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de vastes projets à réaliscr : le Père Valignani n'eut donc pas de peine à lui faire comprendre qu'il fallait protéger les Chrétiens.
Le roi de Firando avait connu la colère de Taicosama : il en prit texte pour s’acharner sur les néophytes, dont il était l’irréconciliable ennemi. Les Chrétiens émigrent, ils accourent en foule à Nangasaki ; le gouverneur était parent du roi de Firandu : il refuse un abri à ces familles exilées. Valignani déclare qu'il les prend toutes sous sa protection, et que, malgré le ressentiment du gouverneur, les Jésuites se dévoueront pour leurs frères. Pendant ce temps, la noblesse de Firando ne souffrait qu'avec impatience ie joug de son prince, elle se lève en masse. L’insurrection court aux armes ; mais les Jésuites font entendre une voix pacifique : ils démontrent à ces hardis néophytes que ce n’est pas dans les combats que l’on recueille la couronne du martyre.
Leur voix est entendue; les Chrétiens jettent l'épée, ils saisis-
sent leurs rosaires, et, en face de l'armée royale qu’ils bravaient tout à l'heure, ils prient en silence. A la désertion des uns, à la résistance des autres, à la soumission de tous le roi de Firando s'aperçut qu'il n'était plus le maître du cœur de ses sujets, et que la persécution ne changerait rien à cet état de choses : la persécution est ajournée.
L'année 1599 fut féconde sur la terre du Japon; le sang des Chrétiens l'avait arrosée; il multiplia tellement les fidèles que soixante-dix mille indigènes se soumirent à l'Evangile, et que, plus d’une is, dit-on, le Père Baëza fut obligé de se faire soutenir les bras pour continuer l'administration du baptème au rilieu de l'épuiscment de ses forces. Ceyendant Daifusama aspirait au trône impérial, il allait l’usurper : la noblesse se ligue contre lui; mais des divisions intestines éclatent parmi ces ambitions rivales. Daifusama épie le moment propice, il fond sur l’armée des princes, la défait, et, pour grandir sa victoire, il s'empare du titre de Cubosama. Augustin Tzucamindono avait suivi la bannière levée contre l’usurpateur ; couvert de blessures pendant l’action, il refusa après la bataille de profiter du privilége des, princes vaincus, et de se fendre le ventre pour s’arracher au spectacle de sa défaite : Daifusama lui fit trancher la tête, et le Chrétien mourut en héros.
Cette mort ne changea rien aux intentions du nouvel Empereur : il y avait des néophytes autour de lui comme dans le camp opposé ; il continua à se montrer favorable à la Religion. Dans le partage des royaumes qu'il fit à ceux qui sortaient de combattre pour lui, il n'oublia pas les Catholiques. Cette substitution de monarques permit aux Jésuites de faire pénétrer l'Evangile sur de nouveaux points. En 1603, le Fingo, l'ancien apanage de Tzucamindono, comptait plus de cent mille néophytes. Le prince qui succédait à Augustin devait sa fortune aux Bonzes; il leur témoigna sa reconnaissance en faisant des martyrs. Les Jésuites pouvaient craindre qu'un bonheur trop constant n’eùt affaibli les ressorts de la Foi dans ce peuple longtemps gouverné par un Chrétien ; sous divers déguisements ils pénètrent dans le Fingo, ils y restent.
Le Père Organtini entretenait fréquemment Daifusama : Daifusam» était usurpateur ; il aevait chercher à capter la confiance des uns et à endormir le zèle des autres. Ne croyant qu’à l’égoïsme, comme tous ceux qui l'ont précédé ou qui le suivront dans cette voie, il ne s'agissait pour lui que de tromper et de gagner du temps. Le Christianisme était redoutable au Japon; Daifusama le servit : il laissa bâtir des églises ; on en construisit même à Méaco : mais, en 1605, les Franciscains et les Espagnols, qui ne cessaient de convoiter cet immense empire, abordent encore à Nangasaki avec d’imprudentes promesses. Daifusama interroge les Espagnols; après avoir appris d'eux que, cette année-là même, il est venu de la métropole beaucoup de navires chargés d’armes et de soldats : « Pourquoi tant de soldats et d'armes? » leur demande-t-1l. Les Espagnols répondent : « Pour soumettre les Moluques à l'Espagne. » Ce mot fait revivre dans la mémoire de Daïfusama les paroles qui furent si fatales au Christianisme huit années auparavant, Comme son prédécesseur, il croit que, par le moyen de l'Évangile, les Européens ne cherchent qu’à se jeter sur des terres nouvelles Aussitôt il mande au gouverneur de Nangasaki de repousser de son rivage tous les Espagnols. Valignani n'était plus là pour s'opposer à de pareilies mesures. Le 20 janvier 1606, ce Pére, dont le nom est inséñarable de l’histoire du Japon, ét qui, à
