‹ Histoire résumée d'ItalieChapitre 223 sur 338 · LIVRE XIV · texte numérisé non relu

LIVRE XIV

inspiration ces princes tentèrent des réformes destinées à changer, à renouveler complètement la péninsule.

En Toscane, sous le nouveau grand-duc Léopold Ier, qui faisait réimprimer, sous la date de Londres , les livres italiens mis à l’index, et qui régénéra les universités de Pise et de Sienne, l’administration publique, la justice, l’agriculture et le commerce, furent l’objet de soins attentifs. Les magistratures inutiles, les juridictions particulières, les tribunaux privilégiés, disparurent. Les lois devinrent uniformes pour tout le duché; Joseph Yernaccini et Michel Ciani se chargèrent de rédiger un code que continua plus tard Lampridi. L’unité des taxes, l’abaissement des douanes particulières, la restriction des fidéicommis, l’autorisation d’enclore les propriétés, l’abolition de plusieurs monopoles sur le tabac, l’eau-de-vie, le fer, etc., opérèrent une révolution complète. Onn’eûtplus assez de terrains cultivables ; le val de Nievole et celui de Chiana, une grande partie de la capitainerie de Pietra-Santa, qui étaient insalubres, furent desséchés et peuplés par des étrangers venus principalement de la Romagne. Ximenès et Fantoni, mathématiciens célèbres, très-versés dans la science de i’hydraulique, s’occupèrent du dessèchement des maremmes , et vainquirent la nature au moins dans celle de Sienne.

Il y avait plus à faire encore dans le royaume de Naples. Tanucci réhabilita Giannone, frappé d’une sentence d’exil, et favorisa, dans la capitale, l’enseignement libéral du droit sous la direction de Gaetano Argento. Le ministre ne pouvait songer de suite à détruire la constitution féodale. Il restreignit au moins les privilèges des barons, et leur enleva entre autres le droit de justice; plus courageux contre la puissance ecclésiastique, qui s’appuyait sur un personnel de plus de cent cinquante mille prêtres de tout ordre, c’està-dire sur le vingtième à peu près de la population, il abolit les dîmes ecclésiastiques, arrêta l’envahissement des biens de mainmorte, restreignit la juridiction ecclésiastique, et soumit les bulles du saint-siège à la sanction royale.

A Parme et à Plaisance, Millot et Mably écrivaient pour le jeune Ferdinand le Cours d’histoire naturelle et les Dis-

cours sur l'étude de l’histoire, et lui enseignaient à savoir limiter son autorité et à respecter les droits des peuples. En attendant qu’il pût appliquer ces maximes, Dutillot, tout-puissant , augmenta les revenus de l’infant de quinze cent mille livres, limita les privilèges de mainmorte et les appels à la cour de Rome , et refusa le tribut réclamé par le saint-siège pour l’investiture.

Dans le Milanais, le gouverneur Firmian, qui protégeait le naturaliste Vallisnieri et le comte philosophe Yerri contre les préjugés populaires, embellit Milan, réunit cette ville par un canal au Tessin et à l’Adda , et dégagea de ses entraves le commerce des grains. La province qui ne comptait en 1749 que 900000 habitants en avait 1 130 000 en 1770. Joseph II, dans une visite en Lombardie en 1769, se montra animé d’un esprit plus libéral encore. Il créa une magistrature suprême, la Camerale, où siégèrent les jurisconsultes Garli, Beccaria et Pierre Verri. Il acheva de restaurer la grande université de Pavie , où brillèrent bientôt les célèbres Spallanzani, Tissot, Frank, Brambilla, dans les sciences naturelles, Nani dans le droit et Volta dans la physique.

Le roi de Sardaigne, Charles-Emmanuel III, porta dans l’administration cet esprit qui lui faisait protéger contre la censure les Révolutions d’Italie de Denina. Il réforma les monnaies, attaqua les restes de l’influence féodale et ecclésiastique, et fit publier le Code x carolinus, pour ramener toutes ses provinces à l’unité de législation.

Le génie italien qui ne fait pas défaut aux époques les plus stériles ne manqua pas de répondre à tant d’encouragements; il apporta son contingent dans ce siècle do sciences pratiques et positives. Galvani do Bologne et Volta de Côme, à force d’essais et d’expériences sur l’électricité, firent faire un pas immense à la physique. A l’exemple des Français , les Italiens portèrent tous leurs efforts sur les problèmes de philosophie et d’économie sociale. Plusieurs d’entre eux atteignirent d’un bond le premier rang : Genovesi, à Naples, posa le principe de la libre circulation des produits et réforma quelques préjugés en

Page 1