Livre xiii
ans. Le cours de l’Arno reçut une direction plus avantageuse; on s’occupa de dessécher les terrains inondés, et on reprit le projet de repeupler la Maremme, en facilitant l’écoulement des eaux et en arrêtant les débordements du lac Fuccechio. Enfin Ferdinand entretint une marine militaire assez considérable pour aller relancer les Barbaresqucs jusqu’à Bone.
Le pape Sixte-Quint et Ferdinand étaient faits pour s’entendre. Leur politique extérieure commença à trahir plus d’indépendance vis-à-vis de l’étranger. Sixte-Quint poursuivit, jusque sur le territoire des Espagnols, les brigands qui étaient quelquefois protégés par eux. Ferdinand congédia tous les Espagnols que François avait pris à sa solde, et confia ses forteresses aux Italiens dont il n’avait pas à se méfier. Tous deux entretinrent de bons rapports avec la république de Venise ; le pape aimait particulièrement cette ville, qui l’avait aidé à détruire les brigands. Il assurait souvent « qu’il verserait volontiers son sang pour elle. » Ils se rattachèrent encore les Gonzague de Mantoue et Gênes, menacée par Charles-Emmanuel Ier de Savoie, qui espérait tout obtenir de l’Espagne en se faisant son plus zélé partisan.
C’était déjà un foyer de résistance. Mais il fallait trouver du secours au dehors. La France, depuis vingt-cinq ans en proie aux horreurs d’une guerre religieuse qui paralysait toute sa politique extérieure, se débattait encore avec peine sous les efforts et les intrigues de Philippe II. Ferdinand et Venise favorisèrent autant qu’ils purent' la restauration d’un pouvoir fort et national. La république, devinant la première où était l’avenir, eut le courage de reconnaître Henri IV avant tous les autres Etats. Ferdinand après elle entra en relations d’amitié avec le nouveau roi; tandis que le duc de Savoie s’emparait sur lui de Barcelonnette et d’Antibes, il se jeta sur le château d’If et y mit bonne garnison.
Sixte-Quint hésitait ; il menaçait d’abord de rompre avec la république, pour laquelle il avait promis de verser son sang ; il reçut enfin M. de Luxembourg, envoyé de Henri IV,
en audience particulière. L’ambassadeur d’Espagne, OU— varès, réclama, menaça ; Éixte-Quint s’emporta contre une semblable hardiesse. Philippe II poussa de nouveau les bandits sur le territoire pontifical, et intercepta les convois chargés de grains que Ferdinand faisait venir pour l’approvisionnement de la Toscane. Sixte-Quint alla jusqu’à parler d’excommunication contre le catholique roi d’Espagne. Cet homme énergique recula cependant devant une aussi grande tâche, et mourut dans l’indécision, le 7 août 1590, poursuivi lâchement par les malédictions du peuple, qui brisa ses statues, et décida qu’on ne décernerait désormais plus cet honneur aux pontifes vivants. C’était éviter au moins les dangers de l’erreur ou de l’ingratitude, épargner à Rome les saturnales de l’idolâtrie de la veille et des auto-da-fé du lendemain 1
Le pape Clément VIII; le moine CampM>ella(lSM-180ij.
Le parti des Médicis ou des Français et celui des Espagnols se disputèrent l’élection; après deux papes éphémères, le cardinal Aldohrandino, créature de Sixte-Quint, beaucoup moins dévoué aux Espagnols, fut enfin élu le 20 janvier (1592), et prit le nom de Clément VIII.
C’était une victoire pour l’Italie. L’abjuration de Henri IV, son entrée à Paris en 1594 en fut une autre; on la célébra dans la péninsule comme un événement national. Le pape ne résista plus aux instances du grand-duc de Florence. En vain le parti espagnol quitta Rome avec les cardinaux qui le dirigeaient, en vain le duc do Sessa, ambassadeur de Philippe II, jeta les bandits des Abruzzes sur les terres de l’Église. Soutenu par les Vénitiens, par le duc de Toscane, par l’empereur lui-même, auquel les Italiens fournissaient des secours contre les Turcs, le pape passa outre ; il déclara, dans une cérémonie solennelle (8 septembre 1595), Henri IV réconcilié avec l’Église catholique, et rétablit ainsi entre les puissances orthodoxes un équilibre favorable à sa propre indépendance et à l’affranchissement de l’Italie.
La péninsule s’aperçut bientôt en effet qu’elle avait