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force de courage ainsi que de vertu, avait su prendre sur ces peuples et sur leurs rois un ascendant si extraordinaire, expirait à Méaco dans la soixante-neuviéme année de son âge. Au récit de la mort de Valignani, à la dernière prière que le Jésuite lui adresse, Daifusama suspend comme à regret les effets de son courroux; il laisse son fils Xogun accorder aux Missionaires la permission de prêcher dans ses États ; il témoigne même le désir de voir le Jésuite Louis Cerqueyra, Evèque du Japon. Cerqueyra et le Père Spinola lui expliquent la situation des Chrétiens; le prince leur promet son appui. L'Evèque et Spinola en éprouvaient le besoin; car déjà ils avaient entrepris l'œuvre la plus difficile des missions :ils créaient un clergé indigène, et les cinq paroisses de Nangasaki étaient administrées par des prêtres japonais. Une académie s’y établissait, et on y enscignait publiquement la physique et l'astronomie. Dans le même temps, Organtini, que le trépas allait frapper, mettait la derniére main à ses actes de charité. Le Jésuite s'occupait beaucoup moins de science que d'humanité ; il avait vu qu'au Japon comme en Chine les familles égorgeaient ou noyaient les petits enfants qu'elles ne se croyaient pas dans la possibilité de nourrir. Organtini les avait adoptés ; il les recueillait, il les baptisait, il les ccufiait à des nourrices chrétiennes, il en devenait le père; il fondait au Japon des hospices d'enfants trouvés, devançant ainsi saint Vincent de Paul; il se faisait le garde-maiade des lépreux. Pendant quarante-deux ans il vécut de cette sorte, remplissant l'Empire du bruit de ses travaux apostoliques, jusqu'au jour où, le 7 avril 1609, la mort lui accorda la seule récompense qu'il ambitionnait sur la terre.
Trois ans s’écoulérent dans ces vicissitudes. Le Ghristianisine faisait des progrès ; mais, dans l'esprit de Daifusama, ces progrès étaient autant d'indices accusateurs. En 1612, l'Empereur n'eut plus besoin de chercher des preuves; un anglican et un protestant hollandais lui en fournirent autant qu'il en désira. Les Protestants de tons les pays et de toutes les sectes, l'amiral Coligny lui-même, avaient essayé de faire concurrence aux Jésuites; mais ils sentirent bientôt l'inutilité de la lutte. Ne pouvant
les surpasser ou les égaler en zèle et en industrieuse charité, ils les égorgèrent d'abord sur les mers; puis, ces sanglantes exécutions n’atteignant pas le kut des Calvinistes, ils semérent la discorde entre le troupeau et le pasteur. Ils étaient impuissants pour convertir à la civilisation et à l'Évangile tous ces peuples dont les Jésuites faisaient la conquête, ils voulurent par la calomnie réduire l'Église romaine à la même impuissance.
Le vice-roi de la Nouvelle-Espagne avait envoyé à la cour de Daifusama un ambassadeur chargé d'offrir des conditions de commerce entre le Japon et le Mexique. Le vaisseau qui avait apporté l'ambassadeur sondait la côte pour se procurer un bon mouillage ; l'Empereur demande au capitaine anglais ce que signifie cette opération. L’Anglaïs voit jour à perdre d'un seul coup la Religion catholique et le commerce d'un peuple rival : il déclare que sonder les ports est regardé en Europe comme un acte d’hostilité. « Les Espagnols, aioute-t-il, ont de mauvais desseins sur cet empire ; c'est une nation ambitieuse, insatiable, qui veut dominer partout, ct les Jésuites sont les émissaires, les espions qu’elle envoie comme ses précurseurs. Les Jésuites sont chassés d'Angleterre, d'Allemagne, de Pologne et de Hollande pour ces motifs, et la religion qu'ils enseignent n'est pas même la véritable. »
IL n’en fallait pas tant à Daifusama : il désigne aussitôt quatorze des plus illustres familles, et il leur intime l’ordre de choisir entre l'exil et l’abjuration. Les quatorze familles prennent la route de l'exil. Daifusama sait depuis longtemps que Michel, lils de Protais, Roi d’Arima, est impatient de succéder à son père ; il lui donne l'investiture du trône, à condition qu'il poursuivra sans relâche les catéchumènes. Michel était chrétien, il apostasie ; après s'être emparé de son vieux père, il lui propose de se tuer lui-même ou de recevoir la mort de la main du bourreau. Les amis de Protais veulent fondre sur les soldats de Michel; Protais les arrête : il se livre aux exécuteurs; il meurt en pardonnant à son fils, il meurt chrétien. Un parricide commençait dans l’Arima l’ère du martyre, le sang ne cessera plus d’être versé qu’à de rares intervalles. Les croix, les
La La L La L - ® A y à églises croulent de tous côtés. Michel veut se voir tête à iète
avec ses sujets; il espère que, si les désuite- ne sont plus là pour les animer, leur courage faiblira dans les tourments. Le prince ordonne aux Pères de sortir du royaume : quelques-uns obéissent, afin de mettre ses soupçons en défaut ; les autres se cachent parmi les néophytes, ils les fortifieront à l'heure du péril. Alors Michel fait comparaître devant son trône le prince Thomas et sa famille. Thomas était la gloire de l’armée par ses exploits, l'honneur de l'Église par ses vertus. Le monarque le flatte, il le menace. « Un soldat qui abandonne le drapeau de son roi est un lâche, s'écrie Thomas; Chrétien, je marche sous la bannière du Christ; le Japon ne verra jamais en moi un lâche ou un traître. » Ce fut son arrêt de mort et celui de toute su famille. Le roi d'Arima mande à l'Empereur qu’il a sévi contre les Chrétiens ; l'Empereur l’encourage. Pour se débarrasser des inquiétudes que ses frères pouvaient plus tard susciter à son ambition, il donne ordre de les tuer tous. Le plus âgé n'avait pas huit ans : la précoce intelligence de ces martyrs au berceau leur fit conjecturer le sort qui les attendait; pendant quarante jours ces enfants s’y préparérent par le jeûne et par la priére.
