‹ Histoire religieuse, politique et littéraire de la Compagnie de Jésus [microforme]Chapitre 59 sur 64 · NE RE CO ET CU D · texte numérisé non relu

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de la première occasion pour manifester sa colère. Un jour elle donne ordre à un jeune chrétien d'aller lui chercher une idole ; le néophyte refuse. Ce refus est par elle regardé comme un crime ; elle porte plainte à son fils ainé, investi par Civandono de l'administration du royaume. Le néophyte est condamné à mort; les Jésuites le cachent en lieu sûr ; puis ils expliquent au monarque les motifs de sa désobéissance. « Jamais, lui disentils, vous n'aurez de sujets plus soumis que les Chrétiens ; mais l'Evangile leur défend toute espèce de contact avec les idoles. Laissez-les dans leur croyance, et nous vous garantissons leur fidélité à toute épreuve. Le monarque eut confiance en ces paroles. ï

Jusqu’alors il ne s'élevait au Japon que de petites chapelles sans luxe et sans art. Les catéchumènes, habitués à la richesse des temples païens, se plaignaient de ne pouvoir donner à Dieu une église digne de lui et digne d'eux. Les Pères Froëz et Organtini Gnecchi, pressés par ces réclamations dont ils apprécient la justesse, se décident à jeter dans la ville de Méaco les fondements d’une église qui, par sa magnificence, doit répondre à la grandeur du Christianisme et qui produira sur l'esprit des Japonais une salutaire impression. Toutes les classes s'associent à cette pensée. Les travaux commencent; ils sont rapidement achevés, et l'édifice est’ consacré sous le titre de l'Assomption, en mémoire de ce que Xavier avait abordé au Japon le jour de la fête de Marie. :

Un an après avoir embrassé la Religion catholique, le roi d’Arima était mort; son fils lui succédait en 1577; il commençait son règne par décréter la persécution contre les Jésuites. La persécution allait se propager, lorsque Sumitanda intervint auprès du monarque ; il lui en Gt comprendre l'inutilité et l'odieux. La tempête s’apaisait à Arima pour se raviver dans le Bungo. Cicatandono, frère de la reine, partageait sa haïne contre les Chrétiens; tous deux s'apprètent à les étouffer; mais le Père Cabral ne se laisse pas prendre au piëge qu'on lui tend. Il a ses néophytes à défendre; cette idée stimule son courage : Cabral triomphe des intrigues de la reine.

Un nouveau renfort couronnait cette victoire, treize Jésuites

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arrivaient au Japon. Le nombre des Missionnaires augmentait ; Cabral conçut le projet de créer un Collége avec un noviciat, afin de former les enfants à la piété et aux lettres, et d'en faire par la suite des héritiers de leur zèle. Enrôler les catéchumènes japonais sous la bannière de la Société de Jésus, et, après avoir instruit les plus intelligents, les faire marcher à la conquête de leurs compatriotes, était une pensée de consolidation. La Foi prenait ainsi de plusprofondes racines dans le pays; elle devait s'y éterniser. Les Jésuites ne pensaient pas encore à créer autour d'eux un Clergé indigène séculier ‘et en dehors de toute antorité. En façonnant les désuites à l'obéissance, en les soumettant à des vœux perpétuels, ils espéraient que la Religion, naissante dans ces contrées, ne se verrait pas exposée aux schismes ou aux erreurs que l'indépendance peut provoquer". Mais afin de réaliser ce projet, il fallait des ressources pécuniaires, et, depuis que François Xavier avait ouvert le Japon au Christianisme, cette Mission s'était vue obligée de vivre d'insuffisantes aumônes ou des secours que le Père Alméida lui fournissait. Avant d'entrer dans l’Institut, Alméida était négociant ; il fut Jésuite sans recevoir la prêtrise, missionnaire comme beaucoup d’autres, Européens ou Japonais, qui s’attachaient à la Compagnie pour la servir en qualité de simples Catéchistes. On l'autorisa à laisser pendant quelque temps sa fortune dans le commerce; ce fut à peu près la seule ressource des nombreuses Réductions japonaises. Les princes et les seigneurs chrétiens, tantôt forcés de guerroyer pour leur propre compte, tantôt pour celui de leurs suzerains, n'étaient pas aussi riches que le luxe de leurs palais ou de leur suite aurait pu le faire supposer. Pour bâtir des églises, pour subvenir à toutes les dépenses du culte et des voyages, il devenait donc urgent de trouver quel-

* En 4580, aidés par la munificence de Civandon, roi de Rungo, et par les largesses du Pape Grégoire XIIT, les Jésuites élablirent un noviciat de leur Ordre à Vosuqui et un Collége avec Uuiversité à Fuuai, capitale du Bungo. On comptait, au dire de Charlevoix ( Histoire du Japon, 1. 1, liv. V, p. 434, édit. de 1736), ving!six Japonais admis dans la Compagnie, ct presque tous destinés au saccrdoce,

