LES SAINTS PAUL, JEAN ET JACQUES JAPONAIS
Martyrs de la Compagnie de Jesus.
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leur était faite. Ils n'avaient pas seulement à combattre les Bonzes, il leur fallait conjurer les tempêtes que des ambitions rivales élevaient, tantôt pour protéger, tantôt pour détruire le culte dont François Xavier avait été l’apôtre. Au commencement du généralat d'Everard Mercurian, en 1573, on comptait huit Missionnaires dans ce vaste empire, beaucoup moins que de têtes couronnées. Le Père Gonsalve Alvarës reçoit ordre de s’y rendre avec trois autres Jésuites. Alvarës est atteint d’une maladie mortelle ; cependant, au moment où il va s'embarquer, il écrit de Macao au Général : « Tout le monde s'accorde à me peindre ce voyage au Japon comme très-dangereux pour moi, à raison du mauvais état de ma santé. Mes souffrances et ma faiblesse sont telles qu'à peine puis-je me tenir debout pour offrir sainte messe. N'importe , fort de l'obéissance, je pars, prêt à tout ce qu'il plaira à Dicu d’ordonner de moi. de tire surtout ma consolation de ces mots que m'a écrits Votre Paternité : « Que s’il m'arrive de mourir dans cette entreprise, je n'aurai pas à regretter le sacrifice de ma vie. »
Alvarès et ses collègues firent naufrage à la vue du Japon. La perte des quatre Missionnaires était une calamité pour ceux qui les attendaient comme un renfort; mais, au lieu d'abattre leur courage, elle leur donna une nouvelle énergie. Le Père Cabral continua la visite des Missions, et souvent, pour se dérober aux attaques des malfaiteurs qui couvraient les flots et les routes, il fut contraint de confier sa vie à des écumeurs de mer. En 1574, le prince d'Omura, Barthélemi Sumitanda, ne cachait point son zèle pour la Religion catholique. Ses sujets se révoltent contre lui. Il triomphe en bataille rangée de cette insurrection fomentée par les Bonzes; puis, pour consacrer sa victoire, il
prend, quelques mois après, la résolution d'abolir le culte des idoles. Trois Jésuites partent à sa voix. Ils parcourent la principauté, prèchant, érigeant des calvaires, baptisant et recueillant une abondante moisson de Chrétiens. La ville de Cori, séjour habituel des Bonzes, avait annoncé qu'elle résisterait aux Pères. Le peuple y était tellement attaché à ses superstitieuses croyances, que Sumitanda écrivait aux Missionnaires de ne pas tenter l’entreprise. Les Missionnaires, comme tous les hommes
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de foi accoutumés à la lutte et au danger, ne soupçonnaient pas qu'il y eût des choses impossibles. Gaspard Coëlho s'offre pour pénétrer dans Cori. Sa proposition est agréée, et les Bonzes, charmés. de son courage, sont les premiers à recevoir le baptème.
Dans le même moment, Civandonx, roi de Bungo, appelait auprès de lui le Père Cabral. Civandono avait deux fils; pour assurer à l’aîné la tranquille possession de sa couronne, il s'était décidé à faire un bonze du second. Les Japonais n’avaient jamais entendu, parler de nos mœurs européennes; ils s’y conformaient par instinct de conservation. Le jeune prince n’était âgé que de quatorze ans ; mais, lorsqu'il connut les intentions de son pére, il s'y opposa avec tant de fermeté, il déclara si solennellement qu'il voulait être chrétien, que le roi fit prier Cabral de se rendre auprès de lui. Quand le néophyte fut instruit des dogmes de la Religion, il prit au baptème le nom de Sébastien. Son exemple fut suivi pari un bon nombre de grands; mais une conversion plus éclatante encore signala le commencement de l'année 1576. |
Depuis longtemps le roi d'Arima favorisait le Christianisme sans oser en faire profession. Le courage de son neveu, fils du roi de Bungo, l'éclaira. Après avoir renoncé à ses idoles et à
ses passions, il entra dans une nouvelle vie. Au Gotto, au :
royaume de Chicugen, le Père Melchior Figuéredo n'obtenait pas üe moindres succès. [Il y avait assaut de ferveur entre ces catéchumènes. Ici, ils se réunissaient le dimanche, et les princes et les sujets, tous confondus dans une sainte égalité, cherchaient entre eux les raisons les plus concluantes pour fermer la bouche aux Bonzes. Là, ils se livraient aux pratiques de la charité, soulageant les malades, visitant les affligés, et étonnant leurs anciens prêtres eux-mêmes par ce dévouement, qui était pour leurs cœurs un mystère encore plus incompréhensible que ceux du Catholicisme.
Un orage troubla bientôt la paix de cette réduction. La reine de Bungo ne partageait pas l'amitié que Civandono, son époux, témoignait aux Jésuites ; elle avait consenti au baptême de son fils; mais elle ne tarde pas à éprouver des regrets. Elle profite