Les Jésuites conçurent l’idée d’attacher une espèce d’auréole humaine à ces néophytes que menaçaient les décrets de l'Empereur. Ils établirent une Confrérie de martyrs à Arima ; de ce royaume, ils la répandirent dans tout le Japon. Cette association avait pour but de préserver de la défection les dévouements atholiques ; elle faisait envisager la toriure, l'exil et lu mort comme la récompense de la vertu. Les Japonais s'enrégimentaient pour mourir, ils se plaçaient sur la route du martyre. En face des bourreaux, ce fut le seul acte de résistance que conseillérent les Pères, le seul que fit ce peuple exposant sa vie pour ne pas apostasier. Jusqu'à ce jour Daifusama et le roi Michel avaient épargné les Jésuites parce qu’on avait besoin des Portugais pour le commerce, et qu’en égorgeant les Missionnaires on craignait d’éloigner du rivage les marchands européens : mais lorsque les Hollandais et les Anglais proposérent un marché, la politique de l'Empereur se modifia. Ils offraient de remplacer les Portugais à des conditions plus avantageuses ; ils s'avouaient hostiles à tout ce qui était chrétien, à tout ce qui
était Jésuite. Daifusama put donc lever le masque : il se sentait appuyé par des Européens venant, au nom du commerce, continuer sur le territoire japonais la guerre que les Calvinistes et les Luthériens déclaraient à l'Eglise. Les conseils des Anglais ne furent pas stériles. En 1613, le roi d'Arima rendit des ordonnances encore plus cruelles.
I fallait revenir à l'idolâtrie ou payer de sa vie la Religion que les Pères avrient prèchée ; il y eut alors dans chaque province un de ces mouvements populaires dont il est plus facile à l'histoire de constater les effets que de rendre compte. A l'exemple des Chrétiens de la primitive Eglise, ce peuple avait retrempé dans le baptème son courage, longtemps abâtardi par les passions. Une Foi nouvelle lui communiquait une nouvelle énergie, et la raort de l’échafaud ne lui apparaissait plus que sous l’aspect le plus doux. La foule se réunissait dans les villes pour suivre jusqu'au bûcher les néophytes désignés au trépas. Leurs enfants, leurs femmes se paraient de leurs plus riches vêtements, et dans des chants de joie, dans des prières brûlantes d'enthousiasme, ceux qui allaient périr apprenaient aux autres que le bûcher rapprochait du ciel.
À Méaco ct dans toutes les cités, on dressait les listes de proscription ; les Fidèles qui ne se dénonçaient pas eux-mêmes n'étaient poin! poursuivis. L'Empereur les tenait pour idolâtres, et on les laissait vivre dans la paix de leurs familles. Ces listes de proscription furent couvertes de milliers de noms implorant le supplice avec plus d'instances qu'ils n'auraient sollicité une faveur impériale. Le nombre en devint si considérable que le gouverneur de Méaco s’en effraya et le réduisit à dix-sept cents. Quinze Jésuites résidaient en cette ville ; six sont portés sur les listes, les neuf autres se cachent afin d'entretenir parmi les néophytes l'ardeur qu’ils ont inspirée. Le Père Carvalho, nommé Provincial au décès de Gomez, se voyait encore, par celui de l'Evêque, chargé de l'administration générale. 11 essaya d'apaiser l'Empereur et Safioi, son principal ministre. Les tentatives de Carvalho demeurérent sans effet. L’avidité britannique avait attisé le feu de la discorde; ce feu ne devait plus s’éteindre, même dans le sang. «
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Une imprudence des Japonais mit le comble à tous les maux. Les Jésuites les préparaient bien au martyre, mais ils ne prétendaient le provoquer ni par d'intempestives démonstrations ni par des menaces inutiles. Ils se sentaient assez forts pour l'at. tendre, ils ne croyaient pas qu'il fût-bon d'aller au-devant. Les Néophytes se réunirent, et ils s’engagèrent, sous serment , à ne jamais souffrir que les Pères fussent exilés du Japon. Les Pères : n'épargnent aucune démarche , aucune priére , pour faire rayer cet article du code que les Chrétiens se sont tracé. Le code, qui était signé du sang même des principaux Chrétiens, tombe entre les mains de Safioi. Cent dix-sept Jésuites et vingt-sept Missionnaires dc Jrdres de Saint-Augustin, de Saint-François et de Saint-Dominique avec sept prêtres indigènes furent traînés au port de Nangasaki; on les déporta à Macao ou aux Philippines. Vingt-six Jésuites restérent seuls avec queiques Religieux des autres Instituts. Ucondono, le roi de Tamba et plusieurs familles de distinction pertagérent leur exil. Les uns moururent pendant la traversée, des mauvais traitements qu’on leur fit subir ; les autres , comme Ucondono , succombérent peu de jours après leur arrivée aux Philippines, sous le coup de longues épreuves patiemment endurées.