La fondation du séminaire d’Arima, pour l’éducation de la jeune noblesse japonaise, avait précédé. « On y ajouta dans la suite un Collége, raconte Charlevoix (ibidem, p. #44), et l'on ne peut dire le nombre d’apôtres el de martyrs qui sont sortis de cs deux écoles. » E e

ques moyens. L'ancienne position d'Alméida les offrait; les marchands portugais s'empressèrent de le seconder,

Le roi de Bungo, qui avait accueilli François Xavier dans ses Etats et qui s'était toujours montré favorable au Christianisme, vivait encore en 1578 ; mais ses passions avaient soutenu une lutte si acharnée contre la vérité qu'il n'avait point reçu le baptême, et que même alors il paraissait plus éloigné que jamais de le demander. Sur ces entrefaites, il répudie sa femme, toujours plus hostile aux Chrétiens, et il épouse la belle-mère de son fils Sébastien. Un Jésuite japonais, nommé Jean, est appelé par le vieux roi pour instruire cette princesse. Jean la convertit, et il arrive enfin à décider Civandono à soumettre ses doutes à l'Evangile. Le 28 août 1578, il fut baptisé, Joscimond, son fils aîné, était depuis longtemps associé aux honneurs et äux soucis du diadème. A peine Chrétien, et voyant Joscimond disposé à suivre son exemple, Civandono lui abandonne complétement les rênes de l'Etat; mais, pour couronner son règne toujours heureux, il prend la résolution de fonder, dans le royaume de Fiunga, une ville qui sera uniquement habitée par des Chrétiens.

Les Jésuites avaient dans le caractère japonais un adversaire plus redoutable que la persécution; c'était l'inconstance. Peuple enthousiaste et léger, ils se contentaient d'effleurer les choses, et ne se rendaient jamais compte de leurs affections ou de leurs devoirs. Ces Missionnaires venus de si loin pour leur’ apporter la bonne nouvelle du salut, ce Dieu mort sur la croix, les vertus mêmes qu'ils leur prêchaient, vertus si étranges à leurs yeux, tout les avait frappés d'admiration, tout avait contribué à exalter leur esprit; mais il fallait les affermir. dans la Foi, donñer à leur naturel si impressionnable la persévérance qui seule pouvait réaliser tant de beaux commericements. Les J6suites, le Père Froëz à leur tête, s’occupaient de consolider l'œuvre. Dans ce but, ils se montrérent plus difficiles que ja- . mais à accorder le baptême. Le baptême devint une récompense dont ne furent appelés à jouir que les plus instruits et les plus vertueux. Ce fut sur l'épouse même du jeune roi de Bungo que Froëz se décida à tenter l'expérience. Joscimond pressait

le Jésuite de baptiser sa royale compagne ; Froëz lui répondit : « Voyez, prince, combien notre loi différe de la loi des Bonzes ; à la demande d'un roi tel que vous, quel est celui d'entre eux qui refuserait d'initier la reine aux mystères de sa secte? Mais les Chrétiens suivent une autre marche. Quand pour une âme il s'agit de l'éternité, ils ne précipitent rien. La reine n'est pas encore assez exercée dans la pratique de notre sainte loi, et il n'est permis d'y associer les grands que lorsqu'ils servent de modèle à tous par une vie exemplaire. »

Un refus fait en ces termes dutretentir à la cour. Froëz ne se l'était pas dissimulé, mais il fallait avant tout faire désirer le Sacrement, pour qu'il fût respecté après avoir élé conféré.

On comptait au Japon vingt-neuf Jésuites européens et cent mille Chrétiens. Nobunanga, maître de vingt-six royaumes, était le plus puissant souverain : Morindono, son rival, ne régnait que sur treize. Ces deux hommes, ennemis entre eux, n'étaient pas hostiles au Christianisme. Dans la partie du Japon qu'on nomme le Ximo, dans le Xicoquo, dans le Tosa, il se trouvait pourtant beaucoup plus de catéchumènes qu'ailleurs; c'était dans ces parages que séjournaient les marchands portugais venant de la Chine. Les rois du pays, en dehors de leur respect pour les idoles, avaient donc une raison toute naturelle de favoriser l'extension de la Religion catholique, qui leur assurait la liberté du commerce avec les Européens. Dans le Figen, où régnaient les rois d'Arima, d'Omura ct de Firando, il existait plus de cinquante mille Chrétiens. Là, sous la protection des Jésuites, commençait à s'élever la ville de Nangasaki, asile ouvert à tous les néophytes persécutés dans leur patrie. Nangasaki formait la première résidence, ane la seconde, Cori la troisième.

