LIVRE XIII
trouvé contre l’Espagne un puissant appui. Alphonse II, duc de Ferrare, de Modène et de Reggio, mort en 1597, avait laissé son héritage à don César son cousin, à défaut d’héritier direct. Clément VIII réclama, comme fief du saint-siège, la ville de Ferrare, lança l’excommunication contre don César, qui prétendait à toute la succession, et fit un emprunt pour appuyer d’une armée les foudres spirituelles.
Les chances ne paraissaient pas favorables d’abord au saint-siège. La cour d’Espagne, qui croyait avoir à se plaindre de Clément VIII, était fort mal disposée. Le grand-duc de Toscane, beau-frère de don César, abandonnait cette fois le pape. La république de Venise même l’empêchait de recruter des soldats dans la Dalmatie. Henri IV, désireux avant tout de relever les lis auprès de la cour de Rome , oublia ce qu’il devait à Venise, au grand-duc, et offrit d’envoyer une armée au delà des monts pour remettre le pape en possession de Ferrare. Don César, obligé de céder, rendit la ville après en avoir enlevé les archives, la bibliothèque et l’artillerie de son prédécesseur, et il se contenta désormais du titre de duc de Modène et de Reggio. La ville de Ferrare perdit tous ses avantages, tout son éclat de capitale, et vit bientôt s’élever, sur l’emplacement du palais ducal et du beau belvédère chanté par ses poètes, une citadelle qui tint facilement en respect une ville promptement dépeuplée.
Philippe II, qui depuis trente ans n’avait rien laissé faire en Italie sans sa permission, fut obligé de céder. Il signait alors, en mourant (1598), la paix de Vcrvins,qui annonçait le rétablissement de la puissance française et la décadence de l’Espagne. Son successeur, Philippe III, abandonnait même le plus fidèle des serviteurs de sa maison en Italie, Gliarles-Emmanuel Ier, duc de Savoie, auquel Henri IV arrachait en 1600, par le traité de Lyon, le Bugey, le Valromey et Gex, en échange du marquisat de Saluces.
line nouvelle ère semblait s’ouvrir pour l’Italie avec le dix-septième siècle. Elle se tournait tout entière avec espoir vers la France. Le saiut-siége n’avait que des caresses
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pour elle. Le savant cardinal Baronius répétait à qui voulait l’entendre que la papauté n’avait jamais reçu d’aucune nation autant de services. N’ayant plus rien à démèleravec la France depuis la paix de Lyon, Charles-Emmanuel I", de Savoie commençait à comprendre que c’était en Italie' aux dépens de l’Espagne, qu’il fallait chercher à s’agrandir; et il entrait dans d’intimes relations avec Henri IV, s longtemps son ennemi. En attendant mieux, il achevait d’organiser le sénat établi par son père à Carignan sur le modèle des parlements français; il ranimait l’agriculture et le commerce, et fortifiait Turin, ville italienne; il composait lui-même un parallèle entre les grands hommes anciens et modernes, écrivait son Grand héraut , compilation d’armoiries, et commençait à fonder la puissance militaire de son petit État. Ferdinand de Toscane, trop heureux de voir monter sur le trêne de France Marie de Médicis, n’avait pas tenu longtemps rigueur à Henri IV- Au nord et au midi de l’Italie, les Milanais et les Napolitains eux-mêmes commençaient à s’agiter sous le joug de fer do l’Espagne.
Il n’y eut alors qu’une tentative dans le royaume de Naples, et ce fut une de ces révoltes isolées, étranges et folles, si fréquentes dans la péninsule et que le malheur seul explique.
Un dominicain, Thomas Campanella, penseur profond, s’il n’eût été encore plus grand rêveur, s’arracha tout à coup à ses élucubrations philosophiques et à ses songes pour appeler, nouveau Savonarolo, ses compatriotes à la liberté. Il croyait, sur la foi de l’Apocalypse, que le dixseptième siècle devait être en Italie le signal d’un cataclysme où s’abîmerait la domination espagnole, et il forma le projet de fonder une sorte de république théocratique universelle. Il commença d’abord par soulever la Calabre, sa patrie ; des moines, non-seulement dominicains, mais franciscains et augustins, entraînés par son éloquence, se mirent à prêcher les doctrines du nouvel envoyé de Dieu, et soufflèrent sur les cendres mal éteintes des factions napolitaines. Plusieurs évêques même et uist. d’italie. 2n