LIVRE I
plies, assassinent les riches, pillent les maisons et incendient plusieurs édifices. La ville saccagée une troisième fois (472) s’affaisse sur elle-même.
Il no s’agissait plus maintenant de savoir quel empereur mais quel chef do bandes allait être le maître. Malgré l’envoi fait par la cour d’Orient d’un dernier empereur, un ancien secrétaire d’Attila, Orestc, parvenu depuis à la tète des armées de l’empire, mit enfin de côté les scrupules qui avaient arrêté son prédécesseur et fit proclamer son propre fils Romulus Augustule. Mais le barbare ne comprit pas toute la portée de la révolution qu’il faisait. Les mercenaires ruges, turcilinges, hérules, qui étaient sous ses ordres, las aussi d’être seulement les défenseurs soldés de l’Italie, voulaient à l’exemple de leur chef, en devenir les vrais possesseurs. Comme les Visigoths et les Burgondes, qui avaient pris des établissements dans la Gaule, ils demandèrent le tiers des produits ou des terres de la péninsule; Oreste le leur refusa; ils trouvèrent aisément un chef plus logique et plus hardi.
Un Ruge, Odoacre, enrôlé dans la milice et commandant d’un corps d’Hérules, promit aux mécontents de les satisfaire s’ils voulaient le suivre. A leur tête il prit Oreste dans Pavie, le tua, puis relégua dans une maison de campagne, à Lucullanum, Romulus Augustule, ce dernier César qui, par une sorte de dérision du hasard, réunissait les noms du fondateur do Rome et du fondateur de l’empire. A Rome, le sénat lui-même, sur l’ordre de l’audacieux barbare, proclama la fin de l’ancien ordre de choses. Dans une lettre, adressée à l’empereur d’Orient, les sénateurs déclarèrent qu’un seul souverain suffisait pour remplir désormais de sa majesté l’Occident et l’Orient, et qu’il était inutile de prolonger la succession impériale en Italie; en conséquence, ils supplièrent Zenon, au nom do la République, d’accorder à Odoacre le titre de patrice et le gouvernement du diocèse d’Italio.
Il ne manquait à l’abaissement du sénat que d’ensevelir lui-même la vieille gloire de Rome et de rédiger ainsi l’acte d’abdication de l’Italie, tombée du rang de maîtresse
du monde à celui d’un simple diocèse. C’était proclamer au reste un fait depuis longtemps accompli. Depuis la mort de Théodose, des barbares avaient exercé successivement le pouvoir dont ils avaient laissé le titre à des fantômes. La suppression du nom d’empire d’Occident ne fut qu’une conséquence à peine remarquée de la disparition de la chose elle-même, et il ri*en resta plus qu’un souvenir vague, mais glorieux, dans l’esprit des Italiens et de tous les peuples nouveaux nés de ses débris.
Ce souvenir cependant ne sera pas sans puissance. Les peuples de l’Occident, longtemps accoutumés à recevoir avec crainte et respect ce qui vient de Rome, sont comme disposés d’avance à l’obéissance toute spirituelle que l’évêque de cette ville exigera bientôt d’eux. Rome païenne laissait l’héritage de sa suprématie à Rome chrétienne. De leur côté, les Italiens, dans leur misère, invoqueront plus d’une fois comme une protection et un espoir ce nom de César, synonyme de leur prospérité et de leur grandeur. En dépit de l’abdication du sénat, et bien qu’il y ait encore, à Constantinople, des Césars, héritiers dans leur chancellerie de la domination tombée, il semble qu’il y ait toujours un grand vide à combler dans l’Occident.
HIST D'I'f ALU.