LIVRE XVI
inaccessibles aux laïques, et auxquels ressortirent réellement tous les jugements d’importance. Enfin, Pie YII rétablit les jésuites, restaura l’inquisition, supprima le code français au profit des innombrables lois en vigueur avant la révolution; il rendit ensuite aux barons, au clergé, presque tous les anciens privilèges, et ne conserva guère de la domination française que le système des impôts, sans préjudice de quelques anciennes taxes aussi rétablies.
Le roi de Sardaigne, Victor-Emmanuel I*r, à peine rentré dans le Piémont, proclama, sans ambages, par son premier édit, que les États sardes étaient replacés dans la situation où ils se trouvaient en 1790. En conséquence, il ouvrit et feuilleta l’almanach royal de 1793, et rétablit l’administration, la justice, les lois, emplois, titres et fonctions, en l’état ancien. Il n’eut d’autre soin que d’étendre et d’approprier à la ville de Gênes et à son territoire, privés de toute liberté, le système général, et il couronna son œuvre en livrant l’éducation aux jésuites et en instituant des oblats de la sainte Vierge, prêtres séculiers qui faisaient vœu spécial d’obéissance au pontife. En Toscane, à Modène, à Parme, même restauration ; à Florence, on ferma les écoles d’art.
A Naples, l’œuvre demandait plus d’adresse; Murat, avant de déposer sa couronne, avait obtenu des promesses en faveur des principaux chefs de son armée, et quelques garanties pour le royaume. La Sicile jouissait encore de la constitution qu’elle avait obtenue par l’Angleterre en 1812. Obligé de conserver leur grade aux généraux et officiers de Murat, Ferdinand prodigua au moins les faveurs et les avancements à ses fidèles de Sicile. Pour ne garder des lois françaises que ce qui lui plaisait, il les fit refondre dans un code napolitain. En 1816, plus hardi, le roi restauré se débarrassa de la constitution gênante de la Sicile, déclara réunie l’administration des provinces en deçà et au delà du Phare, et prit le titre de roi du royaume uni des Deux-Siciles ; et, éomme il ne devait plus convoquer le parlement sicilien, il décréta permanent et immuable le quantum d’impôt voté par la dernière session
parlementaire, en 1813. Son ministre de la police, Canosa, tint tète aux carbonari , qui commençaient à s’agiter, en leur opposant une secte d’ultra-royalistes, les calderari (chaudronniers). On en vint aux mains dans plusieurs endroits ; la guerre civile fut imminente. Le danger parut tel que les puissances signataires du traité de Vienne furent obligées de réclamer le renvoi du ministre, et de faire passer quelques troupes autrichiennes dans le royaume. Ferdinand Ier (IV) ne prit sa revanche que par le concordat de 1819 avec Rome, dans lequel il parvint à se soustraire au tribut de la haquenée, mais rendit à l’Église sa censure, une partie de ses biens, de ses redevances ét de ses droits, abolis depuis près d’un siècle.
Opposition de 1810; Insurrections de 1811; déMIes de Rie U et de Novare.
Cette restauration n’eut pas lieu sans quelque résistance. L’expression en fut d’abord timide. Dans la Lombardie, quelques nobles avaient, par amour de la liberté, favorisé la chute de la domination française, entre autres Confalonieri, Porro, Arrivabene ; ils firent d’assez vives remontrances au gouvernement autrichien. Dans le royaume de Naples, les généraux et officiers qu’on appelait, en souvenir du dernier roi, les muratins, entre autres Guillaume Pepe, essayèrent de défendre quelques-unes des institutions napoléoniennes.
A défaut de tribune publique et de presse libre, la lutte commença dans les lettres. L’école romantique, en opposition avec la littérature classique, soutenue par les vieux partisans de l’Autriche, devint une véritable protestation libérale et nationale.
1 Manzoni, le premier de tous, dans ses hymnes sacrées , s’efforça do retremper, de purifier aux sources de la grâce, cet amour de la liberté que la philosophie et la révolution avaient inspiré à l’Italie. On saisit avec plus d’empressement encore qu’il ne l’avait peut-être cherché des allusions politiques dans son Carmagnola , où les Italiens