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Rome et l’Italie ne furent plus alors que le jouet des rois ou des chefs barbares jusqu’au moment où elles en devinrent la proie. Le roi des Visigoths, anciens compagnons d’Alaric, établis dans le midi de la Gaule, Théodoric II, fit élire et couronner insolemment empereur, par une assemblée des députés de la province siégeant à Arles, Avitus, rhéteur, tout à fait simple (totius simplicitatis ), pour le rôle qu’on lui imposait. Les Romains, mécontents d’avoir pour empereur un Gaulois, envoyé par un étranger, n’osaient s’en défaire. Mais le chef des troupes mercenaires d’Italie, le Suève Ricimer, nouveau chef de la milice, arrivé là comme ses deux prédécesseurs, sans avoir l’audace ou l’habileté d’être le maître, voulait au moins disposer de l’empire comme Aétius. Il chassa de Rome Avitus, qui n’eût que le temps d’y faire prononcer son panégyrique par Sidoine Apollinaire; et, après avoir laissé l’empire vacant pendant au moins dix mois, il fit enfin élire par le sénat et le peuple Majorien, officier romain distingué, dans lequel il espérait trouver une créature docile.
Celui-ci apparut comme pour jeter un dernier éclat sur l’empire, dont il chercha vainement à arrêter la chute. N’ayant guère plus que l’Italie à défendre, il le fit avec vigueur. Il délivra la Campanie des incursions de Genséric. Il défit les Allemands dans les Alpes, et contint les Burgondes et les Visigoths auxquels il donna le Rhône pour limite dans la Gaule.
CHUTE DE i/lTALIE ROMAINE. 31
La remise de tous les arrérages dus au fisc soulagea un instant les provinces de l’Italie. Le rétablissement de la charge de défenseur, quelques adoucissements apportés à la triste condition des curiales, ramenèrent dans les villes un peu de vie municipale ; l’interdiction de porter une main profane sur les anciens monuments, que les Romains modernes dégradaient pour en tirer les matériaux de leurs nouvelles demeures, arrêta un instant la ruine de tous les chefs-d’œuvre. Quelques lois tentèrent de remédier à la décadence plus irréparable des mœurs. Général habile avant tout, Majorien s’apprêtait à conduire une expédition en Afrique, pour rendre à l’Italie les grains de cette fertile contrée. Il avait déjà dirigé les barbares vers l’Espagne, lorsque ses vaisseaux, rassemblés à Carthagène, furent surpris, brûlés ou coulés à fond dans le port par Genséric.
Ce revers perdit Majorien et l’empire avec lui. Ricimer profita (461) de son insuccès pour faire révolter les troupes, le mit à mort et donna la pourpre à un homme obscur et incapable, Libius Sévérus. De Stilicon à Àétius, d’Àétius à Ricimer on mesure rigoureusement la déchéance de l’empire.
Pour obtenir des secours de l’empereur d’Orient, Léon le Thrace, contre les Vandales, Ricimer tue Libius Sévérus (468) et reçoit de Constantinople, qui jouissait toujours d’un certain prestige, le sénateur Anthémius comme empereur. Menacé alors par Genséric, il abandonne Anthémius, bien qu’il eût épousé sa fille, pour un certain Olybrius, que lui donne Carthage. Anthémius ne veut point céder la place; il est assiégé dans Rome; la ville est prise; Ricimer, Anthémius et Olybrius se la disputent et périssent au milieu d’un nouveau pillage, d’autant plus terrible que les esclaves et la populace déchaînés mêlent leurs vengeances et leur avidité à celle des soldats vainqueurs. On combat pendant trois mois autour du môle d’Adrien et sur les ponts qui font communiquer les deux rives. Au milieu du désordre, les esclaves, les vauriens, sortis de leurs repaires, comme dans toutes les catastro-