Ces chrétientés, séparées les unes des autres par des montagnes, par des mers ou par des forêts, et toujours agitécs au souffie des guerres, offraient plus d'une difficulté à surmonter dans leur gouvernement intérieur. On persécutait , tantôt ici, tantôt là ; il arrivait des mécomptes sur un point, des déceptions sur un autre; on était livré aux caprices des princes, à.la rivalité des Bonzes ; une révolution privait tout d'un coup les Jésuites

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du fruit de plusieurs années de travail, et néanmoins rien n'avait pu les décourager. Un nouveau péril allait fondre sur eux : le roi de Saxuma entre avec son armée sur le territoire de Bungo, et Joscimond voit s'évanouir en un jour le prestige de grandeur que son père avait attaché su trône. Joscimond se montrait favorable au Christianisme : les Bonzes se firent une arme de ce penchant, pour attiser la colère du peuple. Il ne pouvait se venger d’une défaite sur son vainqueur, le peuple tourna ses désespoirs patriotiques sur les Jésuites, il s'en prit à eux de la honte de ses soldats. Les Bonzes avaient recouvré leur ascendant sur la foule, ils l'exercèrent en contraignant Joscimond à se déclarer l'ennemi des Chrétiens. Le roi souscrivit à ces conditions; mais son père, dont le souvenir était plus cher que jamais aux habitants de Bungo, se porte médiateur entre les fureurs populaires, la faiblesse du monarque et l'innocence des néophytes. Sa voix est entendue.

Dans le même moment, il surgissait sur un autre point un plus terrible orage. Nobunanga l’excitait par ambition. Quoique favorable aux Pères, il ne craignait pas de les exposer pour arriver à ses fins. Il assiégeait une citadelle où Juste Ucondono commandait au nom d’Araqui, l’un des adversaires de Nobunanga. La place résistait aux efforts de ce dernier ; il fait saisir les Jésuites de Méaco et il annonce à Juste, le plus courageux des Chrétiens, qu'il va les faire mourir tous en croix, si la citadelle ne lui est pas livrée. Pour garantir sa fidélité, Juste avait donné en otages à Araqui sa sœur et son fils. Leur trépas par Araqui, ou la mort de tous les Missionnaires et de tous les Catholiques par Nobunanga, ne laissait qu'une désolante alternative à Ucondono. Le devoir l'emporta sur la tendresse. Juste sacrifia sa sœur et son fils , il rendit la citadelle; mais Araqui comprit l'affreux combat qui avait dù se livrer dans le cœur de son général, et il pardonna.

Ce fut dans ces circonstances que le Père Alexandre Valignani débarqua au Japon en qualité de visiteur-général. Né en 1537 à Civita-di-Chieti, dans les Abruzzes, Valignani s'était destiné de bonne heure à l’état ecclésiastique. Il appartenait à une famille distinguée ; il obtint des bénéfices. Ses talents auraient

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pu l'élever aux honneurs de la cléricature ; mais Valignani entra dans la Compagnie de Jésus, et, à partir de ce jour, il n'eut plus qu'une ambition, le salut des âmes. Mercurian connaissait sa prudence, vertu qui quelquefois vaut mieux que le zèle; il le chargea de vivifier ces chrétientés éparses dans l'Orient. Quelques années après, Aquaviva ratifiant ses pouvoirs lui écrivait : « Quand vous êtes dans les Indes, je me regarde comme y étant moi-même. Je ne pourrais mieux gouverner la part de la Compagnie qui vous est confiée; et si vous étiez à ma place, vous ne gouverneriez pas moins bien la Compagnie tout entière, »

A peine at-il touché au Japon qu'il veut s’entourer des lumiéres. des Jésuites qui depuis longtemps soutiennent le poids de la chaleur et les fatigues de l’apostolat. Il convoque, à Cocinoxu, les Pères dispersés. À l'exception de ceux de Méaco, dont les guerres arrêtent le voyage, tous accourent. Dans ce conseil provincial, tenu en 1580, il fut décidé : 40 que les missions seraient réparties en trois divisions, comprenant Méaco, les royaumes de Figen et celui de Bungo; 2 on fixa des maisons pour servir de Colléges ; 3 on résolut de fonder un noviciat où l'on admettrait indistinctement les Européens et les Japonais.

Valignani allait, par sa seule énergie, renouveler les prodiges de François Xavier. Après avoir rendu les Pères à leurs Missions, lui-même se met en route pour la cour d’Arima. Le jeune roi était à moitié catholique ; mais des raisons de famille, des susceptibintés intérieur, la guerre avec ses voisins occupaient tous ses moments. Les Bonzes veillaient à la porte de ce cœur, dont ils redoutaient les sentiments chrétiens. Valignani se présente au prince. Il n’a pas de suite autour de lui; mais il lui parle avec l'autorité dont Dieu investit ses élus. Le cou rage du prince était abattu, il le relève. Le prince l’entretient des craintes que la guenc iui fait concevoir ; Valignani le détermine à recevoir le baptme. Il lui impose le nom de Protais; puis, le lendemain, le Jésuitr :8 ren sous la tente du farouche Riozogi. La paix était nécessaire au roi d'Arima, il l'obtient de son ennemi,