Carvalho , en partant, avait délégué ses pouvoirs au Père J6+ rôme Rodriguez. Charles de Spinola était préposé pour vivifier la Foi à Nangasaki et pour être l'historiographe des martyrs dont il partagera la couronne , tandis qu'un autre de son nom, Ambroise , marquis de Spinola , devenait l’un des plus grands capitaines de son siècle et luttait avec succès contre Maurice de Nassau. Mais à ce troupeau laissé sans pasteur, Daifusama crut que l'appareil des supplices inspirerait une terreur plus profonde. La croix et les bûchers n'avaient effrayé personne ; il commanda d’inventer de nouvelles tortures, et l'on poursuivit le Missionnaires avec tant d’acharnement que bientôt leur existence ne fut plus qu’une agonie dont le récit est surhu= main.
« J'existe enfermé dans une cellule obscure, écrit l’un de ces Pères en 1615; je n'ai pas aperçu le ciel pendant soixante jours. Je ne reçois la lumière que par une fente de muraille. I, 26*
Le peu d'espace de mon réduit rend la chaleur intolérable, »
Un autre raconte ainsi sa vie : « Je suis allé trois fois cette année à Grocura, dans le Bungo, non sans peine et sans danger. Je marchais la nuit, souvent sans connaitre les chemins, souvent à travers les précipices et les abimes, et plus d'une . fois j'ai roulé jusqu'au fond. Epuisé par le chaud, le froid et la faim, je ne cesse de soufrir. »
Un autre encore écrivait dans le même temps : « A peine suisje en sûreté dans le coin humide d'une chaumière. Mon hôte ne se fie ni à ses domestiques ni à ses enfants. De temps à autre il me fait passer lui-même un peu de riz. Lorsque tous les gens de la maison dorment, je sors et vais où m'appelle le salut des âmes : l'humidité de mon réduit m'a causé de si vives douleurs dans le flanc qu’il ne m'est plus possible de me coucher ou de me tenir debout; cependant mon cœur surabonde d'une joie qui rejaillit sur Je corps et adoucit toutes mes souffrances. »
Telle était l'existence que les Jésuites d'Europe ambitionnaient ; elle fut encore plus affreuse. Fideyoro , fils de Taicosama , avait grandi , et l'âge lui avait appris qu'au lieu d’être le maître il n'était que l'esclave. Fideyoro veut faire trancher la question par les armes. La guerre éclate; enfin Daifusama, vainqueur le 15 juillet 1615, assure le trône à sa postérité. Dix mois et demi après, le 4° juin 1616, il mourait, léguant à Xogun, son fils, la couronne du Japon et sa haine pour tout ce qui était Chrétien et Jésuite. Xogun surpassa les espérances de son pêrc.
