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LIVRE XVI

d’entretenir à Ferrare, Plaisance et Commacchio. Les deux États libres, qui rappelaient encore la vieille et glorieuse Italie, les républiques de Gènes et de Venise, avaient disparu. Dans le reste delà péninsule, les princes autrichiens de Toscane, de Modène et de Parme, n’étaient que les vassaux de la puissance dominante; les autres, le pape, le roi de Naples, le roi de Sardaigne, plus indépendants, en apparence, mais restaurés par ses secours et ne pouvant se soutenir que par elle, lui étaient plus que jamais liés par la reconnaissance et la communauté des intérêts.

On pouvait espérer au moins que l’empereur d’Autriche et les souverains restaurés, accommodant les intérêts de leur domination avec les besoins nouveaux du siècle, garantiraient ces principes sages de liberté et d’égalité civile qui jouissaient, déjà depuis vingt ans, comme du droit de bourgeoisie dans le monde social. Il n’en fut rien. L’ancien régime revint à peu près en entier avec les anciens souverains, quelquefois même on rétrograda au delà du dix-huitième siècle. Des institutions de Joseph II, de Léopold Ier, de Tanucci, furent condamnées comme la cause et le commencement de tout le mal.

L’empereur d’Autricîie donna l’exemple. Le 16 avril 1815, une proclamation du maréchal Bellegarde, chef des troupes d’occupation à Milan, annonça que les provinces italiennes de l’Autriche formaient un État particulier sous le nom de royaume lombard o-vénitien. L’établissement d’un viceroi résidant six mois à Milan et six mois à Venise; l’institution d’une cour et de ses grands officiers ; l’obligation pour tout nouveau roi de prendre la couronne de fer; la division du royaume en deux gouvernements avec Venise et Milan pour chefs-lieux; la subdivision des gouvernements en provinces, des provinces en districts, et de ceuxci en communes, firent d’abord espérer aux Lombards qu’ils conserveraient une sorte d’indépendance sous un prince autrichien. Us furent promptement détrompés. L’archiduc Antoine, nommé d’abord vice-roi en 181 6, n’ayant pas voulu soumettre son administration au contrôle deVienne, fut remplacé par l’archiduc Reinier, qui se montra plus docile.

Avec lui, toutes les institutions qui, sous la domination française, étaient au moins une promesse d’indépendance, le sénat, les corps législatif et consultatif, la cour des comptes, les ministères des finances, de l’intérieur, des affaires étrangères; dans l’armée, l’état-major, l’artillerie, le génie, les écoles militaires, les fabriques d’armes, enfin les cours judiciaires, tout fut aboli. Dans l’ordre judiciaire, le tribunal suprême de révision ne fut qu’une fraction du tribunal suprême siégeant en Autriche. L’armée italienne dissoute vit la plupart de ses officiers destitués ou mis à la retraite, et ses soldats vêtus de l’habit blanc, distribués dans les différents régiments sous le drapeau jaune et noir. Enfin, le code autrichien fut promulgué avec quelques aggravations pour les délits politiques; la noblesse remise en honneur; le clergé et les moines réintégrés dans leurs possessions et privilèges; la censure contre la presse, régulièrement instituée; une police tracassière organisée, et la dénonciation ordonnée comme un devoir, sous peine d’un châtiment sévère. Les canons autrichiens braqués sur la grande place de Milan, et les canonniers montant la garde, la mèche allumée, ne laissèrent pas même d’illusion à la servitude.

Malgré la modération de caractère de Pie VII et les lumières de son secrétaire d’État Gonsalvi, le décret organique du 16 juillet 1816 ne rétablit aussi que l’ancien régime dans les États de l’Église. L’État pontifical se divisa en dix-huit légations, comprenant quarante-quatre districts et six cent vingt-six communes. Mais toutes les légations furent confiées à des prélats ; on ne laissa aucune indépendance au gonfalonier et aux anziani des communes. Rome et Bologne, les deux principales villes mises en dehors du droit commun, la première avec ses conservateurs et son sénateur , la seconde avec ses sages et ses six conservateurs, magistrats d’apparat sans puissance réelle, n’eurent que l’ombre d’un gouvernement municipal. Dans l’ordre judiciaire, à côté de juges de paix, de tribunaux de première instance et de cours d’appel à Rome, à Bologne et à Macerata, on institua quatorze tribunaux d’exception,

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