LIVRE XIV
agriculture; l’abbé Galiani de Foggia étudia avec succès le crédit public. Deux hommes surtout firent une véritable révolution. En face de l’inquisition et de tribunaux où sévissaient l’arbitraire et le caprice sous le nom de justice , Beccaria, dans son petit livre Des délits et des peines , distingua le législateur du juge, à côté du juge demanda le jury, humanisa la procédure et posa les limites du droit de punir. Dans le pays des traditions et des ruines historiques, Filangieri de Naples, dans sa Science de la législation , rechercha et rencontra heureusement quelquefois les principes absolus des meilleures lois politiques, civiles et économiques.
Si la littérature n’atteignit point la même hauteur, elle ne fit point entièrement défaut. Au moment où le consciencieux Tiraboschi, dans son Histoire littéraire , rappelait à la mémoire de ses contemporains tout ce que l’Italie avait produit de chefs-d’œuvre, où Fabroni faisait la biographie de ses hommes célèbres, deux hommes mirent le pied sur un terrain où l’Italie ne s’était encore aventurée que sur les pas des anciens. Goldoni porta la Gommedia dell’arte des tréteaux sur le théâtre , arracha le dialogue à l’improvisation des acteurs, débarbouilla ses personnages , et chercha à peindre la société italienne; Gozzi, tout en voulant conserver le type original et la gaieté bouffonne des masques italiens, changea leur caractère : il les jeta dans un monde d’aventures romanesques, d’enchantements, de féerie, et trouva ainsi le genre nouveau de la tragi-comédie.
Venise, ciênes, Borne en dehors dn mouvement ; Clé ment XIII; Benoit XIV; abolition des Jésuites (fï#*-
Chose étonnante! les plus anciens États de l’Italie, ceux qui avaient encore conservé une ombre d’indépendance, sur qui l’étranger n’avait pas mis la main, ne parurent guère participer à cette renaissance politique et morale. Venise, Gênes, le saint-siège , restèrent à peu près dans l’engourdissement du siècle précédent.
L’ITALIE AUTRICHIENNE ET BOURBONIENNE. 4il
Depuis que la paix de Passarowitz avait réduit la reine de l’Adriatique à ce qu’elle devait conserver jusqu’à sa chute, c’est-à-dire, en Italie, au territoire borné par î’Adda; dans l’Adriatique, à l’Istrie, à la Dalmatie et à une partie de l’Albanie; dans la mer Ionienne, à Gorfou, Géplialonie, Théaki, Zante, les Strophades et Gérigo, le gouvernement n’avait d’autre souci que de conserver à tout prix la paix au dedans et au dehors. L’antiquité de la constitution, l’œil des observateurs, la liberté et la facilité des plaisirs, assuraient la paix intérieure. Une politique extérieure d’égoïsme et d’isolement, pleine de corruption et de fauxfuyants, qui faisait monter la dette publique jusqu’à deux cents millions, et les cadres de l’armée vides et les chantiers de marine déserts, assura aussi à la république la paix au dehors, mais en sacrifiant l’avenir au doux loisir de l’heure présente.
A Grênes, la constitution, bien que favorable à la noblesse, ouvrait le livre d’or à la bourgeoisie, et était loin de comprimer dans le peuple tout élan comme on l’a vu en 1747. Gênes laissa cependant échapper de ses mains l’île de Corse qu’elle possédait depuis près de six siècles. Les habitants de l’île avaient profité des malheurs des Génois, assiégés par l’Autriche, pour se révolter, et la république épuisée n’avait pu les contenir qu’en faisant occuper quelques points de l’île par des garnisons françaises. Les Corses indignés résolurent de se rendre tout à fait indépendants ; ils constituèrent un gouvernement et prirent pour chef Pascal Paoli, homme de tête et de cœur. Leur premier acte d’hostilité fut dirigé contre ceux dont ils avaient secoué le joug; ils s’emparèrent sur eux de l’île de Gapraia. Gênes s’adressa encore à la France, qui cette fois marchanda scs secours ; et la république, pour se venger de ses anciens sujets et recouvrer Gapraia, consentit à céder en toute propriété à Louis XY une conquête qui lui avait coûté tant d’efforts au moyen âge et qui attestait son ancienne gloire (1768). L’année suivante, le lieutenant-général de Vaux battit et chassa Paoli, occupa toute la Corse en exécution du traité, et détacha de la péninsule italique une île qui lui servait