. On les soupçonna de diviser pour régner. Deux historiens, Faria y Souza et de La Clède !, se firent l'écho des bruits que les adversaires de l'Ordre de Jésus avaient intérêt à répandre. D'après leur version, le Père de Torrès se serait insinué dans l'esprit de la reine, il aurait vu à découvert son âme et l'aurait fait connaître au cardinal, qui se serait servi de ces révélations pour ruiner son crédit.

Les écrivains protestants n'ont pas daigné prendre sous la responsabilité de leur honneur une pareille calomnie. Ils ont pensé sans doute que ce crime d’un prêtre était impossible : et ils ont eu raison, car au milieu des apostasies sacerdotalcs dont les révolutions ou les passions furent la source, on n'a jamais pu citer un ecclésiastique qui, sciemment, ait violé le secret de la confession. Ce secret a eu souvént ses martyrs, il ne trouva jamais de divulgateurs.

Afin de s’attribuer la régence, le cardinal don Henri n'avait qu'à laisser faire la haute noblesse et les habitants de Lisbonne, qui ne cachaient point leur aversion pour Catherine. En 1562, elle abandonna volontairement les rènes de l'Etat à son beaufrère, et elle se retira dans un monastère. Le nouveau rêégent, plus aimé que cette princesse, mais non mwins dévoué qu’elle à la prospérité du royaume, gouverna paisiblement, et, six ans après, il fit déclarer majeur don Sébastien son neveu. Ce fut

1 Faria y Soura, Abrégée de l'histoire du Portugal. De la Clède, Histoire géné role de Portugal, t, n, y. 50,

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alors que les intrigues éclatérent entre Martin de Camera d'un côté, Alvar de Castro et Pedro d’Alcaçava de l’autre. La confiance du roi, le ministère par conséquent, était le but de ces intrigues. Martin de Camera l'emporta. Son frère Gonzalvès, le confesseur-précepteur de Sébastien, favorisa probablement ses prétentions. Elles n'étaient pas plus mal fondées que d’autres, puisque Ferreras, dans son Histoire d'Espagne *, dit que « c'était un homme d'un très-grands poids, » et que les écrivains anglicans avouent « qu'en dehors de son ambition et de sa hauteur, Camera possédait de belles qualités et des talents 2. » Alcaçova, secrétaire d'État sous Jean IL, était attaché à Ca-

therine ; sa disgrâce lui fut sensible; elle s'en prit au Père Gonzalvés. La reine avait espéré d'unir son petit-fils à une archiduchesse d'Autriche comme elle. Suivant en cela les conseils du Pape et les véritables intérêts du Portugal, le désuite insistait fortement pour que Sébastien épousât Marguerite de Valois. Les choses en étaient à ce point lorsque François de Borgia, afin de mettre un terme aux dissensions intérieures de la cour, ou du moins pour enlever tout prétexte aux ennemis de la Société de Jésus, se décida à retirer de Lisbonne les trois confesseurs; mais le monarque et le cardinal Henni déclarèrent qu'ils ne se sépareraient jamais de Gonzalvès et d'Henriquez. Catherine ne fit pas autant de difficultés, et le Père de Torrès fut nommé recteur du collége d'Évora. Le Theatro Jesuitico 3 cite une lettre que, dans ces circonstances, Catherine aurait adressée à François de Borgia. « Tout le royaume, dit la reine dans cet écrit, se plaignait de moi parce qu'on croyait que j'approuvais la conduite du Père Gonzalvès ; on me voyait aller à confesse à son meilleur ami, on en concluait que je donnais mon assentiment à tout ce qu'il faisait, quoique j'en fusse trèséloignée : enfin, pour mettre ma conscience en repos et celle des autres, j'ai pris le parti de ne plus me confesser au Père de Torrès. Je veux bien croire que ce Père était sensible à la

: Histoire universelle, page 337.

8 Le Theautro Jesuilice est une compilation qui a été beaucoup plus citée que lue.

La première partie est un recueil de prophéties absurdes contre des Jésuites. La deutieme renferme plusieurs faits calomnieux ou défigurés. 5

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