Riozogi avait cédé à l'ascendant inconnu qu'exerçait sur fui un Jésuité; il porte ses armes contre le roi de Bumgo. Les Bonzes ont dit à Joscimond que s'il veut nc pas embrasser la Foi catholique, ils lui assureront la victoire ; Joscimond a cédé; mais Riozogi n'en poursuit pas moins ses conquêtes Des six royaumes que François Civandono a laissés à son héritier, trois déjà sont la proie du vainqueur. Le reste va tomber en son pouvoir, lorsque les grands et le peuple, fatigués des vaines proinesses de leurs Bonzes, s'adressent au vieil ami de Xavier. Civandono sort de sa retraite à la priére de son fils luiméme, Pour étayer le trône chancelant, il reprend le timon des afaires. Il lève une armée, il place les néophytes à l’avantgarde, il bat Riozogi, rétablit la paix et rentre dans sa chère solitude.

Le 1 mars 1581, Valignani s'embarquait pour Méaco. Nobunanga et ses trois fils, qui avaient accueilli avec de grandes démonstrations le Père Organtini, s’empressèrent d'honorer le désuite qui paraissait à leur cour. Nobunanga était un hardi soldat, il aimait la gloire, et il s'était persuadé que les Péres, par leurs récits, populariseraient son nom en Europe. Cette considération, décisive sur son cœur, avait donné une autre direction à ses idées. La supériorité des nouveaux maîtres d l'Inde se révélait à sa pensée ; c'était dans leur patrie qu'il fal lait se faire craindre et estimer. Nobunanga n'espérait voir réaliser ce rêve que par les Jésuites ; il leur témoigna donc autant de bonne volonté que d'affection. Le Père Organtin avait obtenu une Maison et une église dans la ville d’Anzuquiama, que le conquérant élevait à sa gloire comme Alexandre et Constantin. Valignani ne se contente pas de cela. il sollicite un lullège; le roi l'accorde, il veut même contribuer de ses deniers à son érection. L'établissement reçoit bientôt vingt-cinq enfants des plus nobles familles. cd

Valignani avait laissé Cabral dans le Bungo; il y revient. Cabral et le Frère Vincent, Jésuite japonais, portaient la Foi au Val-d'Yu; à Nangasaki, Valigani triomphe d'une émeute qu'une rixe entre un Portugais’ et un regnicole a suscitée. Cependant, Nobunanga, au fîte de lu grandeur, ne cessait d'ad-

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mirer et de protéger la Religion chrétienne. Du sein de cette ville, où il prodiguait l'or de ses victoires, et où chaque maison qui se bâtissait devenait un palais, le splendide monarque avait projeté de se faire baptiser et d'entraîner le Japon à sa suite; mais un point seul déplaisait à ses goûts voluptueux. Il proposa au Père Organtini de se relàcher sur ce point, qui concernait la pluralité des femmes ; il l'asr:ra qu'en sacrifiant à ses désirs la continence ‘onjugale, lui, 1 plus fermidable souverain du Japon, ne balancerait plus à se proclamer catholique. Organ tini répondit : « Je ne suis point l'auteur, mais l'interprète d'une loi qui même n'est pas particulière à la Religion que vous admirez. Elle est imposée à tous les hommes également. »

Organtini n’accédait pas au vœu de Nobunanga; ce prince se laissa enivrer par la vanité. Le Christianisme n'acceptait point ses conditions, il prit le parti de se faire adorer. Il” était grand, magnifique, inexorable surtout. L'avidité et la peur lui créérent des dévouements serviles qui se mirent à flatter ses passions. Il s'était érigé une statue. Les rois tributaires, les seigneurs et la foule accourent encenser la divinité mortelle. Les néophytes seuls n’assistent point à cette prostitution publique. Nobunanga ne s’en montre pas irrité; mais, le 44 mai 1582, peu de jours après que ce nouveau Nabuchodonosor à été déifié, il fait sortir de Méaco ses trois armées. IL est resté presque sans gardes dans son palais; Aquéki, un des généraux, y rentre avec une troupe d'élite. Le prince est averti; il croit que son regard aura assez de magie pour comprimer une révole. Il parait à son balcon ; une flèche lui perce l'épaule. Nobunanga l’arrache; cet, avec le courage de son orgueil, il fond sur les assaillants. Une balle lui traverse la poitrine. Blessé à mort, Nobunanga se réfugie dans ses appartement: Il a échappé aux coups de ses sujets; ses sujets veulent qu'au moins il périsse par eux. L’incendie, que leurs mains allument, dévore le palais ; le dieu de la veille expire dans les flammes. De Méaco, les rebelles se portent sur Anzuquiama, qui, peu d'heures après, n'est plus qu'un amas de cendres et de ruines. Aquéki allait régner; mais un Chrétien, Juste Ucondono, à proclamé le fils ainé de Nobunanga. A la tête de mille hommes, il marche

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à la rencontre du général insurgé. Douze jours : s'étaient ‘à peine écoulés depuis là mort du roi, lorsque Ucondono. se trouve en face des assassins. Il jes attaque; malgré l'infériorité du nombre, il triomphe, et avec lui le principe de la légitimité.

