‹ Histoire religieuse, politique et littéraire de la Compagnie de Jésus [microforme]Chapitre 23 sur 64 · LS · texte numérisé non relu

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» Mémoires de Sully, t. fe, Liv. te", page 42, notes,

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gieuse et monarchique. Le juif écrivait de Constantinople aux révolutionnaires d'Anvers! : « Hâtez-vous de réaliser la conspiration tramée contre les Catholiques avec tant de courage et de générosité. L'empereur des Turcs fait de grands préparatifs contre les Chrétiens, et dans peu de jours les armes de Mahomet donneront tant de souci au roi Philippe qu'il n'aura pas le: temps de songer à la Flandre. »

La guerre des Gueux était donc plutôt. une révolution qu’une réaction. Philippe Il, malgré sa perspicacité, ne le devina pas, et c'est une des plus grandes fautes de son règne. Il n'avait pas la spontanéité d'esprit nécessaire pour adopter vivement : un parti. Il réfléchissait , il mûrissait ses plans; il comptait trop sur les mesures de coërcition, ne songcant pas que la véritable politique d'un monarque consiste plutôt à prévenir le mal qu'à le réprimer. L'élan était donné. Luthériens, Calvinistes, Ana baptistes, partisans de toutes les sectes ou inventeurs de tous les schismes, s’abattirent dans les campagnes. ls prêchérent au peuple la doctrine de l'immoralité et du partage des biens. À ces harangues, le peuple courut aux armes; bientôt il ne laissa partout, comme traces de son passage, que la profanation, le pillage et le meurtre.

Les Jésuites. étaient restés en dehors de toutes les. agitations; précurseurs de la tempête. En Espagne, ils avaient refusé d’exercer l'office d’Inquisiteurs ; aux Pays-Bas, :ls n'eurent même pas la peine du refus. Leur action se concentrait dans Fintérieur de leurs Colléges d'Anvers et de Tournay. Mais ils étaient dévoués à l’ordre , ils recommandaient la paix. Leurs maisons devaient être le point de mire des révoltés ; elles furent saccagées. Un appel à la ferce brutale venait d'être fait par les Protestants. Des misérables de toutes les nations y. répondirent par le sacrilége et par l'assassinat ?. La main d’une femme était trop faible pour arrêter ces débordements. Le 22 août 1567, don Alvarès de Tolède, duc d’Albe, entrait à Bruxelles comme gouverneur général des Pays-Bas.

! De Bello Flandrico, par Famiauus Strada, t ter. # Schiller, Histoire de la révalution des Pays-Bas, page 310 et suivantes, fait «a etlroyable tableau de ces excès.

Vaillaït capitaine, profond politique, mais cœur de bronze, le duc d’Albe portait dans chaque acte de sa vie la sévérité qu'il avait mise à l'ordre du jour de son armée. Il était implacable partout et en tout, parce qu'il sentait que les ressorts de l'autorité se détendaient sous la main de l’hérésie. L'autorité, pour lui, c'était un culte; il fallait l’honorer ou mourir. Un caractère de cette trempe, jeté au milieu de semblables dissensions, ne pouvait guère s'accommoder des demi-mesures de l’archiduchesse Marguerite. Les Protestants étaient parvenus à éloigner le cardinal de Granvelle : Philippe II leur donnait

* pour gouverneur le duc d’Albe. Cet homme, dont l’impassible visage ne trahit jamais une émotion de plaisir, de douleur ou de crainte, commença l'exercice de son pouvoir par faire tomber les têtes de deux des principaux chefs de l'insurrection. Les comtes d'Egmont et de Horn sont traduits devant le Conseil des Troubles, que le peuple a surnommé le Conseil du Sang. Le 5 juin 1568, ils périssent sur l’échafaud; puis, profitant de la terreur que son nom inspire, l'Espagnol marche contre les Gueux, que Louis de Nassau commande. Le 21 juillet, le duc d’Albe remporta la victoire de Jemminghem. .

Les Jésuites n’approuvaient pas le système de cruelle justice employé au nom de Philippe I; ils savaient que l'excès dans les rigueurs est aussi préjudiciable que l’excès dans la faiblesse, et ils se tenaient à l’écart. Mais lorsque la bataille de Jemminghem eut appris aux Gueux à être plus circonspects, les Jésuites ne voulurent pas laisser à la merci publique les Colléges qu'ils avaient fondés. Îls espéraient d’un autre côté pouvoir faire entendre des paroles de conciliation au milieu des partis exaspérés ; ils rentrérent dahs leurs Maisons.