Les rois de ces pays faisaient des martyrs : les peuplades indiennes voulurent, elles aussi, apprendre aux Missionnaires que le supplice était souvent à côté du triomphe. Un Spinola luttait à Nangasaki contre les idolâtres ; un Aquaviva et un Pachéco expiraient à Salsette. Rodolphe Aquaviva était le neveu du Général de la Compagnie. Né en 1551, il avait fui les grandeurs afin de se consacrer à Dieu , et , déjà mûr pour la science et pour la vertu , il avait quitté l'Europe. Les Missions étaient le chemin le plus rapproché du ciel par le martyre ; Rodolphe y fut envoyé par Mercurian. Akébar, souverain du Mogol, a témoigné le désir de voir-et d’entemdre les docteurs de la Nouvelle-
ble. » Loi. En 1519, Rodolphe Aquaviva, accompagné des Pères |
cette Antoine Montserrat et François Henriquez, pénètre dans son
dan- empire. Akébar se prête à un apostolat dont il n'ose pas comnins , prendre tous les devoirs. Ses sujets écoutent les Jésuites, ils d'une les admirent; mais leurs efforts sont impuissants pour vaincre Let la les passions et l’orgueil. Aquaviva juge que cette terre sera
longtemps stérile ; il se décide à retourner à Goa. Le Grand- |
> suis- Mogol les vit s'éloigner avec douleur, et, afin de marquer au |
te ne Père Rodolphe son estime pour les Missionnaires, il leur ac- |
utre il corda la liberté de quatre Chrétiens. A peine le Jésuite est-il | > gens arrivé qu'il reçoit ordre d'aller gouverner les Résidences de la ut des presqu'ile de Salsette. Il part. Son premier soin est de chercher uleurs un lieu propre à la construction d'une église. Le 15 juillet 1583, ou de ils s'occupaient à planter des calvaires, lorsque les indigènes, e joie depuis longtemps courroucés contre les Portugais, fondent RL sur ces Missionnaires. L'interprète qui les accompagne les préition- vient du danger ; il leur conseille de s’y dérober par la fuite. l'aico= : Aquaviva et Pachéco ne veulent ni reculer ni se défendre. C'est ètre le la mort qui vient; ils l'attendront, ils la subiront. Aquaviva
er la n'avait que trente-trois ans. Un coup de hache lui brise les
Sama , jambes; il tombe; mais, sous la douleur qu'il éprouve, gardant &. Dix tout son sang-froid, il présente sa tête aux bourreaux. Sa tête
roule à leurs pieds. Les Pères Paclion, Berna, Antoine Francisco, le Frère Araña et vingt @hrétiens qui les suivent partagent le même sort. On les tue à coups de cimeterre, on les perce de mille flèches.
En apprenant que Rodolphe a péri d'une si tragique manière, le Grand-Mogol, qui l'appelait son ami, dépèche un ambassadeur au vice-roi des Indes et aux Jésuites de Goa. Quelques années s'écoulèrent ainsi, mais le vœu qu'Akébar avait formé se réalisa. Des Missionnaires se rendirent dans l'empire du Mogol, et le docteur Ranke, dans son Histoire de la papauté, raconte leurs travaux 1 : « En appelant, dit-il, les Jésuites au-
ant à tout ances
lades aires inola t un eveu
ran-
ence
ient près de lui, l'Empereur leur déclara qu'il avait cherché à connaître he y toutes les religions de la terre, et qu'il désirait aussi de connaître à té-
elle- i Histoire de la Papauté, par le decteur Léopold Ranke, 1v, p. 159.
It. 27
la Religion chrétienne à l’aide des Pères qu'il estimait et qu'il révérait. Jérôme Xavier s'établit à Ja cour en 1595. Les révoltes des Mahométans contribuaient à disposer favorablement l’'Empereur pour les Chrétiens. En l'an 1599, on célébra de la manière la plus solennelle la fête de Noël à Lahore. La crèche du Sauveur fut exposée pendant vingt jours; de nombreux catéchumènes, portant des rameaux dans les mains, se rendirent à l'église et reçurent le baptême. L'Empereur lut avec beaucoup d'émotion une vie du Christ rédigée en langue persane par le Père Jérôme. 11 fit apporter dans son palais une image de la Mère de Dieu, faite suivant le modèle de la Madona del popolo à Rome, pour la montrer à ses femmes. Les Chrétiens augurérent de ses bonnes intentions beaucoup plus de succès qu'il n'était permis d'en espérer; néanmoins ils firent de très-grands progrès. Après la mort d’Akébar, qui eut lieu en 4610, trois princes de la famille impériale reçurent solennellement le baptème. Ils se rendirent à l'église, montés sur des éléphants blancs. Le Père Jérôme les reçut, au son des trompettes et des timbales. Insensiblement on crut ( malgré quelquefois le changement des dispositions, suivant que l'on était plus ou moins bien, sous le rapport politique, avec les Portugais),on crut pouvoir définitivement consolider le Christianisme. En 1621, on fonda un Collége à Agra, et une station à Patna. L'empereur Dochehangis faisait concevoir, en l'an 1624, l'espérance de se convertir lui-même. »
En 1580, Grégoire XHI, pour confirmer les Maronites du moñt Liban dans leur attachement à l'Eglise romaine , leur envoya les deux Jésuites Jean-Baptiste Elian et Jean Brunon, porteurs d’aumônes très-considérables. Il y joignit un catéchisme écrit en arabe, d'autres hvres et des ornements d'église. Les Maronites reçurent ces présents dans une assemblée d'Evèques et de prêtres, qui avait été convoquée pour l’élection d’un Patriarche. Dès qu'il fut élu, on lui fit faire sa profession de foi , et il s’ocoupa avec les deux Jésuites d'instruire les Maronites. La sollicitude de Grégoire XII pour ces peuples est encore attestée par une bulle du 27 juin 1584, qui établit à Rome un Collége dans lequel de jeunes Maronites
devxent être formés à la piété et aux sciences : un cardinal fut nommé pour le gouverner, et on assigna des revenus pour son entretien. Comme les Missionnaires envoyés d'Italie au Liban n’y demeuraient pas assez longtemps, les Maronites retournaient facilement sur plusieurs points aux erreurs qu'ils venaient d'abandonner; d'un autre côté, les enfants qui arrivaient d'Asie au Collège de Rome ne réunissaient pas toujours les conditions d'âge et de capacité nécessaires pour devenir des sujets utiles ; enfin les élèves de ce Collége, de retour dans leur patrie, n'y étaient pas toujours pourvus d'emplois qui leur auraient permis d'utiliser leur zèle et leurs connaissances acquises en Europe. Déterminé par ces considérations, le Pape Clément VIIL résolut d'envoyer un Nonce chez les Maronites, et Aquaviva, général de la Compagnie de Jésus, désigna à cet effet Jérôme Dandini, né à Césène, en 1554, le premier de sa Société qui ait enseigné à Paris la philosophie d’Aristote. « Outre la théologie de l'Ecole qu'il savait parfaitement, dit Richard Simon !, il possédait la théologie des Pères, et surtout la mezale, dont il a composé un excellent ouvrage, qui a pour titre Zéhica sacra; le Pape ne pouvait choisir un homme plus docte et plus capable de traiter avec les Maronites. Dandini partit de Rome le 15 juin 1596 et s’embarqua à Venise le 44 juillet, en habit de pélerin et sous un nom d'emprunt , afin de mettre en défaut les espions qui eussent signalé le voyage d'un envoyé du Pape. Dandini, accompagné du Père Elian , arrivait le 1° septembre 1596 au monastère de Kanoubin , résidence du Patriarche des Maronites. Le l’atriarche renouvela et confirma son obédience au Pape entre les mains des Jésuites.