. Cette révolution de palais, terminée par une victoire, n’exerça aucune influence sur la Religion et sur la Compagnie de Jésus. Tandis qu'elle s’opérait, Valignani s’occupait des affaires d’intérieur; il réglait avec les Pères de quelle manière les Jésuites devaient traiter les indigènes et s’accommoder aux usages du Japon. Il fut résolu que, dans le premier cas, on imiterait l'Apôtre, se faisant tout à tous pour gagner les âmes au Christ. Ainsi, on convint que, dans leurs rapports avec les Japonais, les Jésuites se conformeraient au cérémonial usité pour le salut et la réception. Quant aux vêtements de soie déjà interdits par le Père Cabral, Valignani se prononça contre. Quelques Pères pensaient qu'aux yeux d’un peuple professant un absolu mépris pour la pauvreté, il était bon de rehausser la dignité du Sacerdoce par l'éclat extérieur. Un plus grand nombre, et Organtini avec eux, disaient que les Japonais savaient fort bien discerner l'indigence obligée de l’indigence volontaire, et qu'ils estimaient cette dernière, ainsi qu'Organtini et Valignani en avaient eu souvent la preuve par eux-mèmes. On‘adopta comme règle générale que les Jésuites se vêtiraient d'une espèce d'étoffe très-commune dans le pays.

Le second point offrait plus de difficultés. Cabral, dont l'austérité ne se dissimulait pas assez, prétendit qu'il fallait faire plier l’arrogance naturelle aux Japonais, et que st, par des mesures sévères, on ne domptait pas leur pneianse familiarité, on les verrait s'élever au-dessus des Pères, même dans les choses religieuses. Ainsi, selon lui, on ne devait enseigner à ceux qui se destinaient au Sacerdoce et aux Missions que la philosophie ct la théologie morale, parce qu'il était à craindre que ces caractères indociles n’abusassent d'une connaissance plus approfondie des dogmes. La majorité ne se rangea point à cet avis. Elle crut injuste de ne pas faire pénétrer les Japonais dans le; jrofondeurs de la doctrine, puis-

que Dieu leur avait donné une intelligence capable de saisir la science céleste. Leur teint jaune, la vicieuse conformation de leurs membres, leur grosse tête sur un petit cou, leurs yeux obliques, qui constituaient autant de difformités, selon les Européens, ne privaient en aucune manière les Japonais des dons de l'esprit. Cela fut démontré, et Cabral céda à la majorité demandant qu'ils reçussent la même éducation que les Européens, mais comme il ne put se dépouiller de sa sévérité naturelle, on le rappela à Macao.

Ces points essentiels résolus, Valignani s’occupa de mettre à exéeution un projet qu'il avait formé et qui devait porter d'heureux fruits. Le Jésuite voyait les princes et les Bonzes tourmentés de cet amour-propre national, espèce de mal du pays qui n'a jamais subi l'épreuve de la comparaison. Les Japonais, comme tous les peuples isolés, se croyaient la nation k plus civilisée, la plus riche, la plus glorieuse du monde. D'un autre côté, ils avaient de si nobles qualités que Valignani, pour intéresser à la Mission le Souverain-Pontife et les rois de l'Europe, désirait de leur fournir une occasion d'étudier le caractère et les mœurs de ces empires. Une ambassade japonaise au Pape remplissait ce double but. Les rois de Bungo, d'Arima et d'Omura s’associèrent à la pensée du Jésuite, et Mancio Ho, Michel Cingiva, Martin Fara et Julien Nacaura furent choisis. Les deux premiers appartenaient au sang royal, les deux autres à la plus haute noblesse. Georges Loyola, un

Jésuite japonais, leur servit d'interprête et de mentor. Le 20 février 1582, l'ambassade partit avec Valignani ; le 20 mars 4585, elle parvenait au centre de la Catholicité.

Philippe II l'avait accueillie à Madrid avec les honneurs réservés aux têtes couronnées ; il avait fait violence à l'étiquette de l'Escurial pour recevoir debout, pour embrasser ces premiers nés de l'Eglise du Japon; mais ce fut à Rome que les princes furent reçus avec la joie la plus expansive. Le vieux Pontife, qui dévouait son règne à l'œuvre des missions !, tres-

(t) La pensée de former un clergé indigène préoccupait sans cesse les Jésuites. Dans le discours d’obédience, prononcé par le Père Gaspard Gonzalez, en présence “du Pare Grégoire XIE, au noi des rois el des Ambassadeurs japomais, on lit : « Dix