Une année auparavant, Philippe Il avait établi une Université dans la ville de Douai, où les Pères possédaient un Collége. Pour un corps enseignant, ils étaient des adversaires à redouter et des rivaux dont le voisinage devenait dangereux. L'Université de Douai avait sous les yeux l'exemple de ses sœurs de Paris et de Louvain, elle désire d’en profiter; et, autant pour se donner un vernis d'impartialité que pour amortir la concurrence, elle propose aux Jésuites de les agréger. Ils acceptent

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l'offre. S'il faut en croire les annales de l'Université de Douai !, les Jésuites n'auraient été reçus dans son sein qu'en subissant quelques conditions dont voici les deux plus importantes : 1 Les Pères s'engageaient par serment à observer les statuts et les lois de l'Université; 20 pour se conformer à l'usage, ils promettaient de prélever sur leurs écoliers une rétribution qui, en Flandre, prenait le nom de minervalia.

Cette dernière condition est en désaccord flagrant avec Île mode d'enseignement recommandé par les constitutions de l'Ordre. Le Jésuite doit répandre partout l'instruction, mais il lui cst défendu d’en retirer un salaire sous quelque forme que le‘tribut soit payé. Pour ceux qui connaissent le respect avec lequel tous les Pères suivent chaque prescription de leur Institut, il n'est pas douteux que jamais ils n'ont pu s engager, même indirectement, à accepter cette innovation. Lorsque , par un calcul habile, le recteur de l'Université de Douai voulut les y soumettre , les Jésuites refusèrent. Quant aux statuts et aux lois qu'on se montrait si empressé de leur faire adopter, ils demandérent à les étudier et à consulter leur Général, afin de savoir s’il ne s’y trouvait rien de contraire aux priviléges de l'Ordre. Une telle prudence déjouait les plans universitaires ; elle allait porter un coup funeste à la corporation naissante. Quand l'Université vit que la ruse et les prières étaient vaines, elle essaya d’avoir recours à la violence.

Le 18 octobre 1567, jour de l'ouverture des classes, celle frappa le Collége d'interdit jusqu'à ce que les Pères eussent prêté le serment.

Sous cette espèce d'excommunication scolaire, les Jésuites ne font appel ni à la force ni aux passions. Les religieux de l'Ordre de Saint-Benoît, qui avaient offert le Collége, et l'Université s'entendent pour que l'affaire soit jugée par le Pape. Un bref pontifical, à la date du 13 novembre 1568, dispensa les Jésuites du serment que prescrivait l'Université de Douai, il leur laissa la faculté d'enseigner gratuitement.

Le due d'Albe, par ses cruautés, n'avait fait que comprisicr

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l'insurrection, La mort de don Carlos, que les Belges supposaient favorable à leur cause, mort qu'ils croyaient n'avoir été provoquée que par ce motif; la sentence rendue par le Saint- Office d'Espagne, qui déclarait criminels de lèse-majesté divine et humaine les apostats, les rebelles, les séditieux, et même les Catholiques, ne s’opposant pas aux entreprises des Luthériens, tout cela produisit une effervescence extraordinaire. Le prince d'Orañge jugea que le moment opportun était venu, et, en 1570, il se mit à la tête des confédérés. Il y avait des Gueux de terre, il voulut avoir aussi des Gueux de mer. Guillaume de La Marck, si connu sous le nom du Sanglier des Ardennes, dirigeait ces corsaires, dont l'intrépidité ne fera point oubliér les excès. Le duc d'Albe massacrait, la loi à la main ; les Gueux brûlaient, ravageaient , égorgeaient selon le bon plaisir de leur rapacité et de leur vengeance. La Religion et la patrie n'étaient plus en cause; de sauvages passions remplacèrent ces deux saints mobiles.

On courait autant de périls à être exposé à la discrétion des vainqueurs qu'à la rage des vaincus. Les Jésuites s'effacérent dans cette lutte de sang. Leurs Colléges s'étaient vus pillés une seconde fois par les Protestants ; les Catholiqnes crurent devoir uu dédommagement à l'Institut : il fut, dit-on, tel que le comportait les mœurs militaires de cette époque.

