LIVRE XV
commencement de 1814, avec l’Autriche et l’Angleterre, tint aussi à distance plusieurs généraux italiens ; il se défia encore plus des Napolitains, des carbonari surtout, qui voulaient lui imposer une constitution; il les fit poursuivre et pendre, dans les Calabres, comme des brigands; les Italiens, ainsi tenus à l’écart, conspirèrent, les uns pour les anciens souverains, les autres pour l’établissement de républiques gardiennes de l’indépendance.
Lob deux rois, enfin, ne furent pas d’accord. Eugène ne pouvait pardonner à Murat d’avoir abandonné l’empereur trop tôt; Murat songeait à devenir roi de toute l’Italie, au lieu de borner ses désirs à garder Naples. Ils voulaient se sauver chacun aux dépens l’un de l’autre.
Au moment de l’action, ces divisions paralysèrent tout. Tandis que le vice-roi Eugène se concentra à Vérone pour défendre l’Adige contre l’armée autrichienne conduite par Bellegarde, Murat lança un manifeste contre lui, occupa ensuite Rome, Ancône, Bologne, et gêna ainsi toutes les opérations qu’il eût dû soutenir. Les Italiens, au lieu d’appuyer les deux rois, firent tout pour les décourager. Les anciennes bandes des sanfédistes, et quelques carbonari qui voulaient une constitution à tout prix, essayèrent de proclamer les Bourbons dans la Calabre. Dans l’armée même de Murat, quinze généraux, dont le plus ardent était Guillaume Pepe, conspirèrent pour lui imposer une constitution. On levait le drapeau de l’indépendance italienne dans les légations, on tramait des conspirations républicaines et autrichiennes à Milan.
Eugène essaya de rallier les cœurs et les volontés par un peu d’énergie et quelques combats heureux sur le Mincio; Murat les rendit inutiles en donnant la main à Bellegarde par Bologne, et perdit tout. Bentinck, sur lequel il avait compté, débarqua alors, avec sept mille Siciliens et Anglais, en Toscane, et malgré ses représentations déclara cette province soustraite à l’administration française, s’empara de Gênes et occupa ainsi, entre les deux rois français, tous les points importants de la péninsule.
Eugène et Murat, divisés, mis entre des alliés hostiles
ou traîtres et leurs peuples mal disposés, furent réduits à tout espérer de la générosité des alliés, sans avoir rien fait pour leur imposer du respect. Le 16 avril, le vice-roi, à Mantoue, signa un armistice par lequel il renvoya au delà des Alpes les troupes françaises, et déclara remettre son sort à la bienveillance des puissances. Quelque temps après Joachim, renonçant à ses vastes projets, ramena ses troupes vers le royaume de Naples. L’aveuglement des Italiens fut égal à celui de leurs souverains; ils espéraient obtenir des alliés la liberté, ou tout au moins des constitutions. A Milan, le sénat envoya une députation aux puissances alliées, pour demander la liberté et exprimer quelques timides vœux en faveur d’Eugène.
Une insurrection fomentée sous main, à Milan, par les partisans de l’Autriche, et conduite par des patriotes abusés aux cris de : « A bas les Français ! Une constitution ! » donna aux Italiens l’occasion de connaître les véritables dispositions des alliés. La constitution napoléonienne avait été dissoute, quelques agents du gouvernement même massacrés, entre autres le ministre des finances, Prina ; un gouvernement provisoire constitué allait proclamer l’indépendance italienne. Le général autrichien Bellegarde, du consentement même d’Eugène, qui voyait tout fini pour lui, mit le pied sur le territoire milanais et entra sans résistance dans la capitale du royaume d’Italie sous prétexte d’y maintenir l’ordre ; deux mois après, le 12 juin, le traité de Paris rendit l’Italie, jusqu’au Pô et au Tessin, à la monarchie autrichienne.
Ce ne fut que le commencement de la restauration. A partir de ce moment, chaque jour ramena dans la péninsule, de par la volonté des alliés, un des anciens souverains. Le 24 mai, Pie VII, déjà libre depuis quelque temps, fit son entrée dans sa capitale, et y reçut la promesse de restitution de tous ses Etats. Le 21 juin, Victor-Emmanuel Ier, de retour à Turin, reprit possession du Piémont et annonça bientôt aux Génois, déjà constitués en république, qu’ils faisaient partie de son royaume. Le 6 juillet, les habitants de Parme, Plaisance et Guastalla, apprirent