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saillit de bonheur à l'idée que, en échange de quelques provinces d'Europe échappant à l'autorité du Saint-Siége, les Jésuites lui conquéraient en Orient des empires immenses. 11 voulut que des fêtes splendides témoignassent de sa satisfaction : l'audience des ambassadeurs fut entourée d’un éclat tel que peut être la cour de Rome n'en a jamais offert de pareil aux rois qui viennent vénérer le Père commun des fidèles. Toute la ville des Césars prit part à la félicité de Grégoire XIE. Les Japonais, couverts de bénédictions, et dont la présence au Vatican avait quelque chose de si inusité, rencontrérent dans Sixte-Quint, suecesseur de Grégoire XIII, le même amour et la même bonté. Les Protestants annonçaient que l'Eglise s'écroulait sous leurs coups : l'Eglise leur répondait en amenant au pied de la Chaire de saint Pierre des mondes nouveaux et des peuples dont la vieille Europe n'avait jamais entendu proférer le nom. Ce que Grégoire XIII ne put qu’ébaucher, Sixte-Quint l'acheva, ct les ambassadeurs du Japon durent, en reprenant la mer, s'avouer que les Jésuites ne les avaient pas trompés.

Le fils de Nobunanga cependant ne se soutenait qu'avec peine contre les lieutenants de son père; l’un deux, qui avait secondé Juste Ucondono, se mit en révolte ouverte et s'empara du trône ; il se nommait Faxiba. Mais la victoire éveilla dans son cœur d'ambitieux désirs : ce nom vulgaire n'allait plus à son orgueil ; 1l adopta celui de Taicosama qui signifie grand seigneur. Le prince légitime n'avait pas su défendre sa couronne ; il avait fui. Les Chrétiens, qui s'étaient sacrifiés pour

que Votre Sainteté eut appris que la foi y était prèchée, qu’elle y faisait d’heureux progrès, et qu’il n’y avait pas de meilleur moyen pour la conserver et l’amplifier que de former un grand nombre de prédicateurs de la même nation, vu que les habitants de ces iles ont beaucoup de lumière et d'esprit ; ni la distance des lieux, ni la grendeur de la dépense, ni aucune difficulté n’a pu l’empècher de fonder en ces contrées des Séminaires de jeunes gens, lesquels croissant en âge, en doctrine et en piété, conserveront la Foi chrétienne et extermineront avèc le temps l’idolètrie de leur pays. »Un peu plus bas il est ajouté que Sa Sainteté a fondé ces Séminaires Ja même année (4584), que les rois et princes japonais avaient choisi leurs ambassadeurs pour le voyage de Rome, — Les Séminaires, dont il est parlé, sont probablement le Cohége de Funai ou Fuchéo, et le noviciat de Vosuqui au Bungo. Ces deux établissements furent bientôt détruits par suite des guerres civiles, el ne purent se relever de leurs ruines, à cause de l'apostasie de Joscimond, flls de Civandono, roi de

Bungo.

Jy4 CHAP. VII. — HISTOIRE

lui, ne crurent pas devoir, par une guerre civile, plonger leurs compatriotes dans des calamités sans fin. Le roi abdiquait ses droits.; Juste Ucondono, Simon Condéra et Augustin Tzucamindono , les chefs du parti catholique, firent leur soumission à l’usurpateur; cette soumission sans arrière-pensée consolidait son trône. Ils le rendirent maître par leurs victoires de tout le Japon. Taicosama leur tint compte de ces conquêtes en favorisant le Religion et les Jésuites, mais cette unité dans l'empire mettait le Christianisme à la merci d’un seul homme, et dans un avenir prochain, il était aisé de prévoir les fatales conséquences qui sortiraient de cette impolitique loyauté. Ces événements signalèrent l’année 1583 ; la mort de Louis Alméida vint la terminer. Alméida n'était prêtre que depuis trois ans seulement; mais bien longtemps avant son élévation au sacerdoce il était entré dans la Compagnie, et avait fondé les Chrétientés de Facata, de Ximabara, de Cocinoxu, d’Amacusa, de Funai et du Gotto. ;

L'Empereur du Japon s’entourait des généraux catholiques, ils possédaient sa confiance, il les plaçait à la tête de ses armées et de sa flotte. En 1585, le Père Coëlho, profitant de cet âge d’or, se présente à la cour; il demande à Taicosama l'autorisation de prèchor le Christ par tout le Japon. L'Empereur l'accueille avec respect et rédige un décret conforme à ses vœux; mais le prince, en habile politique, cherchait à faire tourner à son avantage les travaux des Jésuites. Afin de conquérir une paix éternelle, il rêvait de porter la guerre en Chine; il charge le Père Coëlho de lui obtenir des Europtens quelques vaisseaux dont il a besoin pour son expédition. Coëlho n'avait rien à promettre; il se contente de remercier l'Empereur ct d’user de son autorisation. Le Bungo, le Fingo et Amanguchi furent le théâtre sur lequel les Pères étendirent leurs conquêtes ; les catéchumènes naissaient à leur voix; mais, en 1587, le Roi d'Omura, ce Barthélemy Sumitanda, qui, le premier, avait soumis ses passions à l'Evangile, mourait dans les sentiments les plus pieux. François C‘vandono, le vieux monarque de Bungo, le suivait duns la tombe, et, à son dernier soupir, il confessait encore le Dieu des Chrétiens. La pro-

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DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS. 399 tection de Taicosama fit oublier ces pertes ; ke Jésuite Coëlho, Provincial du Japon, était son ami; Taicosama lui accordait une confiance sans bornes.

