LIVRE XIII
duc d’Ossuna cherchèrent à prendre une revanche sur Venise en 1618.
• Tout en rejetant les circonstances romanesques du récit ( de Saint-Réal, on ne peut nier qu’une tentative dangereuse n’ait été faite contre l’indépendance de la république. Un Français, au service de Venise, Jacques-Pierre, homme de main et corsaire très-expérimenté, ferma avec quelques autres le projet de soulever plusieurs régiments, de se saisir de l’arsenal et de renverser la république ; l’ambassadeur espagnol Bedmar, le gouverneur de Milan et le vice-roi de Naples, n’y étaient point étrangers. Mais quelques conjurés eurent l’imprudence de se vanter de l’appui espagnol. Un beau matin, le conseil des Dix, par suite de ces indiscrétions sans doute, fit arrêter et mettre à mort plusieurs coupables ; l’ambassadeur Bedmar sortit de la ville, le conseil des Dix ordonna de rendre grâce à Dieu, qui avait sauvé la république, et obtint la révocation du gouverneur de Milan, don Pedro.
Cet échec faillit pousser le vice-roi de Naples, d’Ossuna, à la révolte ; il craignait le sort de don Pèdre ; on le vit affecter tout à coup dans son gouvernement de singulières allures pour un vice-roi d’Espagne. Il se faisait le protecteur du petit peuple contre les nobles ; il abolissait la taxe du pain et d’autres impôts qui pesaient sur le pauvre, et faisait pendre les barons, sans cérémonie, comme d’autres citoyens. Les lazzaroni le portaient aux nues. Enfin il soudoya des troupes étrangères, des Français, des Wallons, séquestra les biens des riches et sonda même Venise et le gouvernement français (1619). Quand on lui parlait de l’envoi d’un nouveau gouverneur : « Je le recevrai , disait-il, avec vingt mille hommes. » Cependant le cardinal Borgia, nommé gouverneur, n’eut qu’à s’emparer par surprise du Gastelnuovo à Naples pour faire taire toute cette jactance (1620). D’Ossuna s’embarqua pour l’Espagne, fut magnifiquement reçu d’abord par le roi et par son ministre, et, peu de temps après, jeté dans une prison où il mourut promptement, dit-on, d’une attaque d’apoplexie.
L’Italie ne sut user à propos de l’union et de la pro-
tection de la France que dans l’affaire de la Valteline : encore la France fit-elle la principale besogne.
Au commencement de la guerre allemande de Trente ans, en 1621, les Espagnols du gouverneur de Milan et les Allemands de l’archiduché d’Autriche avaient occupé cette vallée, sous prétexte de secourir leurs coreligionnaires révoltés contre les Grisons. Les deux branches de la maison austro-espagnole se donnaient la main. Le roi d’Espagne pouvait faire passer des troupes en Allemagne au secours de l’empereur, et l’empereur en Italie au secours du roi. C’était un danger terrible pour l’Europe même ; Marie de Médicis appuya les représentations du duc de Savoie, de Venise, du nouveau pape Grégoire XV, qui se rappela alors ses devoirs d’Italien au milieu de ses préoccupations religieuses. La Toscane seule, livrée alors par la mort de Cosme II à l’archiduchesse Christine, sa mère, et à l’archiduchesse Madeleine, sa veuve, tutrice du jeune Ferdinand, abandonna la cause commune.
La maison d’Autriche lut obligée de reculer. Une convention faite entre les puissances mit provisoirement la Valteline en dépôt entre les mains du pape (1622), et on négocia. A la mort de Grégoire XV , l’empereur et le roi d’Espagne espérèrent reprendre le terrain perdu. Mais le conclave, justement effrayé, porta au saint-siège Urbain VIII (Matteo Barberini), esprit actif et tout politique comme il n’en avait pas paru depuis quelque temps sur le saint-siège. L’entrée au ministère français du cardinal de Richelieu fut encore plus décisive. Sous cette main vigoureuse, on prit de promptes mesures pour garantir la Valteline de l’ambition autrichienne. Le pape fut moins incertain. Le marquis de Gœuvres, en 1624, occupa brusquement la Valteline. Richelieu conclut (1625) avec l’Espagne la paix de Monzon, qui rendait cette vallée aux Grisons et qui lui assurait la liberté de son culte et l’élection de ses magistrats. Ce fut un premier succès.
Ce pape Urbain VIII était aussi bon prince italien que souverain pontife. Ses actes étaient ceux d’un homme qui médite de grands projets politiques; il cn'ourait de nou-