‹ Histoire religieuse, politique et littéraire de la Compagnie de Jésus [microforme]Chapitre 4 sur 64 · TRÈS-ILLUSTRES ET RÉVÉRENDISSIMES SEIGNEURS · texte numérisé non relu

TRÈS-ILLUSTRES ET RÉVÉRENDISSIMES SEIGNEURS

» Puisque le Saint-Pére, dont on ne peut mettre en doute la prudence et la profonde sagesse, nous a ordonné de parler librement et ouvertement sur deux points de notre Institut, voici ce que nous avons cru devoir proposer à votre examen, disposés toutefois à obéir plutôt qu'à disputer. Il nous paraît d'abord essentiel d'apprécier, lorsqu'il s’agit de modifier des lois, s’il existe ou non un motif suffisant pour le faire. Il fant que la loi soit certaine, constante, et, autant que cela est possible au milieu des vicissitudes de ce monde, éternelle; car si on change facilement, les choses mème qui ne demandaient point à ètre transformées tombent aussi; ce qui entraîne peu à peu, mais inévitablement, une révolution complète dans les affaires publiques. C’est pourquoi les sages ont pensé qu’en présence d’un mal il valait mieux le tolérer que de mettre en péril toute la Constitution par le changement d’une seule loi. C’est

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bien plus important encore lorsqu'il s'agit des lois qui règlent les sociétés religieuses confirmées par le Saint-Siége apostolique, dans la crainte que les Ordres religieux et l'autorité des Souverains-Pontifes, qui doit toujours être inviolable, ne viennent à perdre, au moins dans l'esprit des ignorants, quelque chose de la vénération qui leur est due.

» Notre Compagnie, confirmée par la puissance du Siége apostolique, sous les pontificats de Paul IT et de Jules IL, fut tout récemment encore approuvée par le Concile de Trente, après que les Pontifes et les Pères du saint Synode eurent étudié avec soin et pénétré tout l'esprit de son Institut. Assurément on ne peut les soupçonner d'avoir agi avec négligence ou défaut d'attention; d'où il suit qu’en bouleversant quelque chose dans nos lois, on porte atteinte en même temps ct aux légitimes décrets des Souverains-Pontifes et au pouvoir du Concile; ce qui, ne pourrait se faire sans un grand danger, à moins que l'état des choses ne fût tout-à-fait différent, ou que l'usage, qui seul est le réformateur des lois, n’en eût, par une longue expérience, rendu la nécessité évidente. Or, notre Compagnie se maintenant telle qu'elle était lorsqu'elle fut approuvée par l'autorité des Souverains-Pontifes et du Concile, en se dévouant pour la gloire de Dieu et l'utilité de l'Eglise, a souvent éprouvé les effets merveilleux de la Bonté divine. Elle a produit des fruits abondants, soit en affermissant les Catholiques dans la Foi, soit en arrachant les hérétiques à l'erreur, ou même en appelant les Infidèles à la lumière de l'Evangile. Déjà elle compte un grand nombre d'hommes choisis et des établissements dans presque toutes les provinces de l'Ancien et du Nouveau-Monde. Toujours victorieuse, elle a traversé les tempêtes les plus redoutables, elle a su mériter la faveur de tous les Souverains-Pontifes, et, ce qui n’est pas moins une preuve de la grâce céleste, la haine profonde des hérétiques; de sorte que ces témoignages, cette protection et cette faveur perpétuelles dont elle jouit, nous assurent que les décrets qui furent portés sur les vœux par les Pontifes et les Conciles au sujet de la Compagnie ont été ratifiés dans le ciel.

» Commençons par exposer les causes qui furent allégnées à

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