Il ne régnait que depuis trois ans, et déjà le Christianisme avait pris un si prodigieux essor que, dans cet espace de temps, le nombre des néophytes avait doublé ; on en comptait plus de deux cent mille, et parmi eux plusieurs rois ou princes avec les trois principaux ministres de l'Empereur. Nobunanga avait proscrit les Bonzes ; Taicosama les immolait à son ambition. L'idolàtrie était raenacée par les Jésuites ; un événement malheureux la sauva. L'Empereur avait trois cents femmes dans son palais d'Ozaca ; mais ce nombre de concubines ne suffisait pas à son luxe de voluptés. Un ancien Bonze, nommé Jacuin, était Je pourvoyeur de ses plaisirs; Jacuin, en parcourant le royaume d'Arima, découvre deux chrétiennes jeunes et parfaitement belles. Pour les Japonaises, c'était un honneur que d’avoir attiré l'attention du monarque ; les néophytes seules regardaient cet honneur comme un crime. Jacuin connaissait cette différence dans les mœurs ; cependant, au nom de Taicosama, il veut conduire les deux vierges au palais; ses prières, ses menaces sont repoussées. Jacuin est introduit auprès de l'Empereur, il lui fait part du refus qu’il a épreuvé. Le prince s’indigne, et le Bonze ajoute : « Cet affront que vous adressent les femmes d’Arima retombe sur vous, sur vous qui protégez la loi chrétienne ; c'est cette loi qui s'oppose à vos désirs. Bientôt, lorsque les Bonzes d'Europe auront affermi leur pouvoir, vos désirs méme les plus légitimes seront méprisés, comme la loi qui nous ordonne de respecter les bœufs, loi que les Européens violent en mangeant de leur chair sacrée. Ucondono, protégé par les navires portugais, est le compétiteur que les Jésuites vous réservent, et vous périrez parce que vous l'aurez voulu, parce que le serpent réchauffé dans votre sein se retournera contre vous. »

Taicosama n'a pas besoin d'en entendre davantage : ordre est sur-le-champ donné à Ucondono d'abjurer le Christiinisme, et au Père Coëlho de dire en vertu de quel titre il force les peuples à suivre des rites étrangers. Ucondono répond avec calme que

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l'exil et la mort l'effraient moins que l'apostasie. L’exil au Japor, c'était la confiscation de tous les biens, l'attente conti nuelle du supplice et la proscription de la famille, des amis, des clients même du condamné. Un caprice, encore inexplicable pour Ucondono, le privait en une seule nuit de toutes ses dignités, de toutes ses richesses ; ce caprice entraînait dans son désastre sa femme, ses enfants et le vieux Daril, son père. Les amis d'Ucondono l'entourent, ils le pressent, ils le conjurent de dissimuler au moins pour quelques jours ; ils lui disent que la colère de l'Empereur s’apaisera au souvenir de ses services. Ucondono reste inébranlable ; il va porter lui-même cette nouvelle à sa famille; sa famille partage la joie du martyr, elle se félicite de ses malheurs. Hier ils étaient princes ; aujourd’hui ils sont dépouillés de tout, et cependant ils n'ont que des bénédistions à faire entendre. La route de l’exil est semée d’écueils ; ils la prennent en souriant.

Le Père Coëlho et les Jésuites avaient une autre conduite à tenir; la mort les épouvantait beaucoup moins que la faveur des rois idolâtres ; mais ils assumaient sur leur salut éternel le salut de ces milliers de catéchumènes qu'ils avaient convertis ; il fallait donc les protéger, ou, après avoir tout tenté pour leur assurer la paix, leur léguer l'exemple d'une sainte mort. La réponse de Coëlho à l’'Emperenr s’inspira de ce double sentiment. Taicosama ne leur accorde que vingt jours : ce temps écoulé, il déclare que le premier dJésuite rencontré au Japon subira le supplice des traîtres. Coëlho était dans l'impossibilité d’obéir à ce commandement ; il n’y avait aucun vaisseau en partance, et la réunion immédiate des Pères disséminés dans l’intérieur des terres offrait plus d’une difficulté. La raison était péremptoire, Taicosama s’y rendit; mais il exigea que les Jésuites fussent gardés à Firando jusqu’au départ du plus prochain navire. Il notifia dans chaque ville l’édit d'interdiction du culte catholique, et il annonça à ses sujets qu'il expulsait les Missionnaires, parce qu'ils enseignaient la loi du démon, qu'ils mangeaient du bœuf et qu'ils détruisaient l’ancienne religion du pays. Le monarque venait, par un acte de sa volonté, d’anéantir toutes les espérances conçues. Il ne songea point seubement à assurer l'avenir contre les Jé-

suites ; il fit un retour sur le passé, et il décréta la mort ou l'exil pour tout Japonais qui n’abjurerait pas le Christianisme. La position était embarrassante. Coëlho consulte les princes et les seigneurs catholiques : tous sont d'avis que les Pères doivent céder à l'Empereur, se rassembler à Firando, et que les néophytes feront sagement de s'abstenir de tout signe extérieur de religion, sans compromettre néanmoins la dignité de leur croyance.