Sur tous les con.inents, dans toutes les îles où nous avons déjà vu les Pères semer la civilisation, les mêmes péripéties s'offraient. lei, c'était l'enthousiasme des catéchumènes qui les accueillait ; là, les cruautés des idolâtres. Les joies de l'apostolat se rencontraient toujours auprés des glorieuses souffrances du martyre. Bien des années s'étaient évoulées
(D)! Foyage du mont Liban, traduit de l'italien du R. P. Jérosme Dandini, nonce en ce pays-là, ete., Préface.
dans ces fatigues du corps et de l'esprit. Les Missions prospéraient, fécondées par le sang des Jésuites ; mais les supplices n'arrêtaient point l'élan imprimé. En 1681, les Taës, peuplade des Moluques, massacrent les Pères Georges Fernandez et Gomez d'Amaral. Le 13 juillet 1594, Gonzalve Tapia, ce grand veneur d'âmes, selon l'expression du chroniqueur d'Oultreman , est mis à mort par les sauvages de Cinaloa. Quelques mois après, en avril 1595, le Père Abraham Georges, maronite, tomba sous le fer des Ethiopiens. En 1598, le Père François Fernandez va continuer au pays de Bengale la mission qu'a préparée le Jésuite Nicolas Pimenta. Il meurt dans les prisons.
Le trépas leur apparaissait sous toutes les formes ; il n’en fit reculer aucun. L'Amérique et l'Afrique devenaient pour eux une seconde patrie, ils s’y attachaient par la douleur et par l’espérance. Le royaume d'Angola était chrétien ; les îles de l'Atlantique, les Açores, le cap Vert, les Canaries avaient entendu leur voix. Dans l’année 1604, ils pénètrent en Guinée. Le père Barreira les conduit. Le roi de Sierra-Leone reçoit le baptême; sa famille et son peuple suivent cet exemple. Le souverain de Tora embrasse à son tour le Christianisme. Les Jésuites le décident à vivre en bonne intelligence avec son voisin de Sierra- Leone ; et pour cimenter la paix due à l'Evangile, ils leur inspirent à tous deux des sentiments d'humanité.
Quand un prince mourait, on immolait sur son tombeau ses épouses, ses amis et ses esclaves. Cette conduite était passée dans les mœurs : les Jésuites la font abolir. Le Monomotapa ne s'était ouvert qu'une fois devant un Père de la Compagnie, et il l'avait dévoré. Sans s’effrayer du sort de Gonsalve Silveira, d'autres marchèrent sur ses traces ; la même destinée les avait atteints: Mais en 1608 le roi de ce pays fut délivré par les Portugais d’une conspiration qui menaçait ses jours. Par reconnaissance, ilappelle les Jésuites dans ses Etats. Leur vaisseau échoue sur un banc de sable. Les passagers se sauvent ou meurent. Le Père Paul Alexis voit sur le pont un Cafre malade, et que la mort épouvante : il le charge sur ses épaules, ct, à travers les récifs qui lui déchirent les jambes, il dépose au rivage le fardeau de sa
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charité. Le Crfre vécut; mais, deux jours après, le Père Alexis expirait à Zimbao. Ce dévouement ne fut pas perdu ; il fit une si vive impression sur l'esprit des indigènes que lorsque les Pères eurent annoncé la doctrine du Christ, ils rencontrèrent partout des cœurs soumis. à
Le Père Oviédo, patriarche d’Ethiopie, était nfort en 1577; les Jésuites qui avaient partagé sa captivité n'existaient plus. Lcs Pères Melchior Sylva et Pierre Paëz s’introduisent sous un habit arménien dans cet empire, que le cimeterre des Musulmans protège contre le Christianisme. Paëz arrive ; il bénit, il honore ces néophytes que les souffrances et que l'abandon n'ont pu changer. Paëz a vu l'Empereur. Touché de son courage, le prince l'a fait asseoir sur son trône; il l’a écouté : il a reconnu la pureté des préceptes évangéliques et il lui a permis de les répandre. À ces novelles, les Pères Louis d’Azévedo et Antoine de Angelis aecor. . ivec d'autres Missionnaires. En 1607, des Maisons de £csutes s'élèvent dans les principales villes d'Ethiopie. Une révolution populaire emporte le monarque ; son successeur ne se montre pas moins favorable que lui à la Religion catholique. "Il s’en déclare le protecteur; il écrit au Pape, et, après tant de tribulations, la Mission est fondée. Le vice-roi de Tigré imite l'Empereur. Sela-Christos, frère du souverain, une partie de sa famille et de sa cour reçoivent le baptème.
