‹ Histoire résumée d'ItalieChapitre 286 sur 338 · LIVRE XVIII · texte numérisé non relu

LIVRE XVIII

à la satisfaction des besoins matériels les plus pressants, mais à la condition d’avoir sa forte part de la prospérité qu’il permit. Après avoir répudié pour la monarchie entière toute constitution représentative, il n’accorda point de garanties locales à ses provinces italiennes. S’il eût pu y faire dominer la langue allemande dans l’instruction publique, pour prouver sa volonté de ne pas reculer dans la péninsule, il l’eût fait. Sous prétexte de joséphisme, quolqucs lois civiles du dix-huitième siècle même furent menacées.

Les généraux autrichiens, longtemps maîtres absolus de la Lombardie et de la Vénétie, ne prirent encore conseil que de leurs passions, de leur mépris pour la race vaincue. La forteresse de Vérone devint leur capitale : ils y transportèrent leurs administrations, et de là gouvernèrent Milan, qui paya par des exécutions nombreuses et des arrestations systématiques sa liberté de quelques jours au temps de Charles-Albert. Même quand les rigueurs de l’état de siège furent usées, quand une administration plus douce, moins livrée au despotisme militaire, essaya de rattacher la haute Italie à la cour de Vienne, un emprunt forcé de plus de 300 millions, une augmentation de plus d’un tiers dans l’impôt annuel, et les hypothèques dont se trouva grevée une partie du pays, aliénèrent au gouvernement autrichien, non-seulement ia noblesse et la bourgeoisie désormais irréconciliables, mais jusqu’aux paysans, autrefois fort ennemis de toutes les innovations.

Les ducs de Parme et de Modène, le duc de Modène surtout, François V, petit tyran qui joignait à l’orgueil oppressif de l’Autriche la cruauté raffinée de la renaissance italienne, suivaient en l’exagérant quelquefois l’exemple que leur donnait une cour vénérée. Le duc de Parme, condamné par une société secrète, fut assassiné. Sa veuve, une princesse française de la maison de Bourbon, fit au moins la leçon à de plus grands princes. L’économie, l’indépendance du duché, la liberté, l’amnistie, tels furent les principes qu’elle s’efforça de faire régner. Elle réduisit la profusion de son mari au luxe décent d’une petite cour

L’ITALIE

souveraine, et put ainsi remplacer un odieux emprunt forcé par un emprunt libre.

Parmi les princes indépendants de la péninsule, le roi des Deux-Siciles, Ferdinand II, et le grand-duc Léopold de Toscane agirent conformément aux désirs et à l’influence de l’Autriche. Le saint-siège resta partagé entre les conseils venus de Vienne et ceux venus de France, penchant d’abord visiblement vers les premiers, inclinant faiblement ensuite à prêter l’oreille aux seconds. Le jeune roi de Sardaigne, Victor-Emmanuel II, entouré d’hommes de modération et de fermeté, entra seul courageusement dans des voies sagement libérales, et se rattacha franchement à l’influence française.

Après avoir repris à la pointe de l’épée sur les constitutionnels et les radicaux ses trois capitales, Naples, Messine et Palerme, après avoir dissous coup sur coup trois assemblées parlementaires, Ferdinand II ne voulut plus entendre parler de constitution. Celle qu’il avait consentio fut déclarée par lui et demeura indéfiniment suspendue. L’indifférence des masses, dans les campagnes, tomba d’accord en cela avec la volonté du souverain. Les classes élevées ou bourgeoises éprouvèrent seules quelques regrets ; mais cela suffit pour que la tranquillité ne fût point complète. Les commissions ajoutèrent de temps en temps de nouveaux coupables aux nombreuses condamnations qui avaient suivi les tristes événements du royaume, et n’épargnèrent point les hommes de l’éducation la plus distinguée. Le souverain commua fréquemment les condamnations à mort; mais les galères, les prisons furent pleines; l’humanité eut beaucoup à redire au traitement qu’y subissaient de trop nombreux malheureux. La Sicile particulièrement fut soumise à un régime militaire exceptionnel. Le gouvernement reprit son allure régulière, ses finances furent en assez bon état; mais aucun remède efficace ne lut apporté des deux côtés du Phare, en Sicile surtout, aux défauts, sinon de l’administration, au moins des administrateurs; aucune amélioration notable ne fut tentée dans l’instruction primaire, dans l’agriculture, dans

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