LIVRE XVII
L’ITALIE RÉVOLUTIOIVIVAIRE f.
Pie IX ; les réformes (juin 1846-octobre 1847). — Les constitutions (octobre 1847-18 mars 1848). — Insurrection à Milan (17-25 mars). — Guerre d’indépendance Charles-Albert; réaction napolitaine du 15 mai; bataille de Custozza (25 mars-8 août). — Les républiques à Venise, à Rome, à Florence; assassinat de Rossi; fuite dû pape (sept. 1848février 1849). — Nouvelle guerre; bataille de Novare; intervention française; prise de Rome; chute de Venise (mars-août 1849).
Pie IX ; les réformes (juin f 848-oetobre 1849).
Ce fut avec une anxiété plus grande encore que de coutume, que la foule recueillie sur la place du Quirinal, vit, la 14 juin, clore et murer devant elle les portes du conclave. On peut le dire, l’Italie et l’Europe étaient dans la même attente. Les membres du sacré collège, la plupart étrangers aux affaires et nommés par Grégoire XVI , comprendraient-ils toute l’étendue de leurs devoirs? L’ambassadeur français Rossi, Italien exilé comme Muratin en 1819, et depuis citoyen de Genève , professeur à Paris , enfin pair do
1. Voyez pour ce chapitre : Die Kriegerischen Ereignisse in Italien, 1848-1849 ; Laforge, l'Italie et la France; Pcpe, Révolutions et guerres d'Italie ; Cattaneo, Insurrection de Milan; Farini, Lo Stato romano. Actes officiels de la république romaine, Paris, Amyot. Différents articles de la Revue des Deux-Mondes, lor mai 1849, 15 août, 15 novembre 1850, etc. Journaux français et étrangers.
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France, fit tout pour inspirer aux cardinaux une heureuse résolution. « Nous voulons », avait dit M. Guizot, chef du cabinet français, « un pape italien qui comprenne l’esprit de son siècle et accorde au peuple les réformes dont il a besoin. »
Quand on vint proclamer du haut du balcon (17 juin) le nom du cardinal Mastaï Ferretti, une immense acclamation de joie salua le nouvel élu. Le jour où il prit possession de la vénérable basilique de Saint-Jean de Latran, les Romains improvisèrent une fête qui semblait célébrer moins l’avénement d’un pape, qu’un événement national.
Mastaï Ferretti, après avoir voulu entrer dans les gardes nobles en 1815, s’était fait prêtre en 1818. Envoyé en mission en 1823 au Chili où il propagea la foi catholique, il fut chargé à son retour de la direction de l’hospice apostolique de Saint-Michel. Son zèle lui valut bientôt l’archevêché de Spolète en 1827, l’évêché d’Imola en 1832, le chapeau de cardinal en 1840. Il touchait, au moment où il fut élu pape, à sa cinquantième année. Ce qui Pavait distingué dans toutes ses fonctions, c’était surtout sa charité , sa douceur. On pensait que le nouveau pape saurait abaisser ses regards vers la terre, et qu’il accommoderait ses devoirs religieux aux nécessités de son époque.
Pie IX parut de suite répondre aux espérances qu’il avait fait concevoir. Le 1 "juillet, il renvoya ses 4000 Suisses, milice détestée des Romains et qui avait quelquefois mis de l’excès dans la répression. Le 15 il ordonna que les portes de toutes les prisons fussent ouvertes, et envoya aux habitants de la Romagne la promesse formelle de prochaines améliorations administratives. Le 16 une illumination subite à Rome remercia et encouragea le pontife, et le lendemain un décret général d’amnistie rappela tous les exilés qui promettraient par écrit de ne point abuser du pardon. Ce n’était là que des dons de joyeux avènement. L’État romain appelait des mesures plus sérieuses, des réformes essentielles; « mais, comme l’écrivait Rossi, le sillon était ouvert. »
Pie IX, le 8 août, choisit pour secrétaire d’État le cardi-
nal Gizzi, le représentant véritable des idées libérales dans le sacré collège; et, sur ses conseils, il changea les cardinaux des légations, diminua les dépenses de la cour, imposa le clergé et nomma une commission de jurisconsultes pour la réforme des lois civiles, criminelles et pénales des Etats romains. Une ère nouvelle semblait commencer pour l’Italie. La parole de vie était tombée du Vatican. Tous les esprits, tous les cœurs se tournèrent vers Pie IX : Pie IX semblait la réalisation vivante de la pensée de Gioberti ; la religion rattachait au mouvement les masses ordinairement indifférentes ou hostiles, et la péninsule pouvait espérer de renaître enfin.
Sous cette unanimité apparente imprimée un moment à tous les esprits, se cachaient cependant des désirs et des besoins de nature diverse. Nul n’osait contester, même parmi les rétrogrades, la nécessité de certaines réformes, d’améliorations administratives, judiciaires, matérielles, dont l’absence mettait l’Italie au-dessous de tous les peuples. Les souverains ne reculaient eux-mèmes devant ces réformes que par crainte d’être obligés de concéder davantage. Mais l’aristocratie, la haute bourgeoisie, ne regardaient ces réformes que comme un acheminement vers des institutions politiques, constitutionnelles, qui leur donneraient la part légitime d’influence que méritaient leurs lumières et leurs richesses. Enfin l’instinct national des masses, quoique aveugle, voyait au bout du mouvement et comme dernier résultat, la lutte contre l’étranger, l’Autrichien, la conquête de l’indépendance; et si celle-ci ne pouvait être atteinte que par le sacrifice des souverains et l’union de l’Italie entière en un seul Etat, on ne reculait pas, quelques têtes ardentes, au moins, devant cette dernière et suprême lutte; oin de là, l’union de la péninsule, du sommet des Alpes au golfe de Tarente, apparaissait comme le but supérieur et suprême de tous les efforts, l’utopie désirable et réalisable peut-être, le vrai et définitil avenir de l’Italie.
Pour Pie IX, il ne pensait qu’à réaliser progressivement chez lui et à seconder dans la péninsule ce qui était dans la mesure du temps, et à ne pas se laisser entraîner au delà.