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fut si doucement flatté qu'il laisse toute latitude aux Franciscains chargés de l’heureuse dépêche; mais à peine surent-ils les premiers rudiments de la langue qu'ils s'expliquérent le véritable sens de cette dépèche. Faranda et Faxeda étaient nécessaires à l'Empereur. Ils voient l'orage s'amonceler sur leurs têtes; ils le détournent en disant qu'ils ont été trompés par les Franciscains, et que, sous prétexte d’honorer Taicosama, ces Religieux ne sont venus que pour augmenter le nombre déjà inquiétant des Chrétiens. Les défiances de l'Empereur se réveillérent ; l'imprudente jactance d’un Espagnol leur donna une fatale surexcitation.
Au mois de ju'\let 1596, un galion, faisant voile de Manille à la nouvelle-Espagne, se perdit sur les côtes de Niphon. D'après la loi du pays, tous les biens des naufragés appartiennent au monarque par le droit de la tempête. La cargaison fut saisie. Les matelots se trouvaient sans ressources; le Père Gomez leur fournit des vivres, il reçut leurs malades au Collëge de Nangasaki, et l'Evèque du Japon entretint les autres jusqu'au moment où, après avoir construit un nouveau navire, ils pourraient reprendre la mer. Quelques cartes géographiques s'étaient rencontrées à bord. Un courtisan de Taicosama les étudie, puis il demande au pilote espagnol de qui dépendent tous les royaumes gravés sur une de ces cartes. Le pilote répond: « De mon roi. — Et comment a-til pu, continue lo courtisan, se rendre maitre de tant de contrées en Europe, en Afrique, en Asie et en Amérique ? — Par les armes et par la Religion, s’écrie le marin dans un *ecès d'orgueil espagnol ; nos prêtres nous précèdent et nous préparent les voies. Îls convertissent les nations au Christianisme ; après, ce n'est plus pour nous qu'un jeu de les soumettre à notre autorité. »
Ce mot fatal rapporté à l'Empereur devint pour lui un trait de lumière. Il signa l'ordre d'arrêter tous les Bonzes européens à Ozaca et à Méaco ; six Franciscains, les PP. Jean-Baptiste, Martin de Luines, François Le Blanc, Philippe de la Case, François de Saint-Michel et Gonzalès Garcia; trois Jésuites, Paul Miki, Jean Soan de Gotto et Jacques Kisaï avec dix Chrétiens japonais,
sont emprisonnés. Le 5 février 1597, ils payaient de leur vie l'imprudence du pilote.
« Parce que ces hommes, dit la sentence, arrivés ici des | Philippines sous le nom d’ambassadeurs, ont prèché contre | notre défense la loi chrétienne, bâti des églises et abusé de nos
bienfaits, nous ordonnons qu'ils soient suppliciés avec les Ja-
ponais qui ont embrassé leur religion. Ils seront crucifiés à |
Nangasaki, et nous défendons de nouveau cette loi, voulant que
tout le monde le sache. Quiconque contreviendra à notre
défense sera puni de mort avec toute sa famille. Le 20° de la LE 11° lune. » - | Au moment de l’exécution, le Jésuite Paul Miki se jeta au cou des Franciscains, il les remercia avec des larmes de joie de lui avoir procuré la mort du Christ : elle vint pour lui, pour ses frères, pour les Franciscains et pour les Japonais ; tous l’acceptérent en martyrs., Taicosama avait espéré que ces supplices iniimideraient les Missionnaires et les fidèles ; à l'enthousiasme qui régnait parmi eux, il s'aperçut de son erreur. Les néophytes appelaient la persécution de {ous leurs vœux : Taicosema ne la fit pas attendre. Le père Louis Froëz, l’un des plus laborieux ouvriers de ces Réductions, mourait de vieillesse à Nangasaki. Taicosama, le même jour, décrète le bannissement des Jésuites. A peine cet ordre est-il publié que le Père Valignani apparaît à la côte ; il est accompagné de neuf Jésuites ainsi que du Père Cerqueyra, coadjuteur de l'Evèque du Japon, et qui va lui succéder immédiatement; car, en 1598, Pierre Martinez parti pour les Indes expira dans la traversée.
C'était la seconde fois que le Père Valignani débarquait au Japon pour conjurer l'orage ; il était si aimé et si respecté que sa vue seule calma l'Empereur. Le 15 septembre 1598, Taicosama mourut à l’âge de soixante-quatre ans. Le Père Rodriguez, un Jésuite qu'il affectionnait et qui, avec le Père Organtini, exer-çait une véritable intiuence sur lui, l’entretint longtemps à sa dernière heure; mais. il ne put dompter cet esprit rebelle à la grâce. Taicosama laissait pour héritier un orphelin de six ans ; la régence fut confiée à Daifu, l'un des rois du Japon ; il prit aussitôt le titre de Daifusama. Son autorité était mal établie; il avait