Au Mexique, la civilisation commençait enfin à faire des progrès ; les Jésuites étaient en même temps dans la Nouvelle- Biscaye et chez les peuples du Grand-Marais ; ils apprivoisaient par toutes sortes d'industries les natures sauvages qu'ils s’imposaient la tâche de conduire au bonheur. Quand les hommes mûrs résistaient à leurs efforts, ils s’adressaient aux enfants ; ils en faisaient les catéchistes des familles, les apôtres de leur patrie, et, dans les Collèges de Mexico, ils les formaient à ce rôle de missionnaires, garantissant la génération naissante des corruptions de celle qui la précé lait dans la vie. Des Réductions se créaient sur tous les points, et en 1608 la moitié dû Mexique était déjà chrétienne. Cette année-là, la peste sévit. Les habitants font vœu à Notre-Dame : la peste cesse ses ravages, el ils
adressent à Lorette un ex-voto : c'est le portrait de la Sainte- Vierge, fait avec les plus belles plumes des oiseaux les plus rares. Le Père Jean de Plaza et le Père Sanchez, fondateurs de cette Mission, étaient morts à quelques années d'intervalle ; mais, én 1604, pour part: x avec les autres Religieux le vaste champ qu'ils of défriché, 1es Jésuites appellent au Mexique les Frères de Saint-Jean-de-Dieu.
Le Pérou avait, en 1590, ses martyrs et ses succès. Le Père Antoine Lopez mourait empoisonné par les sauvages qui, dans le même mois, massacraient le Père Michel Urrea. Le Père Alfonse Barséna n'en continuait pas moins l'œuvre. Le Tucuman était catholique par lui, et de cette province il s'était pendant vingt ans fai une forteresse d'où ii battait en brèche l'idolâtrie et les coutumes barbares. En 1597, Barséna mourut; mais, en 1604, cinquante-six Jésuites arrivèrent au Pérou afin de remplacer les Pères que le travail avait épuisés. Les catéchumènes manquaient à Custo. Les Jésuites s'aperçoivent que dans cette ville le nombre des aveugles et des muets est immense. Ils ap. prennent aux aveugles les préceptes chrétiens ; ils leur redisent les histoires de 1 Bible, puis ils les envoient dans les maisons répéter aux ouvriers les enseignements de la Foi. Le peuple les entourait, il les écoutait avec avidité, et ce que la parole du Missionnaire ne pouvait pas faire, celle de l’aveugle l'acecmplissait. Aux muets, les Jésuites révélaient l'intelligence du gesie ; les muets à leur tour se transformaient en Catéchistes.
La province du Pérou fut alors partagée en deux vice-provinces, l'une septentrionale, l'autre méridionale. Le Chili, le Tucuman et le Paraguay en composérent bientôt une troisième. En 1593, Philippe IL fit partir huit Jésuites pour le Chili, sous la direction du Père Valdivia. Au sud du Biobio, entre les Andes et l'Océan, il existait un peuple plus cruel et plus indomptable que les autres nations du Chili; c'étaient les Araucans. Ils venaient d’assassiner le gouverneur Martin de Loyola, ils étaient en pleine insurrection, et ils croyaient que l'eau versée sur la tête dans le baptème causait une mort inévitable. Les Espagnols leur étairnt encore moins odieux que les Jésuites. Les Jésuites cependant s'avancent vers l'Araucanie pour apaiser cette popu-
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Au Chili, les Jésuites affranchissaient les escl.ves qu'on donnait à leur Collége de Saint-Jacques, et les Araucans se plaignaient d'être réduits en servitude. Aranda n'eut pas de peine à leur persuader que le Christianisme brisait les fers de l'homme au lieu de les forger, et, malgré les marchands espagnols, il parvint, à l'aide de cette parole, à dominer la foule. Les Araucans se srumirent ; mais il fallut garantir leur indépendance. Les Jésuites :’y engagèrent; ils réussirent. Cet exemple d’affranchissement détruisait les calculs et la fortune de quelques Européens ; l'ambition trompée fit éclater contre les Pères des haines qui se traduisirent en outrages de toute nature. Le Père Valdivia se décide à porter au pied du trône de Philippe II la question de l'esclavage. Le roi d’Espagne comprend et approuve les raisons que Valdivia lui fait valoir. Le Jésuite triomphe, et la liberté avec lui ; il retourne au Chili et, là, les peuples reconnaisants se précipitaient à ses genoux. Tous demandaient à marcher sous la bannière de la Croix, devenue pour eux un indice de salut, un gage de sécurité.
