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LIVRE XIV

Bourbons. L’empereur Joseph II, maître sans contrôle après la mort de sa mère, tint la péninsule dans sa main.

L’Italie, loin d’être arrêtée par ces nouveaux changements, fut comme précipitée dans la voie où elle était déjà engagée. Il faut le dire cependant, les maîtres de l’Italie adoptèrent moins ce qui était utile à leurs peuples que ce qui était favorable à leur pouvoir. Ils eurent plus à cœur de réformer les institutions ecclésiastiques que les institutions politiques. En déclamant contre le despotisme clérical, ils ne songèrent souvent qu’à affermir le leur. Ils sévirent contre les abus de l’Église, abolis à leur profit, et ils épargnèrent les défauts ou les abus de leur propre gouvernement.

Dans un pays où la société reposait surtout sur l’intime alliance de l’Eglise et de l’État, il ne pouvait manquer cependant de se rencontrer quelque résistance. Après la mort subite et étrange de Clément XIV, Pie VI dut principalement son élection au contraste que présentaient son caractère et ses principes avec ceux de son prédécesseur. Homme éloquent, esprit positif, caractère résolu, il gémissait de la misère où l’absence d’industrie et de commerce, la ruine de l’agriculture, l’accroissement de la dette, avaient jeté les États romains. En même temps qu’il augmenta le musée de Pio-Clementino et fit élever l’élégante sacristie de Saint-Pierre, il tenta quelques réformes dans l’administration; il s’occupa d’assainir les marais Pontins en faisant achever le canal Sisto. Mais il était résolu à s’opposer vivement aux réformes qui avaient l’Église pour objet, et que les souverains poursuivaient précisément avec le plus d’ardeur.

C’était en vain que des hommes instruits et impartiaux, le Napolitain Melchior Delphico, les Vénitiens Ortès et Nani, le Piémontais Vasco, dans des ouvrages d’économie, tentaient de porter l’attention des princes sur des besoins aussi pressants. Joseph II s’occupait, surtout en Lombardie, de diminuer le nombre des religieux, et de soumettre le reste à l’évêque diocésain; il voulait nommer l’archevêque de Milan et tous les évêques, changer à son

gré les circonscriptions des diocèses, régulariser les revenus de l’Église, augmenter le nombre des cures, et faire élever les prêtres à sa guise. Dans l’administration il cherchait volontiers à concentrer dans scs mains tout le pouvoir. Mais il n’ajoutait presque rien à la prospérité que la Lombardie devait au comte Firmian, et ne s’occupait pas de relever les ruines que la domination espagnole avait laissées dans l’industrie et le commerce.

Dans le royaume de Naples, la grande affaire du règne de Ferdinand IV fut de se soustraire au tribut de la haquenée et des six mille ducats dus au saint-siège. Il crut avoir beaucoup gagné en ne payant les six-mille ducats qu’en 1777, aux S aints-A pâtres, pour effacer au moins toute trace d’hommage. Sambucca et Acton osèrent encore moins que Tanucci contre les privilèges féodaux. Quelques réformes dans l’armée, la construction de plusieurs gros vaisseaux de ligne, d’heureuses innovations dans le corps d’instruction de la marine, dues au chevalier Acton, et la fondation d’une colonie à San-Leuccio pour l’éducation du ver à soie et la fabrication du gros de Naples, furent les seuls bienfaits de leur administration, bien moins féconde que celle de leur prédécesseur. Dans la Sicile, Caraccioli, qui y fut envoyé avec le titre de vice-roi, eut le courage d’abolir l’inquisition. Mais il n’osa attaquer la féodalité dans ses possessions territoriales, et cette île, écrasée par des taxes de tout genre, parcourue par des brigands ou des pirates, était encore si souvent menacée de disette, que les révoltes y étaient plus fréquentes que partout ailleurs.

De tous les souverains, le grand-duc de Toscane, dont les soins s’étaient d’abord étendus à toutes les branches de l’administration, semblait, vers la fin du siècle, le plus exclusivement préoccupé des matières ecclésiastiques. Il allait jusqu’à rédiger le programme des concours pour les cures; il interdisait certaines dévotions ou pratiques, et certains livres de piété ; plus semblable en cela à un disciple de Jansénius qu’au chef d’un État.

Le nouveau roi de Sardaigne seul, Victor-Amédée III (depuis 1773), ne suivait pas les errements des autres

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