LIVRE XV
que leur territoire était constitué en duché en faveur de l’ex-impératrice des Français, Marie-Louise, l’héritière des anciens Bourbons de Parme étant dédommagée aux dépens de Lucques, érigée en principauté. Le 16 juillet, François IY, sous la protection des baïonnettes autrichiennes, rentra à Modène et à Reggio, et obtint aussi, pour sa mère, la restitution de Massa Carrara. Le 17 septembre, le grand-duc Ferdinand arriva dans la Toscane, où un gouvernement provisoire, établi en son nom, lui avait déjà préparé les voies. Il n’y eut pasjusqu’au prince de Monaco qui ne fît reprendre possession de sa principauté par un secrétaire anglais, tandis que l’innocente république de Saint-Marin réorganisa son aringo.
Quelques mois après la chute de l’empereur, l’édifice qu’il avait péniblement construit pendant quinze ans était tombé comme un château de cartes. Les libéraux et les républicains, dupes de leurs calculs, victimes de leurs divisions, voyaient une domination qui n’enchaînait pas l’avenir remplacée par un despotisme sans espoir; le plus ardent ennemi des Français, le poète Ugo Foscolo, s’exila de son plein gré devant les Autrichiens, et jura de ne plus remettre le pied sur le sol esclave de l’Italie.
Murat resta seul d’abord debout, mais peu de temps- Menacé au dedans par les partisans des Bourbons qui rappelaient Ferdinand, et par les carbonari qui demandaient une constitution, au dehors, par Ferdinand IV, et même, sous main, par les Autrichiens, il ne pouvait durer. Quand Napoléon, en février 1815, quitta l’île d’Elbe pour tenter encore la fortune en France, Joachim rentra à la tête de l’armée dans les légations et occupa Ancône et Bologne, en prenant cette fois pour drapeau l’indépendance italienne. Mais quelques volontaires de la Romagne accoururent seuls au-devant de lui. La Lombardie ne répondit à l’appel que par une conspiration militaire qui compromit ses généraux. Après le combat indécis du Panaro, une défaite complète essuyée à Macerata et les nouvelles désastreuses de France ne laissèrent plus d’espoir à Murat. Rentré dans le royaume avec quelques fidèles, il si-
L’ITALIE RÉPUBLICAINE ET NAPOLÉONIENNE. HSl
gna le traité de Casalenza par lequel il abandonna son royaume; les Autrichiens y rappelèrent Ferdinand IV, le dernier des anciens souverains de la péninsule, et le traité, sorti du congrès de Vienne, clos à la fin de l’année, consacra les derniers événements qui restauraient les anciens princes et l’ancien régime dans la péninsule. Une tentative aventureuse de Joachim n’y changea rien. Jeté par une tempête avec quelques-uns de ses compagnons seulement près du bourg de Pizzo, il fut saisi, maltraité par les habitants, et, sur les ordres impitoyables du roi restauré, tué comme un bandit.
Des conquêtes faites par les Français et des États fondés par Napoléon Ier en Italie il ne resta plus rien ; l’ancien ordre de choses parut entièrement rétabli. La révolution française et la main d’un grand homme n’avaient cependant pas remué vainement la péninsule. On avait entrevu la possibilité de l’indépendance. Des germes féconds d’idées et d’institutions se trouvaient déposés dans le sol. Le souvenir du royaume d’Italie chez les uns, celui des républiques cisalpine et ligurienne chez les autres, étaient encore une espérance. Les idées de liberté et d’égalité civile avaient pour toujours ruiné dans l’opinion éclairée les privilèges du vieux régime; l’indolence italienne ne survivait pas à une guerre de vingt ans. Les Piémontais et les Romagnols se rappelaient avec orgueil que Napoléon les tenait pour d’excellents soldats; tous comptaient, sur les champs de bataille de l’Europe, de nobles victimes, tombées, sinon pour la cause de la patrie, au moins pour celle de la liberté générale, représentée, malgré les apparences, par un grand homme. Soumis quelque temps aux mêmes institutions politiques, réunis dans la même égalité civile, rapprochés dans les mêmes brigades, les Italiens sentaient encore qu’ils pouvaient former une nation. Enfin, au dedans, avaient commencé à se développer le caractère et l’esprit public qui manquaient à la péninsule vingt-cinq ans auparavant; au dehors, l’Italie pouvait encore jeter les yeux avec amour, avec regrets, vers cette France qu’elle avait accueillie trop vite, et trop vite abandonnée, mais