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LIVRE XVIII

« Il nous faut dix ans, disait-il, pour faire pénétrer l’esprit national et politique dans les masses. » Son exemple entraîna néanmoins les autres souverains. Le roi Charles- Albert, à la fin de l’année 1846, établit dans les écoles de droit, des chaires publiques d’histoire de la jurisprudence, d'encyclopédie du droit, et de philosophie. Le grand-duc de Toscane forma une commission pour la réorganisation de l’enseignement, et fonda d’abord une école normale théorique et pratique. Le gouvernement de Parme laissa ses municipalités protester contre les jésuites. Le duc de Lucques supprima les établissements de jeu dans ses États; on put espérer quelque chose de l’avénement de François V à Modène.

Ceux qui désiraient pour l’Italie plus que des réformes s’effacèrent d’abord devant Pie IX comme pour ne point le ti’oubler. Dans la spéculative université de Pise (Pisa cogitabunda), tout imprégnée des doctrines de Gioberti, Je politique Montanelli ne voulut point qu’on parlât encore de constitution; l’impulsion réformatrice étant partie de Rome, il désirait seulement qu’on adhérât au programme romain : « Mieux valait, dit-il, trois pas avec Rome que quatre sans elle. » A Turin, M. Ralbo récusa ce qu’il appelait la politique des utopistes et des révolutionnaires. De Londres, le chef de la Jeune Italie luimème, Mazzini, écrivit au saint-père comme pour abdiquer entre ses mains. En France, l’opposition constitutionnelle, par la voie de M. Thiers, encouragea le saint-père , et M. Guizot tenta seulement de modérer le mouvement pour l’assurer, on est en droit de le croire. L’ambassadeur anglais, lord Minto, se montra plus ardent, mais on se défiait do ses encouragements et de ses excitations.

Ce qui manqua à Pie IX, ce fut la promptitude de la résolution et le secours d’hommes pratiques en état de réaliser les inspirations de son cœur. Un avait mis à l’écart les instruments du despotisme, la justice arbitraire, l’armée suisse ; il était nécessaire de créer promptement les instruments d’un gouvernement libéral, de réorganiser les tribunaux, de lever une armée romaine et d’armer la garde

nationale. Les menées de Ja faction rétrograde qui commençait à effrayer la conscience de Pie IX, les impatiences des masses dont les passions longtemps contenues fermentaient déjà, en faisaient un devoir impérieux. Le 5 décembre 1846, les Apennins furent éclairés par des feux nocturnes d’un bout à l’autre de l’Italie. Le vieux cri national, « hors les barbares, » fuori i barbari , était souvent affiché sur les murailles, ou poussé dans des réunions politiques.

Pie IX hésita, ou se heurta contre d’invincibles obstacles; il laissa aux imaginations italiennes le temps de s’emporter. Inépuisable dans sa charité et ami des lumières, il secourut les populations pauvres de Rome, épuisées par un long hiver, et ordonna la restauration de l’université de Bologne. Le 23 décembre, dans son encyclique, la religion parla un langage dont la , grave mansuétude et l’onctueuse douceur allaient droit au cœur des hommes du siècle: mais c’était vainement que chaque jour apportait au pape de nouveaux encouragements. Le 19 avril 1847 seulement, c’est-à-dire après dix mois de règne, le pape annonça l’intention de choisir les plus notables habitants des provinces pour en former une consulte chargée de concourir avec lui à l’élaboration des lois de l’État. Le 15 mai, à grand’peine, il régla la liberté de la presse; le 31, il promit seulement la formation de la garde civique et l’établissement à Rome d’un sénat chargé de l’administration communale. Tout un ensemble d’intérêts, d’abus, de préjugés qui avaient pour eux la sanction du temps, toute une armée de fonctionnaires de tous degrés, qui combattaient pour leur position et que Pie IX n’avait pas le courage de frapper, défendirent le terrain pied à pied avec une redoutable persévérance.

On pouvait apercevoir déjà, au milieu de 1847, les dangers de ces hésitations ; l’ambassadeur français, M. Rossi, tout en ménageant l’Autriche, poussait le pape à déterminer nettement la portée de ses réformes, à les faire à temps; à ce prix, il promettait l’appui du gouvernement français. Un illustre théatin, le vénérable père Ventura, qui saisis-

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