‹ Histoire résumée d'ItalieChapitre 193 sur 338 · LIVRE xin · texte numérisé non relu

LIVRE xin

Félix Peretti, d’une pauvre famille slave réfugiée à Monalto, avait été élevé à la rude école de l’indigence ; il avait dans sa jeunesse gardé les pourceaux. Distingué par un mélange assez rare d’érudition théologique et de savoiriaire administratif que relevaient encore un esprit décidé et un caractère ferme, il était âgé de soixante-quatre ans, et atteint de quelques infirmités, lorsqu’il fut élevé à la papauté (1584). Get honneur parut l’avoir rajeuni, retrempé; c’est ce qui a fait dire que le lendemain de son exaltation il jeta loin de lui ses béquilles. Le premier depuis longtemps, il comprit que le pape, souverain temporel, ne pouvait s’absorber exclusivement dans ses devoirs religieux, sans mettre en danger sa puissance spirituelle même; il entreprit d’abord de détruire le brigandage et de relever les finances du saint-siège.

Dès les premiers jours, les mesures les plus énergiques furent prises contre les brigands. On mit à prix la tête de leurs chefs ; on rendit leurs parents responsables et solidaires de tous leurs méfaits. Le saint-père trouva bons tous les moyens employés contre eux ; il n’y eut à espérer de lui aucune pitié. « Tant que je vivrai, avait-il dit le jour même de son couronnement, tout criminel subira sa peine capitale. » Au bout de deux ans les ambassadeurs félicitèrent le pape sur la sécurité des routes du domaine pontifical.

Grégoire XIII avait mangé, au dire de Sixte-Quint, les revenus de trois pontifes : les siens, ceux de son prédécesseur et ceux de son successeur. Sixte-Quint fit des économies considérables sur les dépenses de la chambre pontificale. En peu de temps il eut payé ses dettes, et put mettre annuellement de côté un million d’écus en or, réserve qu’il destina à parer aux grands événements, comme une croisade, une famine ou une invasion du domaine de Saint-Pierre.

L’excédant ordinaire des recettes fut employé par lui à embellir Rome. Depuis que Sixte IV avait joint encore les deux rives du Tibre par le pont de Travertino, qui porte toujours son nom, la partie basse de la ville avait

été entièrement renouvelée ; au delà du fleuve s’élevaient les merveilles du Vatican, le Belvédère, les Loges, le palais Chigi ; en deçà la chancellerie de Jules II, les palais Farnèse et Orsini. Mais les collines de la ville haute étaient toujours abandonnées ; l’église de Sainte-Marie des Anges, le palais des Conservateurs, sur le Capitolin, n’y attiraient pas les habitants. Sixte-Quint, pour repeupler ces belles et célèbres collines, y amena l’eau, dont elles manquaient, par des travaux qui rivalisent avec ceux des Romains. Il fit venir de vingt-deux milles sur le Capitolin et le Quirinal, tantôt sous terre, tantôt sur des aqueducs, cette aqua felice qui donne en vingt-quatre heures vingt mille cinq cent trente-sept mètres cubes d’eau et entretient vingtsept fontaines; il perça un grand nombre de rues, facilita les communications entre la haute ville et la basse, et doubla pour ainsi dire la ville de Rome.

L’ancien moine franciscain faisait aussi de la réaction contre le paganisme dans l’art, et était heureux de célébrer dans ses œuvres le triomphe de la foi chrétienne. Il surmontait d’une croix le bel obélisque que l’architecte Fontana éleva avec tant de peine et de bonheur sur la place Saint-Pierre; il précipitait de leurs colonnes les statues de Trajan et d’Antonin pour y faire monter saint Pierre et saint Paul ; il détruisait pour bâtir ses églises ou réaliser ses plans les monuments de l’antiquité, le beau temple de Sévère même; et il faillit sacrifier à ce vandalisme chrétien l’admirable tombeau de Cæcilia Metella ; mais, avant tout, cet esprit positif se proposait toujours un but d’utilité publique, et Rome se releva réellement sous son pontificat.

La mort du grand-duc de Florence, François, fut aussi favorable à la Toscane que celle de Grégoire XIII aux États de l’Église.

Homme éclairé, de sens pratique et de resolution, Ferdinand Ier répara les misères causées par la négligence de François. La prospérité de Livourne fut entretenue; la ville de Pise relevée par l’ouverture d’un canal qui la fit communiquer avec Livourne, au point que les Génois assistèrent bientôt aux foires qui y furent tenues tous les

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