LIVRE XIII
précéda sa mort. A la tête de ses propres troupes et de renforts amenés par Lesdiguières, il rêvait déjà de s’emparer du Milanais et de le réunir à ses possessions héréditaires érigées en royaume. Un projet de confédération italienne était dans les cartons de la diplomatie française. Mais la mort de Henri IV et l’abandon de la régente, Marie de Médicis, firent tout manquer; il refusait encore de désarmer. « Mes armées piémontaises, disait-il, sont la sauvegarde actuelle de l’Italie. Naples et Milan appartiennent au roi très-catholique ; les embarras de Venise se multiplient; la Toscane est soumise et comme assiégée dans ses possessions; le pape ne se décide pour personne ; Gênes, par sa proximité de Barcelone, reçoit en quelques jours les ordres de Madrid. Si je désarme, il n’y aura plus dans la péninsule d’hommes libres et généreux; elle ne contiendra que des traîtres et des esclaves. » Il fallut l’intervention du pape, de Venise, de Gosme II, pour obtenir de Charles-Emmanuel qu’il envoyât au moins son fils Philibert faire quelques soumissions au roi Philippe, en l’année 1611.
À la mort de François de Mantoue, qui n’avait survécu que quelques mois à son père Vincent, en 1612, Charles- Emmanuel I" tenta encore quelque chose. François n’avait de sa femme Marguerite de Savoie, fille de Charles-Emmanuel, qu’une fille de trois ans, et laissait sa succession à son frère le cardinal Ferdinand. Charles -Emmanuel I«r réclama comme fief féminin, au nom de sa petite-fille, le Montferrat avec la ville de Casai, et, en 1613, occupa hardiment la plus grande partie du territoire qu’il réclamait. Il eut d’abord tout le monde contre lui : l’empereur Ferdinand évoqua l’affaire à son tribunal, le gouverneur de Milan et Gosme de Toscane mirent leurs troupes en mouvement; Venise et la France même lui firent de vives remontrances. Il fit tête à tous; il rappela son ambassadeur de Venise, rejeta la médiation de la France et du pape, reçut vigoureusement le gouverneur du Milanais Mendoza à Verceil, à Asti, attaqua Novare (1614), et vit revenir bientôt à lui ses alliés naturels.
La république de Venise, mécontente que la cour d’Espagne eût protégé les Uscoques, pirates illyriens, à qui elle faisait la guerre, fit alliance avec le duc de Savoie, lui fournit un subside de cinquante mille scudi par mois, et entraîna la régente de France, effrayée de l’union de l’empereur et de Philippe III. Lesdiguières, gouverneur du Dauphiné, passa les Alpes et occupa le Montferrat. Venise enrôla quatre mille Suisses dans le canton protestant des Grisons. Le duc de Savoie et la république firent alliance avec les Pays-Bas. On crut un instant à une guerre générale. Le gouverneur de Milan avait ses troupes sur le territoire de Venise et sur celui du duc de Savoie; le vice-roi de Naples bloquait, avec sa flotte, le golfe de Venise; Gosme II de Toscane envoyait ses armées sur le Pô, à travers les Etats de l’Eglise et du duc de Modène.
Le pape Paul V, qui voyait déjà les mécréants et les hérétiques prêts à se ruer sur l’Italie, adjura les partis de poser les armes, et parvint à tout pacifier. Le roi d’Espagne, Philippe III, redoutait particulièrement la guerre. La régente de France cherchait à l’éviter. Deux accommodements qui prirent le nom de paix de Madrid (1618) conjurèrent l’orage. Le duc de Savoie retira ses troupes du Montferrat, mais en réservant ses droits sur lesquels l’empereur dut prononcer. Venise rendit Gradisca, dont elle s’était emparée, mais obtint le supplice des plus terribles des forbans dont elle avait voulu purger l’Adriatique.
Don Pèdre de Tolède et le due d'Omuna; conspiration de Venise ; le pape (Trbain VIII; la Valtellne, Manioue; maison de Gonzague de Neterti (IS1§ 1031).
‘ Les représentants de la puissance espagnole en Italie, le gouverneur de Milan et le vice-roi de Naples, fort désireux de se faire une réputation aux dépens de la péninsule, entraînaient souvent leur gouvernement plus loin que celuici ne voulait, et se trouvaient toujours mécontents quand la paix rompait leur attente. Don Pedro de Tolède et le