La ville de Malines est tombée au pouvoir des Gueux : les. Espagnols la reprennent; et, après le sac de celte cité, ils s'emparent de tout le butin que les assiégés y ont laissé. Ce butin était immense; les soldats viennent le vendre à Anvers. La Maison des Jésuites de cette ville a été détruite par les Gueux. À la nouvelle des désastres dont Malines est frappée, les Jésuites oublient leurs calamités personnelles pour ne se souvenir que de celles des autres. Le Père Trigosus excite la charité publique en faveur de ces malheureux. Un navire chargé d'aliments est freté par ses soins. Trigosus le dirige sur la cité désolée. Il persuade à de riches marchands d'acheter aux Espagnols le plus précieux des dépouilles, afin de le rendre aux propriétaires, ou de les distribuer aux pauvres st les

propriétaires restent inconnus. Le cardinal de Granvelle était

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archevèque de Malines, il remercie Trigosus de la charité qu'il a déployée en faveur de son troupeau; mais les hérétiques ne se montrérent pas aussi équitables. Les Jésuites avaient se- ‘ouru les Malinois, sans distinction de culte et de parti; on ies accusa d'avoir eux-mêmes vendu à leur profit la part du butin que les Espagnols leur avaient confiée. Le produit de cette vente servit, dirent les Protestants , à relever plus magnifiquement que jamais leur Maison d'Anvers.

Quesnel renchérit encore sur ce récit, et, pour démontrer la rapacité des membres de la Compagnie de Jésus, il tronque Sacchini :

«C'est ainsi, raconte le danséniste *, que ces Pères, à l'exemple des mauvais prètres d'Israël dont parle un prophète, s'engraissaient des crimes du soldat et de la misère du peuple ; injustice si criante et si indigne que leur historien mème, après lui avoir donné un tour des plus fabuleux, est obligé de convenir que cette action fit beaucoup de tort à leur réputation. On affirmait publiquement, dit-il, que le pillage de la ville de Malines nous avait fourni de quoi bâtir notre Maison d'Anvers. Cette opinion même s'était tellement fortifiée dans les esprits, que lorsque Requesens vint succéder au duc d’Albe dans le gouvernement des Pays-Bas, on soutenait partout que l'argent que nous en avions tiré nous avait de plus servi à gagner la faveur et le crédit que nous avions auprès de ce seigneur. »

Avec ses yeux de Janséniste, Quesnel n'a vu que cela dans Sacchini. L’historien ajoute pourtant : « Exemple remarquable de la malignité et de la perversité humaine, qui nestrouve rien de bon et de vertueux qu'elle ne l'interprète en mauvaise part. »

L'écrivain jésuite nie le fait; le janséniste le force à corroborer de son autorité le mensonge qu'il combat.

Cependant, le 28 septembre 1572, François de Borgia arrivait à Romé dans un état désespéré ; les spectacles de désolation qui, sur la route, avaient affligé ses regards et qui souvent tiraient de son cœur cette plainte du prophète Élie : « Seigneur, les enfants d'Israël ont renoncé à votre alliance; ils ont démoli vos

1 Histoire des Religieux de la Compagnie de Jésus, Lea, iv, Vi, p, 344 (édiÿon d'Utrecht, 1740),

autels et passé vos prophètes au fil de l'épée! » Ces spectacles de meurtres, de sacriléges et de sang s'étaient gravés dans son âme. Accueilli par tous les souverains avec un pieux respect, i! semblait, dans sa seule humilité, trouver encore un peu de force pour se dérober aux démonstrations dont il était l'objet. Le duc de Savoie l'arrêtait à Turin ; le due de Ferrare, Alphonse d'Este, son neveu et le'protecteur du Tasse, entourait le Religieux de toutes les preuves d'affection; mais le Général des Jésuites sentait approcher sa fin, et il n'exprimait plus qu'un vœu. Îl voulait mourir au milieu de ses frères, dans cette maison où Ignace de Loyola et Laynès avaient rendu le dernier soupir. Ce vœu fut exaucé. François de Borgia revit la capitale du monde chrétien, où, dans le Conclave qui s'était tenu après la mort de Pie V !, son nom avait été souvent prononcé comme celui du plus digne successeur à donner au Pontife dont il était l'ami.

Afin de ne ‘pas troubler ses derniers moments, on lui fit un mystère de ces honneurs qui le poursuivaient jusque dans les bras de la mort. Le 1er octobre 1572, il expira, ayant encore sur les lèvres une suprème prière pour la paix du monde chrétien et pour la Compagnie de Jésus. Les larmes que les Pères et sa famille versaient auprès de son lit d'agonie tarirent à l'instant même : l’homme avait äisparu, il ne restait plus que le saint. La ville tout entière se pressa autour de ce tombeau qui se transformait en autel; et les prélats, les princes, les cardinaux eux-mêmes, mus par un sentiment de religieuse admiration, vinrent baiser les pieds de ce Jésuite, dont la vie comme la mort a'avait été qu'un hymne à la gloire de Dieu.

‘Pie V mourut le 4‘ mai 4572. « Son plus bel éloge, dit Voltaire, v.cut de

Constantinople mème, où l'on fit des réjouissances publiques à sa mort. » (£'ss ré et les mœurs, p.383, xe volume des Œuvres complèlcs).

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