Quand les Jésuites, à l'exception d'Organtini et de deux autres qui ne purent se résoudre à abandonner leurs Réduations, se virent réunis à Firando au nombre de cent dix-sept, on délibéra sur le parti qui restait à adopter. Fuir du Japon à la voix d’un homme, c'était replonger cet empire dans l'idolâtrie, désobéir aux orûres de Taicosama ouvrait l'ère des persécutions. Les jeunes gens, les catéchistes, les novices l’appelaient, mais les Pères hésitaient à exposer ainsi au danger tant d’âmes qui n'avaient jamais savouré que les douceurs de l'Evangile. Cependant l’ardeur triompha de la prudence : il fut décidé que les Jésuites demeureraient au Japon, se sacrifiant pour les Chrétiens qui allaient combattre pour Dieu. Au commencement de l’année 1588, le vaisseau attendu relâcha en rade de Firando.

Les Jésuites font part de leur résolution au capitaine ; ce dernier profite d’un vent favorable, et il s'éloigne du port comme il y est entré. La fureur de Taicosama ne connut plus de bornes ; les Pères ont méprisé son autorité : il commande de brüler ou de renverser les deux cent quarante églises qui s’élevaient au Japon. Soixante-dix seulement tombérent; car dans beaucoup de provinces le nombre des fidèles était assez considérable pour inspirer des craintes. Simon Condéra et Augustin Tzucamindono n'avaient point partagé la disgrâce de Juste Ucondono ; l'Empereur venait de faire un exemple, il n’osa pas se priver des lumières et du courage de ses plus sages ministres. Leur constance était inébranlable; on espéra que leurs efforts, joint: aux prières de la famille impériale, apaiseraient la colère de Taicosama ; mais Joscimond, souverain de Bungo, qui avait offert aux Jésuites un asile dans son royaume, ne tarda pas à se repentir de sa générosité. Îl craignit d'attirer sur sa tête le

ressentiment du suzerain, et, après avoir banni les cinq Péres qu'il avait demandés, il apostasia. L'apostasie du prince enfanta la persécution. Les nobles de Bungo étaient unis par une communauté de sentiments catholiques; Joscimond recula devant cette union, et pour offrir à l'Empereur un témoignage de son zèle, il fit périr deux hommes obscurs, Joachim Namura et Joram Nacama : ce sont les premiers rh de l'Eglise du Japon.

Comme si la parole de Tertullien devait se réaliser au-delà des mers aussi bien que dans la Rome des Césars, le sang des martyrs formait encore au Japon une semence de Chrétiens. Deux ont donné leur vie en confirmation de leur Foi; des milliers d'autres sollicitent et reçoivent le baptème dans les royaumes d'Arima et d'Amacuza. En 1590, les monarques eux-mêmes suivent cet ex-"aple, et malgré les menaces de Taicosama, ils proclament qu'ils défendront jusqu’à la mort la religion que les Jésuites leur révélèrent. Sur ces entrefaites, le Père Coëlho mourait, et Gomez était nommé son successeur. Mais un homme qui allait exercer une influence plus déterminente sur les affaires du Japon apparaissait alors. Cet homme était le Père Alexandre Valignani ; il ramène dans leur patrie les ambassadeurs que les princes chrétiens lui confiérent pour porter aux pieds du Père commun l'hommage de leur vénération filiale; il les ramène pleins des merveilles qu’ils ont admirées en Europe. Valignani avait su à Goa les révolutions dont le Japon était le théâtre et les dispositions que manifestait Taicosama. Afin de les conjurer, le Jésuite s'était fait investir d’un titre diplomatique : il demandait à être reçu par l'Empereur en qualité d'ambassadeur du vice-roi des Indes. L’orgueil de Taicosama fut flatté de cette distinction; mais les Bonzes qui l’entourent lui insinuent que c'est un subterfuge, et que le Jésuite ne veut paraître à ses yeux que pour profiter du bénéfice de la loi. La loi disait que tout condamné admis à l'audience impériale se trouvait par le fait seul gracié avec sa famille et ses amis. La réhabilitation des Chrétiens était en germe dans cette entrevue; les Bonzes s’eflorcérent de la faire ajourner. Ce retard permit à Valignant et aux ambassadeurs japonais de par-

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