Les Chrétiens étaient assurés d'être libres; trois femmes d'un chef chilien nommi Agananon s'évadent de sa demeure, elles vont demander le baptème aux Espagnols; le baptème leur est accordé. Agananon les réclame, ces femmes refusent de rentrer sous son joug; le chef contient sa fureur, et, comme les autres, il signe la paix que Valdivia leur a fait conclure avec le vice-roi. À quelques jours de là, Agananon apprend que les Pères d’Aranü: et Vecchi, avec le frère coadjuteur Diégo Montalban, se rendent dans l'intérieur des terres. Escorté de deux cents cavaliers, le Chilien les suit à la piste. Il fond sur eux au moment où ils distribuaient la parole de Dieu à des peuplades qui ne l'avaient pas encore reçue : les trois Jésuites expirent sous ses coups. Cette triple mort réveilla les préjugés et les spéculations : les Jésuites avaient tout entrepris pour rendre libres les Chiliens, et les Jésuites tombaient victimes de ce sentiment d'humanité. Il fallait les venger en laissant aux Espagnols le droit de trafiquer de leurs semblables ;
mais Valdivia s’oppose à un pareil projet. Ce n’est pas ainsi que la Compagnie de Jésus tire satisfaction du trépas de ses Pères. Valdivia presse plus que jamais la conclusion de la paix entre la couronne d'Espagne et les différents chefs, il la fait signer; il l'offre aux Gnagas à la mômr condition, les Guagas l'acceptent. Quatre nouvelles mais s'élèvent au Chili pour les Jésuites.
* Le principe de liberté que d’Aranda, Vecchi et Montalban avaient scellé de leur sang s'implantait encore au Brésil. Dans cet empire les Pères obtenaient les mêmes succès qu'au Pérou. Joseph Anchiéta était mort en 1597; la même année, comme pour honorer ce grand homme-apostolique, le roi d'Espagne défendait de faire des esclaves au Brésil; il n'y voulait voir que des Chrétiens. Anchiéta et ses «.llègues avaient si bien consolidé leur œuvre que, huit ans après, la Société de Jésus y possédait un grand nombre de maisons et de résidences. A Bahia on comptait cinquante-six Pères ; à Rio-Janeiro et à Fernambouc il s’en trouvait soixante-deux; quarante séjournaient . dans les villes voisines, toujours prêts à porter secours aux missions et aux colléges. Ils avaient à lutter contre les convoitises des Européens et contre les instincts sauvages de ces barbares, qui, chrétiens de la veille, ne cherchaient souvent qu'un prétexte pour rompre avec la civilisation. Ils surent résister à la cupidité des uns et à la férocité des autres.
Cette multiplicité de missions n'effrayait point le courage de la Compagnie; elle se sentait assez de vie pour affronter sans cesse des périls renaissants, et, au moment où elle jetait ses Pères dans les archipels du Nouveau-Monde, d’autres s'avançaient en Pannonie et en Valachie.
Le duc de Mercœur, l’un des plus vaillants chefs de la Ligue, a fait sa paix avec Henri IV; en 1601, l'Empereur Rodolphe lui offre le commandement de ses armées contre le Turc. Mercœur accepte, mais il veut des Jésuites comme auxiliaires; les Jésuites le précèdent en Hongrie. Ils assistent à la bataille de Stuhl ; ils bénissent la victoire que les Chrétiens viennent de remporter sous les nurs de cette ville; puis, le Turc chassé
de ces provinces, les Jésuites poursuivent leur carrière de missionnaires. En 1603, le Père François Zgoda rencontre à Kaménitz un ambassadeur que le grand Kan de Tartarie envoie au roi de Pologne. Il lui demande s’il est possible de s’introduire dans sa patrie : l'ambassadeur répond qu'il faut avoir un firman P- du sultan ou y entrer comme prisonnier. Zgoda se laisse pren-
” dre par les Tartares ; l'ambassadeur qu'il a vu à Kaméñnitz le rachète, il le présente à ses concitoyens comme un docteur de la
"ee loi catho!ue. Le Jésuite est au comble de ses vœux; il s'é- Ld . tablit non loin de Théodosia ou Caffa, sur une baie de la Mer 4 Noire. Du consentement des indigènes, il commence à prêcher ri l'Evangile; ses fatigues ne sont pas infructueuses, et bientôt il fa fonde une chrétienté nouvelle.
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